La terre invisible, Hubert Mingarelli

Un texte court d’une étonnante sobriété, La terre invisible d’Hubert Mingarelli, le roman que l’on ne lâche pas avant la fin

Dans l’Allemagne de 1945 un photographe de l’armée britannique assiste à la libération des camps de concentration. Choqué, il n’arrive pas à quitter le pays et décide de partir photographier les habitants dans la campagne environnante. En faisant cela, sans savoir ni comment ni pourquoi, il tente de déceler sous leur banalité une raison à leur comportement. Car comment des hommes ordinaires ont-ils laissé faire les horreurs qu’il vient de découvrir. Hanté tout au long du récit par les visions d’horreur qu’il a eues à la découverte des camps de concentration, le photographe cherche des réponses au pourquoi et comment tant de monstruosité, à cette complicité passive de tout un peuple.

Il sera accompagné par O’Leary, un jeune soldat anglais arrivé sur le front à la fin de la guerre et dont on comprend rapidement qu’il porte lui aussi ses propres failles intérieures. Ils partent au hasard, à la recherche de réponses à la fois à ces interrogations et à leurs propres traumatismes, à la recherche de la terre invisible.

Avec des personnages qui ont tout de l’anti héros et sans aucun évènement marquant pour émailler leur route, malgré des conditions historiques exceptionnelles et propices aux agissements extra-ordinnaires Hubert Mingarelli propose un récit à la fois épuré, presque silencieux, et absolument émouvant. Cette écriture d’une grande sobriété interroge sur la nature humaine et sur les incompréhensions que provoquent certains actes dans des circonstances exceptionnelles.  La terre invisible est par essence de ces romans qui infusent lentement et restent en mémoire longtemps après avoir refermé le livre.

citation :

« Attendez, on na pas tout vu. Ça commence à arriver. Dans des fosses à la mitrailleuse, des milliers. L’Ukraine, c’est un cimetière. Et qui les creusait ces fosses ? « 
Il se tut, et dans un murmure :
« Alors pendant qu’ils creusaient à quelle vitesse battaient leurs cœurs ? »

D’Hubert Mingarelli, lire également L’homme qui avait soif.

Des romans de cette rentrée littéraire qui évoquent la seconde guerre mondiale, je retiens en particulier Le temps des orphelins, de Laurent Sagalovitsch

Catalogue éditeur : Buchet-Chastel

En 1945, dans une ville d’Allemagne occupée par les alliés, un photographe de guerre anglais qui a suivi la défaite allemande ne parvient pas à rentrer chez lui en Angleterre. Il est sans mot devant les images de la libération d’un camp de concentration à laquelle il a assisté.
Il est logé dans le même hôtel que le colonel qui commandait le régiment qui a libéré le camp. Ayant vu les mêmes choses qui les ont marqués, ils sont devenus des sortes d’amis. Un soir, le photographe expose son idée de partir à travers l’Allemagne pour photographier les gens devant leur maison. Il espère ainsi peut-être découvrir qui sont ceux qui ont permis l’existence de ces camps. Le colonel met à sa disposition une voiture et un chauffeur de son régiment. C’est un très jeune soldat qui vient d’arriver et qui n’a rien vu de la guerre.
Le photographe et son jeune chauffeur partent au hasard sur les routes. Le premier est hanté par ce qu’il a vu, et le second est hanté par des évènements plus intimes survenus chez lui en Angleterre. Le roman est ce voyage.

Parution : 15/08/2019 / Format : 11,5 x 19,0 cm, 192 p. / 15,00 € / ISBN 978-2-283-03224-4

Amour propre, Sylvie le Bihan

Être mère ou être femme… Mais à quel moment dit-on aux femmes que mettre au monde un enfant, c’est signer un bail ad vitam aeternam ? Dans ce roman magnifique qui ose dire, Sylvie le Bihan interroge le rôle de la mère et de la femme.

Giulia, prof d’italien, a la cinquantaine fatiguée et lasse. Giulia a des failles, elle a toujours ressenti un grand vide avec l’absence inexplicable de sa mère. Sa mère a abandonné le foyer en laissant sa petite fille de quelques mois au père qui l’a élevée avec tout l’amour possible. Giulia a divorcé, puis élevé seule ses trois enfants, s’efforçant d’être mère sans avoir eu son propre modèle. Aujourd’hui elle n’a qu’une hâte, voir ses enfants quitter son foyer pour vivre enfin sa vie de femme. Sa fille est en fac, ses fils viennent de passer leur bac avec succès, il est temps de s’envoler du nid douillet et protecteur dans lequel elle les maintient depuis tant d’années.

Pourtant, tout ne va pas se passer comme prévu, et lorsque les garçons annoncent qu’ils souhaitent entamer une année sabbatique, Giulia craque et fuit vers la villa Malaparte, à Capri. Il faut dire qu’elle a hérité de sa mère un livre de cet auteur qui l’attire irrésistiblement. Là, elle travaille, elle se ressource, se retrouve, et compulse les nombreuses archives qui lui permettront d’écrire sur Curzio Malaparte, auteur singulier et incompris de la majorité des lecteurs. Elle rencontre Maria, une femme attachante et mystérieuse.

Dans ce roman émouvant, Sylvie le Bihan prend également le parti de ces femmes souvent montrées du doigt parce qu’elles n’ont pas eu ou ne veulent pas d’enfant. Comme si la maternité était une évidence, un besoin vital pour l’accomplissement personnel. Ah ça, je l’ai souvent entendu dire par des collègues tant hommes que femmes, à qui j’ai souvent essayé d’expliquer que chacune était libre, difficile de le faire entendre ! À croire qu’une femme ne peut s’accomplir que dans la maternité. Mais non, alors osons le dire haut et fort, il y a tant de raisons à en pas vouloir d’enfants, à ne pas en avoir tout simplement, sans que cela retire quoi que ce soit aux femmes.

Il y a la société bienpensante, la religion, la famille, le regard des autres, qui imposent d’avoir des enfants pour rentrer dans la norme. Quelle pression sur les épaules des femmes, de celles qui rêvent d’être amoureuse, mère, amie, collègue, parfaite, et se mettent dans des situations inextricables fort déprimantes. Non, la femme parfaite n’existe pas et c’est tant mieux ! Et d’ailleurs, n’essayons pas d’être parfaite, de donner aux enfants tout ce qu’ils attendent sans lever même le petit doigt, laissons-les s’ennuyer, chercher, attendre, espérer et vouloir. Aidons-les à se construire à nos côtés jusqu’au jour où il sera temps de quitter le cocon familial pour voler de leurs propres ailes. C’est aussi ça, aimer ses enfants, et c’est toujours d’amour que l’on parle, même lorsqu’une mère rêve de voir partir « ses petits »!

Sylvie le Bihan revient avec justesse et pudeur sur le rôle souvent imposé de mère parfaite que l’on attribue aux femmes… Merci d’aborder ce sujet tabou encore aujourd’hui, de mettre à sa vraie place le désir d’être une femme sans être une mauvaise mère. Comme si ne pas avoir eu d’enfant était synonyme de vie gâchée. Enjeu difficile qui impose parfois des choix et des décisions de vies qui ne sont pas ceux dont on aurait rêvé.
Et cerise sur le gâteau, merci de faire vivre Curzio Malaparte, un écrivain et une personnalité aux engagements multiples et sans doute courageux que je découvre dans cette villa qui fait rêver. De nous faire découvrir, et approfondir si l’on en avait, nos connaissances sur sa vie et son œuvre… Avec comme une envie d’aller à Capri après cette lecture.

Catalogue éditeur : JC Lattès

Giulia n’a hérité de sa mère que son prénom, italien comme elle, et son amour pour Malaparte. Elle a grandi seule avec son père et avec les livres du grand écrivain. Elle est devenue mère, elle est devenue professeure d’université, spécialiste de Malaparte. Ses enfants ont grandi, ils ont encore besoin d’elle,  mais c’est elle qui a besoin de vivre sans eux maintenant : elle ne fuit pas comme sa mère a fui dès sa naissance, elle fuit pour comprendre ce qu’elle a hérité de cette absente, ce qu’elle a légué, elle, mère si présente, à  ses enfants.
Elle répond à l’invitation d’un ami universitaire et part seule à la Villa Malaparte à Capri pour écrire un livre. Lire la suite…

Sylvie Le Bihan est romancière. Elle a publié aux éditions du Seuil trois romans remarqués : L’Autre (2014), Là où s’arrête la terre (2015) et Qu’il emporte mon secret (2017). Et un récit Petite bibliothèque du gourmand, (Flammarion, 2013) préfacé par son mari Pierre Gagnaire.

EAN : 9782709664134 / Parution : 06/03/2019 / 250 pages

Le matin est un tigre, Constance Joli

Une histoire émouvante, une écriture qui nous séduit par les mots et les images, pourquoi il faut lire « Le matin est un tigre » de Constance Joli.

Alma est bouquiniste. Elle a hérité de sa mère une caisse le long des quais et s’est spécialisée dans les livres rares. Elle prend plaisir à exercer ce métier passionnant, qu’elle quitte chaque jour avec bonheur pour rejoindre sa famille. Mais depuis quelque temps, Alma ne comprend pas pourquoi la vie de sa fille de quatorze ans est si torturée, une maladie orpheline la ronge de l’intérieur. Pourtant, Alma est certaine, c’est un chardon qui pousse en elle. Non, pas le nénuphar de Chloé, rien à voir, un chardon ! Mais ça bien sûr, ni son mari, ni les médecins ne peuvent le comprendre, l’accepter ou l’admettre.

Et quand la santé de Billie se détériore encore, même Alma la  battante est désespérée. L’espoir s’amenuise de sauver sa fille. Heureusement, à ce moment-là, on l’appelle en Bretagne pour expertiser des œuvres rares, sa spécialité. Difficile de quitter la région parisienne quand on souhaite seulement rester au chevet de son enfant. Elle part malgré tout et découvre dans les livres et au contact du vendeur que la vie est peut-être ailleurs et autrement. Que la transmission et la relation fusionnelle qu’elle a avec sa fille sont peut-être des éléments moteurs (ou perturbateurs ?). Et si le poids de son amour et de ses attentes étaient trop importants pour sa petite Billie ?

C’est à la fois étonnant et beau. J’ai aimé ces mots tendres et porteurs d’espoir, ces mots de peine et ces valises si lourdes à trimbaler, ces images qui disent et montrent tout de l’amour d’une mère et de ses craintes, de ses luttes pour sauver ce qui peut l’être, pour peut-être se remettre en question aussi. Car oui, nous sommes aussi ces attentes que d’autres placent en nous, nous portons les espoirs de nos parents, comme nous en plaçons aussi en nos enfants, l’héritage psychique ou psychologique et le poids de la transmission, voilà un sujet intéressant particulièrement bien abordé ici.

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Lire aussi les avis de Nicole du blog motspourmots de Sybil du blog Un brin de Syboulette ou de Geneviève Munier du blog memo-emoi

Catalogue éditeur : Flammarion

Depuis quelques mois, la vie d’Alma se hérisse de piquants. Sa fille souffre d’un mal étrange et s’étiole de jour en jour. Tous les traitements échouent, et les médecins parlent de tumeur. Mais Alma n’y croit pas. Elle a l’intuition qu’un chardon pousse à l’intérieur de la poitrine de son enfant. On a beau lui dire – son mari le premier – que la vie n’est pas un roman de Boris Vian, Alma n’en démord pas. À quelques heures d’une opération périlleuse, son intuition persiste. Il ne faut pas intervenir. C’est autre chose qui peut sauver sa fille… Elle, peut-être?

Dans une langue merveilleusement poétique et imagée, Constance Joly met en scène l’histoire de ce que l’on transmet, malgré nous, à nos enfants. Le matin est un tigre parce que, certains jours, la vie est un combat et qu’il faut bien arriver à s’en débrouiller.

Paru le 09/01/2019 / 158 pages – 136 x 210 mm / ISBN : 9782081444898 / Prix : 16€

Première dame, Caroline Lunoir

Et si la réalité dépassait la fiction ? Comme le dit Caroline Lunoir, quand un candidat part en campagne, sa « Première dame »  l’accompagne, pour le pire et pour le meilleur…

Lorsque Marc annonce à Marie qu’il se présente aux prochaines présidentielles, toute la famille décide de faire corps pour lui apporter un soutien sans faille. Pendant sept cent vingt-six jours, la présence de chacun sera indispensable et cette campagne s’annonce féroce. Il faudra affronter les primaires du parti, les candidats adverses, la mise en coupe réglée par journalistes et médias, le chemin est long, il faut se tenir prêt.

Dans cette famille catholique bienpensante, l’éducation est primordiale, Marie et Marc ont élevé leurs enfants dans le respect de chaque individu, mais aussi de la vérité et de la justice. C’est en tout cas ce que croyait Marie. Car les révélations vont s’accumuler et faire s’effondrer ses illusions d’une famille idéale telle qu’elle pensait l’avoir construite avec Marc. Rapidement, elle ressent le besoin de verbaliser ses interrogations et ses sentiments les plus intimes. Elle décide de tenir un journal à rebours, soit J – 726 jusqu’aux élections, pour y retrouver plus tard cette femme qui aura traversé cette période difficile.

Mais la campagne se révèle cruelle pour tous, y compris pour l’épouse qui n’avait rien demandé et qui découvre les incartades, les trahisons, les mensonges de Marc. Et les enfants, malgré l’amour qu’ils vouent à leur père, se sentent floués, trahis, perdus. Alors Marie, femme trompée et déçue va coucher sur le papier toutes ses émotions, ses blessures et ses craintes les plus intimes, ses attentes et ses espoirs. Et le lecteur peut aisément imaginer qu’elle incarne tout ce que d’autres premières dames ont vécu cela avant elle, leurs déchirures, leurs blessures, leurs humiliations, leurs déroutes.

Si de prime abord le thème semble léger, et même parfois dérange lorsque l’on réalise que l’auteur reprend des faits vus ou lus dans les journaux… Il interpelle vraiment car il fédère adroitement toutes ces premières dames passées ou à venir. Caroline Lunoir nous décrit de l’intérieur et avec un certain réalisme les jalousies, les trahisons, les noirceurs que ces « femmes de » doivent endurer. Et tout ça pour le bonheur de qui ? De quoi ? D’une nation qui ne leur en sera jamais reconnaissante, et qui de plus en plus les observe et les critique par le tout petit bout de la lorgnette.

Il est féroce et brillant ce roman. Caroline Lunoir, avocate pénaliste, auteur de deux autres romans parus également chez Actes Sud, s’inspire ici de la réalité pour créer une fiction politique plus vraie que vraie en ancrant ses personnages dans cette réalité tangible. Réalité dont chaque lecteur a entendu parler lors de campagnes présidentielles ou d’actualités souvent bien sordides, oubliant le bien commun au profit de quelques gros titres racoleurs. Si de prime abord tout cela peut sembler déroutant, rapidement le lecteur s’y laisse prendre. Alors on tourne les pages de ce journal intime bien écrit, vivant, rythmé, émouvant parfois, et en comprenant et décortiquant les arcanes du pouvoir, on ressent même de l’empathie envers ces femmes de

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On pourra lire également les chroniques de Virginie du blog Les chroniques littéraire de Virginie, le blog Quatre sans Quatre, ou l’avis de Nicole du blog Mots pour mots.

Catalogue éditeur : Actes Sud

Un beau dimanche d’avril, c’est dans l’euphorie et la fierté qu’est accueillie l’annonce de Paul : il sera candidat aux primaires de son parti en vue de l’élection présidentielle. Épouse dévouée, mère exemplaire, Marie inaugure pour l’occasion un journal, avide de tenir la chronique des deux  années à venir qui s’annoncent pleines de suspense, de promesses et d’accomplissements. Leurs quatre enfants, jeunes adultes, se réjouissent du sens que ce projet paternel donne à une vie d’engagement et le soutiennent avec chaleur. Personne ne semble mesurer les conséquences d’une telle mise en lumière, ni ne pressent le souffle des scandales qui s’apprêtent à ébranler la cellule conjugale et le cocon familial… lire la suite…

Janvier, 2019 / 11,5 x 21,7 / 192 pages / ISBN 978-2-330-11783-2 / prix indicatif : 18, 00€

La mise à nu. Jean-Philippe Blondel

Quand la palette du peintre détermine les couleurs de la vie. Avec « La mise à nu » Jean-Philippe Blondel interroge sur la vie, les souvenirs et ces êtres dont on croise la route et qui font de nous ce que nous sommes.

Domi_C_Lire_la_mise_a_nu_jean_philippe_blondel.jpgLouis Claret, professeur d’anglais  à la retraite promène son ennui et sa mélancolie à un vernissage. Là, il retrouve Alexandre Laudin, un de ses anciens élèves devenu artiste peintre. Malgré les années et les banalités d’usage, le contact entre les deux hommes est immédiat.

Alexandre expose une nouvelle fois dans sa ville natale. Reconnu par la critique, il reste incompris des habitants de cette petite ville de province dans laquelle il revient toujours. Est-ce une sorte de fidélité pour cette enfance et cette adolescence si difficiles à oublier ? Ou le besoin d’être reconnu par ceux qu’il a côtoyé depuis toujours ?

Tout comme Alexandre, à l’approche de la soixantaine Louis, divorcé, vit seul car même ses filles ont quitté la ville depuis longtemps, cela semble lui convenir. Pendant la soirée, Alexandre propose à Louis de venir chez lui, puis rapidement il lui demande de poser pour lui. Le quotidien de Louis va alors en être bouleversé. Dans sa relation avec Alexandre tout d’abord, puis avec lui-même. Car être modèle pour Alexandre n’a rien d’anodin. Sous le regard de l’artiste il y a avant tout le regard de l’homme qui vous met littéralement à nu, qui expose au grand jour sur la toile ces facettes de vous-même que vous ne pouviez ni ne vouliez voir… Est-il alors facile ou au contraire difficile d’accepter ce que l’autre vous dévoile ?

Louis comprend également que sous cette peinture, sous ces couleurs sombres se cache un jeune homme plus instable et plus meurtri qu’il n’y parait. Les échanges entre les deux hommes vont mener l’un comme l’autre à se poser des questions sur son passé, sur tous ceux qui les ont accompagnés, ceux qui composent leurs souvenirs heureux ou malheureux, ceux que l’on aura envie d’emporter avec soi quand viendra l’heure. Mais cette rencontre pousse également Louis en dehors de ses propres retranchement, vers des aspirations, des expériences autres…

Toute en subtilité et en nuances, cette confrontation de deux hommes à la fois sûrs d’eux, et peut-être un peu perdus dans une vie qui ne semble pas vraiment leur convenir, va les amener à s’interroger sur leur passé et leur futur, leurs aspirations et leurs envies. Et si l’un semble plus à l’aube de sa vie quand l’autre en est quasiment au crépuscule, leur vision du monde est pareillement  étrange et désespérée.

Ce qui vous emporte à tous les coups dans ce roman c’est cette écriture soignée, ciselée, travaillée qui m’a fait penser à l’écriture de Marie-Hélène Lafon. Le lecteur sent vite que chaque mot est à la place et aucun n’est superflu pour décrire les sentiments, leur exploration, tout comme la subtilité et l’ambiguïté de la relation entre ces deux hommes. Sans oublier ces interrogations à échelle humaine d’un homme qui se penche sur son passé, un autre sur son avenir, jusqu’au point d’orge du roman, cette scène finale qui laisse le lecteur pantois et perplexe, enfin au moins le lecteur que je suis…

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Catalogue éditeur : Buchet-Chastel

Louis Claret est un professeur vieillissant qui habite en province. Séparé de sa femme depuis quelques années, ses filles vivant désormais des vies très différentes de ce qu’il avait imaginé, il se laisse bercer par le quotidien. C’est sans réfléchir et pour remplir une soirée bien vide qu’il se rend au vernissage d’une exposition de peintures d’Alexandre Laudin – un ancien élève, jadis très effacé mais devenu une célébrité dans le monde artistique. Il ne se figure pas un seul instant à quel point ces retrouvailles avec Laudin vont bouleverser sa vie.

La Mise à nu parle de ce qu’on laisse derrière soi, au bout du compte. Des enfants. Des amis. Des livres ou des tableaux…

Jean-Philippe Blondel, dans une veine très personnelle, évoque avec finesse ce moment délicat où l’on commence à dresser le bilan de son existence tout en s’évertuant à poursuivre son chemin, avec un sourire bravache.

Date de parution : 04/01/2018 / Format : 11,5 x 19,0 cm, 252 p. / 15,00 EUR € / ISBN 978-2-283-03022-6

 

Les étoiles du temps. Victor Hussenot

Prendre son temps et lire la BD de Victor Hussenot « Les étoiles du temps ».
« Le temps, le temps, le temps n’est rien d’autre, celui des uns, et  celui de autres… »

DomiCLire_les_etoiles_du_temps_victor_hussenotComment définir le temps ? Vaste sujet, et vaste question, combien de temps me donnez-vous pour répondre ? Vous avez une idée ? Non ? Alors pourquoi n’irions nous pas demander à Victor Hussenot, et ainsi découvrir sa relation au temps, avec ce roman graphique qui vient tout juste de sortir chez Gallimard.

Les années passent sans que l’on s’en rende compte, l’école, les copains, le permis de conduire, un boulot, la vie, la vie, la vie qui passe… Les vacances d’été qui durent si longtemps, puis qui raccourcissent inexplicablement d’année en année. Se souvenir, oublier, raconter, puis comprendre que les autres n’ont pas les mêmes souvenirs d’un même évènement que nous, et souvent pas la même notion du temps que nous. C’était il y a longtemps, mais non, c’était hier ! Se poser un instant et regarder, passer le temps, perdre son temps, courir après du temps pour réussir à bien employer son temps ? …ouf, j’ai plus le temps !

Alors le héros s’interroge, se questionne sur sa relation au temps, sa représentation du temps. Le temps historique, le temps individuel, le temps quotidien, sur lequel doit-on vraiment s’appuyer ? Et si comprendre le temps n’avait aucun rapport avec vivre l’instant ? Que faut-il privilégier, la représentation ou la réalité ?

Mais, et vous, êtes-vous plutôt chronophage ou préférez-vous vous prélasser pendant les heures creuses, avez-vous peur de perdre votre temps ? C’est très difficile de savoir, pas le temps de se poser la question en fait. Alors arrêtons de perdre notre temps, vite, lisons « Les étoiles du temps », pour ne plus le gaspiller sans pour autant oublier quel est le seul qui a de l’intérêt, le temps véritable, celui que nous avons envie de vivre, chaque jour, en toute sérénité. Merci à Victor Hussenot de nous le rappeler !

Un graphisme étonnant, celui de l’enfance est doux et chaleureux, celui de l’urgence a des dominantes de rouge et noir, celui de l’inquiétude aussi, puis de la sérénité bien sûr. Un peu perplexe au départ, finalement j’aime assez cette représentation de nos angoisses et de nos craintes, qui nous permet aussi de les matérialiser et sans doute de les éloigner, enfin, au moins pour quelque … temps !

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Catalogue éditeur : Gallimard

Le temps est mathématique, mais aussi aléatoire, subjectif… insaisissable. Pour preuve, plus on vieillit et plus il semble s’accélérer. De raisonnements logiques en déambulations imaginaires, le personnage principal de cette enquête singulière s’interroge sur notre perception du temps et ses représentations. Une quête qui le mène de l’enfance aux divers âges de la vie. Mêlant intime et universel, Victor Hussenot poursuit ici avec brio sa réflexion graphique et poétique sur l’existence humaine.

Collection : Bandes dessinées hors collection / Date de parution : 21 / 09 / 2017 / 96 pages / 20 € / 210 x 280 mm / ISBN : 9782075076821

Le fils du héros. Karla Suarez

De l’Histoire de l’île à l’histoire du fils, Karla Suárez fait vibrer l’âme cubaine dans ce qu’elle a de plus intime.

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Le fils du Héros, c’est Ernesto. D’une enfance bouleversée par la mort de son père en Angola, aux brillantes études puis au mariage qui l’ont amené à vivre à Berlin puis à Lisbonne, il se raconte. Alternant le passé et le présent, Ernesto nous fait comprendre que toute sa vie est une quête de ce héros, ce père, cet absent tellement prégnant par une présence imposée par les autres, dans ce régime castriste qui vénère ses militaires morts pour la patrie sur les lointaines terres d’Afrique.

Obsédé par la quête de ce père inconnu, Ernesto va laisser se déliter son couple, et malgré tout l’amour qu’elle lui porte, sa femme le quittera, ne pouvant pas lutter contre cette recherche familiale, introspection intime en même temps qu’introspection dans l’histoire récente du Cuba. Pourquoi cette guerre, comment tant d’hommes si jeunes sont-ils partis pour mourir là-bas, et au nom de quelle liberté ?

La plaie est profonde, Ernesto élevé en « fils de » cherche à comprendre son père,  souffre de cette absence qui a fait de lui un être à part, un des rares de son école à pouvoir être fier, mais fier de quoi, du vide, de l’absence, de savoir sa mère terriblement solitaire ?

A Lisbonne où il s’est installé, il se lie d’amitié avec un étrange cubain, Berto, qui  semble renier son passé, mais qui a forcément combattu lui aussi en Angola. Mais qui est au fond Berto, si secret mais qui aurait sans doute beaucoup à raconter à Ernesto. L’auteur nous plonge au fil de son récit dans des décennies d’évolution du régime de Castro, son soutien au régime socialiste soviétique face à l’impérialisme américain, son ingérence en Afrique, et montre l’absurdité de ces combats.

J’ai eu du mal à entrer dans ce récit, puis rapidement je me suis laissée porter par cet  enfant sans père, ce mari qui oublie de vivre avec sa femme pour courir après les ombres, ce cubain qui ouvre enfin les yeux sur l’absurdité du régime et des guerres. Et bien sûr, j’ai adoré l’intrigue et la créativité de l’auteur. Reliant l’intime à l’Histoire, Karla Suarez nous entraine dans les méandres historiques de son pays, et nous donne énormément d’émotion à suivre son fils de héros, une jolie découverte.

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Catalogue éditeur : Métailié

Traduit de l’Espagnol (Cuba) par : François Gaudry

Ernesto a 12 ans lorsqu’on lui annonce la mort de son père dans les troupes cubaines envoyées en Angola. Fini les aventures trépidantes avec ses amis Lagardère et la belle capitaine Tempête, lui, le courageux comte de Monte-Cristo, se voit obligé de devenir “le fils du héros”, une tâche particulièrement lourde dans un pays socialiste.
Plus tard, obsédé par cette guerre dans laquelle son père a disparu, il étudie avec passion cette période sur laquelle les informations cubaines ne sont pas totalement fiables. Il tente alors de reconstruire l’histoire de la mort de son père et se rend compte que tout ne s’est pas passé comme il l’a imaginé. Faire la guerre est plus compliqué que ce qu’on croit.
Oscillant entre passé et présent, entre douleur et passion, Karla Suárez trace avec ironie et lucidité le portrait d’une génération écrasée par une vision héroïque de l’histoire et qui a dû construire, à travers les mensonges et les silences de l’idéologie étatique, ses propres rêves et ses propres voies vers la conquête de la liberté individuelle.

 « Karla Suárez a su écouter toutes les voix qui s’élèvent dans la société cubaine. Le roman que Cuba attendait depuis longtemps. » Público

Titre original : El hijo del héroe / Publication : 31/08/2017 /Nombre de pages : 256 / ISBN : 979-10-226-0693-6 / Prix : 20 €