L’assassinat de Joseph Kessel, Mikaël Hirsch

Quand la réalité et l’écriture s’affrontent dans les rues de Paris

Paris pendant l’entre-deux-guerres, dans le monde des réfugiés russes qui fuient la révolution bolchevique, l’anarchiste ukrainien Nestor Makhno traque Joseph Kessel…
Il faut dire que ce dernier a écrit un roman dans lequel il brise la réputation de Makhno. Dans Makhno et sa juive, il le présente sous les traits d’un meneur d’hommes d’une grande cruauté et d’un antisémite notoire. Celui-ci veut donc venger son honneur par les armes. Mais la rencontre avec Kessel est loin d’être telle qu’il l’avait imaginée.

Sans même l’avoir cherché, il se retrouve en compagnie de Kessel et de ses amis pendant toute une nuit de beuverie, allant de cabarets en fumerie d’opium, à la rencontre de Malraux et de Cocteau. Difficile dans ce cas de mener à bien sa vengeance, et celui qui a semé la terreur sur son passage devient mouton docile à la suite de sa proie. Le lecteur le suit tout au long de cette nuit bien singulière, ponctuée des éléments du passé des principaux protagonistes.

L’auteur utilise les souvenirs des deux hommes pour les replacer au cœur des événements qui agitent l’Europe des années 20. De la révolution russe à la guerre en Ukraine, il évoque les russes blancs réfugiés en Europe, les bolcheviks, ainsi que la diaspora russe qui se retrouvent dans le Paris de l’époque.

Un roman comme je les aime, qui permet de mieux connaître et mieux comprendre certains faits oubliés de l’histoire. Et l’on réalise surtout qu’il est bien difficile pour Makhno de combattre à armes égale face au pouvoir de la littérature et de l’écriture.


Catalogue éditeur : Serge Safran

Durant l’entre-deux-guerres, Paris devient le port d’attache d’immigrants russes ayant fui la révolution bolchevik. Au soir du 19 juin 1926, le célèbre anarchiste ukrainien Nestor Makhno, blessé, affaibli et privé de tout, traque Joseph Kessel pour lui faire la peau. Dans Makhno et sa juive, l’écrivain en effet dépeint le révolutionnaire sous les traits d’un monstre assoiffé de sang et accède à la célébrité en lui volant la dernière chose qui lui reste : sa légende !
C’est dans ces bas-fonds de Pigalle que Makhno, pistolet en poche, se retrouve nez à nez avec Kessel. Et se voit embarqué à boire, écouter des discours, des chants, dans une folle soirée interlope jusque dans une fumerie d’opium où l’on croise… Cocteau et Malraux.
Dans un combat où bourreaux et victimes échangent parfois leur rôle, ce ne sont plus deux individus qui s’affrontent pour la gloire et contre l’oubli, mais bien la réalité et la littérature qui se jaugent et se défient à travers eux.

Mikaël Hirsch est né en 1973 à Paris. Après des études de lettres, il est devenu libraire. Depuis, il écrit des nouvelles dans des revues, et des romans. Son roman Le Réprouvé a été sélectionné en 2010 pour le prix Femina (repris en poche chez J’ai lu) tout comme Avec les hommes en 2013.

Paru 20 août 2021 / ISBN : 979-10-90175-82-2 / Format : 12,5 x 19 cm / 160 pages / Prix : 16, 90€

Elles venaient d’Orenbourg, Caroline Fabre-Rousseau

Fin du 19e siècle, le destin incroyable de deux femmes qui bravent les interdits

En 1894, deux jeunes femmes partent d’Orenbourg en Russie pour la Suisse puis la France. Parvenues jusqu’à Montpellier elles vont s’inscrire à la faculté de médecine. Elles vivent en Russie à une époque où la vie est déjà très difficile pour de femmes, mais aussi pour les juifs. Pogroms, assignation à résidence, privation de liberté, les empêchent de vivre normalement.

Ces deux femmes sont Raïssa Lesk qui épousera Samuel Kessel, deviendra la mère de Joseph Kessel et la grand-mère de Maurice Druon, et Glafira Ziegelmann qui sera la première femme admissible à l’agrégation de médecine. Il faut dire qu’en Russie, comme d’ailleurs dans de très nombreux pays à l’époque, les femmes ne pouvaient pas s’inscrire en faculté de médecine ni exercer certains métiers que les hommes réservaient aux hommes.

Toutes deux rêvent de faire médecine, c’est cette ambition commune qui les pousse à partir pour la Suisse. Elles s’y plaisent, y rencontrent des compatriotes, mais doivent finalement s’inscrire à Montpellier pour finir leurs études et espérer pouvoir exercer un jour dans leur pays. Là, elles bravent tous les interdits, étudiantes au même titre que les hommes, elles pratiquent même la dissection de cadavres, rien ne les rebute pour apprendre ce métier qui les passionne.

Pourtant, leurs destins prennent des chemins différents lorsque Raissa rencontre Samuel Kessel. Elle se marie rapidement, et abandonne ses études pour le suivre jusqu’en Argentine.

Glafira Ziegelmann rencontre Amans Gaussel, devient médecin puis se spécialise en obstétrique. Son mari, médecin également, et ses professeurs, la poussent à poursuivre ses études et à passer l’agrégation. Mais une femme étudiante, médecin, puis spécialiste, passe encore, mais ces messieurs de l’institut ne peuvent admettre qu’une femme, aussi brillante soit-elle, devienne leur égale ; elle ne pourra pas se présenter à l’oral malgré son éclatant succès à l’écrit. Le difficile chemin des femmes vers une forme d’égalité est particulièrement bien montré ici. Oui, une forme d’égalité, car en plus d’étudier et de travailler, Glafira doit aussi tenir son foyer, élever les enfants, être une femme et une épouse accomplie. 

Voilà deux héroïnes absolument passionnantes qui revivent dans ce roman qui tient de la biographie. Je découvre leurs parcours et j’admire leur volonté, elles qui ont eu le courage de quitter leurs familles, mais aussi un pays où la vie était déjà très difficile pour les juifs, pour poursuivre leur passion.

J’avais déjà apprécié l’écriture de Caroline Fabre-Rousseau en découvrant le roman La belle-sœur de Victor H. dont je vous avais parlé ici.

Catalogue éditeur : éditions Chèvre-feuille étoilée

Montpellier, 1894 : deux jeunes filles russes s’inscrivent à la faculté de médecine. Exactes contemporaines de Marie Curie, elles connaîtront elles aussi un destin exceptionnel. Raïssa Kessel et Glafira Ziegelmann.

Caroline Fabre-Rousseau, romancière a un penchant certain pour les oubliés de l’histoire. Mêlant recherches et fiction, elle exhume des époques et des personnages, réels ou imaginaires, pour mieux les arracher à l’oubli. Sa précédente biographie faisait revivre Julie Duvidal, artiste peintre reconnue en son temps, écrasée par l’ombre de son beau-frère Victor Hugo.
Biographie croisée, « Elles venaient d’Orenbourg » raconte avec sensibilité et érudition deux parcours contrastés et révélateurs de la condition féminine au tournant du 19e siècle.

17,00€ En librairie le 15 février 2020 / ISBN : 9782367951416