Et si c’était lui ? Jean-Loup Felicioli

Pourquoi on aime ce conte de Noël tellement humain qui invite au partage.

Alors que toute la famille est en balade en direction du parc, sous la neige quel plaisir de pouvoir faire bonhomme de neige et bataille de boules, le chien de la famille trouve un homme allongé sur le sol, seulement protégé par une mine couverture bleue…

Vite, les secours, l’hôpital… et voilà une petite fille qui se pose des questions, pourquoi cet homme était-il là sous la neige, il n’a pas de maison ? Est-il est seul ? Abandonné ?

Après quelques négociations, la petite fille réussi à convaincre ses parents d’aller le voir à l’hôpital… Elle a très envie de l‘inviter pour Noël, car il ne saurait passer les fêtes seul n’est-ce pas ? Mais cet homme-là est bien mystérieux, et le soir de Noël il a tant de travail…

Voilà une jolie histoire, comme un conte magique où malgré le thème difficile des sans-abris abordé par l’auteur avec infiniment de finesse, l’humanité et la bonté dont savent faire preuve naturellement les enfants et la magie de Noël opèrent une fois de plus des miracles. Le décor et les couleurs un peu surannés sont assez jolis et de grandes illustrations pleine page en format paysages donnent toute sa splendeur au graphisme.

💙💙💙💙

Catalogue éditeur : Syros

Cette nuit, il a neigé. Tout est blanc et calme sur le chemin qui mène au parc. Chloé et son chien Zorro découvrent, derrière un banc,un vieux monsieur endormi sous une couverture bleue… Qui peut-il bien être ?

Après le succès des films d’animation Une vie de chat et Phantom Boy, le somptueux premier album de Jean-Loup Felicioli.

Éditions Syros Jeunesse / Octobre 2018 / 48 pages / 15,95euros / Album Jeunesse dès 4 ans

Défaite des maîtres et possesseurs. Vincent Message

« Défaite des maîtres et possesseurs » de Vincent Message, voilà un livre étrange qui tient à la fois de George Orwell et de la planète des singes, où les hommes ont changé de place, et qui fait sérieusement poser questions à ses lecteurs.

Nous sommes dans un futur incertain. Iris vient d’avoir un accident grave, et Iris vit chez Malo Claeys. Il doit régulariser sa situation le plus rapidement possible pour qu’elle puisse être opérée… Tiens… « émigration, sans papiers, voilà donc le thème ? » Pense-t-on à la lecture des premières pages. Mais non, pas du tout. Car si Malo Claeys travaille au ministère, Iris est une humaine de compagnie, ou d’élevage ? Ou de… ? Et là vous plongez, comme moi, dans cette version de notre terre colonisée par des êtres supérieurs, dans laquelle les hommes, ces maitres et possesseurs, ont changé de place, où ils sont traités comme ils le faisaient avec le reste de la planète. Voilà donc prétexte à nous placer en condition d’infériorité, celle que nous donnons sans remords ni scrupules à tout être vivant et aux animaux que nous considérons comme inférieurs, utiles, de compagnie, ou d’élevage. Et pour lesquels nous avons bien peu de pitié ou même simplement d’humanité.

Et si un jour la terre et ses occupants se révoltaient contre le pillage éhonté des ressources de la planète bleue et l’égoïsme des Hommes ? Et si les Hommes devenaient animaux à leur tour ? Et si… on s’interroge vraiment à la lecture de « Défaite des maitres et possesseurs »

Mais quelle est la valeur réelle d’une vie, quel droit avons-nous sur les autres ? Les situations décrites mettent parfois le lecteur dans une position assez désagréable. On en vient à se poser des questions sur son propre comportement, sur cette acceptation que l’on peut avoir de ce qui parait évident juste parce qu’on n’a pas envie de réfléchir, de comprendre. Transposez un élevage, un abattoir, une simple grillade, et vous ne verrez plus les choses de la même façon. Si au départ la lecture est parfois gênante, stressante, dérangeante, l’écriture et le sujet donnent envie de continuer. Vincent Message a osé, et l’on se demande si l’on ne deviendrait pas un peu végétarien en fermant ces pages.

 domiclire_POL2016 Sélection 2016 du Prix Orange du livre


Catalogue éditeur : Seuil

Iris n’a pas de papiers. Hospitalisée après un accident de voiture, elle attend pour être opérée que Malo Claeys, avec qui elle habite, trouve un moyen de régulariser sa situation. Mais comment la tirer de ce piège alors que la vie qu’ils mènent ensemble est interdite, et qu’ils n’ont été protégés jusque-là que par la clandestinité ?
C’est notre monde, à quelques détails près. Et celui-ci notamment : nous n’y sommes plus les maîtres et possesseurs de la nature. Il y a de nouveaux venus,…

Littérature française / Romans / Cadre rouge / Date de parution 07/01/2016 / 18.00 € TTC / 304 pages / EAN 9782021300147

 

Le grand marin. Catherine Poulain

Lire « Le grand marin » de Catherine Poulain, c’est embarquer dans les eaux froides de l’Alaska, pour un aventure humaine incroyable…

Le Grand MarinAvec Lili, on embarque vers le grand nord, vers Kodiak en Alaska, ses bateaux de pêche au flétan, à la morue noire, au crabe. Avec ses hommes qui une fois à terre trainent de bar en bar en attendant la prochaine campagne, la prochaine aventure, qui leur fera gagner assez pour quelques doses de cocaïne, pour quelques bouteilles de whisky ou de vodka, pour quelques cuites dans les bars à filles, pour repartir quelques jours auprès de leurs familles quand ils en ont encore, ou qu’il en ont encore le souvenir. Car ces hommes-là sont rudes, compagnons de galère qui embarquent sur des bateaux comme ils épouseraient une femme, là où leur vie ne tient souvent qu’à un fil, où la solidarité est primordiale, où les femmes trouvent leur place seulement quand elles arrivent à prouver qu’elles le méritent, bien au-delà des capacités des hommes. Car elles doivent être quasiment exceptionnelles pour survivre et se faire accepter, ou mieux encore s’imposer dans cet univers, peu le font, quelques indiennes, et … Lili la fragile, la fluette, la toute fine en apparence, mais si forte tout au fond.

Lili arrive de Manosque-les-Couteaux, et manifestement Lili fuit quelque chose, ou quelqu’un, ou elle tout simplement, pour avoir autant envie d’aller vers ce grand nord, vers the last frontier, et comme en rêve, peut-être un jour jusqu’à Point Barow, au bout de la route, au bout d’elle-même ? Nous allons la suivre jusqu’à Anchorage, jusqu’à Kodiak, jusqu’au Rebel, ce bateau sur lequel elle embarque, sur lequel elle va souffrir et où elle rencontre l’homme-lion, le grand marin, solitaire et sauvage comme elle.

Les descriptions de la vie sur le bateau sont les plus grands moments de ce roman. La préparation de la pêche, des palangres, les lignes qu’il faut appâter tous ensemble avant d’embarquer, puis qu’il faudra réparer au retour, la campagne de pêche, avec le froid, la glace, le sel, les poissons à dépecer, dans des mares de sang et d’eau, la force des éléments qu’il faut combattre, le manque de sommeil, la faim aussi, parfois, sont décrits avec énormément de force et un réalisme qui frôle parfois le documentaire. La rivalité entre armateurs, entre marins aussi, la solidarité bien sûr, les rêves de s’en sortir, d’avoir son propre bateau un jour, qui font tenir dans les moments les plus intenses de douleur et de combat contre les éléments, les misères quotidiennes, les chicaneries, les mises à l’épreuve, sont également tellement réalistes, émouvantes, qu’on s’y croit et qu’on a terriblement mal aux mains comme Lili. Le spleen, de Jude et de tous les autres, on passe même de bar en bar avec eux, désespéré et solitaire après la lutte sans merci pour ramener la meilleure pêche, celle qui va enfin vous rendre riche…

Catherine Poulain est sans doute une femme peu commune, à la fois intrépide, aguerrie, et peut-être aussi en fuite de quelque chose, ou en recherche d’elle-même, pour avoir poursuivi une telle aventure, dix ans de pêche en Alaska ! J’avais hâte de lire son roman « Le grand marin », tant j’en avais entendu de commentaires élogieux. J’ai particulièrement aimé la première partie, sur le bateau, intense et dure comme ce climat qu’on imagine sans en avoir jamais ressenti la brûlure physique, mais qu’on ressent à la lecture. Il en ressort aussi un sentiment d’humanité entre ces Hommes, malgré la lutte et les rivalités. Peut-être un bémol sur la suite, ces divagations de bar en bar, où je me suis parfois un peu lassée. Mais quel rythme malgré tout, quelle expérience, aventure, folie, je ne sais pas comment le qualifier en fait ! Peut-être suis-je (un peu ! ) victime du trop grand battage fait autour du livre qui m’en faisait attendre trop, mais c’est un roman à lire absolument, une belle découverte d’un univers qui m’était totalement méconnu.

Sélection 2016 du Prix Orange du livre


Catalogue éditeur : éditions de L’olivier

Une femme rêvait de partir.
De prendre le large.
Après un long voyage, elle arrive à Kodiak (Alaska). Tout de suite, elle sait : à bord d’un de ces bateaux qui s’en vont pêcher la morue noire, le crabe et le flétan, il y a une place pour elle. Dormir à même le sol, supporter l’humidité permanente et le sel qui ronge la peau, la fatigue, la peur, les blessures…
C’est la découverte d’une existence âpre et rude, un apprentissage effrayant qui se doit de passer par le sang. Et puis, il y a les hommes. À terre, elle partage leur vie, en camarade.
Traîne dans les bars.
En attendant de rembarquer.
C’est alors qu’elle rencontre le Grand Marin.

Collection : Littérature française / Parution : 04 février 2016 / Livre : 140 × 205 mm 384 pages EAN : 9782823608632 / 19,00 €