Ceux qui sont restés là-bas, Jeanne Truong

Le récit poignant de survivants du Cambodge de Pol Pot

Cambodge, 1978. Son époux et sa fille ont été tués par les Khmers Rouges. Elle n’a qu’une issue, fuir le pays avec Narang, son fils de six ans, jusqu’à la frontière avec la Thaïlande.

Si Narang est devenu muet suite à la mort des siens, sa mère quant à elle n’arrivera jamais à surmonter la douleur de leur perte. Car c’est aussi celle de milliers de cambodgiens qui ont perdu la vie par la folie et la volonté d’un homme. Au milieu de la jungle, dans une nature hostile et sauvage, sur les sentiers piégés par les Khmers Rouge, à la merci des passeurs indélicats, des profiteurs, des voleurs et des violeurs, leurs chances de survie sont infimes.

Ce seront des jours de marche et d’angoisse, de faim et de soif, de terreur, entourés de morts et d’appels à l’aide, de cris et de pleurs, pour arriver enfin jusqu’aux camps situés à la frontière. Là, les rescapés sont parqués, isolés, en marge du pays voisin qui hélas n’a rien d’ami en cette période pour le moins trouble. Car si certains parmi eux savent tant les exactions perpétrées par Pol Pot et ses armées que les massacres envers une population dont il faut anéantir la moindre racine, à ce moment-là, les thaïlandais ne font rien pour aider les rescapés.

Comment revivre, comment simplement survivre quand on a tout perdu, que l’on est conscient des horreurs que peuvent commettre les hommes et surtout de la fragilité de la vie. Comment vouloir continuer, même pour l’amour d’un enfant, quand face à tant d’atrocités on sait que l’on a tout perdu. Comment enfin grandir et vivre quand son enfance est synonyme de peur et de mort. Les questions sont posées, le contexte est enfin révélé, mais aucune réponse n’est donnée, comment cela serait-il possible d’ailleurs.

Le texte est profond, terrible aussi lorsqu’il ose dire ces massacres dont on n’avait si peu entendu parler, la traîtrise du pays voisin, le manque d’action des associations, puisque très peu de rescapés seront sauvés par la croix rouge ou les instituions internationales. Mais il y a aussi ces moments d’entraide et de partage, rares mais réels, qui permettent de rester en vie. Il en aura fallu du temps pour que le monde se réveille en réalisant les atrocités commises au Cambodge contre son peuple par son peuple.

Un roman qui remue et bouleverse, et nous dit une fois de plus qu’il ne faut jamais oublier ce dont l’homme est capable. La nature luxuriante et pourtant si dangereuse y tient une place prépondérante, et la terreur exercée par Pol Pot sur son peuple se ressent dans chaque fibre, chaque brin d’herbe, chaque mouvement et chaque pleur. J’ai souffert avec Narang, cet enfant bien seul qui a si mal débuté sa vie, incapable d’aimer ou de s’ouvrir à l’autre.

Impossible de ne pas penser en le lisant au roman de Guillaume Sire Avant la longue flamme rouge.

Catalogue éditeur : Gallimard

Il aurait fallu rester jusqu’à la fin. Il aurait fallu mourir. Avoir quitté les lieux avant les autres, c’est être coupé de l’Histoire. Je suis entré dans le noir qu’on appelle la survie. Je n’ai pas vu de mes yeux jusqu’au bout, je n’ai pas payé de ma vie comme les autres. Cependant, si l’enfance détermine tout, alors je suis un enfant des camps.
1978. Narang a six ans. Il fuit le Cambodge avec sa mère. Comme une foule d’autres rescapés, tous deux tentent de rejoindre la Thaïlande. Épuisés par des jours de marche, harassés par la faim et la soif, ils sont parqués dans un camp à leur arrivée. Cela aurait pu être la fin de leur tragédie. Mais ça ne sera que le début d’une autre. Fulgurante, celle-ci.
Jeanne Truong restitue avec force et pudeur l’horreur du cauchemar cambodgien. Elle revient sur un épisode méconnu de cette période sanglante. Le récit de Narang, habité par les obsessions qui hantent les survivants, est saisissant de vérité et d’humanité.

Parution : 14-01-2021 / 272 pages, 140 x 205 mm / ISBN : 9782072888045 / 20,00 €