Un fils obéissant, Laurent Seksik

Dans son dernier roman « Un fils obéissant » Laurent Seksik évoque  le personnage d’un père, mais cette fois de façon plus intime puisqu’il s’agit de son père, et de cette relation universelle entre un père et un fils aimants.

domi_C_Lire_un_fils_obeissant_laurent_seksik_flammarionTel que l’exige la religion juive, alors que son père est décédé depuis un an, Laurent Seksik se rend sur sa tombe à Jérusalem pour honorer sa mémoire. Un an à réciter le kaddish chaque jour, puis se rassembler pour honorer le défunt et dire quelques mots à son attention, entouré de tous ceux qui pensent à lui, pour enfin le laisser partir…

Alors qu’il est en chemin, il échange avec sa voisine d’avion, installée sur le siège à côté de lui. Banale et courtoise tout d’abord, cette conversation, pas forcément voulue au départ, va rapidement devenir l’occasion pour l’auteur de se remémorer les instants de joie, de bonheur, les étapes d’une vie au contact de ce père à la présence magnétique.

Si le rêve de ce père n’est pas tu seras un homme mon fils, mais bien tu seras écrivain, ce père qui l’a encouragé dès ses premières rédactions d’enfant, il lui faudra bien assouvir aussi le rêve d’une mère, tu seras médecin mon fils… Aujourd’hui, après avoir exercé comme médecin pendant des années, après avoir écrit en parallèle plus d’une dizaine d’ouvrages, l’auteur a réalisé ces deux rêves.

Après avoir découvert et apprécié Romain Gary s’en va-t-en guerre, j’avais très envie de lire le dernier roman de cet auteur de talent au parcours atypique. Bien m’en a pris… Ce roman est un long discours intérieur, même s’il s’agit d’un échange, d’un long cheminement vers l’enfance, la relation entre le père modèle et le fils parfait, vers l’histoire de ses ancêtres, en particulier d’un certain Victor, figure emblématique de la cellule familiale, c’est également une projection vers l’avenir, où la présence du père est à la fois protectrice et émulatrice, bienveillante et critique.

Cette longue conversation à huis-clos est aussi l’opportunité de se remémorer les étapes de la maladie, la souffrance que cela entraine, le courage face à une fin inéluctable. D’évoquer le rôle difficile du médecin confronté à un père malade, le dernier patient que l’on doit avoir envie de consulter sans doute, à qui il est difficile de dire la vérité – car est-on justement capable de l’appréhender soi-même cette vérité ? – malgré la confiance aveugle qu’il vous fait… Le moment d’affronter la mort d’un proche, la souffrance que cela engendre, qui vous fait grandir d’une certaine façon, même si pas un seul d’entre nous n’a envie de vivre cette situation. Sans parler de comprendre et d’accepter le chagrin, la tristesse de ceux qui restent…

Il y a beaucoup d’émotion à la lecture de ce fils obéissant. C’est à la fois intime, personnel et universel, cette relation au père, aux parents même, ce besoin de plaire, de satisfaire, de réaliser les rêves et les espoirs qui sont mis en chacun de nous par ceux qui nous ont conçus.

💙💙💙💙

Du même auteur, j’avais également beaucoup aimé le roman Romain Gary s’en va-t’en guerre.


Catalogue éditeur : Flammarion

Un homme se rend sur la tombe de son père un an après sa disparition pour y tenir un discours devant une assemblée de proches…
Le neuvième roman de Laurent Seksik, le premier où il ose le je, embrasse une vie d’amour filial. Ce voyage entre présent et passé entremêle l’épopée prodigieuse d’un grand-oncle… Lire la suite

Paru le 22/08/2018 / 256 pages / 140 x 211 mm Broché / EAN : 9782081413030

Vivre ensemble. Émilie Frèche

Vivre ensemble, dans le roman d’Émilie Frèche est un postulat universel qui se décline sur différents plans, de la cellule familiale recomposée au pays qui tente tant bien que mal d’assimiler les migrants qui frappent à sa porte.

Domi_C_Lire_vivre_sensemble_emilie_freche_stockNovembre, Déborah et Pierre sont en terrasse d’un café parisien. Impuissants, ils assistent aux attentats sanglants qui meurtrissent et sidèrent la France. Sortir vivant de l’horreur, cela vous  change profondément… Pierre et Déborah ont chacun un fils, en garde alternée, fils qui ne se connaissent pas encore. Mais l’urgence de vivre, de s’aimer, de se blottir l’un contre l’autre, de former une famille, même recomposée,  est la plus forte.
Aussi peu de temps après, ces rescapés lucides quant à la fragilité de la vie et conscients d’être des miraculés décident de vivre ensemble. La vie est courte, ne faisons pas attendre un bonheur possible. Rapidement, Salomon, le fils de Pierre manipulé par celle que son père nomme MdS (mère de Salomon, c’est dire !) va se rebeller contre cette famille qu’il rejette de toutes ses forces d’adolescent sensible et différent, violent et solitaire.

En parallèle à son métier, Pierre part chaque semaine dans la jungle à Calais. Là, il assiste bénévolement les migrants dans leurs démarches pour obtenir des papiers et un accueil digne. Pourtant, là encore rien n’est simple. Ces hommes et ces femmes qui ont traversé frontières, mers et montagnes, pays en guerre, recomposent à Calais les haines et les combats fratricides qui leur ont fait quitter leur pays…

Dans le Vivre ensemble d’Émilie Frèche il y a donc une famille recomposée, celle que l’on tente justement de composer, il y a la difficulté à comprendre et à vivre avec un enfant difficile, différent, l’acceptation de la religion de l’autre, de ses habitudes, de son passé. Il y a aussi l’ombre des attentats terroristes qui ont touché le pays en novembre puis en juillet et la capacité de résilience des rescapés. Enfin, il y a une présence absolument prégnante, celle de la jungle de Calais et toute la difficulté à vivre ensemble, que ce soit à Calais où dans les pays d‘accueil.

Voilà un roman qui parle sans se cacher de l’utopie que représente le Vivre ensemble, qui ose enfin avouer qu’il est parfois difficile voire impossible de comprendre et d’accepter l’autre, celui qui est différent, qui vous interpelle mais vers qui on a tant de mal à aller pour tenter de le connaitre. Qu’il s’agisse de la famille, des relations avec les enfants ou entre hommes et femmes, ou même de migrants, l’inconnu, le repli sur soi comme le communautarisme sont souvent des freins trop importants à l’acceptation de l’autre, qui vient vers nous mais ne nous ressemble pas. Une fois de plus Émilie Frèche a les mots pour nous faire réfléchir – et même s’il me manque peut-être un point de vue, celui des enfants, et si la situation est quelque peu « parisienne » – son talent nous emporte dans une intrigue à plusieurs niveaux qui ne nous lâche pas jusqu’à la toute dernière page, que dis-je, la dernière ligne.

💙💙💙💙

Pour aller plus loin on peut lire également les avis de Nicole du blog motspourmots, du blog matoutepetiteculture, ou de Bibhorslesmurs.

Du même auteur, j’avais beaucoup aimé également le roman Un homme dangereux.

Émilie Frèche aux Correspondances de Manosque 2018

 


Catalogue éditeur : Stock

 « La première fois qu’ils se sont vus tous les quatre, le fils de Pierre n’a pas supporté un mot du fils de Déborah, ou peut-être était-ce juste un rire, et, pris d’une rage folle, il s’est mis à hurler qu’il les détestait, que de toute façon elle ne serait jamais à son goût et Léo jamais son frère, puis il a attrapé un couteau de boucher aimanté à la crédence derrière lui et, le brandissant à leur visage, il a menacé de les tuer – cela faisait une heure à peine qu’il les connaissait. »
Tout le monde ne parle que du vivre-ensemble mais, au fond, qui sait vraiment de quoi il retourne, sinon les familles recomposées ? Vivre ensemble, c’est se disputer un territoire.

Émilie Frèche est romancière. Elle est l’auteur, entre autres, de Deux étrangers (Prix Orange du livre en 2013 et prix des lycéens d’Île-de-France 2013).

288 pages / Format : 137 x 215 mm / EAN : 9782234081734 / Prix : 18.50 €