À la frontière de notre amour, Kyra Dupont Troubetzkoy

Tomber amoureux dans un pays en guerre

Gaïa est une jeune femme qui vit à deux cent à l’heure sa passion et son métier d’humanitaire dans les zones de combat, sur fond de Tchétchénie, d’Afghanistan et de 11 septembre.
Ces missions dangereuses et prenantes occupent toute son énergie. Elle va pourtant tomber sous le charme de Peter, un soldat des Forces spéciales américaines qu’elle rencontre à un check-point qui ne lui dévoile ni ses missions, ni son nom, ni sa véritable fonction. Ils vont découvrir l’amour par épisodes, disparition, retrouvailles, silences, dizaines de messages sans réponses, toute la difficulté que vivent ces combattants du terrain.

Pourtant, de rencontres en retrouvailles, Gaïa et Peter vont s’aimer, se trouver… Aux côtés de Gaïa, le lecteur va vivre une histoire d’amour en zone de guerre, découvrir des lieux rarement fréquentés, des prisons, bases militaires, barrages ou même des camps de prisonniers.

Mais comment l’amour peut-il naître et surtout résister lorsqu’il naît au cœur des conflits ? Quelle peut être sa réalité, sa longévité, comment deux personnes qui vivent sous une telle pression pourront-elles se retrouver ensuite, et d’ailleurs le pourront-elles ?

La difficulté ne serait-elle pas de changer de vie, d’arrêter de vivre dans le danger permanent comme si tout allait s’arrêter demain ? Que peut devenir leur couple dans un train train quotidien classique et tellement banal. Et si justement c’était là toute la question ?

Ce roman est fondé sur des témoignages d’anciens humanitaires et nous en apprend beaucoup sur la réalité de leurs missions toutes bien différentes suivant les époques et lieux où ils se trouvent. Un peu trop dense parfois à mon goût, ou alors il n’y a pas assez de pages pour équilibrer la partie romanesque et les faits décrits de l’intérieur. Du coup j’ai eu parfois l’impression que cette histoire d’amour était surtout un prétexte pour évoquer les difficiles conditions de vie sur le terrain pour les humanitaires, mais que l’auteur n’avait peut-être pas su réellement sur quel pied danser, roman, pas roman, et de ce fait j’ai eu du mal à m’attacher vraiment aux personnages. Malgré ce léger bémol, j’ai passé un bon moment de lecture.

Catalogue éditeur : Éditions Favre

Gaïa, une jeune humanitaire, brave tous les interdits liés à sa profession pour succomber au charme d’un soldat des Forces spéciales américaines qui refuse pourtant de lui révéler sa véritable identité. Rencontré par hasard à un check-point en pleine guerre de Tchétchénie, elle ne sait rien de ce mystérieux « Peter » qui disparaît au terme de sa mission alors qu’elle en tombe éperdument amoureuse. Qui est-il vraiment ? Un soldat, un agent, un espion ? Se sert-il d’elle ? Leur histoire est-elle possible ?
Le lecteur suit Gaïa – et Peter par procuration- au gré de leurs différentes missions dans le Caucase, en Afghanistan, en Irak et ailleurs, doute et espère avec elle, parachuté au cœur de conflits qui ont façonné la carte du monde actuel et dont elle révèle, de l’intérieur, des aspects peu connus.

15 € / 192 pages / Parution : 2 septembre 2020 / ISBN 978-2-8289-1856-9

Entre deux mondes, Olivier Norek

Aussi magistral qu’émouvant, un roman inoubliable

Oliver Norek est un auteur de polar largement reconnu par ses lecteurs, c’est aussi un ancien flic qui connait ce métier qu’il a pratiqué pendant près de vingt ans. Avec Entre deux mondes, il sort de la trilogie Coste pour nous embarquer dans cet entre deux de la jungle de Calais, lieu de rétention de nombreux migrants, arrivés du Soudan ou de Syrie, d’Afrique et d’Orient pour atteindre leur Graal, l’Angleterre. Bloqués là par les français, ils ne rêvent chaque jour que d’une chose, partir, embarquer sur les camions la nuit et atteindre Youké et les rives de cet eldorado fantasmé, citadelle imprenable. Le roman est situé en 2016, lors du démantèlement de la jungle.

Adam est un flic syrien qui doit fuir son pays. Comprenant que sa situation est désespérée, il enclenche la procédure d’évacuation qu’il a anticipée depuis des mois, et fait partir avec les passeurs sa femme Nora et sa petite fille, pour qu’elles soient en sécurité. Elles devront atteindre Calais, là, il  pourra à son tour venir les rejoindre. Mais la traversée de la méditerranée n’est pas sans risque, ni pour elles, ni pour lui. Lorsqu’il arrive enfin dans la jungle, il les attend pendant des jours, sans trouver la moindre trace.

Un jour, il prend la défense de Kilani, un jeune garçon soudanais maltraité par les afghans. Mais il est difficile de s’imposer et de rester en vie sans soutien dans la jungle. Les animosités et les conflits que l’on trouve entre les pays sont présents ici aussi entre les migrants. Ousmane, un  soudanais, offre aide et protection à Adam. Dans la jungle, on retrouve un microcosme comme à l’extérieur, deux mosquées, des regroupements par pays d’origine, une discrète présence policière de la DGSI, des recruteurs de Daesh qui espèrent trouver de la chair à attentat parmi les désespérés du passage manqué pour l’autre monde, mais aussi fort heureusement, des associations qui aident vaille que vaille les migrants à survivre.

A l’extérieur, Bastien, jeune flic revenu à Calais pour tenter de soigner sa femme, fait de son mieux pour obéir aux ordres. Comme lui, la plupart des policiers de la zone sont totalement désespérés, il est quasi impossible de faire correctement leur métier. Un jour, un décès qui n’a bizarrement pas été étouffé par les habitants de la jungle lui fait croiser la route d’Adam. Va naitre alors entre les deux flics une complicité et une forme d’amitié et de respect.

Et l’on navigue entre ces deux mondes, celui de la jungle et celui des hommes et femmes de l’extérieur, celui des migrants coincés dans cet entre-deux, entre le pays que l’on a fui et celui que l’on espère comme un Eldorado magique.

Olivier Norek réussi une fois de plus à nous emporter dans ce roman très différent des précédents. On ressent immédiatement une grande empathie pour ses différents personnages. Il a donné corps aux nombreux migrants totalement déshumanisés dans les bulletins d’informations au 20h. Le rythme est soutenu, l’écriture à la fois efficace et relativement sobre, point de fioriture pour décrire la jungle et son enfer.

Si l’on peut considérer que le polar écrit à sa façon l’Histoire, ici l’auteur c’est largement emparé du réel pour construire son roman. Plusieurs semaines d’immersion attentive et silencieuse dans la jungle, à écouter, comprendre, les migrants, leurs attentes, leurs espoirs. Puis des nuits à suivre les policiers qui gèrent tant bien que mal cette zone, ce no man’s land dans lequel les lois de la république ont du mal à s’appliquer. Leur tâche est particulièrement ardue, rester humain et ne rien faire, ou empêcher par tous les moyens les migrants de passer et protéger leurs familles et leur région. Enfin, s’immiscer dans la ville, prendre le pouls des calaisiens, pour comprendre aussi comment la jungle est vécue par ceux qui la regarde de l’extérieur et tenter d’en faire un état des lieux. L’endroit idéal pour un auteur qui veut y mener une enquête impossible. On le sait, aujourd’hui c’est la technologie plus que la logique et l’intuition qui permettent les résolutions d’enquêtes policières, de l’ADN aux suivis de téléphonie, des empreintes aux témoignages. Or rien de tout cela ne peut être obtenu dans la jungle, au milieu de tant de migrants issus de pays, de tribus, de religions différentes, regroupés en clans dans lesquels tous vont trouver aide et soutien. Alors qui pourrait parler, témoigner ?

Si l’on se demande pourquoi ce sujet-là plutôt qu’un autre, Olivier Norek l’a dit à plusieurs reprises, il est lui-même descendant de migrant polonais, hommage au grand-père qui a su prendre sa place dans son pays d’accueil, on ne manquera pas de lire à ce sujet la dédicace du roman. Il faut dire que de tous temps l’exode est partie prenante de la condition humaine et ce n’est pas demain que cela va s’arrêter.

La situation actuelle des migrants peut être vécue comme un de ces moments de l’Histoire dont un pays ne peut pas s’enorgueillir. Ce que j’ai vraiment aimé, c’est que l’auteur nous montre une situation particulièrement sensible en ayant l’intelligence de l’appréhender dans son ensemble. Et c’est assez rare pour le souligner, ici tous les points de vue sont abordés, migrants, calaisiens, flics, politiques, en essayant de s’immerger pour comprendre sans juger, et au contraire pour prendre conscience.

Entre deux mondes est un roman magistral, réaliste et humain, qui procure des émotions fortes et donne envie d’ouvrir les yeux et de comprendre le monde qui nous entoure.

Du même auteur, lire Surface et l’article d’une rencontre avec l’auteur.

Catalogue éditeur : Michel Lafon

Ce polar est monstrueusement humain, « forcément » humain : il n’y a pas les bons d’un côté et les méchants de l’autre, il y a juste des peurs réciproques qui ne demandent qu’à être apaisées.
Bouleversant

Fuyant un régime sanguinaire et un pays en guerre, Adam a envoyé sa femme Nora et sa fille Maya à six mille kilomètres de là, dans un endroit où elles devraient l’attendre en sécurité. Il les rejoindra bientôt, et ils organiseront leur avenir. 
Mais arrivé là-bas, il ne les trouve pas. Ce qu’il découvre, en revanche, c’est un monde entre deux mondes pour damnés de la Terre entre deux vies. Dans cet univers sans loi, aucune police n’ose mettre les pieds. 
Un assassin va profiter de cette situation. 
Dès le premier crime, Adam décide d’intervenir. Pourquoi ? Tout simplement parce qu’il est flic, et que face à l’espoir qui s’amenuise de revoir un jour Nora et Maya, cette enquête est le seul moyen pour lui de ne pas devenir fou. 

Bastien est un policier français. Il connaît cette zone de non-droit et les terreurs qu’elle engendre. Mais lorsque Adam, ce flic étranger, lui demande son aide, le temps est venu pour lui d’ouvrir les yeux sur la réalité et de faire un choix, quitte à se mettre en danger.

Engagé dans l’humanitaire pendant la guerre en ex-Yougoslavie, puis capitaine de police à la section Enquête et Recherche de la police judiciaire du 93 pendant dix-huit ans, Olivier Norek est l’auteur de la trilogie du capitaine Coste (Code 93, Territoires et Surtensions) et du bouleversant roman social Entre deux mondes, largement salués par la critique, lauréats de nombreux prix littéraires et traduits dans près de dix pays.

Parution : 05/10/17 / Prix : 19.95 € / ISBN : 9782749932262

Les mafieuses, Pascale Dietrich

Respecter le code d’honneur, un impératif chez les maffieux, l’épouse du parrain l’apprend à ses dépens. Avec « Les mafieuses », le lecteur embarque dans une aventure aussi féministe que cocasse.

Leone Acampora, le vieux mafieux qui règne sur la ville de Grenoble, se meurt à l’hôpital, sa femme Michèle veille à son chevet.

Si Michèle s’est habituée aux cadavres dans le placard ou dans le salon, et aux habitudes de gangster de son époux, pour leurs filles Dina et Alessia, c’est un peu plus compliqué. Depuis qu’elle a compris quelles étaient les activités de la famille, Dina refuse d’y participer. Préférant s’investir dans l’humanitaire, elle n’y trouve cependant pas son compte. Elle vit seule, mais vient enfin de rencontrer l’âme sœur et le beau Marcus lui redonne enfin goût à la vie. Avec une psychologie et une vision du monde opposées, sa sœur Alessia a pris la suite des affaires du clan. Elle est pharmacienne, et se trouve bien inspirée d’avoir préféré ce commerce aux sempiternelles pizzerias paternelles. Car qui viendrait à soupçonner une vente de médicaments « homéopathiques » dans une pharmacie…

Lorsque Michèle découvre que Leone a placé un contrat sur sa tête, les filles s’unissent pour la sauver et affronter cette menace forcément sérieuse. Elles décident de mettre leur mère à l’abri. Mais à l’heure des repentis et des remords, et alors que les bandes rivales guettent la place du patron, la bataille s’annonce rude. Et la mauvaise (ou bonne ?) conscience ne laisse pas les deux sœurs indifférentes.

Avec beaucoup de talent et une belle dose d’humour, l’auteur inverse les rôles et met en scène ces mafieuses, des femmes d’un autre monde en proie à des sentiments parfois ambivalents de justice et de probité. Que faut-il respecter, la loyauté envers le père ou au contraire la mère ? S’engager dans le combat ou au contraire préparer la fuite ? Entre comédie et roman noir, le lecteur suit les mésaventures de la famille Acampora avec un plaisir  certain, dans une course contre la mort un tantinet rocambolesque mais indubitablement moraliste.

Roman lu dans le cadre de ma participation au jury du Prix des lecteurs BFM l’Express

Catalogue éditeur : Liana Levi

Il y a toujours moyen de s’arranger avec la réalité chez les gangsters. À condition de respecter le code d’honneur, on peut même mener une vie formidable ! C’est en tout cas ce que Leone Acampora, vieux mafioso grenoblois, a enseigné à sa famille. Michèle et ses deux filles ont donc appris à fermer les yeux lorsqu’elles trébuchaient sur un cadavre ou une valise de cocaïne dans leur joli salon en marbre. Et si, aujourd’hui, Dina a parfois mauvaise conscience, elle espère se racheter en travaillant dans l’humanitaire. Quant à Alessia, pharmacienne inspirée, elle a pas mal d’idées pour moderniser le business paternel. Ainsi va la vie chez les femmes Acampora, entre coups de fusil à pompe et séances de tai-chi. Jusqu’à ce que le vieux Leone perde les pédales. Car avant de mourir, il a laissé une dernière instruction : lancer un tueur à gages aux trousses de sa femme… L’occasion pour les mafieuses de déboulonner un vieux monde machiste et ringard.
Subtilement féministe, délicieusement féroce, Pascale Dietrich bouscule les codes pour teinter de rose le roman noir.

Date de parution : 07-02-2019 / 14 x 21 cm – 160 pages / ISBN : 9791034900909 / 15 €