Le vieux Pays, Jean-Pierre Rumeau

Le vieux Pays de Jean-Pierre Rumeau, c’est un polar, mais pas seulement, une histoire d’amour, mais pas tout le temps, un roman à suspense qui emporte son lecteur, oui certainement !

Domi_C_Lire_le_vieux_pays.jpgLe Vieux Pays, c’est une partie de cette zone vouée à la démolition lorsqu’à la fin des années 60 on décide d’y construire l’aéroport de Roissy Charles de Gaule. A Goussainville, et au vieux pays, il reste quelques terrains vagues, mais surtout une église et un cimetière entourés de quelques maisons murées. Car c’est ce qui a sauvé le village moribond, une église  monument historique répertorié qui sera maintenue par la volonté d’un obscur mais opiniâtre architecte des bâtiments de France.

De fait, après quelques années, squatteurs et habitants ont de nouveau investi les lieux et l’un des plus emblématiques est certainement Pasdeloup Meunier. Issu d’une famille aisée, Pasdeloup a perdu sa mère adorée très jeune, c’est un écorché vif qui a sévi longtemps sur les théâtres d’opérations extérieures risquant sa vie comme démineur, l’un des meilleurs. C’est un homme qui fascine, avec ses yeux vairons qui intriguent et lui donnent un mystère que tous cherchent à percer.

On le verra, un autre événement particulièrement douloureux va transformer son existence. Aussi, lorsque Pasdeloup vient se poser dans Le Vieux Pays – s’enterrer on pourrait dire, car quel homme sain d’esprit irait sciemment vivre là ? – c’est pour y rester tranquille, secondé par Maria qui vient chaque jour pour le ménage, ses voisins les bouquinistes, et sa vie tpaisible à restaurer l’église du village fantôme. Il règne en maître sur le Vieux pays et son mauvais caractère éloigne les intrus. Un mystère pèse sur les raisons de sa vie dans cet étrange village, mystère que l’on découvre au fil des pages et des flash-back, de l’enfance au métier de démineur, du présent à l’adolescence, des amis perdus aux jeunes à sauver.

Jusqu’au jour où il croise Antoine, un jeune métis qui manque se tuer en plongeant du haut d’un pont. Pasdeloup décide de le prendre sous sa coupe et de l’aider. Mais au Vieux Pays, il y a aussi les dealers du coin, et Abdel, le féroce, l’ennemi. Il y a aussi Nuri, qui s’entraine chaque jour à des sports de combat et dont le comportement étrange interroge et intrigue, lui qui est accompagné d’une étrange mère voilée. Bien évidemment, ces destins qui se croisent ont des répercussions les uns avec les autres, et tout le talent de l’auteur et de nous les dévoiler au fil de son intrigue.

Car Le Vieux Pays, ce sont aussi des rencontres et des amours, des âmes déchirées et des espoirs de jours meilleurs, une lutte sans merci contre le terrorisme et la haine, quels que soient  le lieu et l’époque, un village à repeupler avec beaucoup d’énergie et peu de moyens, des amis qui font preuve d’humanité dans les heures les plus sombres – je pense en particulier au père de Pasdeloup et à son ami de toujours, Wolfgang – et l’auteur nous entraine de l’Allemagne nazie aux kibboutz d’Israël, des missions des forces spéciales aux entrainements des jeunes de banlieue, du terrorisme aux guerres des citées, de la solitude à l’amour, de la vie à la mort…

J’ai aimé ce roman, qui passe d’une époque à l’autre, nous emporte et nous perd tout en nous faisant garder le fil de l’intrigue et nous attacher à ce bien étrange Pasdeloup…Ah, et si vous voulez connaître l’origine de son prénom, courrez vite lire Le Vieux Pays, et vous comprendrez !

💙💙💙💙


Catalogue éditeur : Albin-Michel

« J’ai trouvé ici un cercueil inhabité, le couvercle grand ouvert, et je m’y suis installé. Il y avait peu d’êtres vivants dans le voisinage, le lieu était selon mon cœur, inimaginable pour le commun des mortels. J’y ai créé un vieux pays qui n’appartient qu’à moi, avec mon passé, ma loi et mes frontières, avec mon cimetière et mes souterrains… Lire la suite

Édition brochée / 19.50 € / 28 Février 2018 / 155mm x 225mm / EAN13 : 9782226399021

L’Arabe du Futur, Riad Sattouf

L’Arabe du Futur, de Riad Sattouf a reçu le Fauve d’Or au Festival d’Angoulême 2015

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Une jeunesse au Moyen-Orient (1978-1984) est le premier tome d’une série de trois.

Le père de Riad est Syrien, sa mère, bretonne. Ils se sont rencontrés à la Sorbonne. Jeune diplômé, le père de Riad est nommé professeur à l’université de Tripoli, en Lybie. Nous découvrons avec les yeux d’un enfant de deux ans les incohérences d’un pays dans lequel il est permis de s’approprier une maison, mais où les approvisionnements en vivres sont comptés et leur distribution sources de nombreux conflits et insultes. Même si parfois les bananes sont distribuées à profusion (eh bien oui, le guide suprême les aime tant !). Un jour de distribution pour les femmes, un jour pour les hommes, source de découvertes d’attitudes différentes pour notre jeune Riad. Puis la famille part à Homs, en Syrie, où se trouve la famille du père. Là aussi, omniprésence de Hafez el-Assad, trafic, dessous de table, brutalité des enfants entre eux, railleries, tromperie familiale, influence de la société et de la famille sur les habitudes de chacun, tout y passe. Nous sommes dans les années 80, il n’y a pas encore de guerre dans ces pays, tout semble encore possible.

Les éléments de vie du jeune Riad sont décrits dans le déroulé de l’histoire, les couleurs de fond changent avec les pays et en filigrane une « voix off » nous explique les évènements et la vie du pays. Le père qui n’est pas à une incohérence près se laisse influencer par la famille et par la société qui l’entoure. Le jeune Riad découvre les méandres et la complexité des relations familiales, surtout lorsque deux mondes se côtoient sans pour autant se connaître ou se comprendre.  J’ai d’ailleurs parfois du mal à concevoir le manque de réaction de la mère face à certaines situations. C’est une BD très singulière que j’ai lue très rapidement. C’est ma première approche de cet auteur et j’ai très envie de découvrir la suite des aventures de Riad, le petit blondinet au look un peu baba cool.

Catalogue éditeur : Allary éditions

Né d’un père syrien et d’une mère bretonne, Riad Sattouf grandit d’abord à Tripoli, en Libye, où son père vient d’être nommé professeur. Issu d’un milieu pauvre, féru de politique et obsédé par le panarabisme, Abdel-Razak Sattouf élève son fils Riad dans le culte des grands dictateurs arabes, symboles de modernité et de puissance virile. En 1984, la famille déménage en Syrie et rejoint le berceau des Sattouf, un petit village près de Homs. Malmené par ses cousins (il est blond, cela n’aide pas…), le jeune Riad découvre la rudesse de la vie paysanne traditionnelle. Son père, lui, n’a qu’une idée en tête : que son fils Riad aille à l’école syrienne et devienne un Arabe moderne et éduqué, un Arabe du futur.

Ce premier tome couvre la période 1978-1984. L’Arabe du futur a reçu le prix RTL BD de l’année 2014, le Prix BD Stas/Ville de Saint-Etienne, 2014 et le Fauve d’Or – Prix du Meilleur Album du Festival international de la Bande Dessinée d’Angoulême 2015.

L’un des cinq livres français les plus traduits dans le monde en 2014 : États-Unis, Allemagne, Brésil, Corée, Danemark, Espagne et Catalogne, Finlande, Italie, Norvège, Pologne, Portugal, Pays-Bas, Suède.

Riad Sattouf est l’auteur de nombreuses bandes dessinées, parmi lesquelles Retour au collège, Pascal Brutal (Fauve d’or 2010) ou La vie secrète des jeunes. Il est également cinéaste (Les beaux gosses, César du meilleur premier film ; Jacky au royaume des filles).

Roman graphique 160 pages / 170 X 240 mm / 20,90€ / Paru 15 mai 2014 / EAN : 978-2370730145