La soustraction des possibles, Joseph Incardona

Entre banquiers suisses et mafia corse, les aventures politico-érotico-financières de petits qui rêvent d’entrer dans la cour des grands

Genève, 1989. Aldo Bianchi, toujours célibataire à 38 ans, est un sémillant prof de tennis. Un peu gigolo sur les bords, il profite des avantages que lui offre Odile, sa maîtresse plus si jeune mais si bien pourvue grâce aux revenus très confortables de son mari. En mal d’activité et surtout de sources de revenus, Aldo accepte les missions bien rémunérées que lui confie le mari d’Odile, des aller-retour Lyon-Genève pour transporter discrètement quelques mallettes. Mais accéder au seuil de la cour des grands en faisant rapidement de substantielles économies donne des idées à Aldo qui voudrait en profiter pour faire fructifier la poule aux œufs d’or.

Dans leur entourage évoluent aussi, pour ne citer qu’eux…

Svetlana, une belle et jeune banquière arriviste et amoureuse ;
René, un mari éconduit qui retrouve un semblant de jeunesse au seuil de la retraite ;
Quelques mafieux corses qui ne savent pas s’arrêter de faire leurs affaires pour profiter d’une belle fin de vie sur l’île de beauté, l’ennui est mauvais conseiller ;
Quelques mafieux albanais ou russes pour faire bonne mesure, on n’est pas loin de la chute du régime soviétique, et dont les manières n’ont rien de celles d’enfants de cœur, où l’on apprend le triste parcours de ces prostituées que l’on retrouve déjà à cette époque dans les grandes capitales européennes ;
Quelques petits caïds de banlieue, déjà, qui tombent sur des pigeons à plumer mais s’attaquent aussi à plus malin et expérimenté qu’eux (une autre époque ?) ;
Quelques banquiers suisses qui se protègent et se cooptent, car finalement le pouvoir ça ne se partage pas, même au pays du paradis fiscal ;
Et des femmes amoureuses, de l’amour, du vrai et de celui qui se monnaye.

Ce que j’ai aimé ?

Les détails, sur la société, l’histoire, les personnages, comme les digressions sont érudits et intelligents. le lecteur ne se noie pas dans des circonvolutions alambiquées qui lui feraient perdre le fil mais au contraire retrouve une époque révolue et découvre un milieu pas si clair que ça. Si parfois l’intrigue semble un peu fouillis, beaucoup de monde évolue autour de ces quelques personnages principaux, l’intérêt est toujours habilement relancé et les événements se succèdent pour notre plus grand bonheur.

Un livre brillant et complexe sur l’amour, l’amour de l’argent, l’amour des autres, femmes ou hommes, l’amour de soi aussi, dans ce milieu de la finance où tout est autorisé pour arriver à ses fins.
Un roman noir détonnant, des personnages bien campés, des caractères affirmés et crédibles, une époque pas si lointaine que l’on aurait presque oubliée, celle de tous les possible et de toutes les trahisons.

Et un auteur qui intervient dans son roman pour parler à ses lecteurs, les apostropher avec ironie et à propos, cela surprend et interpelle habilement.

Cette version audio m’a tenue en haleine pendant quelques heures sans que je ne vois passer le temps. La voix du lecteur est bien adaptée aux différents personnages qu’il incarne avec justesse et parfois une pointe d’ironie. Même les accents et les protagonistes très caractéristiques ressortent avec justesse. J’y ai trouvé les intonations qui correspondent à cette critique acerbe et intelligente de la société que nous propose Joseph Incardona.

Roman lu dans le cadre de ma participation au Jury Audiolib 2021

Catalogue éditeur : Audiolib et Finitude

On est à la fin des années 80, la période bénie des winners. Le capitalisme et ses champions, les Golden Boys de la finance, ont gagné : le bloc de l’Est explose, les flux d’argent sont mondialisés. Tout devient marchandise, les corps, les femmes, les  privilèges, le bonheur même. Un monde nouveau s’invente, on parle d’algorithmes et d’OGM.
À Genève, Svetlana, une jeune financière prometteuse, rencontre Aldo, un prof de tennis vaguement gigolo. Ils s’aiment mais veulent plus. Plus d’argent, plus de pouvoir, plus de reconnaissance. Leur chance, ce pourrait être ces fortunes en transit. Il suffit d’être assez malin pour se servir. Mais en amour comme en matière d’argent, il y a toujours plus avide et plus féroce que soi.
De la Suisse au Mexique, en passant par la Corse, Joseph Incardona brosse une fresque ambitieuse, à la mécanique aussi subtile qu’implacable.
Pour le monde de la finance, l’amour n’a jamais été une valeur refuge.

Un livre audio lu par Damien Witecka

Parution : 16 Septembre 2020 / Durée : 12h07 / Prix public conseillé: 24.90 € / Format: Livre audio 2 CD MP3 / Poids (Mo): 508 / Poids CD 2 (Mo): 491/ EAN Physique: 9791035403621
Finitude : 2020 / 14,5 x 22 cm / 400 pages / ISBN 978-2-36339-122-3 / 23,50 euros

Bonne nuit maman, Seo Mi-Ae

Violence et manipulation au pays du Matin Calme

Seon-geyong Lee est une criminologue appréciée de ses étudiants. Formée au FBI, elle fait étrangement penser à la Jodie Foster du silence des agneaux. Surtout lorsqu’un tueur en série la fait appeler du fond de sa prison et souhaite la rencontrer. Lui qui ne veut rien dire de ses meurtres et de sa folie, l’occasion est belle d’essayer de le faire parler.

Mais n’est-ce pas aussi un piège de répondre à un homme aussi pervers ? Car le tueur en série Byeong-do Lee est passé maître dans l’art de manipuler son monde. Il ne sera donc pas évident d’arriver à lui faire dire quoi que ce soit ou de l’emmener là où elle le souhaite.

En parallèle à ses rencontres à la prison, Seon-geyong Lee va voir sa vie de couple bouleversée. En effet, son mari vient de recueillir sa fille d’un premier mariage. Élevée par ses grands-parents maternels au décès de sa mère, ces derniers viennent de disparaître dans un violent incendie. La fillette est désormais sous la garde de son père et d’une belle-mère qu’elle ne semble pas prête à accepter facilement. La jeune femme va de découverte en surprise car son mari ne lui avait pas tout révélée sur son premier couple et sur sa fille. Rapidement, c’est elle qui doit s’occuper de cette enfant, et affronter ses états d’âme et sa mauvaise volonté.

Seon-geyong Lee doit maintenant gérer deux relations difficiles en parallèle. D’une part avec le tueur en série qui se dévoile peu à peu et dont on devine une enfance de souffrance et une relation délétère à la mère ; et d’autre part, avec une fillette de dix ans qui sous des airs de petit ange cache peut-être un jeu aussi pervers qu’inquiétant.

J’ai aimé suivre cette intrigue, qui semble avoir une suite, même si j’ai parfois trouvé que cette spécialiste des tueurs en série faisait preuve de bien d’innocence quant elle analyse les comportements dans sa propre famille. Mais sans doute refuse-t-on de voir le mal sous son toit quand on connaît la noirceur de l’âme humaine.

Roman lu dans le cadre de ma participation au jury Prix des lecteurs Le Livre de Poche 2021 Policier

Catalogue éditeur : Matin Calme, Le Livre de Poche

Seon-gyeong, criminologue et professeure à l’université, est sollicitée par un détenu en attente de jugement. Cet homme, un serial-killer qui a assassiné treize femmes, veut lui parler – à elle seule. Seon-gyeong va devoir faire preuve de la plus grande prudence face à ce tueur hors norme, intelligent et manipulateur. Dans le même temps, son mari se voit contraint de faire venir chez eux sa fille née d’un précédent mariage. Une enfant de onze ans qui serre contre elle son ours en peluche, bouleversée par les décès de sa mère et de ses grands-parents maternels. Des décès pour le moins suspects, d’ailleurs…

320 pages / Date de parution: 31/03/2021 / EAN : 9782253079231 / 7,70€

Matin Calme : EAN : 9782491290054 / Parution : 05/03/2020 / Pages : 269 / Prix : 19.90€

Rhapsodie des oubliés, Sofia Aouine

Grandir dans les rues de la Goutte d’Or, pour le meilleur ou pour le pire

Abad, jeune émigré libanais, est à l’âge de tous les possibles, celui où tout commence. Il a comme les gamins de son âge des envies de sexe et d’amour, de voyages et de découvertes. Mais avec père quasi absent, une mère toujours débordée et soumise, il est facile de se laisser tenter lorsque les copains vous promettent la lune. Et une fois tombé dans le piège, il a affaire à une justice qui n’entend pas ces jeunes qui espèrent, attendent, et parfois tombent.

À partir de ce jour, il doit aller voir Madame Futterman, la dame qui ouvre dedans, celle qui malgré sa vie de petite fille juive triste, sait écouter et parfois rire aux éclats. Il croise la route de Gervaise, la belle prostituée noire qui contrainte par les sorciers ne quittera jamais cette condition avilissante qui l’attendait à Paris, alors qu’on lui avait fait miroiter un vrai métier qui lui aurait permis d’élever sa fille. Puis Odette, la voisine accueillante qui lui offre rêve et douceur au pays des sucreries et de la musique. Il y a enfin Bat-man, la jeune fille voilée tenue enfermée par les hommes de sa famille autant chez elle que sous son voile, celle qui rêve de s’échapper et pour laquelle Abad aura son premier coup de foudre.

Premiers amours, premiers émois, premières grosses bêtises, quitter la rue Léon et la Goutte d’Or, quitter encore une fois ceux qu’on aime, partir encore pour grandir.

L’écriture, vivante et violente, utilise l’argot et le langage des rues pour faire passer les émotions, la vie qui brûle et bouleverse Abad et ses copains. Quelle énergie, quel humour, quel tourment dans ces mots, ces rencontres, ces aventures amères et douloureuses. Il se dégage de ce roman une rage de vivre, d’être, d’exister, qui prend le lecteur et ne le lâche pas. Abad m’a fait penser au petit Momo de Romain Gary, d’ailleurs présent en exergue d’un chapitre. L’auteur fait vivre par ses mots, son rythme, cette ville qui perd ses jeunes dans les quartiers où la violence, la drogue et la misère ne sont jamais loin, malgré leur rage de vivre, leurs rêves et leur droit au bonheur. Et où l’on constate une fois de plus que la volonté et l’intelligence ne favorisent pas toujours l’intégration des émigrés jeunes ou moins jeunes. J’ai apprécié aussi les rôles et les personnalités des personnages secondaires qui donnent rythme et vie au roman.

Si j’ai apprécié écouter ce roman que j’avais déjà aimé lors de sa sortie, la voix d’Ariane Ascaride ne m’a pas convaincue lorsqu’elle incarne Abad. Il m’apparaît difficile d’être à la fois ce gamin des rues et toutes les femmes qui gravitent autour de lui. Dès qu’elle aborde les autres personnages par contre, elle les incarne avec une émotion que le lecteur ne peut que ressentir à son tour. Mais malgré ce bémol, l’écoute de ce roman m’a fait passer un excellent moment, j’ai aimé en retrouver tous les personnages et la belle écriture de l’autrice.

Roman lu dans le cadre de ma participation au Jury Audiolib 2021

Catalogue éditeur : Audiolib, Éditions de la Martinière

« Ma rue raconte l’histoire du monde avec une odeur de poubelles. Elle s’appelle rue Léon, un nom de bon Français avec que des métèques et des visages bruns dedans. »
Abad, treize ans, vit dans le quartier de Barbès, la Goutte d’Or, Paris XVIIIe. C’est l’âge des possibles : la sève coule, le cœur est plein de ronces, l’amour et le sexe torturent la tête. Pour arracher ses désirs au destin, Abad devra briser les règles. À la manière d’un Antoine Doinel, qui veut réaliser ses 400 coups à lui.
Rhapsodie des oubliés raconte sans concession le quotidien d’un quartier et l’odyssée de ses habitants. Derrière les clichés, le crack, les putes, la violence, le désir de vie, l’amour et l’enfance ne sont jamais loin.
Dans une langue explosive, influencée par le roman noir, la littérature naturaliste, le hip-hop et la soul music, Sofia Aouine nous livre un premier roman éblouissant.
Il fallait le talent d’Ariane Ascaride pour incarner avec autant de justesse cette écriture qui allie humour et drame, et ces « oubliés » que sa lecture nous rend inoubliables.


Avec la participation de l’auteur pour la lecture du chapitre 9.

Suivi d’un entretien avec l’auteur

Date de parution : 16 Septembre 2020 / Durée : 4h43 / Prix public conseillé: 21.50 € / Format: Livre audio 1 CD MP3 / Poids (Mo): 647 / EAN Physique : 9791035403645

Là où chantent les écrevisses, Delia Owens

Une lecture aussi émouvante qu’addictive

Émotion, tendresse, rage, tristesse, joie et bonheur de voir comment Kya, la fille des marais, réussi à vivre malgré l’abandon de Ma, puis de ses frères et sœurs et enfin de Pa.
Comment avec l’aide de Tate elle réussit à apprendre à lire, elle qui vit seule dans sa cabane sans eau ni électricité au bout des marais de Caroline du Nord. La sauvageonne que tous craignent sans jamais chercher à la connaître est une fleur qui s’épanouit au contact de la faune et de la flore de ces marais qu’elle connaît mieux que quiconque.
Ce roman est vraiment magnifique, et totalement addictif. On aime tout de suite cette émouvante et attachante fille des marais. Et on n’a pas envie de la quitter.

La voix de Marie du Bled est juste, précise. Jeune quand Kya est enfant, dure quand on s’adresse à elle, triste ou lourde de remords ou de regrets après les épreuves et les abandons, mais toujours forte et déterminée. Une voix en véritable symbiose avec le personnage principal et ceux qui gravitent autour d’elle.
Et surtout, cette lecture audio permet de prendre encore mieux la mesure de la beauté de l’écriture et de la précision de l’auteur lorsqu’elle décrit la nature omniprésente, sauvage, protectrice et le plus souvent si belle.
C’est un grand plaisir de lecture, et je dois dire que si j’avais déjà lu ce roman lors de sa sortie, j’en ai apprécié ici toute la beauté et la finesse grâce à cette version audio.

Retrouvez ma première chronique de ce roman ici.

Roman lu dans le cadre de ma participation au Jury Audiolib 2021

Catalogue éditeur : Audiolib

Un livre audio lu par Marie du Bled. Traduit par Marc Amfreville

Pendant des années, les rumeurs les plus folles ont couru sur « la Fille des marais » de Barkley Cove, une petite ville de Caroline du Nord. Pourtant, Kya n’est pas cette fille sauvage et analphabète que tous imaginent et craignent.
À l’âge de dix ans, abandonnée par sa famille, elle doit apprendre à survivre seule dans le marais, devenu pour elle un refuge naturel et une protection. Sa rencontre avec Tate, un jeune homme doux et cultivé transforme la jeune fille à jamais. Mais Tate, appelé par ses études, l’abandonne à son tour. La solitude devient si pesante que Kya ne se méfie pas assez de celui qui va bientôt croiser son chemin et lui promettre une autre vie.
Lorsque l’irréparable se produit, elle ne peut plus compter que sur elle-même…
Une héroïne autodidacte et passionnée, une peinture saisissante de la beauté des marais, et une enquête à suspense digne d’Agatha Christie font de ce roman un véritable page-turner.
Un premier roman phénomène qui a conquis des milliers de lecteurs dans le monde entier.

Éditeur d’origine : Le Seuil
Date de parution : 16 Septembre 2020 / Durée : 11h18 / Prix public conseillé: 24.90 € / Format: Livre audio 2 CD MP3 Poids (Mo): 381 / Poids CD 2 (Mo): 551 / EAN Physique: 9791035403614

Une vie comme les autres, Hanya Yanagihara

Une fresque romanesque intense et dramatique sur l’amitié masculine, l’enfance, la résilience, dans le New-York d’aujourd’hui

Ils sont quatre, ils se sont rencontrés alors qu’ils étaient étudiants, et depuis lors sont devenus des amis, inséparables ou presque. Il y a Willem, JB, Malcolm, et Jude.

Ils vivent à New-York, mais dans une ville hors du temps, presque hors de leur époque, car on se concentre tout au long de ces 1122 pages et sur quelques dizaines d’année sur leurs vies, leurs familles, l’évolution de leurs carrières, de leurs amitiés qui parfois se transforment en amour ou en haine, presque sans mention du monde qui les entoure.

Dans ce quatuor magistralement dépeint par Hanya Yanagihara, un homme en particulier se distingue. Alors qu’il réussit sa vie, que tout est là pour son bonheur, il cache au fond de lui une souffrance, un passé, si dramatiquement douloureux que sa vie entière en est gâchée.

Jude est orphelin, nourrisson trouvé posé sur une poubelle par les pères d’un monastère. Là, il sera élevé dans la douleur, on va lui apprendre qu’il n’est rien, il va connaitre la souffrance extrême et les punitions à répétition, ancrant dangereusement en lui cette idée qu’il n’est rien. Il va vivre une enfance puis une adolescence difficile, que l’auteur distille peu à peu au fil des flashback. Puis, enfin libéré de ses bourreaux, il va laisser éclater son intelligence et ses capacités intellectuelles pendant ses années de fac, puis dans son travail. Mais sa vie est brisée, et malgré l’amour de ceux qui l’entourent, il ne se remettra jamais complétement des supplices de l’enfance. Pourtant, chacun de ces quatre amis va évoluer dans le monde, réussir, JB est un artiste reconnu, Malcolm, issu d’une famille aisée est un architecte de talent et Willem, un acteur adulé par son public. Enfin Jude, l’étudiant en droit talentueux, est quant à lui devenu un grand avocat, dans un cabinet de premier plan. Ils ont tous gagné le bonheur et le confort auxquels ils aspiraient plus jeunes. Et à l’âge adulte, sont rendus plus forts par cette amitié qui dure par-delà le temps et les épreuves. Mais cela peut-il suffire à rendre heureux, à rendre une confiance en soi perdue à jamais ?

Quel roman ! Qui parle d’amour et de fraternité, de confiance et de solidarité, d’amitié masculine et d’homosexualité, qui évoque surtout des sujets graves comme la pédophilie et la prostitution enfantine, et qui montre la difficulté de la résilience, lorsque le mal absolu vous a touché et que rien ne peut vous délirer de ce mal ancré en vous.

Il y a peu de moments lumineux dans ce livre, et pourtant, plus on lit, plus on s’attache à ces personnages, avec l’envie folle de les suivre jusqu’au bout.

Roman lu dans le cadre de ma participation au Jury du Prix des Lecteurs du Livre de Poche 2020

Catalogue éditeur : Le livre de Poche

Ils sont quatre amis de fac, et ils ont décidé de conquérir New-York : Willem, l’acteur à la beauté ravageuse ; JB, l’artiste peintre, aussi ambitieux et talentueux qu’il peut être cruel ; Malcolm, qui attend son heure dans un prestigieux cabinet d’architectes ; Jude, le plus mystérieux d’entre eux, celui qui, au fil des années, s’affirme comme le soleil noir de leur quatuor, celui autour duquel les relations s’approfondissent et se compliquent cependant que leurs vies professionnelles et sociales prennent de l’ampleur.
Épopée romanesque d’une incroyable intensité, chronique poignante de l’amitié masculine contemporaine, Une vie comme les autres interroge aussi nos dispositions à l’empathie et notre façon d’endurer la souffrance, la nôtre comme celle d’autrui.

1 128 pages / Date de parution : 30/10/2019 / EAN : 9782253100560
Éditeur d’origine : Buchet – Chastel

Dans l’ombre du brasier, Hervé Le Corre

Avec son roman Dans l’ombre du brasier, Hervé le Corre plonge ses lecteurs aux heures les plus sombres de la Commune de Paris, dans une épopée singulière qui tient en haleine jusqu’au dernières barricades.

blog Domi C Lire photo du  livre "Dans l'ombre du brasier" Hervé le Corre

Pendant les derniers dix jours de la Commune de Paris, la capitale est dévastée par les affrontements entre communards et Versaillais. Pendant ces quelques jours, nous suivons trois protagonistes, Antoine Roques, Nicolas Bellec, soldat du 105e, et Caroline son amie.

Antoine Roques est menuisier, il vient d’être promu commissaire de police car ceux qui étaient en poste ont fui la ville. Il tente de se conformer du mieux possible aux exigences de ce rôle qu’on lui a attribué. Au milieu du chaos qui règne en ville, des parents lui font part de l’enlèvement de leur fille. Cette disparition n’est pas unique. Caroline, l’amie de Nicolas Bellec, a disparu elle aussi. Il faut dire que lorsque le mal est partout, enlever de jeunes filles pour les livrer aux prussiens ou pour les vendre à des réseaux de prostitution pour assurer repos des soldats ne décourage aucun malfrat.

Antoine Roques va tenter de poursuivre sa tâche vaille que vaille, et c’est dans ce contexte qu’il mène son enquête de police. Il découvre le revers de la bataille, et croise la route de Clovis, cet étrange personnage dont le nom est souvent évoqué au cours de l’enquête.

Autour d’eux, les immeubles s’effondrent, des barricades érigées tant bien que mal défendent à peine quelques rescapés, les morts sont enterrés à la va-vite, les blessés sont transportés vers des hôpitaux de fortune, la Commune perd chaque jour un peu plus de terrain.

À travers ces personnages s’affirme le rêve éperdu d’une république idéalisée où chacun aurait les mêmes droits, femmes et hommes, riches ou pauvres. Cet espoir vain d’un monde meilleur qui a pourtant entrainé l’anéantissement et la destruction de la Commune de Paris au cours de cette semaine sanglante.

J’ai aimé marcher dans ces rues, êtes au cœur de la bataille et suivre les aventures de ces personnages héroïques malgré eux, découvrir les banlieues lointaines aujourd’hui totalement intégrées à la capitale, les imaginer marchant, courant d’un quartier à l’autre. Tout comme j’ai aimé cette incursion dans le milieu parfois louche de la photographie, et celui encore totalement balbutiant des photographes de guerre. J’avoue que l’auteur m’a également donné envie d’approfondir mes connaissances sur cette période trouble parfois bien oubliée de l’Histoire. Hervé le Corre réussit l’exploit de nous embarquer dans son roman noir et d’en faire une épopée romanesque historique.

Roman lu dans le cadre de ma participation au jury du Prix des lecteurs BFM l’Express

Catalogue éditeur : Rivages / Noir

La « semaine sanglante » de la Commune de Paris voit culminer la sauvagerie des affrontements entre Communards et Versaillais. Au milieu des obus et du chaos, alors que tout l’Ouest parisien est un champ de ruines, un photographe fasciné par la souffrance des jeunes femmes prend des photos « suggestives » afin de les vendre à une clientèle particulière. La fille d’un couple disparait un jour de marché. Une course contre la montre s’engage pour la retrouver. 
Dans l’esprit de L’Homme aux lèvres de saphir (dont on retrouve l’un des personnages), Hervé Le Corre narre l’odyssée tragique des Communards en y mêlant une enquête criminelle haletante. 

ISBN : 978-2-7436-4584-7 / EAN : 9782743645847 / Parution : janvier, 2019 / 384 pages / Format : 15.5 x 22.5 / Prix : 22,50€

Une disparition inquiétante, Dror Mishani

Une enquête policière qui nous entraine en Israël et nous fait découvrir de nouveaux horizons

Une disparition inquiétante de Dror Mishani

Avec « Une disparition inquiétante » de Dror Mishani je fais la connaissance d’Avraham Avraham, un policier peu commun, un peu décalé, déstabilisant et pas forcément attachant. Mais tout le monde n’est pas en permanence au top ni à 200% de ses capacités ou capable de travailler à la perfection, au contraire, les incohérences, les baisses de régime, le manque d’intérêt ou d’attention font aussi partie de nos vies. Alors oui, Avi Avraham, ce personnage de flic complètement dépassé par la situation, est sans doute une compilation de quelques personnes que nous pourrions rencontrer dans la réalité et s’il n’est pas de prime abord sympathique, il en devient malgré tout intéressant par sa crédibilité et son réalisme.

Lorsqu’une mère vient au commissariat faire part de ses inquiétudes depuis la disparition de son fils Ofer Sharabi, notre commissaire est peu enclin à lancer une recherche. Il est pressé de rentrer chez lui se poser devant sa télé pour analyser et critiquer les séries policières américaines et en découvrir les incohérences. Etonnant, car lui n’est pas à une incohérence près dans son travail, mais il est plus facile de voir ce qu’il se passe chez les autres que de faire sa propre introspection.

L’enquête sur ce qui s’avère finalement être une disparition inquiétante va démarrer, puis piétiner, s’enliser, prendre de mauvaises directions et en oublier certaines autres. Il y a peu de témoins, ou alors des témoins qui vont dérouter plutôt qu’aider les enquêteurs, je pense en particulier au comportement trouble du voisin de la victime, l’étrange professeur d’anglais Zeev Avni. En fait il y a peu d’éléments pour la faire avancer. Cela semble refléter la vraie vie de la police où tout n’est pas aussi simple et rapide que dans les séries télé.

Les rivalités entre collègues, la personnalité de Sharpstein, nouvel arrivant qui veut affirmer sa différence et ses compétences, Ilana, la directrice du service qui prend des initiatives sans prévenir Avi Avraham alors qu’il dirige l’enquête, le voyage d’étude en Belgique qui se solde par une somme d’heures perdues et quelques rencontres plus ou moins agréables, la mère un peu trop possessive, sont autant de scènes qui ancrent le personnage dans une réalité qui happe le lecteur et lui donne envie de poursuivre sa lecture. Et bien lui en prend car de fausses pistes en hésitations, l’enquête s’avère bien plus complexe et intéressante que ce que l’on imagine de prime abord. J’aborde ici pour la première fois l’univers d’un policier en Israël et je suis prête à découvrir ses prochaines enquêtes.

Roman lu dans le cadre de ma participation au jury du Prix du Meilleur Polar des lecteurs de Points 2015

Catalogue éditeur : Points

Traduit de l’hébreu par Laurence Sendrowicz

Un adolescent ne disparaît pas comme ça. Il fugue quelques heures, un jour, deux tout au plus, puis réapparaît. Avraham Avraham, commandant de police de la banlieue de Tel-Aviv, le sait. Les crimes spectaculaires, c’est bon pour la série New York Police District. Pourtant Ofer Sharabi, seize ans, ne rentre pas. Ni le lendemain, ni le jour d’après. Et si Avraham s’était trompé depuis le début ?

384 pages / Paru le 05/03/2015 / EAN : 9782757851739