GrassKings, Matt Kindt et Tyler Jenkins

GrassKings, une BD de la sélection Polar Sncf et Fauve d’Angoulême 2020, éditée par Futuropolis

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De 1450 à aujourd’hui, aux États-Unis. GrassKings, une ville hors du monde, avec ses propres règles, ses lois et sa communauté soudée et autonome. On dit même que Grasskings hébergerait un tueur…

Nul ne peut pénétrer dans GrassKings, les tireurs veillent, et si les intrus en ressortent vivant c’est qu’on l’a bien voulu. Mais ceux de Cargill, la ville à côté, sont bien trop curieux. Quand Lo vient fouiner par-là, c’est bien pour qu’il puisse rapporter l’avertissement au shérif Humbert qu’on le laisse repartir.

La ville est gouvernée par Robert, qui reste pourtant affalé dans son fauteuil à bascule en buvant ses bières tout au long de la journée. C’est Ashur, son frère, qui veille pour maintenir le royaume en l’état. Car robert est perdu dans ses pensées sombres, des années auparavant, sa fille Rose a disparu pendant qu’il la gardait. sa disparition est restée inexpliquée, faisant voler en éclats la vie de Robert. Depuis, ses pensées et son esprit errent sur les berges où elle a été vue pour la dernière fois.
Mais la femme du shérif de Cargill vient se réfugier à Grasskings, elle sort de l’eau telle une Rose ressuscitée. Troublé, hésitant, Robert décide de l’héberger. Pourtant il le sait, les complications ne font que commencer…Car le shérif ne l’entend certainement pas de cette oreille.

L’intrigue se déroule et nous perd dans ses méandres malsains et lourds de suspicion. Le récit actuel alterne avec des flashbacks, des scènes de violence essentiellement, des temps anciens, depuis l’occupation des terres par les indiens et leur spoliation par les migrants jusqu’à aujourd’hui. Comme si la terre elle-même restituait aux hommes tout le mal qu’il lui ont fait.

Cet étonnant graphisme prend des airs d’inachevé, tantôt fait de coups de traits fins et précis, tantôt de grandes touches de couleurs imprécises, et embarque ses lecteurs dans une intrigue pour le moins complexe.

Un récit de Matt Kindt, dessin et couleur de Tyler Jenkins, est publié en trois tomes de 6 épisodes chacun, qui reprennent la version de la bande dessinée américaine. Il m’en reste donc encore deux à découvrir.

Cette BD fait partie de la sélection 2020 du Prix SNCF du Polar, retrouvez tous les titres en compétition ici.

Catalogue éditeur : Futuropolis

Un bien étrange royaume dominé par trois frères, Bruce, le shérif au passé tumultueux, Ashur, le plus jeune et surtout Robert.
Robert est devenu alcoolique à la suite de la disparition de sa fille des années auparavant. Depuis sa femme l’a quitté, et il est devenu asocial.
Ce petit village cache de lourds secrets. Les morts violentes sont omniprésentes depuis la nuit des temps. L’arrivée de la femme en fuite du shérif du comté voisin, Humbert Jr, ravive les tensions. Robert voit en elle sa fille devenue adulte. Mais pour beaucoup, elle a été victime d’un tueur en série, peut-être un membre de la communauté. C’est ce que voudrait démontrer Humbert Jr.

185 x 290 mm / 176 pages / Prix de vente : 22 € / ISBN : 9782754825092

Les Amazones, Jim Fergus

Avec Les Amazones, le dernier roman de Jim Fergus, faire une plongée hors du temps dans « Les journaux perdus de May Dodd et de Dolly McGill édités et annotés par Molly Standing Bear » au pays des indiens, de 1876 à aujourd’hui

D’abord il y a eu Mille femmes blanches ce roman que j’ai adoré dès sa parution en 2000. Souvenez-vous, en 1875, le chef cheyenne Little Wolf demande au président Grant de lui offrir mille femmes blanches en échange de mille chevaux ; Son idée, en épousant mille de ses guerriers, elles favoriseront l’intégration de son peuple. Si en réalité on ne sait rien de ce que les deux hommes se sont dit lors de cette rencontre, l’auteur prend malgré tout ce prétexte pour défendre la cause des natives américains, en particulier des indiens des grandes plaines. Sous la forme de carnets intimes, Jim Fergus retrace la vie de ces quelques femmes qui vont tenter de s’intégrer à ces tribus cheyennes, Arapahos ou Shoshones pour ne citer qu’elles. Puis viendra La vengeance des mères, deuxième opus de la série, et enfin Les Amazones, le troisième et dernier tome de la saga.

Non il ne s’agit pas là de ces guerrières que l’on retrouve dans la mythologie grecque, pourtant elles n’en sont pas si éloignées. Car Les Amazones sont ces femmes décrites dans les carnets retrouvés de May Dodd, que l’on va suivre tout au long du roman, en parallèle au récit de Mollie McGill, et leur histoire se prolonge pendant toute l’année 1876. Devenues guerrières à leur tour, elles vont créer une sorte de confrérie, celle des Cœurs Vaillants, et se battre aux côtés des indiens contre ce monde qu’elles ont quitté et dans lequel elles ont parfois dû abandonner leurs enfants. Leurs récits nous permettent de retrouver les batailles célèbres, celle de Little Big horn en particulier, mais aussi de faire vivre les récits chamaniques et les traditions spirituelles indiennes.

L’histoire de Mollie Standing Bear, native des réserves américaines contemporaines, apparait en fil rouge, comme une réminiscence de l’esprit des femmes du XIXe.

A la fois récit historique et évocation du surnaturel, l’auteur nous embarque une fois de plus dans une aventure que l’on a du mal à lâcher, et ce malgré quelques longueurs il me semble. L’alternance des récits, des personnages, du passé et du présent ancre totalement son roman dans la réalité quotidienne des indiens des réserves aux États-Unis aujourd’hui. La complexité de leur intégration, le plus souvent impossible, le poids de leurs traditions et de leurs croyances, sont toujours d’actualité. Sa présentation de la vie des tribus, le respect envers la nature et le gibier, leur organisation complexe au fil des saisons et des combats, les costumes et leurs significations, les danses et les rituels magiques, les rites religieux, l’extinction programmée des bisons, rien n’est négligé par l’auteur qui étoffe son récit grâce à ses connaissances impressionnantes du sujet.

J’ai aimé qu’en filigrane à ces récits d’aventure, l’auteur nous montre sans cesse la place des femmes dans la société. Pour celles qui intègrent les tribus, que ce soit la place qui leur était réservée dans la société puritaine des migrants des Amériques, ou celle qu’elles doivent se faire au sein des tribus, on se rend compte que le rôle des femmes, leur liberté, leur existence même ne sont jamais garantis.

Enfin, la déliquescence des tribus indiennes dans la société actuelle, la disparition de nombreuses femmes dans le pays sans que cela émeuvent le moins du monde les autorités, et la vie dans les réserves, nous sont également montrés avec toute la cruauté et tout ce que cela implique pour les amérindiens. J’ai le souvenir d’avoir traversé quelques réserves, lors de mes voyages aux États-Unis, et d’avoir vu certains de ces indiens perdus par l’alcool, la drogue et l’inactivité, au détriment de traditions qui se perdent.

Catalogue éditeur : Le Cherche Midi

Mille femmes blanches : L’héritage

1875. Un chef cheyenne propose au président Grant d’échanger mille chevaux contre mille femmes blanches, afin de les marier à ses guerriers. Celles-ci, « recrutées » de force dans les pénitenciers et les asiles du pays, intègrent peu à peu le mode de vie des Indiens, au moment où commencent les grands massacres des tribus.
1876. Après la bataille de Little Big Horn, quelques survivantes décident de prendre les armes contre cette prétendue « civilisation » qui vole aux Indiens leurs terres, leur mode de vie, leur culture et leur histoire. Cette tribu fantôme de femmes rebelles va bientôt passer dans la clandestinité pour livrer une bataille implacable, qui se poursuivra de génération en génération.
Dans cet ultime volume de la trilogie Mille femmes blanches, Jim Fergus mêle avec une rare maestria la lutte des femmes et des Indiens face à l’oppression, depuis la fin du xixe siècle jusqu’à aujourd’hui. Avec un sens toujours aussi fabuleux de l’épopée romanesque, il dresse des portraits de femmes aussi fortes qu’inoubliables.

Jim Fergus est né à Chicago en 1950 d’une mère française et d’un père américain. Il vit dans le Colorado.

EAN : 9782749155586 / Nombre de pages : 374 / Format : 154 x 240 mm / Prix : 23.00 €

L’envol du moineau, Amy Belding Brown

L’envol du moineau, une grande fresque historique dont le personnage principal captive et émeut par son courage et son caractère. Quand une histoire vraie devient un récit totalement romanesque…

Baie du Massachussetts, en 1672. Les territoires sont habités par les puritains aux règles rigides et strictes. Mary est la fille de John White, un riche propriétaire terrien du Lancaster. C’est l’épouse de Joseph Rowlandson, pasteur de l’église de cette même communauté. Ils vivent relativement aisément pour l’époque, femme au foyer, mère attentive, chrétienne convaincue, Mary respecte les règles imposées par l’église et par son mari. A cette époque et dans cette église pour le moins austère, une femme reste à la maison, n’en sort qu’accompagnée de son mari, prend bien soin de cacher ses cheveux sous son bonnet et peut être punie pour insolence, y compris envers son époux.

Mary et sa famille se conforment aux règles, sans trop y penser. Mais un jour de 1675, leur village est attaqué par les indiens, Mary et ses enfants sont faits prisonniers, puis menés vers les grandes plaines où se regroupent les tribus. C’est vivre alors l’abomination la plus terrible que de tomber ainsi aux mains des barbares, des sauvages, et être asservie. Mary devient l’esclave de Weetamoo, la femme du chef Qinnapin.

Totalement choquée et apeurée dans un premier temps, Mary va pourtant rapidement déceler chez ces indiens des valeurs humaines qu’elle découvre avec étonnement. Ces sauvages qui ont dévasté son village et tué sans pitié les habitants sont capables de compassion, d’empathie, d’entraide, d’amour envers leurs enfants. Elle apprend à leur contact la liberté de mouvement, le bonheur de l’oisiveté, la possibilité dont jouissent les femmes de s’exprimer et de commander, alors qu’elle-même n’était qu’autorisée qu’à se taire dans sa propre communauté.

A leur contact, pendant plusieurs mois de souffrance, contrainte à des déplacements permanent à travers différents États, tenaillée par la faim et le froid au même titre que ses ravisseurs, aidée par James, un indien converti, elle va vivre avec les tribus et remettre en question les fondements de son existence passée. Questions encore plus prégnantes lors de son retour, car tel le moineau prisonnier de sa cage, Mary ne chante plus et rêve de liberté.

Elle doute, qui sont les vrais sauvages ? Qui est le plus cruel, et qui est dans son droit. Est-il vrai que les saintes écritures valident l’esclavage, et de quel droit ? Pourquoi les blancs s’arrogent-ils le droit de traiter les noirs en esclaves et réfutent-ils ce droit aux indiens ? Lorsqu’elle aura recouvré sa liberté, ces interrogations en avance sur son temps la mettront au ban de la société.

Dans cette grande fresque romanesque, pourtant basée sur une histoire vraie et des faits vérifiés, Amy Belding Brown nous plonge dans l’Amérique puritaine du XVIIe siècle où Dieu est le seul maître, le seul refuge, il dicte aux hommes, et par eux, aux femmes, leur rôle et leur mission. Et l’on se demande alors qui des puritains de la Nouvelle Angleterre ou des indiens natifs de ces terres sont les véritables sauvages ? Amy Belding Brown pose les questions de l’extrémisme religieux, de l’esclavage, de l’égalité des races, et soulève une fois encore la question de l’extermination des indiens d’Amérique du Nord chassés de leur terre par les colons.

J’ai vraiment  aimé ce roman qui décrit à la fois l’intime et l’Histoire, qui exprime à la fois les sentiments et la violence, l’amour et la haine, la foi et le doute, et qui est superbement traduit par Cindy Colin Kapen. S’il est largement conseillé par Jim Fergus, il me fait penser au thème de son bestseller « Mille femmes blanches », que j’avais également apprécié lors de sa sortie.

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Catalogue éditeur : Cherche-Midi

Cindy COLIN KAPEN (Traducteur)

Colonie de la baie du Massachusetts, 1672. Mary Rowlandson vit dans une communauté de puritains venus d’Angleterre. Bonne mère, bonne épouse, elle souffre néanmoins de la rigidité morale étouffante qui règne parmi les siens. Si elle essaie d’accomplir tous ses devoirs, elle se sent de plus en plus comme un oiseau en cage. Celle-ci va être ouverte de façon violente lorsque des Indiens attaquent son village et la font prisonnière. Mary doit alors épouser le quotidien souvent terrible de cette tribu en fuite, traquée par l’armée. Contre toute attente, c’est au milieu de ces « sauvages » qu’elle va trouver une liberté qu’elle n’aurait jamais imaginée. Les mœurs qu’elle y découvre, que ce soit le rôle des femmes, l’éducation des enfants, la communion avec la nature, lui font remettre en question tous ses repères. Et, pour la première fois, elle va enfin pouvoir se demander qui elle est et ce qu’elle veut vraiment. Cette renaissance pourra-t-elle s’accoutumer d’un retour « à la normale », dans une société blanche dont l’hypocrisie lui est désormais insupportable ?
 
Cette magnifique épopée romanesque, inspirée de la véritable histoire de Mary Rowlandson, est à la fois un portrait de femme bouleversant et un vibrant hommage à une culture bouillonnante de vie, que la « civilisation » s’est efforcée d’anéantir.

EAN : 9782749160924 / Nombre de pages : 464 / Format : 140 x 220 mm / Prix : 22€

Kuessipan, Naomi Fontaine

Kuessipan, de Naomi Fontaine, un roman poème, un livre indispensable.

Que ce livre est étrange. Il ne ressemble pas tout à fait à un roman, dans le sens où il ne raconte pas une seule histoire, et pourtant il est comme une succession de poèmes qui viendraient nous parler de la vie. L’auteur évoque en quelques mots, quelques lignes, la vie de ces femmes ou ces hommes, ces enfants, ces jeunes et ces vieux de sa tribu indienne. Naomi Fontaine, jeune femme Innue, est  originaire de la communauté de Uashat parquée dans une réserve tout au nord-est  du Québec, près de Tadoussac, dans ces paysages qui malgré leur modernité gardent le côté sauvage des terres du nord, celles des tribus nomades d’autrefois.

J’ai trouvé à la fois une grande simplicité et beaucoup de poésie dans ces lignes. En quelques mots, un paragraphe parfois, l’auteur fait passer des instants de vie, de réussite, de tristesse, de déchirure, le mari mort dans un accident de voiture, la jeune fille de 15 ans enceinte et heureuse de porter son enfant, le vieux qui bientôt ne sera plus mais qui transmet encore aux plus jeunes son savoir, la grand-mère qui tient encore sa tribu à plus de cent ans, et ce jeune homme détruit par la drogue et mort bien trop tôt. Drogue, alcool, ennui, tout ce qui détruit la   vie et l’honneur des hommes est également abordé. Car comment se réaliser, devenir un homme quand on vit dans ces réserves qui annihilent votre volonté et votre existence.

Il y a tout un monde dans ce court roman. J’ai vraiment aimé, il va droit au cœur. On imagine tout à fait les paysages, les odeurs, les parfums qui changent avec les saisons, la glace sur le lac, le renouveau des prairies, les animaux, les plantes, tout y est en si peu de mots. J’ai le sentiment de l’avoir lu presque trop vite, il a un goût d’ailleurs, d’enfance et de vie.

Catalogue éditeur : Serpent a plumes

Kuessipan est le récit des femmes indiennes. Autant de femmes, autant de courages, de luttes, autant d’espoirs. Dans la réserve innue de Uashat, les femmes sont mères à quinze ans et veuves à trente. Des hommes, il ne reste que les nouveau-nés qu’elles portent et les vieux qui se réunissent pour évoquer le passé. Alors ce sont elles qui se battent pour bâtir l’avenir de leur peuple, pour forger jour après jour leur culture, leur identité propre, indienne.

EAN : 9791094680070 / 120 pages / Date de parution : 21/08/2015

Tristesse de la terre ; une histoire de Buffalo Bill Cody, Eric Vuillard.

Quand Eric Vuillard nous invite à faire un tour chez les indiens avec buffalo Bill

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Au MET, New York © DCL-DS2015

Lorsque j’ai arpenté les salles du MET, le Metropolitan Muséeum de New York il y a quelques jours, les superbes bronzes d’indiens exposés dans The American Wing, la partie dédiée aux Etats Unis, m’ont donné envie de vous parler de ce livre découvert en 2014.

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Au MET, New York © DCL-DS2015

Eric Vuillard décrit l’épopée de Buffalo Bill Cody, son spectacle, le Wild West Show, et la façon dont il s’est organisé au fil du temps, agrégeant quelques numéros pour en faire un show gigantesque. C’était un précurseur dans ce domaine, comme l’ont été après lui ces grands cirques qui ont parcouru les Etats Unis d’Est en Ouest au début du siècle dernier. Utilisant toutes les ficelles à sa portée, quel qu’en soit le prix, il réussira à faire vibrer les milliers de spectateurs ébahis par cette transcription d’une ruée vers l’ouest tout à l’avantage de valeureux combattants, contre ces sauvages indiens. Ou comment organiser une vision d’un monde telle qu’on souhaite la voir se perpétuer auprès des foules admiratives. Tout est bon à prendre, la glorieuse entrée en scène de Buffalo Bill, la parade du grand chef indien, Sitting Bull, sifflé par la foule des spectateurs, lui le vainqueur de Little Big Horn, les pauvres indiens qui rejouent une version édulcorée de la bataille de Wounder Knee, ce simulacre d’une bataille glorieuse pour le plaisir des spectateurs, pour la gloire de l’Amérique naissante.

En lisant ce court livre, je n’ai pu m’empêcher de penser au livre de Didier Daeninckx, Cannibale. Même utilisation des « sauvages » pour en faire un show à l’image de ce que cherche le gentil homme blanc civilisé. Bien sûr il est facile de le traduire ainsi aujourd’hui, il faudrait sans doute se replacer dans le contexte pour trouver ce comportement un peu moins cynique, ou pas….
Dans tous les cas, c’est un livre très intéressant, une écriture superbe, vive, rythmée, ponctuée de photos de l’époque, le tout emporte et interroge le lecteur.

Du même auteur, j’ai également beaucoup aimé L’ordre du jour, et 14 juillet.

Catalogue éditeur : Actes Sud

Tristesse de la terre

Alors, le rêve reprend. Des centaines de cavaliers galopent, soulevant des nuages de poussière. On a bien arrosé la piste avec de l’eau, mais on n’y peut rien, le soleil cogne. L’étonnement grandit, les cavaliers sont innombrables, on se demande combien peuvent tenir dans l’arène. C’est qu’elle fait cent mètres de long et cinquante de large ! Les spectateurs applaudissent et hurlent. La foule regarde passer ce simulacre d’un régiment américain, les yeux sortis du crâne. Les enfants poussent pour mieux voir. Le cœur bat. On va enfin connaître la vérité.

Août, 2014 / 10,0 x 19,0 /176 pages / ISBN : 978-2-330-03599-0 / prix indicatif : 18, 00€

John Ford et les Indiens, Arnaud Balvay et Nicolas Cabos

Un livre passionnant pour comprendre pourquoi Monument Valley est le « lucky spot » de John Ford et son attachement aux tribus indiennes

Mes plus grands souvenirs de voyages sont ceux que j’ai faits en  1976, puis en 80, aux États Unis, que j’ai traversés d’est en ouest, pour rester deux mois en Arizona et Californie. J’ai toujours en mémoire les visites aux réserves Navajos et les quelques contacts avec les indiens qui à l’époque tenaient quelques boutiques en particulier celles vendant alcool ou carburant, en plus des incontournables boutiques à souvenirs. Tout le monde, ou presque,  se souvient des westerns de John Ford, vus et revus au cinéma puis à la télévision, dans lesquels les indiens ont une place importante.

Aussi quand Babelio et Séguier ont proposé ce livre, « John Ford et les Indiens » d’Arnaud Balvay et Nicolas Cabos, je n’ai pas hésité. Si je ne suis pas une cinéphile avertie, j’ai cependant beaucoup apprécié ce livre, particulièrement bien documenté, organisé en différentes parties, et qui nous présente John Ford et son attachement aux tribus Navajos et à certains indiens en particulier, qu’il a bien souvent fait tourner dans ses films.

Au fil des pages, on découvre l’évolution du rôle des indiens dans les films de John Ford, de figurants quasi insignifiants jouant à la perfection le rôle qui leur est imposé, à celui, au fil des films, de leur véritable rôle dans l’Histoire, et l’attachement et la considération du cinéaste à leur égard se retrouve également dans la considération des navajo envers John Ford. Devenu membre honoraire de leur tribu en 1955. On comprend aussi comment Monument Valley devient le « lucky spot » qui porte chance au réalisateur. John Ford prendra un plaisir certain à tourner en toute liberté sur la terre Navajo que les spectateurs découvrent alors avec bonheur.

Cependant, si le rôle des Navajos évolue au fil des films, leurs noms n’apparaissent toujours pas dans les génériques, l’évolution de la société n’est pas forcément  en phase avec l’évolution du cinéaste. Mais il me semble que c’est notre regard actuel qui nous fait dire cela, et qu’il est toujours très difficile de se replacer concrètement dans le passé.

Si vous aimez les westerns, et si vous avez la curiosité de mieux comprendre une époque, vous serez aussi séduits que moi par ce superbe livre. Textes et photos se mêlent étroitement aux souvenirs pour mieux comprendre une Histoire. C’est assurément un livre que l’on a envie de feuilleter, de poser sur une table et de reprendre régulièrement, de parcourir au hasard, ou de lire assidument, tout est possible. Les photos qui ponctuent les chapitres sont superbes, j’en aurai presque souhaité un peu plus !

Catalogue éditeur : Éditions Séguier 

John Ford et les Indiens, c’est l’histoire d’une rencontre.
En 1938, alors qu’il est à la recherche d’un lieu pour tourner La Chevauchée fantastique, qui va relancer le western, John Ford découvre Monument Valley et ses habitants : les Indiens Navajos.
Après ce premier contact, Ford et les Navajos s’illustrent chacun de leur côté pendant la Seconde guerre mondiale avant de se retrouver en 1946 pour La Poursuite infernale. Jusqu’à la fin de sa vie, en 1973, John Ford tournera sept autres films avec les Navajos.
Au cours de ces trois décennies, le réalisateur et les Amérindiens ne cesseront de se découvrir mutuellement et noueront des liens forts et durables. Ces relations feront évoluer les conceptions de Ford au sujet des « Native Americans », modifieront sa façon de les filmer et amélioreront pour un temps la vie matérielle des Navajos.
En s’appuyant sur les archives du réalisateur et des témoignages inédits, le livre raconte cet âge d’or vu des « deux côtés de l’épopée » comme disait Ford.

Arnaud Balvay est docteur en histoire, spécialiste de l’Amérique du Nord et des Amérindiens. Il a publié plusieurs articles et ouvrages spécialisés (L’Épée et la plume. Amérindiens et soldats des troupes de la marine en Louisiane et au Pays d’en Haut (1683-1763), Québec, 2006 ; La Révolte des Natchez, Paris, 2008). Depuis près de vingt ans, il entretient des relations avec des amis navajos vivant à Phœnix, Flagstaff ou Kayenta.

Nicolas Cabos est professeur de cinéma, chroniqueur, scénariste, auteur dramatique et metteur en scène. Professeur à l’Ecole Supérieure de Gestion, il anime un cours de cinéphilie destiné à des étudiants en master de production audiovisuelle. Co-commissaire de l’exposition Le Cinéma à Saint-Cloud, le rêve et l’industrie, au Musée des Avelines de Saint-Cloud en 2012, il en a également co-signé le catalogue.

Prix: 21.00 € / Parution : 19/03/2015 / ISBN : 9782840496892 / Format : 15×21 cm 300 pages

Le Fils, Philipp Meyer

Avec « le fils » Philipp Meyer écrit de sa plume énergique et vivante une grande saga romanesque.

Cette fresque retrace sur cinq générations et plus de cent cinquante ans la vie de la famille Mc Cullough et à travers sa « petite histoire » une partie de la « grande histoire », celle du Texas, de l’Amérique des états du sud et de ses changements. Histoire violente, surprenante, émouvante, brutale, proche de la nature sauvage d’un vaste territoire à conquérir, où Mexicains, pionniers et indiens s’entretuent sur ces terres que chacun considère comme sa propriété, mais Histoire qui emporte le lecteur.

Le fils, c’est Eli, arrivé dans les plaines du Texas avec ses parents vers 1840, il assiste au massacre de sa mère et de sa sœur par les indiens. Bien qu’il ait tué un des leurs ce jour-là, Eli se fait enlever par les Comanches et passera trois années avec ceux qui deviendront ses frères.

Au fil de son histoire, le lecteur découvre l’Histoire des tribus Comanches. Ils enlevaient des enfants et des femmes pour en faire des esclaves, les enfants pour aider les femmes lorsque les hommes partaient au combat, les femmes pour éviter la consanguinité en apportant du sang neuf. Leur vie est décrite avec les violences, les coutumes qui nous paraissent barbares, combats entre tribus ou massacres de colons, torture, scalps, rien n’est épargné, chasse au bison, liberté relative des mœurs et des femmes, mais également parfois avec beaucoup d’humour, en particulier lors de l’évocation des noms des indiens et leur signification.  Très vite tout cela devient la vie d’Eli. Lui qui aura su passer d’homme dit civilisé à indien Comanche, tuant les colons sans scrupule, mais retournant ensuite au monde d’où il vient, et capable alors de tuer ses anciens frères indiens. Philipp Meyer nous fait découvrir la vie de ces indiens qui s’éteignent dans des combats entre tribus pour garder leurs territoires ou pour la conquête de troupeaux de bisons qui leur permettront de passer l’hiver, qui se battent contre l’envahisseur blanc, mais qui sont durement frappés par les maladies apportées sur le continent par ces mêmes blancs.

Le fils, c’est ensuite Peter, le fils d’Eli que nous découvrons à partir de 1915. Il représente la deuxième génération de pionniers dans cette Amérique qui se construit sur les ruines des possessions mexicaines. Son histoire à lui se déroule au moment des guerres de sécession et de la guerre contre le Mexique, pourtant premier occupant du Texas. Intéressant de replacer également cette période au moment de la première guerre mondiale en Europe. Philipp Meyer nous présente ces populations qui s’approprient les terres des occupants précédents et qui n’hésitent pas à massacrer pour les obtenir : les colons espagnols et les indiens, les pionniers et les Mexicains, les Indiens et les colons, c’est un combat sans fin. Intéressant de voir que l’auteur ne prend pas parti, mais il présente une vision du passé qui interroge.

Le fils enfin, cela aurait pu être Jeanne-Anne, le troisième personnage auquel fait référence cette fresque.  S’il y a peu de personnages féminins, en voilà enfin un, mais il est difficile de trouver sa place dans ce monde de pionniers. Pour arriver à se faire respecter dans cette dynastie de conquérants, Jeanne-Anne va devoir se comporter comme un homme. Fille de Peter, elle représente la nouvelle génération de la fin du XXème, celle des riches propriétaires de la nouvelle ruée vers l’or, celle de l’or noir et de ses derrick qui remplacent peu à peu les troupeaux sur les terres du Texas.

Le roman alterne les évocations de ces trois personnages tellement différents qu’il est parfois difficile de les suivre. Mais rapidement les récits s’enchainent et l’intrigue se déroule. C’est la saga d’une famille mais c’est surtout la saga d’une époque, de la conquête d’un nouveau monde bâti sur des épopées mais aussi sur des massacres, l’Histoire magnifique d’un pays qui s’est construit dans les grands espaces et la violence.


Catalogue éditeur : Albin-Michel

Vaste fresque de l’Amérique de 1850 à nos jours, Le Fils de Philipp Meyer, finaliste du prestigieux prix Pulitzer 2014, est porté par trois personnages, trois générations d’une famille texane, les McCullough, dont les voix successives tissent la trame de ce roman exceptionnel.
Eli, enlevé par les Comanches à l’âge de onze ans, va passer parmi eux trois années qui marqueront sa vie. Revenu parmi les Blancs, il prend part à la conquête de l’Ouest avant de s’engager dans la guerre de Sécession et de bâtir un empire, devenant, sous le nom de « Colonel », un personnage de légende.
À la fois écrasé par son père et révolté par l’ambition dévastatrice de ce tyran autoritaire et cynique, son fils Peter profitera de la révolution mexicaine pour faire un choix qui bouleversera son destin et celui des siens.
Ambitieuse et sans scrupules, Jeanne-Anne, petite-fille de Peter, se retrouvera à la tête d’une des plus grosses fortunes du pays, prête à parachever l’œuvre de son arrière-grand-père.
Il est difficile de résumer un tel livre. Porté par un souffle hors du commun, Le Fils est à la fois une réflexion sur la condition humaine et le sens de l’Histoire, et une exploration fascinante de la part d’ombre du rêve américain.

« Meyer est un impressionnant et remarquable conteur, de ceux qui vous font tourner les pages sans même que vous vous en rendiez compte. » Richard Ford

23 août 2014 / Format : 220 mm x 150 mm /Prix : 23,49€ /688 pages / EAN13 : 9782226259769

Traducteur : Sarah Gurcel