Une Rose seule, Muriel Barbery

Une renaissance, un deuil, une fille, un père, et tout le charme du japon à travers temples et jardins

Rose part à Kyoto à la suite de l’appel d’un notaire. Sa présence est requise sur place par Haru, son père marchand d’art qui vient de décéder. Rose, quadra, célibataire sans enfants, botaniste, embarque pour un voyage à la rencontre de celui qu’elle n’a jamais connu. Élevée en partie par Paule, sa grand-mère décédée depuis peu, sa mère est également décédée sans jamais lui avoir donné les clés du mystère de sa naissance.

A Kyoto elle est accueillie par Paul, le bras droit de Haru, et par Syoko son intendante.

Temples, restaurants, thé du matin devant l’érable qui pousse au milieu de la maison, silence, regards aimants et amis, interrogateurs et complices, vont ponctuer ce séjour pour le moins dépaysant. La nature qui l’entoure, les camélias, pivoines, lilas, ces fleurs chaque jour renouvelées dans des bouquets si évocateurs, les poèmes, les jardins à la beauté sobre et minérale, sont là pour lui passer un message d’amour, de sérénité, de bonheur à venir.

Le lecteur la voit évoluer, marcher doucement sur les tatamis, se laisser apprivoiser par le bruit du vent dans les feuilles de l’érable, goûter au thé Macha, se rebeller et se révolter aussi, rendue agressive par la colère qui l’habite, les questionnements, les doutes, les absences. Bière et saqué, fleurs et jardins, temples et paysages auront-il raison de sa rébellion ? Paul peut-il lui faire comprendre l’immensité de l’amour de ce père, esthète et poète, disparu sans l’avoir connue ?

Au départ Rose est bien peu attachante, sa rébellion, sa colère, son manque d’empathie en font un personnage à priori peu engageant. Pourtant elle va s’ouvrir peu à peu à la beauté et à l’amour donné par ce père que l’on comprend malgré l’absence. L’écriture sobre et concise, les descriptions des temples et de leurs jardins, la nature et les fleurs, les coutumes, le cérémonie du thé, procurent au lecteur un réel sentiment de sérénité.

Les chapitres sont ponctués de courts extraits de textes ou de haïkus en particulier ceux du poète japonais Issa Kobayashi (Kobayashi Issa 1763-1828 ou Issa « (tasse de) thé »).

Pour qui aime le Japon, on ne manquera pas de lire le beau roman d’Amanda Sthers Lettre d’amour sans le dire. Mais aussi les romans de Aki Shimasaki également publiés chez Actes Sud.

Catalogue éditeur : Actes Sud

Rose arrive au Japon pour la première fois. Son père, qu’elle n’a jamais connu, est mort en laissant une lettre à son intention, et l’idée lui semble assez improbable pour qu’elle entreprenne, à l’appel d’un notaire, un si lointain voyage.
Accueillie à Kyōto, elle est conduite dans la demeure de celui qui fut, lui dit-on, un marchand d’art contemporain. Et dans cette proximité soudaine avec un passé confisqué, la jeune femme ressent tout d’abord amertume et colère. Mais Kyōto l’apprivoise et, chaque jour, guidée par Paul, l’assistant de son père, elle est invitée à découvrir une étrange cartographie, un itinéraire imaginé par le défunt, semé de temples et de jardins, d’émotions et de rencontres qui vont l’amener aux confins d’elle-même.

Ce livre est celui de la métamorphose d’une femme placée au cœur du paysage des origines, dans un voyage qui l’emporte jusqu’à cet endroit unique où se produisent parfois les véritables histoires d’amour.

Muriel Barbery est née en 1969. Une rose seule est son cinquième roman, après Une gourmandise (2000), L’Élégance du hérisson (2006), La Vie des elfes (2015) et Un étrange pays (2019) parus aux éditions Gallimard.

août, 2020 / 11.50 x 21.70 cm / 158 pages / ISBN : 978-2-330-13922-3 / Prix indicatif : 17.50€

Le poids de secrets, Tsubaki, Hamaguri, Tsubame, Wasurenagusa, Hotaru, Aki Shimazaki

Dans cette pentalogie, l’auteur nous fait entendre tour à tour les voix des différents membres de deux familles, dans le japon au XXe siècle, Yukiko, Yukio, Mr Takahashi, Mariko, Mme Takahashi.

Tsubaki, le camélia par Yukiko

Yukiko raconte sa vie dans une lettre posthume à sa fille. l’enfance à Tokyo, quand enfant, elle allait le soir avec son père au parc. Là, elle jouait avec un petit garçon de son âge. Ce souvenir l’émeut toujours mais elle n’a jamais su qui il était. Et malgré les promesses des deux enfants,  elle ne l’a jamais revu.

Puis l’adolescence à Nagasaki où son père avait décidé de déménager. Ils partagent une maison jumelle avec la famille de monsieur Takahashi, un collègue de son père. Mme Takahashi est une orpheline qui n’a pas reçu une excellente éducation mais qui semble heureuse dans son couple. Si la relation est d’abord difficile avec leur fils Yukio, les adolescents vont rapidement se plaire et passer du temps ensemble.

Quand Mr Takahashi part travailler en Manchourie, il laisse sa femme et son fils aux bons soins de Mr Horibe, le père de Yukiko. Pourtant, tout n’est pas si limpide et un jour Yukiko découvre la véritable personnalité de son père et son secret. Lors de l’explosion de la bombe atomique américaine sur Nagasaki, les familles sont dispersées, le père du Yukiko disparaît dans la destruction de sa maison. Yukiko reste à jamais une rescapée de la bombe.

Doucement, le lecteur remonte le temps, des mots tout en douceur viennent dire l’enfance, la perte et la souffrance, puis la vie enfin apaisée de Yukiko.

Hamaguri, le coquillage par Yukio

Hamaguri, ce sont ces coquillages dont on détache les deux coquilles et qu’on s’amuse ensuite à assembler, car « il n’y a que deux parties qui vont bien ensemble« . Hamaguri, ce coquillage gravé de leurs deux noms que lui avait donné cette petite fille dont il était amoureux à quatre ans lorsqu’ils jouaient parc sous l’œil du père. La séparation est brutale, mais le petit garçon n’oubliera jamais. Puis Yukiko, l’adolescente, cette voisine dont il est secrètement amoureux lorsqu’ils vivent à Nagasaki. Il exerce le métier de chimiste, puis vient le mariage, les enfants et les petits enfants, les souvenirs et les regrets de cette enfant puis cette adolescente qu’il n’a jamais revues ni l’une ni l’autre… Sa mère vit chez Yukio depuis le décès de son mari, Mr Takahashi. Sa mère mourante, qui tient dans la main ce Hamaguri gravé, comme l’aveu d’un secret à jamais enfoui.

Tsubame, l’hirondelle de la liberté par Mariko

Mariko lève d’autres mystères, d’autres parts d’ombre dans cette famille japonaise que l’on suit depuis les années 1920.

Elle s’appelle Yonji kim, mais à la suite du tremblement de terre elle devient la japonaise Mariko. Sa mère est une belle jeune femme qui a eu sa fille hors mariage. Le jour du tremblement de terre de 1923, elle confie sa fille à un prêtre avec un peu d’argent et son journal, puis court dans les décombres chercher son frère. Tous deux avaient fui la Corée et s’étaient installés au Japon.  A cette époque, on trouve de nombreux coréens emmenés aux travaux forcés par les japonais, mais aussi ceux qui avaient fui le pays lors

Mais à la suite du tremblement de terre, les coréens sont recherchés comme des ennemis, des nuisibles, la peur s’insinue dans la population toujours en quête d’un bouc émissaire, les massacres seront nombreux, violents.

Dans l’église, Mariko est prise en charge par le prêtre à la barbe noire, cet étranger que tous appellent monsieur Tsubame. La petite orpheline grandit, trouve un travail, se laisse séduire par un bel homme marié qui lui promet la lune. Il lui fait un enfant, ne l’épouse pas et ne reconnait pas son fils. Un jour, elle rencontre Mr Takahashi et l’épouse. Devenue une vieille grand-mère, Mariko vit chez son fils et sa femme depuis le décès de son mari.

Cinquante-neuf ans après, c’est le jour de l’anniversaire du tremblement de terre. Mariko rencontre une vieille femme coréenne qui lui dévoile la vérité sur sa naissance.

Wasurenagusa, le bien nommé myosotis, forget me not, par Kenji

La fleur tant aimée de Kenji Takahashi. Kenji Takahashi est un fils de noble ascendance, dans sa famille, on n’épouse pas n’importe qui, et la future femme doit remplir son rôle de mère, ou court le risque d’être abhorrée par sa belle-famille. Mais sa première épouse est stérile, quelle honte pour les parents de Kenji qui le poussent au divorce. Un jour, il croise le chemin de Mariko, une jeune mère célibataire séduisante dont il tombe amoureux et qu’il épouse envers et contre sa famille. Il adopte Yukio, qu’il élève comme son propre fils.

Ils quittent Tokyo pour Nagasaki. Son collègue et ancien ami d’université vient s’installer dans la maison jumelle de la sienne avec sa famille. Puis Kenji est envoyé en Manchourie, où il reste de nombreuses années. La vie passe, un jour, Kenji décide de retrouver la tombe de celle qui fut si importante à ses yeux, sa nurse, et de lui apporter sa fleur préférée, le Wasurenagusa. Là, il découvre le secret de ses origines.

Hotaru, les lucioles qui éclairent la nuit

Dans ce dernier roman, nous retrouvons Mariko et sa petite fille Tsubaki la bien nommée (d’après les fleurs préférées de sa grand-mère, les camélias). Mais ici, le point de vue de Mariko ne fera pas double témoignage, puisqu’elle va se placer dans la situation de sa petite-fille, attirée par un professeur de sa faculté, bien plus âgée qu’elle, et qui tente de le séduire ; Mariko, forte d’une expérience qu’elle a tu toute sa vie, va montrer à Tsubaki l’importance des choix de vie pour ne pas tomber dans l’eau sucrée et ne pas succomber au charme des lucioles, ou plutôt de ne pas se laisser abuser par un séducteur  sûr de ses prérogatives et de son pouvoir.  Son discours n’est plus centré sur le passé, même s’il y fait référence, mais est là pour passer un message aux générations futures, si tant est qu’ils puissent l‘entendre bien sûr. Car chacun sait que l’expérience des autres n’est pas toujours d’un grand secours pour ceux à qui on la transmet.

A chaque livre, un personnage différent donne son point de vue sur lihistoire familiale. Cinq romans qui se lisent comme un seul, et qu’on aurait presque envie de relire aussitôt terminée la dernière page. Pour en saisir toutes les nuances, les secrets, les sentiments enfouis au plus profond, les moments de vie manqués, les destins croisés et les filiations difficiles, les bonheurs enfuis avant d’avoir été vécus. Des livres et des personnages qui parlent d’amour, de fidélité, de confiance, de passion inavouée, de tendresse et de bienveillance. Il y a une grande douceur dans ces lignes, beaucoup de respect aussi envers les personnages, les situations, l’Histoire du Japon enfin, et la façon qu’ont eues les différentes générations pour l’affronter le mieux possible.

Le contexte – le tremblement de terre de 1923, l’invasion de la Corée,  le massacre des coréens au Japon, la bombe d’Hiroshima puis de Nagasaki- plonge le lecteur dans des fragments de l’histoire aussi complexe que dramatique du Japon du XXe siècle. Un contexte et des traditions que l’auteur ne s’interdit pas de critiquer au passage.

Le rythme, le langage, les personnages, leur sensibilité et le poids des traditions sur leurs vies, ces évènements qui se répètent, l’importance et les effets de ces secrets de famille sur l’inconscient de chacun, mais surtout cette vision parcellaire qui devient au final si complète font de ces 5 romans une expérience de lecture singulière.

Vous aimez les livres qui parlent du Japon ? Lire aussi :

Éclipses japonaises, Eric Faye
Jiazoku, Maëlle Lefèvre
Les billes du Pachinko, Elisa Shua Dusapin
Certaines n’avaient jamais vu la mer, Julie Otsuka
Les fleurs d’Hiroshima, Edita Morris

Catalogue éditeur : Babel

La Japonaise Aki Shimazaki a construit avec Le Poids des secrets une œuvre-puzzle étonnante, au cœur de laquelle ses personnages se débattent pour retrouver la vérité, la liberté et la dignité. Coffret contenant les cinq volumes du Poids des secrets : Tsubaki, Hamaguri, Tsubame, Wasurenagusa, Hotaru.

Née au Japon, Aki Shimazaki vit à Montréal depuis 1991. Toute son œuvre est disponible chez Actes Sud, notamment ses trois pentalogies : Le Poids des secrets, Au cœur du Yamato et L’Ombre du chardon.

avril, 2010 / 11.00 x 17.60 cm / ISBN : 978-2-7427-9031-9 / Prix indicatif : 33.00€

Lettre d’amour sans le dire, Amanda Sthers

L’amour sans le savoir, sans le dire, sans le vivre, tendresse et émotion au rendez-vous

Un peu comme pour tout, Alice est une femme enfermée dans une vie qu’elle ne s’autorise pas à savourer pleinement. Elle est professeur de français et vient du nord de la France. Mais a rejoint la capitale pour se rapprocher de sa fille. Pourtant, elle se sent seule et étrangère.

Un jour d’ennui, elle entre dans un salon de thé et de massage et à la suite d’un quiproquo, rencontre des mains merveilleuses qui l’éveillent aux sens. Elle s’ouvre enfin au plaisir, intime, secret, inavoué. Elle se rend compte qu’elle est amoureuse de Akifumi, ce masseur japonais qui pourtant ne dit pas un mot. Car il ne parle pas français, ils ne peuvent donc jamais  échanger, seules ses mains sur elle, son regard, ses émotions lui parlent. Alice prend des cours de japonais pendant un an, attendant le moment propice pour avouer son amour.

Mais ce sera un amour platonique jamais déclaré, jamais dit, jamais vécu et cependant intense et réel. Un amour qu’elle va déclamer, écrire, verbaliser dans ce roman épistolaire singulier. Par cet amour sincère qui n’attend rien en retour, elle ose s’avouer ses propres sentiments, se dévoiler et enfin se libérer d’un passé parfois lourd et triste.

L’écriture est sensible et intimiste. C’est une belle déclaration d’amour à sens unique et la découverte de soi d’une femme qui approche de cette cinquantaine parfois traumatisante.  Éveil aussi à la finesse, à la volupté silencieuse et à l’étrangeté des traditions japonaises.

Catalogue éditeur : Grasset

Alice a 48 ans, c’est une femme empêchée, prisonnière d’elle-même, de ses peurs, de ses souvenir douloureux. Ancienne professeur de français, elle vit dans ses rêves et dans les livres auprès de sa fille, richement mariée et qui l’a installée près d’elle, à Paris.
Tout change un beau jour lorsque, ayant fait halte dans un salon de thé, Alice est révélée à elle-même par un masseur japonais d’une délicatesse absolue qui la réconcilie avec son corps et lui fait entrevoir, soudain, la possibilité du bonheur.
Cet homme devient le centre de son existence : elle apprend le japonais, lit les classiques nippons afin de se rapprocher de lui. Enfin, par l’imaginaire, Alice vit sa première véritable histoire d’amour. Lire la suite …

Parution : 3 Juin 2020 / Format : 121 x 188 mm / Pages : 140 / EAN : 9782246824954 Prix : 14.50€ / EAN numérique: 9782246824961 Prix : 9.99€

Jiazoku, Maëlle Lefèvre

Avec Jiazoku, roman de la sélection du prix littéraire de la Vocation, Maëlle Lefèvre entraîne ses lecteurs à Tokyo dans le quartier de Kabukichō, le territoire des Yakusas.

Les jeunes prostituées de Kabukichō n’ont pas la vie facile. Lorsque Guan Yin a choisi d’émigrer à Tokyo, c’était pour y réussir sa vie et aider ses parents restés en Chine. Mais tout comme pour Bo, son amie de galère, la vie ne lui a fait aucun cadeau. Désespérée, elle accepte de devenir mère-porteuse pour de riches chinois. La fin de la loi sur l’enfant unique a créé des besoins et des exigences qui ont accéléré le trafic d’enfants mis en place pour les Yakusas.

Kei, l’enfant « porté » par Guan Yin, ne connaitra jamais ses parents morts dans un accident de voiture. Élevé d’abord dans un orphelinat, puis par sa mère porteuse et Daisuke, un yakusa repenti, il découvre ses origines sur le tard…

Le récit de la vie Guan Yi et de Kei alterne avec celui de Fen à Shanghai. A la mort de ses riches parents, elle est élevée par une tante aussi exigeante qu’acariâtre. Mais si pour elle la vie est facile, la solitude auprès de cette tante qui ne sait pas exprimer ses sentiments et la perte de ses parents lui pèsent profondément…

Maëlle Lefèvre nous fait voyager de 2016 à 2035 dans un univers à la fois sordide et fascinant. Émotion garantie avec ce premier roman qui parle de trafic d’enfants entre le Japon et la chine, de mères porteuses dans le milieu de la prostitution, mais avant tout de l’amour qui existe entre parents et enfants. Cet amour qui manque tant à certains pour grandir dans la confiance et la sérénité, amour inconditionnel des mères pour leurs enfants qui les aide à grandir dans la confiance, ou même manque d’amour qui handicape aussi surement qu’une blessure physique.

J’ai été impressionnée par l’écriture de Maëlle Lefèvre, par sa connaissance du Japon et de ses coutumes, mais aussi par la psychologie de ses personnages. Son texte foisonne de nombreux détails, langage, habitudes, qui montrent à quel point elle s’est imprégnée des différentes mœurs et coutumes du Japon, y compris jusqu’au vocabulaire. Cette immersion dans une culture si différente de la nôtre rend ce voyage encore plus intéressant. Le contrôle de soi, des sentiments, l’image que l’on se doit de donner aux autres, sans cesse présents dans la vie des personnages sont un des aspects de cette société japonaise que nous avons parfois tant de mal à comprendre.

Roman lu dans le cadre de ma participation au jury du prix littéraire de la Vocation 2019.

Catalogue éditeur : Albin-Michel

Kabuchiko, le quartier le plus dangereux de Tokyo, territoire des yakusas. Daisuke, membre du redoutable clan Kobayashi, dirige un vaste réseau de mères porteuses vouées à approvisionner de riches chinois en mal d’enfants.
Kei, qui a été conçu pour un couple de Shanghaiens, n’a pas connu ses parents, morts accidentellement avant sa naissance. Il a grandi entre l’affection de sa mère porteuse et la défiance de Daisuke, qu’il considère comme son père. Jusqu’au jour où ce dernier lui révèle le secret de sa naissance et l’existence de sa sœur, restée en Chine. Kei entreprend dès lors de partir pour Shanghai, décidé à relier le fil de ses origines. Jiazoku : de « jia » en chinois et « kazoku » en japonais, deux mots qui signifient « famille ».

Sur fond de trafics et d’exploitation humaine, Maëlle Lefèvre, dix-neuf ans, explore dans ce premier roman émouvant l’amour idéal qui unit parents et enfants.

Prix 20.00 € / 2 Janvier 2019 / 140mm x 205mm / 352 pages / EAN : 9782226403148

Les billes du Pachinko. Elisa Shua Dusapin

Au croisement de deux cultures, Elisa Shua Dusapin explore avec finesse la richesse de la filiation et les ambiguïtés du lien familial dans son dernier roman « Les billes du Pachinko ».

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J’avais découvert Hiver à Sokcho, premier roman dans lequel l’auteur nous embarquait dans cet univers glauque entre les deux Corées. Née d’une mère sud-Coréenne, Elisa Shua Dusapin nous entraine à nouveau vers ces contrées, pour entreprendre une découverte intimiste du pays de ses ancêtres.

La jeune Claire vient passer l’été chez ses grands-Parents. Ces derniers ont fui la Corée il y a plus de quarante ans. Installés au Japon, ils n’y sont jamais retournés. A Tokyo, son grand-père dirige un Pachinko, cette salle de jeu d’un autre temps, où les billes gagnées sont échangées contre des jouets, du chewing-gum, etc. et sa grand-mère voyage dans sa tête, là où les années se mélangent, et cuisine des sucreries pour sa petite-fille.

Pour fêter ses trente ans, Claire rêve de partir avec ses grands-parents quelques jours en Corée, pour voguer sur le fil de leurs souvenirs, de leurs émotions… En attendant, elle prend soin de Meiko, une jeune japonaise à qui elle parle français. Claire vit en suisse et parle plusieurs langues, mais pas le coréen, car pour pouvoir échanger avec ses grands-parents, elle a choisi le japonais, la langue de leur pays d’adoption depuis la fuite pour leur survie.

Voilà un roman tout en subtilités de sentiments et de non-dits, de rêves et de craintes, d’envies non verbalisées et d’impressions parfois faussées par l’incompréhension due en particulier au défaut de communication avec ses grands-parents, et par l’interprétation de leurs silences. L’auteur nous entraine dans la tête de Claire, cette jeune femme qui se cherche, qui veut comprendre ses origines, mais aussi où elle souhaite aller, ballottée entre ces cultures si différentes qui pourtant la composent aussi surement que les cellules de son corps.

Il y a tout au long de ces pages comme une distance, une certaine étrangeté des sentiments, une retenue dans l’évocation des émotions. On plonge dans l’inconnu et parfois même dans l’absurde avec ces personnages qui se cherchent, ces relations ambiguës et pourtant réelles d’une famille décomposée, éloignée, qui ne tient qu’au fil si ténu de la filiation. L’écriture est à la fois nette et ciselée, à la fois brève et très dense, chaque mot, chaque image ayant un sens, posé comme des touches de couleur ou de grisaille pour montrer au lecteur toute l’ambiguïté des sentiments, la richesse de la filiation, la douleur de l’exil.

💙💙💙💙


Catalogue éditeur : éditions Zoé

Claire va avoir trente ans et passe l’été chez ses grands-parents à Tokyo. Elle veut convaincre son grand-père de quitter le Pachinko qu’il gère pour l’emmener avec sa grand-mère revoir leur Corée natale, où ils ne sont pas retournés depuis la guerre. Le temps de les décider à faire ce voyage, Claire s’occupe de Mieko, une petite Japonaise à qui elle apprend le français. Elisa Shua Dusapin propose un roman de filiation, dans lequel elle excelle à décrire l’ambivalence propre aux relations familiales. Elle dépeint l’intériorité de ses personnages grâce une écriture dépouillée et plonge le lecteur dans une atmosphère empreinte d’une violence feutrée où l’Extrême-Orient joue son rôle.

Née en 1992 d’un père français et d’une mère sud-coréenne, Elisa Shua Dusapin grandit entre Paris, Séoul et Porrentruy. Diplômée en 2014 de l’Institut littéraire suisse de Bienne (Haute Ecole des Arts de Berne), elle se consacre à l’écriture et aux arts de la scène, entre deux voyages en Asie de l’Est.

Parution août 2018 / ISBN 978-2-88927-579-3 / nb de pages 144 / format du livre 140×210 mm

Maisons du voyage, photographies couleurs de Hidenobu Suzuki

Exposition de photographies couleurs de Hidenobu Suzuki

Domi_C_Lire_hidenobu_suzuki_1Les Maisons du Voyage, dans le bel espace de La Maison de thé de La Maison de la Chine, dans un lieu mythique, jadis cinéma de la place Saint-Sulpice au cœur de Saint-Germain des Prés. Là, chacun peut venir déguster à l’heure du déjeuner des dim sum aux saveurs exceptionnelles, ou des thés de leur sélection accompagnés de délicieuses pâtisseries Banh.

Sur les murs, l’exposition de photographies couleurs de Hidenobu Suzuki nous transporte dans un Japon à la fois éternel et moderne, mais tellement poétique, magique par certains côtés, tant les photos et les couleurs semblent irréels.

Domi_C_Lire_hidenobu_suzuki_7Hidenobu Suzuki habite à Toyohashi. Spirituel dans l’âme, il nous propose un voyage au fil des saisons dans l’archipel nippon.

Sa façon d’assimiler la photographie à l’Art millénaire de la peinture japonaise donne un résultat absolument prodigieux. Couleurs éclatantes des carpes Koï dans un bassin à la Claude Monet – là on est bluffé par la technique ! – champs démesurés de floraisons printanières chatoyantes et vives, les couleurs éclatent sur des fonds plus sombres, contraste étonnant qui nous ravit et nous transporte dans le Japon éternel, rêvé pour ma part, mais dans lequel on a tant envie de s’immerger tant c’est féérique… Des photos comme autant de fenêtres ouvertes sur un ailleurs magique !

Retrouver les photos d’Hidenobu Suzuki sur son site. 

Exposition présentée dans le cadre de japonismes 2018 : Japonismes 2018 : les âmes en résonance.

Domi_C_Lire_hidenobu_suzuki_2L’année 2018 marquera le 160e anniversaire des relations diplomatiques entre le Japon et la France, ainsi que le 150e anniversaire du début de l’ère Meiji lorsque le pays s’ouvrit à l’Occident.

Portée par les gouvernements français et japonais, Japonismes 2018, une riche saison culturelle nippone, est un petit bout de Japon qui prend ses quartiers à Paris, en Île-de-France et dans toute la France de juillet 2018 à février 2019.

Tout comme les Pixcell-Deer de Kohei Nawa, au Musée de la Chasse et de la Nature dont je vous ai parlé ici.

A découvrir du 8 octobre 2018 au 19 janvier 2019. Au 76 rue Bonaparte 75006 Paris. Entrée libre.

Éclipses japonaises. Eric Faye.

Étonnant roman d’Eric Faye, « Éclipses japonaises » nous dévoile les pratiques de la Corée du Nord dans les années 60, 70.

IMG_4351Au Japon, des femmes, des hommes, jeunes pour la plupart, disparaissent dans une région en bord de mer. Malgré des enquêtes de la police, nulle trace ne peut être trouvée. Mais alors, quel liens entre Naoko Tabane, une collégienne de treize ans qui disparait en 1977 alors qu’elle revenait de son cours de badminton, et Setsuko Okada, qui veut devenir infirmière et qui disparait avec sa mère en 1978 sur l’île de Sado, et avec Jim Selkirk, un  GI américain qui disparait à côté de la DMZ entre les deux Corées.

Pour chacun d’entre eux, la vie change brusquement lorsqu’ils sont brutalement enlevés, jetés dans un sac, puis sur un bateau, et se retrouvent dans un pays inconnu dans lequel ils devront accepter les règles, apprendre la langue, puis former de jeunes coréens à leur propre langue, leurs coutumes, leurs habitudes, en leur inculquant tous leurs souvenirs, afin d’en faire de parfaits japonais, ou américains, futur espions qui pourront ainsi se fondre dans une population qui nous pourra pas soupçonner leur réelle origine.

Pourquoi ? Où ? Cela se passe en Corée du Nord, dans les années 70. La pratique était courante d’enlever des personnes dans des pays étrangers, en fonction des besoins, des envies, y compris pour le plaisir de réaliser un spectacle ou un film, mais le plus souvent pour former de futurs espions.

Jusqu’au jour où, à Berlin, une jeune femme est arrêtée lors d’une escale. Elle a changé d’avion, et celui dans lequel elle était précédemment a explosé. Pourquoi, et  qui est cette jeune japonaise ? La vérité, ou du moins une partie de la vérité éclate au moment de l’explosion du vol 858 de la Korean Air en 1987.

L’écriture superbe d’Eric Faye, à la fois fine et parfaitement dosée, avec une grande justesse dans les descriptions des sentiments divers de ces jeunes, nous emporte dans leurs têtes, nous fait comprendre les souffrances, les atermoiements, les doutes, et aussi les espoirs, tout au long de ces longues années loin de chez eux ou chez elles. Devenues étrangers dans leur propre pays, ayant continué à vivre ailleurs une vie qui leur a pourtant été volée, le retour au pays sera à la fois une délivrance et certainement également une grand souffrance. Dans quels esprits tortueux et dérangés peut-on envisager de faire perdre leur identité à des personnes, en les traitant comme des objets utilitaires, dont on ne retire que ce qui est utile sans respect pour leur personnalité.

« Éclipses japonaises » est un roman étonnant, prenant, qui fait passer sous une forme romanesque une vérité et des faits historiques à la fois déconcertants et glaçants d’inhumanité. Car l’auteur dévoile une réalité politique et économique complexe et sombre, particulièrement bien documentée (une bibliographie complète nous le montre à la fin du roman) à la fois fascinante par le fait qu’elle ait pu exister, et sidérante par sa réalité. Un excellent moment de lecture.

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PMR SeulCe roman fait partie de la sélection 2018 du Prix du Meilleur Roman des  Points 2018 #PMR2018


Catalogue éditeur : éditions Points

Sans laisser la moindre trace, elles ont été arrachées au Japon et à leur famille. Naoko a disparu à la sortie de son cours de badminton, Setsuko s’est volatilisée au bord d’une route. Elles sont devenues des fantômes. Pourtant, en Corée du Nord, une nouvelle vie a commencé pour elles. Une vie animée par une mission qu’elles n’ont pas choisie et le secret espoir de rentrer un jour au pays…

 « Un choix littéraire aussi audacieux qu’intelligent. » Télérama.
« Beau et brillant. » Le Figaro littéraire.

Un article lecteurs.com : Les disparus de l’Empire du soleil Levant

7€ // 240 pages / Paru le 14/09/2017 / EAN : 9782757868744

Birthday Girl. Haruki Murakami

Une bel objet et le talent de conteur d’Haruki Murakami réunis dans cette nouvelle parution de « Birthday girl », à découvrir ou à offrir.

Domi_C_Lire_birthday_girl_haruki_murakamiPour ma première lecture de cet auteur dont on parle tant, je commence par une nouvelle « Birthday Girl » qui vient de paraitre chez Belfond, dans cette si jolie collection illustrée à la couverture cartonnée.

Le jour de son anniversaire, une jeune serveuse doit aller travailler, pour remplacer une collègue souffrante. Dans cet étrange restaurant, tous les jours à la même heure, le patron a un rituel immuable : apporter sur un chariot le même dîner au propriétaire du restaurant qui habite l’hôtel au-dessus.

Ce jour-là, il n’y a pas un mais deux malades, et la serveuse dont c’est l’anniversaire va aller à la rencontre de cet étrange vieillard qui lui demande de faire un vœu… Lequel ? Ce qui se passe ensuite, c’est ce qu’elle raconte et que je vous laisse découvrir en lisant à votre tour ce texte plutôt étrange Birthday Girl

Ici le texte de Murakami est mis en images par une artiste allemande, Kat Menschil. Dans une tonalité de rouge, rose, blanc, tout est dit en quelques traits savamment posés sur la feuille… Cela donne un charme fou à ce livre, cadeau idéal pour les fêtes, à ceux qui aiment l’auteur, les nouvelles, les surprises, et les beaux objets…  pour tous en fait !

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Catalogue éditeur : Belfond

Je ne vais pas vous offrir quelque chose de matériel. Mon cadeau n’aura rien à voir avec un objet de valeur. En fait, voilà ce que j’aimerais offrir à la merveilleuse fée que vous êtes, mademoiselle. Vous allez faire un vœu. Et je l’exaucerai. Quel qu’il soit. À condition que vous ayez un vœu à formuler.

Comme un songe éveillé, un de ces instants suspendus qui nous hantent encore, longtemps après, Haruki Murakami nous livre une nouvelle mélancolique, douce-amère, magnifiquement mise en image par la talentueuse illustratrice allemande Kat Menschik, pour mieux restituer l’univers hypnotique du maître.

Littérature étrangère / Traduit par Hélène MORITA / Parution le 09 novembre 2017 / 72 pages

La vie automatique. Christian Oster

A la fois loufoque et déroutant, « La vie automatique » de Christian Oster est un roman étrange qui porte un regard étonné sur la vie.

DomiCLire_la_vie_automatiqueJean a oublié d’éteindre le feu sous la casserole… Est-ce un oubli ? Un acte manqué ? En tout cas, Jean en profite pour abandonner aussitôt sa maison aux flammes qui doivent rapidement la consumer et faire envoler dans les cendres une vie, ses souvenirs, son passé…
Puis Jean s’en va, à la ville, ailleurs, vivre autrement.
Lui qui est acteur de seconde zone va devoir squatter quelque temps chez ses amis, trouver du travail, un moyen de vivre, survivre simplement. Il rencontre France Rivière, une actrice, et reste chez elle. Là, toutes sortes de péripéties vont lui arriver, qu’il va vivre de façon totalement imprévue, désordonnée, saugrenue même, comme porté par les autres, comme s’il n’avait plus de conscience ou d’envie, comme si la vie était aussi simple que ça…

Étrange voyage d’un homme qui renie un passé, qui est censé être parti en fumée avec sa maison, mais qui ne se construit pas pour autant un avenir. Il se laisse porter comme si la volonté, l’envie, le plaisir n’avaient plus de sens pour lui, ou de raison d’être. Quel roman désabusé, introspection d’un homme sans avenir, et tout d’un coup sans passé… On en sait pas forcément ce que Jean veut quitter, mais on comprend vite que la vie n’a plus vraiment d’importance, alors pourquoi cette fuite, pourquoi pas un départ plus définitif ? Voilà une drôle de façon de se demander ce que la vie nous apporte. Au final un roman étonnant qui nous pousse également à nous demander ce que nous attendons de cette vie…. et si cela nous satisfait.


Catalogue éditeur : éditions de l’olivier

Au départ, il y a l’incendie. Jean a oublié d’éteindre sous une casserole. Il en profite pour oublier aussi sa vie en abandonnant sa maison aux flammes. Acteur de séries B, il va désormais se contenter de survivre. La fiction devient son refuge, la vie elle-même une toile de fond.
C’est dans cette atmosphère de désenchantement qu’il rencontre France Rivière, une actrice encore célèbre qui lui propose de s’installer chez elle. Lire la suite…

Parution  02 février 2017 / 140 × 205 mm / 144 pages / EAN : 9782823608786 / 16,50 €

Monsieur Origami. Jean-Marc Ceci

« Monsieur Origami » de Jean-Marc Ceci est un livre étrange, qui se lit très rapidement qui mais reste longtemps en tête ne serait-ce que par la finesse des réflexions qu’il instille doucement en chaque lecteur.

domiclire_monsieur_origamiA vingt ans, Kurogiku quitte le Japon et un avenir tout tracé pour une silhouette de femme aperçue un jour, et dont il tombe immédiatement amoureux. Il part, seulement muni d’un pot avec trois pousses de Közo, le murir à papier, et du seul indice qu’il détient pour rechercher son amour, un hypothétique nom : la signorina Tchao. Son long périple l’entraine jusqu’en Toscane. Là, pendant quarante ans, il va planter, voir pousser, puis grandir et prospérer ses arbres, en fabriquer le washi, ce papier spécial qui lui permet de faire des Origami.

Un origami est composé de plis, deux plis uniquement, le pli vallée et le pli montagne, ces origami deviennent ici des objets à forte valeur symbolique, quasiment dotés de vie. Maitre dans l’art du pliage, monsieur Origami passe sa vie à plier, mais également à déplier et surtout à observer, ces origami aux plis étranges, méditant ainsi sur leur origine, ou sur ses propres origines ?
Jusqu’au jour où un jeune homme arrive chez lui. Casparo est horloger, il rêve de fabriquer la montre qui possédera toutes les mesures de temps possible. Les deux hommes vont cohabiter, se comprendre, s’aider à avancer, dans la plus grande sérénité et la plus parfaite harmonie. Le plus jeune pour trouver sa voie, le plus ancien pour comprendre … sa fuite.

Un très beau roman, qui se lit presque trop vite ! Fait de chapitres courts, ponctués de quelques informations sur le washi, dont le savoir-faire est classé au patrimoine culturel immatériel de d’UNESCO depuis 2014. Et comme « toute beauté a sa part d’ombre », il comporte également quelques allusions à la guerre, à l’honneur, au poids du passé et de la famille, au doute et à la quête de soi, dans la fuite ou dans la réflexion. Un très joli moment de lecture.


Catalogue éditeur : Gallimard

À l’âge de vingt ans, le jeune Kurogiku tombe amoureux d’une femme qu’il n’a fait qu’entrevoir et quitte le Japon pour la retrouver. Arrivé en Toscane, il s’installe dans une ruine isolée où il mènera quarante ans durant une vie d’ermite, adonné à l’art du washi, papier artisanal japonais, dans lequel il plie des origamis. Un jour, Casparo, un jeune horloger, arrive chez Kurogiku, devenu Monsieur Origami. Il a le projet de fabriquer une montre complexe avec toutes les mesures du temps disponibles. Son arrivée bouscule l’apparente tranquillité de Monsieur Origami et le confronte à son passé. Les deux hommes sortiront transformés de cette rencontre.
Ce roman, d’un dépouillement extrême, allie profondeur et légèreté, philosophie et silence. Il fait voir ce qui n’est pas montré, entendre ce qui n’est pas prononcé. D’une précision documentaire parfaite, il a l’intensité d’un conte, la beauté d’un origami.

Collection Blanche, Gallimard / Parution : 25-08-2016/ 168 pages, 140 x 205 mm / Romans et récits /Époque : XXIe siècle /ISBN : 9782070197729