Et soudain, la liberté. Évelyne Pisier, Caroline Laurent.

De la France des colonies aux bras de Fidel, de la lutte pour l’émancipation des femmes à la défense des homosexuels, lire « Et soudain, la liberté » c’est découvrir, aimer, vivre avec la très solaire Évelyne Pisier et son amie Caroline Laurent. Un destin et des combats incroyables.

Domi_C_Lire_et_soudain_la_liberte_caroline_laurent_evelyne_pisier_pocket.jpgUn jour, Évelyne Pisier raconte l’histoire de sa vie à Caroline Laurent, jeune éditrice. Son désir ? Passer par la fiction pour raconter l’histoire de sa vie dans un roman. Mais comme dans les romans qui finissent souvent mal, le décès brutal d’Évelyne avant même l’écriture de son livre aurait dû signer la mort du récit/roman.

Pourtant, une amitié tellement intense s’est tissée  entre les deux femmes que Caroline Laurent décide d’écrire cette histoire. Mais pas seulement, car dans Et soudain, la liberté en plus de ces vies de femmes exemplaires de liberté et d’un courage hors du commun, il y a aussi l’histoire de cette histoire, de cette belle amitié.

Je ne sais pas vous, mais si j’avais entendu parler de Marie-France Pisier, je dois avouer que je ne connaissais pas du tout Évelyne, pourtant elle aussi est un personnage public qui a compté. Née en 1941 en Indochine, à Hanoï, (comme un de mes oncles, les colonies ont marqué de nombreuses familles et générations) cette femme ardente va mener tous les combats de son temps et certainement même en avance sur son temps. Dans cette France coloniale la vie s’écoule sereine et facile pendant quelques années. La jeune Lucile (la protagoniste du roman, le double d’Évelyne) profite de la vie sous la férule d’un père omniprésent, quasi omnipotent, maitre du monde, du moins de son monde. Cet homme aux idées bien arrêtées sur les différences entre les races, sur l’inégalité entre les hommes, sur leur valeur, sur la hiérarchie des sexes, est aussi un fervent partisan du Maréchal. C’est une véritable caricature, mais pas un exemplaire unique, de cette intelligentsia coloniale dont on préfère aujourd’hui ne pas trop se souvenir.

Mona, la mère amoureuse et effacée, et Lucile, la fille, toutes deux obéissantes et soumises, acceptent ce point de vue, cette tyrannie domestique… jusqu’au jour où arrivent les conflits, la guerre est là, les japonais envahissent l’Indochine et parquent les femmes dans des camps – je me souviens des longs récits de mon père sur cette période, et imagine totalement les scènes si réalistes et douloureuses du roman. Comme dans tout pays en guerre, la famine, le viol des femmes, leur soumission, sont des prises de guerre faciles et valorisantes pour l’occupant qui laissent des traces comme marquées au fer rouge.

Pour Evelyne, il y a l’Indochine, puis la Nouvelle Calédonie, enfin la France. Il y a avant tout une émancipation, aidée en cela par une mère qui ouvre enfin les yeux, par une réalité qui s’avère être bien éloignée des règles édictées par le père. Il y a aussi la lecture de Simone de Beauvoir et de son Deuxième sexe, qui ouvre les yeux de Mona, qui décille ceux de Lucile, et permet aux deux femmes de s’émanciper. Ce sera un amant, un permis de conduire obtenu de haute lutte, des combats féministes pour le droit de femmes engagés pour Mona. Pour Lucile / Évelyne, c’est aussi une lutte de chaque instant pour se défaire de la mainmise et des allégations d’un père qui se fourvoie dans un racisme quasi d’état depuis si longtemps. La liberté, sa liberté, est au bout du chemin. Étudiante, il y a alors Cuba, il y a Fidel, il y a avant tout un destin incroyable pour cette femme qui aura su sortir de cette emprise et mener des combats toute sa vie.

Quel bonheur pour nous lecteurs qu’Évelyne ait transmis son message, que Caroline ait souhaité porter vers nous la voix de cette femme lumineuse. Évelyne Pisier a vécu soixante années de passions et de luttes, à une époque pas si lointaine où le monde a tant changé, des colonies aux combats contre les grandes puissances, de la révolution du Che et de Fidel à celle de 68, mais surtout à celle d’une femme qui décide de s’émanciper du joug masculin qui avait jusqu’alors dicté trop souvent la conduite des femmes. Une histoire dans l’Histoire, une fois de plus, mais on aime tant ça quand c’est aussi bien écrit.

Ce livre est paru le 16 août chez Pocket, courrez l’acheter, lisez-le, partagez-le ! Je vous assure que vous ne le regretterez pas.

Vous pouvez découvrir également les avis de Nicole du blog Mots pour Mots , de Joëlle du blog les livres de Joëlle, et de Nicolas du blog l’Albatros

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Catalogue éditeur : Pocket

Une incroyable traversée du XXe siècle : l’histoire romancée d’Evelyne Pisier et de sa mère, deux femmes puissantes en quête de liberté.
Mona Desforêt a pour elle la grâce et la jeunesse des fées. En Indochine, elle attire tous les regards. Mais entre les camps japonais, les infamies, la montée du Viet Minh, le pays brûle. Avec sa fille Lucie et son haut-fonctionnaire de mari, un maurrassien marqué par son engagement pétainiste… Lire la suite

Évelyne Pisier est née en 1941 en Indochine. Sœur de l’actrice Marie-France Pisier, sa vie résume tous les grands combats de la seconde moitié du XXe siècle : le féminisme, la décolonisation, la révolution cubaine, la lutte contre le racisme, la défense des homosexuels, la critique du totalitarisme… Elle a été l’une des premières femmes agrégées de droit public en France, discipline qu’elle enseigna à l’université Paris-I-Panthéon-Sorbonne. Directrice du Livre et de la Lecture de 1989 à 1993, au ministère de la Culture dirigé par Jack Lang, elle fut également écrivain et scénariste. Elle est décédée en février 2017.

Caroline Laurent est née en 1988.  Éditrice et amie d’Évelyne Pisier, elle co-signe son dernier roman.

Aux éditions Les Escales : date de parution : 31/08/2017 / EAN : 9782365693073 / Nombre de pages : 448 / Format : 140 x 225 mm
Chez Pocket : Date de parution : 16/08/2018 / EAN : 9782266282505 / Nombre de pages : 480 / Format : 108 x 177 mm

Diên Biên Phu, Marc Alexandre Oho Bambe

Dans Diên Biên Phu, le roman de Marc Alexandre Oho Bambe, il y a l’Indochine et la guerre pour les colonies françaises, l’amour et l’amitié, un homme au combat qui découvre l’amour, un homme perdu qui part chercher son amour.

Domi_C_Lire_dien_bien_phu_marc_alexandre_oho_bambeA Ðiện Biên Phủ, en mai 1954, Alexandre et tant d’autres combattent sans merci le vietminh. Mais malgré l’enthousiasme de milliers d’hommes venus de métropole ou des colonies pour reprendre le Tonkin, les mois de combats dans la cuvette de Diên Biên Phu ne suffiront pas pour sauver le bastion français d’Indochine. Le général Giap gagne son pari, c’est la fin du combat du tigre contre l’éléphant…La guerre est toujours tellement absurde quant au final il n’y a plus de combattants mais seulement des frères d’armes, des frères de batailles perdues, car dans un combat, longtemps après, il ne reste que des perdants…

Pourtant, Alexandre le mal marié à la douce Mireille, parti au front sans trop d’espoir si ce n’est celui de sauver l’honneur de la France, va rencontrer à Hanoï une amitié indéfectible et l’amour absolu en la personne de Maï lan. Alexandre a fait la guerre, Alexandre a rencontré l’amour… C’est comme un raz de marée balayant tout sur son passage et l’homme qui revient ne sera plus jamais comme avant.

Malgré une vie rangée auprès de sa femme, des enfants, un métier, vingt ans après Alexandre quitte tout. Il revient à Hanoi pour retrouver Mai Lan, celle qui lui a fait découvrir l’amour, supporter la vie, la mort, la guerre, les batailles et les conflits, par son regard, sa douceur, son visage de lune. Mais est-ce aussi simple de tout quitter et de retrouver celle dont il ne possède qu’un prénom, un souvenir, une unique photo ? Qu’importe, il part, sachant au fond de lui que c’est pour un voyage sans retour.

Même s’il se passe en partie en temps de guerre, il y a beaucoup de délicatesse dans ce roman étonnant ponctué de poèmes à Maï Lan, l’aimée, de lettres à Alassane Diop, le camarade de régiment, le sauveur. Vingt ans d’une vie qui se déroule sous nos yeux et dans les souvenirs et les regrets d’Alexandre. Il y a surtout la force de l’amour, la beauté des sentiments partagés, la sollicitude et l’oubli de soi d’une épouse amoureuse, la tristesse de plusieurs vies gâchées par des années de guerre, par le bal des puissants qui se partagent le monde sans trop se soucier des conséquences humaines de leurs choix.

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Catalogue éditeur : Sabine Wespieser

Étrangement, j’avais le sentiment de devoir quelque chose à cette guerre : l’homme que j’étais devenu et quelques-unes des rencontres les plus déterminantes de ma vie.
Étrangement, j’avais trouvé la clé de mon existence, l’amour grand et l’amitié inconditionnelle.
En temps de guerre.
Au milieu de tant de morts, tant de destins brisés.

Vingt ans après Diên Biên Phù, Alexandre, un ancien soldat français, revient au Viêtnam sur les traces de la « fille au visage lune » qu’il a follement aimée. L’horreur et l’absurdité de la guerre étaient vite apparues à l’engagé mal marié et désorienté qui avait cédé à la propagande du ministère. Au cœur de l’enfer, il rencontra les deux êtres qui le révélèrent à lui-même et modelèrent l’homme épris de justice et le journaliste militant pour les indépendances qu’il allait devenir : Maï Lan, qu’il n’oubliera jamais, et Alassane Diop, son camarade de régiment sénégalais, qui lui sauva la vie.

Avec ce roman vibrant, intense, rythmé par les poèmes qu’Alexandre a pendant vingt ans écrits à l’absente, Marc Alexandre Oho Bambe nous embarque dans une histoire d’amour et d’amitié éperdus, qui est aussi celle d’une quête de vérité.

Premier roman / Disponible en librairie au prix de 19 €, 232 p. environ / ISBN : 978-2-84805-282-3 / Date de parution : Février 2018