Saltimbanques, François Pieretti

Exercice difficile et périlleux, à la manière des saltimbanques, le héros du roman de François Pieretti  doit faire le deuil d’un inconnu, et malgré le désenchantement qu’est sa vie, se trouver lui-même au bout du chemin.

Nathan n’a jamais vraiment connu Gabriel ce petit frère qui disparait dans un accident de voiture à 18 ans. Il ne l’a même jamais vu grandir puisqu’il a quitté le domicile familial depuis dix ans. Aujourd’hui, malgré tout ce qui le sépare de ses parents, Nathan est revenu pour enterrer son frère. Mais comment peut-on faire son deuil d’un inconnu, dans une maison où rien ne vous le rappelle, ni  sa vie, ni son enfance, et surtout que retenir d’un adolescent qui n’est au fond qu’un étranger ?

Arrivé dans le sud-ouest de son enfance, il y fait un temps d’enterrement et l’ambiance n’est pas propice aux confidences. Nathan cherche malgré lui les traces de vie de ce frère inconnu. Il essaie de s’approcher d’une bande de jeunes gens, les amis de son frère. Une fille en particulier va l’attirer, la jolie Apolline.

Au contact d’Apolline et des autres, il découvre des pans de vie de son frère. Dans ce groupe d’ados qui joue les saltimbanques, Gabriel savait jongler comme personne, pilier du spectacle que la troupe doit donner pendant l’été. Cette troupe de jeunes est aussi déboussolée que Nathan et doit affronter la mort de leur ami à l’âge où la vie s’ouvre devant eux, c’est une cruelle épreuve.

Repartir à Paris, rester auprès de la belle et mystérieuse Apolline et de Bastien, même s’il ne trouve pas sa place ? Nathan va se poser, le temps d’aimer, de douter, d’apprendre à connaitre celui qui n’est plus, au contact de ces jeunes qui auraient pu être ses amis. Et si, de rencontres en questionnement, de fuite en errances, c’était lui-même que Nathan réussissait à trouver enfin ?

Écrit sans pathos, sans tristesse au fond, malgré les temps qu’il évoque, ce roman interroge doucement avec émotion et délicatesse sur le temps qui passe, sur la quête de l’autre et de soi, sur ce que peut signifier réussir une vie… L’auteur sait nous toucher, y compris lorsqu’il aborde avec intelligence le sujet d’Alzheimer. Il nous rappelle aussi que de nombreux jeunes meurent bien trop tôt sur les routes des soirs de fêtes, et que ces morts-là signent inéluctablement la fin de l’insouciance pour tous ceux qui les entourent.

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Catalogue éditeur : Viviane Hamy

Plusieurs années auparavant, j’avais suivi mon père sur un long trajet, vers Clermont-Ferrand. Parfois il me laissait tenir le volant sur les quatre voies vides du Sud-Ouest, de longs parcours, la lande entrecoupée seulement de scieries et de garages désolés, au loin. Je conduisais de la main gauche, ma mère ne savait pas que j’étais monté devant. C’était irresponsable de sa part, mais la transgression alliée à l’excitation de la route me donnait l’impression d’être adulte, pour quelques kilomètres. Mon père en profitait pour se rouler de fines cigarettes qu’il tenait entre le pouce, l’index et le majeur. Sa langue passait deux fois sur la mince bande de colle. Il venait d’une génération qui ne s’arrêtait pas toutes les deux heures pour faire des pauses et voyageait souvent de nuit. J’avais un jour vu le comparatif d’un crash-test entre deux voitures, l’une datant des années quatre-vingt-dix et l’autre actuelle. Mon frère et sa vieille Renault n’avaient eu aucune chance.

Parution : 17/01/2019 / ISBN : 9791097417215 / Pages : 240 p. / Prix : 18€

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