Renaître, Janine Teisson

Comment  survivre au sinistre quand votre vie part en fumée ?

C’est ce qui est arrivé à Janine Teisson, l’auteur de Renaître, ce recueil de poésie paru aux éditions Chèvre-feuille Étoilée. Sa maison a été la proie des flammes, tout est brûlé, calciné, fondu, enfoui, perdu sous les cendres.

Les souvenirs, les mots, les images d’une vie, de plusieurs vies puisqu’il y a aussi les souvenirs qui viennent des anciens, la photo d’une grand-mère, le livret militaire d’un aïeul, les objets du passé, de ces êtres aimés et perdus, et au milieu de tout cela un ordinateur qui fond et qui emporte les rêves et les espoirs, les textes, les idées, les mots et les phrases de l’écrivain qui ne reviendront jamais identiques.

Ce texte est un long poème pour dire la surprise, l’effroi, la douleur, le manque, le chagrin, la résignation.

Pour dire
Ce qui est perdu à jamais ;
Ce qui est enfoui au fond du cœur ou de la mémoire ;
Ce qui ne reviendra plus, les mots écrits enfuis, fondus, perdus ;
L’attente, l’espoir, la résignation puis la résilience.

Un texte qui se lit d’une traite et que l’on a envie de reprendre encore et encore car il dit aussi la vie à travers la mort, les cendres, l’oubli.

J’y pense parfois, et si ça m’arrivait ? Photos, lettres, souvenirs sont les choses qui me manqueraient le plus. Alors bien sûr je me reconnais dans ces mots, j’y trouve mes craintes et mes angoisses mais aussi l’espoir, et savoir que même après ça, la vie continue.

🔥Pour écrire il faut concorder
avec soi,
même dans l’écartèlement.
Je discorde.

🔥Sinistre,
mot d’agent d’assurances.
Exactement ça.

🔥Ça va ? Ça va.
Que dire à ceux
qui ne mettent pas leur vie
dans les mots ?

Une fois le vent,
une autre fois l’eau 💧
et cette fois-ci c’est le feu🔥.
Va-t-elle ressusciter des cendres
mon écriture ?
Faudra-t-il un tremblement de terre
Pour en venir à bout ?

🔥Ce carnet vert
que j’ai tant cherché,
je ne le chercherai plus

Non seulement les textes, mais aussi les formats, le grain du papier, les illustrations, tout donne envie de lire ces recueils à la sobriété élégante. Dans la même collection, j’avais également aimé Icare, mon amour de Jeanne T.

Catalogue éditeur : Chèvre-Feuille Étoilée

Les pages de ce recueil forment un seul poème incandescent. Une nuit, la maison de Janine Teisson a brûlé.
Elle venait de se donner enfin le droit d’écrire, d’exprimer sa créativité jaillissante.
Au delà des meubles, des robes et des photos de famille, ce sont ses écrits, ses personnages qui partent en fumée. Ressusciteront-ils un jour ? Écriture phénix, déploie tes ailes, confie-moi les mots. Le recueil est illustré avec les compositions graphiques de Marion Béclu.

Paru le 1 juillet 2020 / ISBN : 9782367951430

Puisque tu m’aimes, Janine Boissard

Janine Boissard ou l’art de se réinventer

Des années que je n’avais pas lu cet auteur qui évoque souvent dans ses romans les relations familiales, le couple, les souvenirs et l’importance du passé et de nos actions sur le présent.

Lou a seize ans. Cette jolie jeune femme dynamique a un grand défaut (à ses yeux !) elle est rousse. Elle est surtout pompiers volontaire, sans doute par passion pour son parrain, Philippe, le frère de son père disparu depuis trois ans. Lou est amoureuse de Stan, un jeune photographe qui se rêve aspirant criminologue.

A Montsecret, leur  village tranquille de Basse-Normandie, des incendies inexpliqués frappent depuis plusieurs mois les repas de noces. Dans de telles circonstances le risque de faire de nombreuses victimes est grand. Fort heureusement, grâce à Philippe et aux pompiers du village, il y a eu peu de décès.

Ces incendies inexpliqués intriguent Lou et Stan qui décident de mener leur propre enquête. Ce qui n’est pas sans danger car la piste pourrait les mener là où ils n’ont pas vraiment envie d’aller. C’est ce que va découvrir Stan à ses dépends, car la vérité n’est pas toujours bonne à mettre en lumière. Lou devra continuer seule et tenter de démêler le vrai du faux, sans se laisser abuser par ses sentiments.

L’auteur a l’art de décrypter les relations humaines complexes, mais aussi les affres de l’adolescence avec ses premiers émois amoureux et ses interrogations bien légitimes. Elle rend également hommage au métier de sapeur-pompier. Sous des airs plutôt légers, car comme à son habitude le roman est court et l’auteur ne s’attarde pas sur les personnages ou les événements,  la palette de sentiments abordés est large et plus complexe qu’il n’y paraît. Le livre se lit d’une traite, comme c’est souvent le cas pour les romans de Janine Boissard qui a l’art de dire les choses simplement et cependant d’accrocher ses lecteurs. A conseiller pour vous changer les idées cet été.

Catalogue éditeur : Fayard

Elle a seize ans, elle s’appelle Lou.
Son père est décédé il y a trois ans. Sa mère est infirmière, et son oncle et parrain est pompier.
Bref, sa vie familiale et affective est un peu compliquée.
Et pour ne rien arranger, elle tombe amoureuse d’un photographe amateur qui rêve d’entrer dans la police… Lire la suite

Janine Boissard est l’auteur d’environ trente-cinq livres, dont L’Esprit de famille, tomes I à VI (Fayard, 1977-1984), et plusieurs œuvres romanesques.  Janine Boissard a été décorée des Palmes Académiques pour son action auprès de la jeunesse.

Parution : 03/06/2020 / Pages : 256 / Format : 153 x 235 mm / Prix : 19.90€  EAN : 9782213716732 / Prix Numérique : 14.99€ EAN numérique : 9782213715407

Faits d’hiver, Alice Moine

Dans un immeuble banal, des vies que l’on ne connait pas, derrière la porte, jusqu’au moment où tout  bascule

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Fait d’hivers, c’est comme un recueil de nouvelles, comme des scènes de vies qu’une caméra fixe pourrait enregistrer dans un immeuble d’une grande ville, dans la même cage d’escalier, les jours, les heures avant l’Instant, celui où tout bascule. En le lisant, je voyais déjà des personnages, des morceaux de vie qui se percutent, se rejoignent ou se perdent à jamais, j’ai même senti cette odeur de gaz omniprésente au fil des pages.

Les situations sont décrites en peu de mots et peu de lignes, mais de nombreux sentiments sont néanmoins abordés, peur de l’autre, de celui qui est différent, solidarité, désespoir, envie, bonheur, déprime, lâcheté, solitude, tout ce qui fait la vie. Je côtoyais un médecin, un jeune homme triste, une femme abandonnée, une amie québécoise qui s’improvise baby-sitter. Je suivais tous les autres, ceux qui auraient dû y être et qui sont partis on ne sait pourquoi, hasard, prémonition, chance, pourquoi restons-nous quelque part, ou en partons nous, au bon moment, quel mystère. Il n’y a pas à proprement parler d’intrigue principale, si ce n’est ce magistral fait divers qui ici devient faits d’hiver, qui relie ces vies entre-elles. Et le lecteur va suivre ces voisins chapitre après chapitre, au fil des appartements, 2e droite, 5er droite, jusqu’au au rez-de-chaussée.

Faits d’hiver m’a rappelé un autre court roman que j’ai beaucoup aimé, « dix-neuf secondes » de Pierre Charras. Car tous deux évoquent des vies, avant l’instant où tout change. C’est bien écrit, agréable à lire et on s’y projette aisément, presque comme dans un film. Et si on comprend rapidement ce qui va arriver on a cependant envie de savoir, qui, quand, et comment…Mais pour ça, je ne vous en dis pas plus, à vous de voir.

Catalogue éditeur : Kero

« J’ai pris la main de l’homme dans la mienne. Au loin, je lui ai indiqué du doigt la silhouette de mon immeuble.
“C’est ici que j’habite sans homme ni enfants : un petit rez-de-chaussée séparé du hall par une simple porte-fenêtre d’où je vois déambuler tous les visages de ceux qui habitent au-dessus de ma tête, sans jamais en reconnaître aucun.
— Quelle importance ? m’a-t-il dit en caressant ma main. Tu m’as reconnu, moi ?” »

Quelque part dans la ville, un immeuble se tient droit sur ses fondations. Plus pour longtemps si l’on en juge par la forte odeur de gaz qui s’échappe d’un appartement. Avant que la flamme d’un briquet n’embrase les cinq étages, dix histoires d’hommes et de femmes s’y entrecroisent. Qui sont-ils ? Par quels hasards et coïncidences échapperont-ils à ce rendez-vous fatal ? Alice Moine nous offre un premier roman tout en délicatesse, dessinant grâce à un claquement de porte ou un bruit de talon le microcosme d’un immeuble, avec ses joies et ses peines.

216 pages / Format : 135×215 / 15.90€ / ISBN : 978-2-36658-154-6