La vie automatique. Christian Oster

A la fois loufoque et déroutant, « La vie automatique » de Christian Oster est un roman étrange qui porte un regard étonné sur la vie.

DomiCLire_la_vie_automatiqueJean a oublié d’éteindre le feu sous la casserole… Est-ce un oubli ? Un acte manqué ? En tout cas, Jean en profite pour abandonner aussitôt sa maison aux flammes qui doivent rapidement la consumer et faire envoler dans les cendres une vie, ses souvenirs, son passé…
Puis Jean s’en va, à la ville, ailleurs, vivre autrement.
Lui qui est acteur de seconde zone va devoir squatter quelque temps chez ses amis, trouver du travail, un moyen de vivre, survivre simplement. Il rencontre France Rivière, une actrice, et reste chez elle. Là, toutes sortes de péripéties vont lui arriver, qu’il va vivre de façon totalement imprévue, désordonnée, saugrenue même, comme porté par les autres, comme s’il n’avait plus de conscience ou d’envie, comme si la vie était aussi simple que ça…

Étrange voyage d’un homme qui renie un passé, qui est censé être parti en fumée avec sa maison, mais qui ne se construit pas pour autant un avenir. Il se laisse porter comme si la volonté, l’envie, le plaisir n’avaient plus de sens pour lui, ou de raison d’être. Quel roman désabusé, introspection d’un homme sans avenir, et tout d’un coup sans passé… On en sait pas forcément ce que Jean veut quitter, mais on comprend vite que la vie n’a plus vraiment d’importance, alors pourquoi cette fuite, pourquoi pas un départ plus définitif ? Voilà une drôle de façon de se demander ce que la vie nous apporte. Au final un roman étonnant qui nous pousse également à nous demander ce que nous attendons de cette vie…. et si cela nous satisfait.


Catalogue éditeur : éditions de l’olivier

Au départ, il y a l’incendie. Jean a oublié d’éteindre sous une casserole. Il en profite pour oublier aussi sa vie en abandonnant sa maison aux flammes. Acteur de séries B, il va désormais se contenter de survivre. La fiction devient son refuge, la vie elle-même une toile de fond.
C’est dans cette atmosphère de désenchantement qu’il rencontre France Rivière, une actrice encore célèbre qui lui propose de s’installer chez elle. Lire la suite…

Parution  02 février 2017 / 140 × 205 mm / 144 pages / EAN : 9782823608786 / 16,50 €

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Monsieur Origami. Jean-Marc Ceci

« Monsieur Origami » de Jean-Marc Ceci est un livre étrange, qui se lit très rapidement qui mais reste longtemps en tête ne serait-ce que par la finesse des réflexions qu’il instille doucement en chaque lecteur.

domiclire_monsieur_origamiA vingt ans, Kurogiku quitte le Japon et un avenir tout tracé pour une silhouette de femme aperçue un jour, et dont il tombe immédiatement amoureux. Il part, seulement muni d’un pot avec trois pousses de Közo, le murir à papier, et du seul indice qu’il détient pour rechercher son amour, un hypothétique nom : la signorina Tchao. Son long périple l’entraine jusqu’en Toscane. Là, pendant quarante ans, il va planter, voir pousser, puis grandir et prospérer ses arbres, en fabriquer le washi, ce papier spécial qui lui permet de faire des Origami.

Un origami est composé de plis, deux plis uniquement, le pli vallée et le pli montagne, ces origami deviennent ici des objets à forte valeur symbolique, quasiment dotés de vie. Maitre dans l’art du pliage, monsieur Origami passe sa vie à plier, mais également à déplier et surtout à observer, ces origami aux plis étranges, méditant ainsi sur leur origine, ou sur ses propres origines ?
Jusqu’au jour où un jeune homme arrive chez lui. Casparo est horloger, il rêve de fabriquer la montre qui possédera toutes les mesures de temps possible. Les deux hommes vont cohabiter, se comprendre, s’aider à avancer, dans la plus grande sérénité et la plus parfaite harmonie. Le plus jeune pour trouver sa voie, le plus ancien pour comprendre … sa fuite.

Un très beau roman, qui se lit presque trop vite ! Fait de chapitres courts, ponctués de quelques informations sur le washi, dont le savoir-faire est classé au patrimoine culturel immatériel de d’UNESCO depuis 2014. Et comme « toute beauté a sa part d’ombre », il comporte également quelques allusions à la guerre, à l’honneur, au poids du passé et de la famille, au doute et à la quête de soi, dans la fuite ou dans la réflexion. Un très joli moment de lecture.


Catalogue éditeur : Gallimard

À l’âge de vingt ans, le jeune Kurogiku tombe amoureux d’une femme qu’il n’a fait qu’entrevoir et quitte le Japon pour la retrouver. Arrivé en Toscane, il s’installe dans une ruine isolée où il mènera quarante ans durant une vie d’ermite, adonné à l’art du washi, papier artisanal japonais, dans lequel il plie des origamis. Un jour, Casparo, un jeune horloger, arrive chez Kurogiku, devenu Monsieur Origami. Il a le projet de fabriquer une montre complexe avec toutes les mesures du temps disponibles. Son arrivée bouscule l’apparente tranquillité de Monsieur Origami et le confronte à son passé. Les deux hommes sortiront transformés de cette rencontre.
Ce roman, d’un dépouillement extrême, allie profondeur et légèreté, philosophie et silence. Il fait voir ce qui n’est pas montré, entendre ce qui n’est pas prononcé. D’une précision documentaire parfaite, il a l’intensité d’un conte, la beauté d’un origami.

Collection Blanche, Gallimard / Parution : 25-08-2016/ 168 pages, 140 x 205 mm / Romans et récits /Époque : XXIe siècle /ISBN : 9782070197729

Les fleurs d’Hiroshima. Edita Morris

« Nous sommes des enfants de la bombe et nos enfants sont aussi des enfants de la bombe. Nous sommes marqués pour des générations. »

Dans « l’après » à Hiroshima, les familles survivent, les douleurs se taisent, les vies se font courage et sacrifice pour avancer sans oublier.

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Nous sommes quinze ans après la bombe, quinze ans après l’horreur. Une partie importante de la ville d’Hiroshima a été détruite, de nouveaux quartiers sortent de terre pour abriter les nouveaux venus, ceux qui arrivent d’autres régions du Japon, n’ont pas subi l’horreur et vont repeupler la ville fantôme. Mais à Hiroshima, il y a aussi les survivants, les rescapés, pas ou peu touchés, en apparence du moins, par les radiations dont les dégâts, même des années après l’explosion et les radiations, sont irréversibles et bien souvent mortels.

Yuka a survécu avec sa jeune sœur à l’horreur de la bombe, mais sa famille a péri. Mariée à Fumio, ils ont deux enfants. Yuka tente par tous les moyens de vivre, normalement, de profiter de chaque instant de bonheur, de vie, de joie, de la beauté de la fleur blanche que l’on cueille dans son jardin, de la tasse de thé que l’on boit en contemplant la nature, des bavardages animés que l’on a au bain avec les voisines. Dans ce pays où le poids des traditions et le respect des anciens passe avant tout, la vie et surtout le bonheur individuel ont peu de chance de s’épanouir.

Sam-san est un jeune américain envoyé à Hiroshima par son entreprise, il ne veut pas loger dans les hôtels impersonnels et préfère être hébergé chez l’habitant. Côtoyer un jeune homme d’une culture aussi différente, sans rien laisser paraitre de ses propres sentiments, voilà ce que veut la tradition, ce que va faire Yuka, jusqu’au moment où il est bien évidement indispensable de dire, de montrer, de faire comprendre à cet étranger devenu ami, pour que lui aussi, à son tour, comprenne et ressente le poids de cette horreur qui a transformé leur vie, qui fait que plus rien, jamais ne pourra être comme avant, léger et beau comme les fleurs de cerisier au printemps.

Alors bien sûr, nous avons tous entendu parler d’Hiroshima, de la bombe, des morts, et vu au moins une fois la photo de cette petite fille qui court, nue, pour fuir la mort. Dans « Les fleurs d’Hiroshima », Edita Morris donne vie et corps aux survivants, à tous ceux qui, même si elle ne s’est pas arrêtée ce jour-là, ont vu leur vie irrémédiablement transformée, anéantie, leur normalité remise en question. Et qui pourtant ont assez de force et de courage pour continuer à vivre avec cette apparence de normalité essentielle à l’équilibre des hommes.
Le roman d’Edita Morris est court et terrible, puissant et émouvant, un roman comme un appel, qui bouleverse et questionne, une lecture indispensable. Sans cette réédition par J’ai Lu, je ne l’aurai certainement pas lu, et cela aurait été bien dommage. J’avais lu il y a quelques mois « 86, année blanche », de Lucile Bordes (Liana Levi) qui évoque Tchernobyl, et l’an passé le très puissant roman « L’expérience » de Christophe Bataille, qui évoque les essais nucléaires en Algérie. « Les fleurs d’Hiroshima » complète ma vision de l’après, celle des hommes qui ont vécu, souffert, et souvent ont tu ce qu’il s’était passé. 

 Une fois n’est pas coutume, j’ai eu envie de relever quelques phrases…

« Je ne peux m’empêcher de penser que nos manières japonaises sont supérieures aux autres, bien que mon ami qui m’a enseigné l’anglais ait essayé de m’expliquer qu’elles n’étaient pas supérieures, mais seulement différentes. »

« J’ai renoncé à lui cacher certaines choses mais j’ai trop d’amitié pour lui maintenant pour le mettre, sans nécessité, en face de telles horreurs. Sam-san est un homme libre, mais s’il venait à être touché par la pitié –et la véritable pitié est toujours agissante – c’en serait fait de sa liberté. Je veux qu’il reste en dehors de la tragédie d’Hiroshima. »


Catalogue éditeur : Le Livre de Poche

«Nos voix ne sont que des murmures et nous chantons ces complaintes qui nous sont si chères. (…) C’est avec toute notre passion que nous lançons ce cri du cœur : « Jamais plus Hiroshima ! » – Comme nous nous sentons proches les uns des autres ! Nous sommes une espèce à part.» Yuka a trente ans. Elle et sa famille ont survécu à la bombe jetée sur Hiroshima quinze ans avant le début de cette histoire. Yuka fera tout pour que sa famille et ses proches aient une vie normale, même à l’arrivée de ce jeune Américain qui lui loue une chambre et qui a la joie de l’innocence. C’est l’histoire simple de gens incapables d’oublier mais qui font preuve du courage immense des rescapés et des sacrifiés : celui de cacher au reste du monde leurs souffrances.

Date de parution : 20/11/2000 /Éditeur : J’ai Lu / EAN : 9782290307847

Certaines n’avaient jamais vu la mer Julie Otsuka

Espoir, illusion, déception : dans le très beau roman « Certaines n’avaient jamais vu la mer », Julie Otsuka nous fait entendre les voix multiples de ces jeunes japonaises qui ont traversé l’océan pour un rêve de vie meilleure.

Certaines n’avaient jamais vu la mer -

Dans les années 1900, de nombreuses jeunes filles japonaises ont traversé l’océan pour se marier aux états unis. Leurs famille avaient besoin de ce mariage, d’autres sœurs à marier, des familles pauvres qu’il faudrait aider, une hypothétique vie plus facile par-delà la mer, des lettres de leurs futurs maris tellement jolies et rassurantes. Expérience si difficile pour celles dont on sait que « certaines n’avaient jamais vu la mer »… où l’on comprend que partir du Japon, cette constellation d’Iles, ne pouvait être qu’un long et difficile voyage vers l’inconnu.
Le rêve était tentant. La réalité l’était souvent beaucoup moins, photos d’un autre, mensonges sur le véritable métier exercé et sur la réalité de la vie du futur époux, solitude, abandon des familles vers lesquelles on ne peut plus retourner sans honte, il faut donc rester sur le continent, et apprendre un autre vie, d’autres mœurs, d’autres coutumes.
Les japonaises seront ouvrières agricoles, dure à la tâche, silencieuses, fiables, aidant les maris bien peu fortunés, mariage, enfants, deuils, travail difficile et mal payé, puis la guerre avec le japon qui éclate, et les japonais accusés d’être des espions, enfermés et déportés dans des camps, abandonnées par une population autochtone qu’ils servaient et avec qui ils cohabitaient, mais qui ne les avait jamais vraiment acceptés ni intégrés.

Instantané de l’histoire décrit avec un style très particulier, la narratrice prend les voix de ces jeunes filles, de ces épouses, de ces femmes et de ces veuves, montrant chaque étape de leur vie, le voyage, l’arrivée, les futurs époux, les mariages, les enfants, la vie dans toutes ses étapes, englobant dans un « nous », en exemples multiples et lancinants, la réalité de toutes ces vies. Ce style parfois déroutant m’a gênée par moments, car il m’a semblé difficile de m’attacher à un personnage en particulier puisque aucun n’est réellement suivi. Mais quel beau livre malgré tout !


Catalogue éditeur : Phébus ; 10/18

L’écriture de Julie Otsuka est puissante, poétique, incantatoire. Les voix sont nombreuses et passionnées. La musique sublime, entêtante et douloureuse. Les visages, les voix, les images, les vies que l’auteur décrit sont ceux de ces Japonaises qui ont quitté leur pays au début du XXe siècle pour épouser aux États-Unis un homme qu’elles n’ont pas choisi.
C’est après une éprouvante traversée de l’océan Pacifique qu’elles rencontrent pour la première fois celui pour lequel elles ont tout abandonné. Celui dont elles ont tant rêvé. Celui qui va tant les décevoir. Lire la suite

Littérature étrangère / Date de parution : 30/08/2012 / Format : 14 x 20,5 cm, 144 p., 15.00 € / ISBN 978-2-7529-0670-0

Kokoro. Delphine Roux.

Kokoro, de Delphine Roux est empreint d’une grande poésie, c’est un premier roman qui fait du bien à l’âme.

https://i0.wp.com/static1.lecteurs.com/files/books-covers/110/9782809711110_1_75.jpgSi j’ai parfois senti ce roman « Kokoro » porteur d’une grande tristesse, il émane également de ces lignes beaucoup de joie et d’espoir. Koichi, le narrateur, décrit la vie en courts chapitres, certains font parfois simplement quelques lignes, tous sont ponctués de quelques mots mis en exergue, évoquant un mot du vocabulaire japonais, comme une invitation dans le monde de Koichi.

Koichi et sa sœur Seki ont perdu leurs parents quand ils étaient enfants. Si sa sœur à malgré tout continué à vivre, Koichi lui, a décidé de s’arrêter là, du moins, dans sa tête. Il a cependant des sentiments envers sa grand-mère, celle qui l’a élevé. Il va la voir régulièrement à la maison de retraite. Mais depuis la disparition de ses parents, la vie n’intéresse pas Koichi. Il n’est que le spectateur passif de sa propre existence et refuse d’en être acteur. Jusqu’au jour où sa sœur à des problèmes.  Elle ne va pas bien, il est impératif de l’aider, et personne dans son entourage ne peut rien pour elle. Ce jour-là, contre toute attente, koichi va rattraper le temps perdu pour tenter de la sauver.

Kokoro, c’est un étrange roman, fin et délicat comme les fleurs de cerisiers au printemps, travaillé comme un Ikebana, doux, subtil et amer comme un goût du japon que j’imagine tout en finesse et retenue. Il se lit très vite mais laisse une impression subtile et délicate qui trotte dans la tête longtemps après.

Rentrée littéraire 2015


Catalogue éditeur

Delphine ROUX
Logo Picquier128 pages / 12,50 € / ISBN : 2.8097.1111.0 / Sortie en août 2015

Dans ce roman se fait entendre une voix ténue et obstinée, attentive aux mouvements subtils de la nature et des âmes.
Koichi et sa sœur Seki n’avaient que douze et quinze ans lorsque leurs parents ont disparu dans un incendie.