Le Cherokee, Richard Morgiève

Uthah, 1954…. Des martiens, des tueurs en série, mais on ne le sait pas encore, des hommes amoureux, mais ils ne le savent pas encore, avec Le Cherokee, Richard Morgiève nous balade dans un roman noir aux accents terriblement américains.

Corey était coi, Myrtle Tate l’avait chloroformé. Apache et deux fois orphelin, ça faisait beaucoup pour un shérif de l’an mille neuf cent cinquante-quatre.

Dans les années 50 aux USA, l’idée de martiens fait son chemin dans la population et c’est bien connu, on en voit régulièrement. La guerre de Corée vient de s’achever, Hiroshima n’est pas loin, le maccarthysme non plus, les communistes sont chassés partout dans le pays, en pleine guerre froide on craint la riposte Russe.

Nick Corey est envoyé sur la piste d’une soucoupe volante, quand l’avion militaire Sabre atterri, le shérif en lui n’est pas sûr de ce qu’il voit, mais l’homme ouvert à toutes les possibilités comprend qu’il n’y a aucun pilote et que l’affaire est sérieuse. Et il découvre incidemment sur les même lieux une voiture volée. Le FBI et l’armée sont rapidement prévenus.

Le shérif est hanté depuis vingt ans par le double meurtre de ses parents adoptifs. Affaire non résolue, même si la culpabilité lui a d’abord incombé avant d’être disculpé. Les années de prison et de guerre l’ont rendu à la fois sensible et attentif, prêt à écouter et à appréhender toutes les possibilités, doté d’une mémoire fabuleuse, sur une scène de crime, il est ouvert à toutes les éventualités. D’ailleurs, il vient de découvrir une nouvelle théorie issue d’Allemagne qui évoque la possibilité de tueur en série.

Le voilà lancé sur la piste de meurtres multiples et particulièrement cruels. Nick Corey comprend rapidement que ces meurtres sont liés à ceux de ses parents, survenus 20 ans avant. De meurtre sordide en résolution d’énigme, Corey va avancer à la fois dans sa quête du Dindon, ainsi qu’il a surnommé le tueur qu’il traque, et dans celle du mystère de l’avion sans pilote, complot terroriste fomenté par des militaires en mal de conflit. Ses pas le mènent dans ceux de l’agent du FBI White – il  comprend alors que l’amour se cache où il veut- mais surtout vers sa quête intérieure. D’où vient-il, est-il ce que ses parents, l’éducation, la religion,  ont fait de lui, est-il forgé par la violence de ses années de prison ou de guerre, ou par l’amour qui se révèle en lui au contact de White ?

Richard Morgiève a situé son intrigue dans les années 50. Il interroge le lecteur sur ce que l’homme fait de sa planète, abordant de grands thèmes universels, désertification des campagnes, même si celles des USA sont gigantesques, pollution aux métaux lourds, industrialisation outrancière, guerre atomique, place des indiens natifs des grandes plaines, homosexualité, religion, pouvoir de l’argent, par exemple.

J’ai aimé cette écriture, étonnante, singulière, digne d’un grand roman noir américain, qui laisse souvent poindre à la fois humour et un brin de dérision dans un univers particulièrement noir, sanglant et violent. Phrases et chapitres courts donnent le rythme. J’ai suivi ce personnage attachant, désarmant et mélancolique avec intérêt et tourné les pages avec avidité… même si la fin m’a laissée un peu sur ma faim justement. Mais qu’est-ce qui est le plus important, la quête, le chemin, ou l’arrivée ?

Photo Domi C Lire Richard Morgiéve Manosque 2017

Roman lu dans le cadre de ma participation au jury du Prix des lecteurs BFM l’Express

Catalogue éditeur : Joëlle Losfeld, Gallimard

1954, USA : alors qu’il fait sa tournée de nuit à la première neige, sur les hauts plateaux désertiques du comté de Garfield, dans l’Utah, le shérif Nick Corey découvre une voiture abandonnée. Au même moment, il voit atterrir un chasseur Sabre, sans aucune lumière. Et sans pilote. C’est le branle-bas de combat. L’armée et le FBI sont sur les dents. Quant à Corey, il se retrouve confronté à son propre passé : le tueur en série qui a assassiné ses parents et gâché sa vie réapparaît. Corey se lance à sa poursuite. Mais les cauchemars ont la dent dure… Et on peut tomber amoureux d’un agent du FBI.

480 pages / 150 x 220 mm  / ISBN : 9782072829321 / Parution : 17-01-2019

Montana 1948. Nicolas Pitz. Larry Wattson.

Dans « Montana 1948 »,  la BD de Nicolas Pitz adaptée du roman de Larry Wattson, David Hayden se souvient de l’été de ses douze ans.

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Dans ce village qui vit pour la plus grande partie de sa population de l’élevage ou de la culture, aux confins des USA , à quelques kilomètres à peine de la frontière canadienne, les villageois cohabitent relativement en paix avec les tribus indiennes parquées dans les réserves. Certains font même travailler des indiennes chez eux.

Wes, le père de David est aussi le shérif de Mercer County. Elu à la suite de son propre père qui avait obtenu de nombreux mandants successifs, sa famille est connue de tous. Alors quand Marie, la jeune femme sioux qui garde David, tombe malade, son père veut faire venir Franck, son frère médecin et vétéran respecté de la grande guerre.
Mais les jeunes indiennes ne veulent pas voir ce médecin et cela commence d’ailleurs à se savoir en ville. Sont-elles victimes de leur croyance qui veut, comme le dit si bien Franck, que la venue auprès d’elles de l’homme médecine blanc soit annonciatrice de grand malheur, ou cachent-elles un secret qui pourrait les mettre en danger dans cette ville si typiquement américaine et blanche. Pourtant, la femme de Wes  commence à avoir quelques soupçons sur le comportement de Franck auprès des jeunes indiennes de la tribu, les langues se délient, et Wes doit mener l’enquête.

Dans le Montana des années 40, il est compliqué d’accuser un blanc, surtout quand il est soutenu par une famille puissante et déterminée. Et que vaut la vie et la parole d’une jeune indienne, après tout ? Enfin, comment est-il possible de respecter les obligation de son métier et de rester loyal envers sa famille ? Cruel dilemme que celui que devra régler le si peu charismatique shérif du comté. Comment être totalement convaincu par l’issue du drame qui se déroule devant nous, en tout cas par rapport à l’époque décrite, tant il semble difficile alors d’aller à l’encontre de la toute-puissance des blancs bien installés dans leurs comtés.

La BD est portée par un graphisme intéressant. Il  évoque les grandes plaines, avec des couleurs qui rendent bien les tons ocres des montagnes et le rougeoiement de la nature en cet été finissant. Le réalisme des scènes dans les jardins un verre de bière à la main, ou de quelques parties de chasse dans une nature encore sauvage, avec ces animaux aux portes des maisons, et enfin quelques voitures années 40 viennent compléter le décor et la rendre très agréable à lire.

💙💙💙💙


Catalogue éditeur : Sarbacane

« De l’été de mes douze ans, je garde les images les plus saisissantes et les plus tenaces de toute mon enfance, que le temps passant n’a pu chasser ni même estomper. » Ainsi s’ouvre le récit du jeune David Hayden. Cet été 1948, une jeune femme sioux porte de lourdes accusations à l’encontre de l’oncle du garçon, charismatique héros de la Seconde Guerre mondiale et médecin respecté. Déchiré, le père de David, shérif de cette petite ville du Montana, doit alors affronter son frère ainé. David assistera, impuissant, au conflit entre les deux frères et découvrira la difficulté d’avoir à choisir entre la loyauté à sa famille et la justice.
Montana 1948 raconte la perte des illusions de l’enfance et la découverte du monde adulte.

Format : 21,5 x 29 cm / Nbre de pages : 128 pages / Parution : 1 mars 2017 / ISBN : 97828486594701 / Prix : 19,50 €

John Ford et les Indiens, Arnaud Balvay et Nicolas Cabos

Un livre passionnant pour comprendre pourquoi Monument Valley est le « lucky spot » de John Ford et son attachement aux tribus indiennes

Mes plus grands souvenirs de voyages sont ceux que j’ai faits en  1976, puis en 80, aux États Unis, que j’ai traversés d’est en ouest, pour rester deux mois en Arizona et Californie. J’ai toujours en mémoire les visites aux réserves Navajos et les quelques contacts avec les indiens qui à l’époque tenaient quelques boutiques en particulier celles vendant alcool ou carburant, en plus des incontournables boutiques à souvenirs. Tout le monde, ou presque,  se souvient des westerns de John Ford, vus et revus au cinéma puis à la télévision, dans lesquels les indiens ont une place importante.

Aussi quand Babelio et Séguier ont proposé ce livre, « John Ford et les Indiens » d’Arnaud Balvay et Nicolas Cabos, je n’ai pas hésité. Si je ne suis pas une cinéphile avertie, j’ai cependant beaucoup apprécié ce livre, particulièrement bien documenté, organisé en différentes parties, et qui nous présente John Ford et son attachement aux tribus Navajos et à certains indiens en particulier, qu’il a bien souvent fait tourner dans ses films.

Au fil des pages, on découvre l’évolution du rôle des indiens dans les films de John Ford, de figurants quasi insignifiants jouant à la perfection le rôle qui leur est imposé, à celui, au fil des films, de leur véritable rôle dans l’Histoire, et l’attachement et la considération du cinéaste à leur égard se retrouve également dans la considération des navajo envers John Ford. Devenu membre honoraire de leur tribu en 1955. On comprend aussi comment Monument Valley devient le « lucky spot » qui porte chance au réalisateur. John Ford prendra un plaisir certain à tourner en toute liberté sur la terre Navajo que les spectateurs découvrent alors avec bonheur.

Cependant, si le rôle des Navajos évolue au fil des films, leurs noms n’apparaissent toujours pas dans les génériques, l’évolution de la société n’est pas forcément  en phase avec l’évolution du cinéaste. Mais il me semble que c’est notre regard actuel qui nous fait dire cela, et qu’il est toujours très difficile de se replacer concrètement dans le passé.

Si vous aimez les westerns, et si vous avez la curiosité de mieux comprendre une époque, vous serez aussi séduits que moi par ce superbe livre. Textes et photos se mêlent étroitement aux souvenirs pour mieux comprendre une Histoire. C’est assurément un livre que l’on a envie de feuilleter, de poser sur une table et de reprendre régulièrement, de parcourir au hasard, ou de lire assidument, tout est possible. Les photos qui ponctuent les chapitres sont superbes, j’en aurai presque souhaité un peu plus !

Catalogue éditeur : Éditions Séguier 

John Ford et les Indiens, c’est l’histoire d’une rencontre.
En 1938, alors qu’il est à la recherche d’un lieu pour tourner La Chevauchée fantastique, qui va relancer le western, John Ford découvre Monument Valley et ses habitants : les Indiens Navajos.
Après ce premier contact, Ford et les Navajos s’illustrent chacun de leur côté pendant la Seconde guerre mondiale avant de se retrouver en 1946 pour La Poursuite infernale. Jusqu’à la fin de sa vie, en 1973, John Ford tournera sept autres films avec les Navajos.
Au cours de ces trois décennies, le réalisateur et les Amérindiens ne cesseront de se découvrir mutuellement et noueront des liens forts et durables. Ces relations feront évoluer les conceptions de Ford au sujet des « Native Americans », modifieront sa façon de les filmer et amélioreront pour un temps la vie matérielle des Navajos.
En s’appuyant sur les archives du réalisateur et des témoignages inédits, le livre raconte cet âge d’or vu des « deux côtés de l’épopée » comme disait Ford.

Arnaud Balvay est docteur en histoire, spécialiste de l’Amérique du Nord et des Amérindiens. Il a publié plusieurs articles et ouvrages spécialisés (L’Épée et la plume. Amérindiens et soldats des troupes de la marine en Louisiane et au Pays d’en Haut (1683-1763), Québec, 2006 ; La Révolte des Natchez, Paris, 2008). Depuis près de vingt ans, il entretient des relations avec des amis navajos vivant à Phœnix, Flagstaff ou Kayenta.

Nicolas Cabos est professeur de cinéma, chroniqueur, scénariste, auteur dramatique et metteur en scène. Professeur à l’Ecole Supérieure de Gestion, il anime un cours de cinéphilie destiné à des étudiants en master de production audiovisuelle. Co-commissaire de l’exposition Le Cinéma à Saint-Cloud, le rêve et l’industrie, au Musée des Avelines de Saint-Cloud en 2012, il en a également co-signé le catalogue.

Prix: 21.00 € / Parution : 19/03/2015 / ISBN : 9782840496892 / Format : 15×21 cm 300 pages