Une activité respectable. Julia Kerninon

Comment devient-on écrivain, à quel moment s’impose le goût de la lecture, des mots, voilà sans doute des questions auxquelles voulait répondre Julia Kerninon avec ce court récit-roman « Une activité respectable »

Domi_C_Lire_une_activite_respectable.jpgDe Julia Kerninon, j’avais découvert et apprécié l’an dernier le roman Le dernier amour d’Attila Kiss qui se passait à Budapest. En lisant Une activité respectable, je comprends à quel point cette ville lui est familière.

Ici, nous avons d’avantage un récit, quasi autobiographique et surtout très vivant, de l’amour des livres, de la littérature et de cette idée de savoir comment vous vient l’envie de devenir écrivain.  Julia se dévoile avec pudeur et poésie, nous parle de cette machine à écrire que sa mère lui met entre les mains dès l’âge de cinq ans, on s’en étonnerait d’ailleurs, mais manifestement pas elle ni sa famille !

Et l’on y retrouve avec plaisir une librairie aussi mythique que Shakespeare and Company, qui même si elle a changé de rue depuis les années d’Hemingway par exemple, garde une part de rêve et de mystère. Il y a l’enfance, les parents, les grands parents, cette grand-mère qui ne réagit jamais comme on l’attend, les voyages, Budapest, la Colombie britannique, les études, la fratrie, les amis, tout ce qui fait au final qu’on devient soi-même sans doute.  Il y a aussi les différents voyages d’une adolescente qui se cherche et veut trouver sa voie, alors elle part écrire, seule, dans un studio à l’étranger, puis revient, écrit encore et toujours, puis à force de persévérance, parce qu’avant tout elle y croit et qu’il semble qu’elle soit née pour ça, elle va publier un puis deux, puis d’autres romans.

Voilà un récit étonnant, court, bien écrit et maitrisé, qui intéresse mais sans forcément passionner. Mais après tout, la littérature doit-elle toujours être passionnante ? En tout cas c’est un bel ovni à dédier à tous ceux qui ne peuvent pas vivre sans les mots ni la lecture et à tous les écrivains qui nous régalent de leurs textes !

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Catalogue éditeur : Le Rouergue

Dans ce court récit, Julia Kerninon, pas encore trente ans, façonne sa propre légende. Née de parents fous de lecture et de l’Amérique, elle tapait à la machine à écrire à cinq ans et a toujours voulu être écrivain. Dans une langue vive et imagée, un salut revigorant à la littérature comme « activité respectable ». A dévorer ! Prix Françoise Sagan et prix de la Closerie des Lilas pour ses deux premiers romans.

Janvier 2017 / 64 pages / 9,80 € / ISBN 978-2-8126-1203-9

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Le dernier amour d’Attila Kiss. Julia Kerninon

Avec « Le dernier amour d’Attlia Kiss » Julia Kerninon signe ici un deuxième roman tout en finesse. Petit livre au titre un peu étrange, mais qui emporte son lecteur, en peu de mots l’essentiel est dit et ressenti.

Domi_C_Lire_le_dernier_amour_d_atila_kiss_julia_kerninon.jpgNous découvrons Attlia Kiss, 51 ans. Il vit en Hongrie, marié, une vie pas très tranquille entre un beau-père mafieux sur les bords pour qui il accepte de faire quelques boulots et une femme qu’il aime, mais juste ce qu’il faut pour vivre ensemble, sans passion ni projets. Il traine sa carcasse au café Lukacz, le soir et souvent aussi dans la journée, entre deux boulots, chez Irisz, une jeune femme avec qui il aura des filles qu’il abandonnera le jour où il décide de changer de vie. Ses pas l’entrainent vers Budapest. Là, seul, sans femme ni argent, sans amis ni famille, il peint. Pendant des jours et des mois, il peint sa vie d’avant, pour exorciser, pour oublier, pour évacuer les souvenirs qui le minent.

Presque par hasard, à la terrasse d’un café, il rencontre Theodora, une jeune héritière, qui le suit chez lui et avec qui il va vivre. Pas simple, quand tout vous oppose.
L’âge d’abord, elle a vingt-cinq ans, il en a cinquante.
L’Histoire ensuite, ils appartiennent à deux pays autrefois ennemis aux populations encore meurtries par les années de guerre et les séparations de l’après-guerre, les trahisons, la partition d’un pays au profit de l’autre. On ressent cela aussi dans l’ambiance des grandes avenues de Budapest, tellement jolies mais reconstruites sur les blessures de la guerre puis de l’occupation Russe. On les ressent dans les mots et les gestes d’Attila, ses hésitations, ses soupçons, car, bien sûr, comment avoir confiance en cet autres que les générations passées ont honni ? Très intéressant de voir comment les ressentiments et les haines nationales sont encore prégnantes dans l’inconscient de ceux qui pourtant ne les ont pas vécues directement. Héritiers de haines encore vives sans doute.
Les différences sociales, puisque Théodora appartient à cette classe supérieure à laquelle il ne peut pas aspirer même en rêve, inatteignable et pourtant présente à ses côtés !
Les aprioris et les idées préconçues enfin, qui font qu’il est si difficile, lorsque l’on ne s’aime pas assez soi-même de comprendre que l’on peut être aimé pour soi. Nous assistons aux étapes de la relation, observation, émotion, sentiments, confiance et défiance, colère et compassion, passion et amour fou, tout y passe avec finesse et réalisme. C’est un court roman à l’écriture ciselée, tout en subtilité. C’est joli et parfois triste mais on en redemande !

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Catalogue éditeur

domiclire_POL2016 Sélection 2016 du Prix Orange du livre

«Par la suite, il se demanderait souvent s’il devait voir quelque chose d’extraordinaire dans leur rencontre – cette fille venant à lui sur la terrasse d’un café qui n’était même pas son préféré, qu’il ne fréquentait que rarement. Si elle était passée par là la veille, ou simplement une heure plus tôt ou plus tard, elle l’aurait manqué – il ne l’aurait jamais connue, il serait resté seul avec ses poussins et sa peinture et sa tristesse et sa dureté. Mais elle était venue, et il avait poussé doucement la lourde chaise de métal pour qu’elle puisse s’installer, et c’était comme ça que tout avait commencé.»

À Budapest, Attila Kiss, 51 ans, travailleur de nuit hongrois, rencontre Theodora Babbenberg, 25 ans, riche héritière viennoise. En racontant la naissance d’un couple, Julia Kerninon déploie les mouvements de l’amour dans ses balbutiements. Car l’amour est aussi un art de la guerre, nous démontre-t-elle avec virtuosité dans son deuxième roman.

Éditions Le Rouergue / janvier 2016 / 128 pages / 13,80 € / ISBN : 978-2-8126-0990-9