Le Pensionnat des innocentes, Angela Marsons

Faut-il déterrer les plus sombres secrets ?

Ils étaient cinq, penchés vers on ne sait quel secret qu’ils protègent depuis dix ans.

Lorsque l’une d’entre eux se fait assassiner dans sa baignoire, tous commencent à trembler. Mais qui est capable de les relier entre eux, quel secret inavouable ont-ils en commun, et pourquoi cette vengeance aussi longtemps après. Ce sont bien les questions que se pose Kim Stone, excellente et atypique enquêtrice du Pays Noir.

Kim Stone est inspectrice de police, tout chez elle respire l’enfance malheureuse et les problèmes, et cela se ressent au quotidien dans sa relation aux autres, pourtant elle excelle dans son étier. Aussi lorsqu’on lui demande de venir sur les scènes de crime, elle comprend vite que la réponse n’est sans doute pas aussi évidente qu’elle pourrait le paraître.

Enfant de l’assistance, une mère malade et meurtrière, un jumeau décédé trop jeune, et la voilà à fleur de peau face aux injustices que de vie. Elle va rapidement déceler le mystère et les silences, les relations entre des personnages qui de prime abord n’ont rien en commun. D’abord, pourquoi tenter d’interdire des fouilles archéologiques à priori sans incidence, pourquoi tenter d’empêcher de retourner la terre du côté du pensionnat pour jeunes filles de Creestwood, si l’on n’a rien a cacher. D’autant qu’il semble que les victimes se multiplient comme les petits pains, et que tous avaient au moins un point commun, avoir travaillé là.

Ce que j’ai aimé ?

Malgré quelques invraisemblances, ou alors la vie est bien dure, le rythme et le sujet sont particulièrement prenants. Addictifs même. Des personnages différents, aux caractères et aux passés bien campés, qui donnent tout son intérêt au roman.

La pauvreté a fait quelques ravages dans cette région oubliée de la Grande Bretagne. Car la misère, le chômage et le manque d’éducation ne permettent pas vraiment de s’en sortir. Alors on fait avec et on appartient à cette région du Pays Noir pour le meilleur mais surtout pour le pire.

J‘ai aimé ce personnage un peu cassé d’inspectrice au caractère bien trempé, pas très sociale ni attentionnée mais tellement efficace. S’il m’a semblé avoir déjà lu sur le sujet, le traitement est malgré tout intéressant, en particulier dans la façon d’envisager la relation à l’autre. Qu’il s’agisse du poids de l’enfance, de la maltraitance, des pensionnats pour jeunes filles considérées comme des rebuts de la société par quelques bien pensants au dessus de tout soupçon, mais aussi la maladie et la différence, le handicap et le regard porté sur celui qui en souffre, sont autant de thèmes abordés avec justesse et sensibilité, souvent sans en avoir l’air et sans faire perdre au lecteur le rythme de l’intrigue.

Difficile de ne pas penser en refermant la dernière page au roman de Jean-Christophe Tixier, Les mal-aimés, ou à Nickel Boys de Colson Whitehead.

Un roman lu dans le cadre du jury du Prix des nouvelles Voix du Polar 2021 éditions Pocket

Catalogue éditeur : Belfond, Pocket

Valérie BOURGEOIS (Traducteur)

2004. Par une nuit glaciale, cinq personnes scellent un pacte au-dessus d’une tombe fraîchement creusée.
Mais les secrets finissent toujours par remonter à la surface…

De nos jours, Teresa Wyatt, ancienne directrice du foyer pour filles de Crestwood, est retrouvée noyée dans sa baignoire.
Au même moment, Crestwood fait la une des médias : des fouilles archéologiques viennent de mettre au jour le squelette d’une adolescente enterrée dans le jardin. 
Coïncidence ? L’inspectrice Kim Stone n’y croit pas. Et quand les ossements d’autres fillettes sont exhumés, l’affaire prend rapidement un tour personnel pour cette jeune flic au tempérament plus tranchant qu’une lame de rasoir. Elle qui a connu l’assistance publique est bien décidée à rendre justice aux innocentes oubliées de tous dans ce lieu cauchemardesque…

Angela Marsons a rencontré un succès éditorial considérable avec Le Pensionnat des innocentes (Belfond, 2018 ; Pocket, 2020), premier tome des enquêtes de l’âpre inspectrice Kim Stone. Depuis, la série n’en finit pas de séduire les lecteurs, avec plus de quatre millions d’exemplaires vendus à travers le monde. Nos monstres est le deuxième épisode à paraître chez Belfond. Angela Marsons vit dans le Black Country, en Angleterre, avec sa compagne et leur petite ménagerie.

Collection : Belfond Noir : Date de parution : 16/05/2018 / EAN : 9782714476425 / pages : 432
Pocket : EAN : 9782266297394 / pages : 464 / 8.20 €

Les refuges, Jérôme Loubry

Les refuges, ces béquilles psychologiques qui aident à vivre ou à survivre

En 2019 un professeur de la faculté de Tours donne un cours qu’il a nommé Les refuges de Sandrine devant un amphithéâtre d’étudiants attentifs.
En 1949, sur une île déserte, Valérie découvre avec horreur et stupéfaction les cadavres d’enfants échoués sur le rivage.
En 1986, Sandrine, journaliste, doit se rendre dans la maison de Suzanne, sa grand-mère qu’elle n’a jamais connue, pour récupérer les biens que cette dernière lui a légué.

Rapidement, le lecteur alterne entre deux époques, avec des personnages dont on comprend vite qu’ils sont liés par un secret difficile à percer. Car tous sont venus là en même temps que Suzanne pour s’occuper d’enfants fortement touchés par la guerre, hébergés là le temps d’un camp de vacances. Mais si les enfants ont rapidement disparu, aucun d’eux n’a pourtant jamais pu s’enfuir de l’île sur laquelle les trouve Sandrine. Dans une atmosphère mystérieuse, sombre et glauque à souhait, Sandrine va devoir comprendre ce qu’il s’est passé tant d’années auparavant.

Jusqu’au jour où l’on trouve une jeune femme errant sur une plage, couverte de sang et désorientée. Que s’est il passé? Qui est-elle ?

C’est ce que va tenter de trouver Damien, le policier en charge de l’enquête. Enfin, pas vraiment, car il faut compter sur l’ingéniosité de l’auteur qui de balise en balise nous entraîne vers trois histoires différentes mais intimement liées.

À partir de là, ce roman qui déjà est totalement addictif devient complexe et déroutant à souhait, jusqu’à un final grandiose dans le genre thriller psychologique diabolique et puissant. Je me suis totalement laissée balader par Jérôme Loubry sans jamais voir les ficelles ou les balises qu’il posait ça et là pour guider, ou peut-être perdre ses lecteurs.

Catalogue éditeur : Le Livre de Poche, Calmann-Levy

Installée en Normandie depuis peu, Sandrine est priée d’aller vider la maison de sa grand-mère, une originale qui vivait seule sur une île minuscule, pas très loin de la côte.
Lorsqu’elle débarque sur cette terre grise et froide, Sandrine découvre une poignée d’habitants âgés organisés en quasi-autarcie. Tous décrivent sa grand-mère comme une personne charmante, loin de l’image que Sandrine en a.
Pourtant, l’atmosphère est étrange. En quelques heures, la jeune femme se rend compte que les habitants cachent un secret. Quelque chose ou quelqu’un les terrifie. Et pourtant, aucun d’entre eux ne quitte jamais l’île. Pourquoi ?

Et qu’est-il arrivé aux enfants du camp de vacances précipitamment fermé en 1949 ?…

432 pages / Parution: 02/09/2020 / EAN : 9782253181590 / 8,20€

Prix des Nouvelles Voix du Polar 2021 éditions Pocket

Voici les finalistes du Prix des Nouvelles Voix du Polar français et du Prix des Nouvelles Voix du Polar étranger des éditions Pocket.
Comme les deux années précédentes, j’ai la chance de faire partie du jury.

Un mois pour lire les 4 titres en lice et voter pour son favori. Ce sont les votes des lecteurs qui permettent d’élire les lauréats 2021.

La sélection Polar français

  • Alexis Laipsker, Et avec votre esprit (Michel-Lafon)
  • Vincent Ortis, Pour seul refuge

La sélection Polar étranger

  • Angelo Marsons, Le pensionnat des innocentes (Belfond)
  • M.T.Edvardsson, Une famille presque normale (Sonatine)

La relique du chaos, Giacometti et Ravenne

Sur fond de montée du nazisme, la quête des Swastikas sacrées

C’est le troisième tome de la saga du Soleil noir, il peut se lire indépendamment des deux autres grâce à la synthèse proposée au début du roman. Même s’il semble évident que se familiariser avec les différents protagonistes aiderait grandement le lecteur à se faufiler dans les méandres de l’histoire en marche.

Juillet 1942. l’Angleterre comprend qu’elle ne sera pas envahie, mais le front russe est fortement secoué par les armées du Reich. Trois personnages principaux évoluent dans ce contexte bien sombre. Tristan Marcas d’abord, cet agent double qui évolue du côté des nazis mais n’oublie pas tenir le SOE au courant de ses activités et de ses recherches. Laure d’Estillac, une espionne qui travaille en étroite relation avec le Commander Malorley. Enfin Erika, totalement détestable dans son attitude envers Tristan, mais dont on se demande quel jeu elle joue réellement.

Sur fond de montée du nazisme, les différents protagonistes combattent chacun à sa façon mais tous ont le même but ultime, retrouver les Swastikas sacrées.

Si la croix gammée est un fort symbole nazi, Hitler n’a rien inventé et a utilisé un symbole vieux de plusieurs siècles, la Swastika. On les retrouve ici sous la forme d’un trésor composé de plusieurs Swastikas cachées dans différents pays, trésor devrait aider celui qui les trouvera à remporter la victoire.

Giacometti et Ravenne ont l’art de savoir maintenir le suspense et d’y mêler certains faits avérés et historiques. La traque aux espions doubles, la chasse aux juifs, aux francs-maçons et aux communistes déportés vers les camps de concentration. Le relations entre les grands dictateurs de l’époque, mais aussi la place de Staline ou de Roosevelt, leur jeu dans l’échiquier mondial, la place des Romanov en Russie, sont évoquées à travers la traque de cette relique issue du trésor des tsars et que chacun convoite ardemment.

J’ai trouvé l’intrigue et les personnages intéressants mais il m’a manqué de les suivre sur plusieurs tomes pour m’y attacher et mieux les connaître. Malgré cela, voilà un thriller bien construit, au suspense garanti, avec qui plus est un fond de vérité historique bien expliqué à la fin du roman.

Roman lu dans le cadre de ma participation au jury Prix des lecteurs Le Livre de Poche 2021 Policier

Catalogue éditeur : Le Livre de Poche, JC Lattès

Juillet 1942. Jamais l’issue du conflit n’a semblé aussi incertaine. Si l’Angleterre a écarté tout risque d’invasion, la Russie de Staline plie sous les coups de boutoir des armées d’Hitler. L’Europe est sur le point de basculer.
À travers la quête des swastikas, la guerre occulte se déchaîne pour tenter de faire pencher la balance. Celui qui s’emparera de l’objet sacré remportera la victoire. Tristan Marcas, agent double au passé obscur, part à la recherche du trésor des Romanov, qui cache, selon le dernier des tsars, l’ultime relique. À Berlin, Moscou et Londres, la course contre la montre est lancée, entraînant dans une spirale vertigineuse Erika, l’archéologue allemande, et Laure, la jeune résistante française.

Le Livre de Poche : 480 pages / Date de parution: 14/04/2021 / EAN : 9782253258261 / 8,40€

JC Lattès : 450 pages / EAN 9782709663366 Prix du format papier 22,00€ / EAN numérique 9782709663519 / Prix du format numérique 7,99€ / Date de parution 03/06/2020

La chaîne, Adrian McKinty

Jusqu’où seriez-vous prêt à aller pour sauver votre enfant ?

Rachel se remet à peine de son divorce et de son cancer, lorsqu’un appel téléphonique vient bouleverser sa vie. Kylie, sa fille adorée, vient d’être enlevée alors qu’elle partait pour le collège. Si elle veut qu’elle ait la vie sauve, elle doit respecter les règles que lui impose La Chaîne, payer une rançon mais surtout enlever à son tour un enfant.

Ensuite, la chaîne devra continuer encore et toujours, dans le plus grand secret, sinon les représailles seront implacables et dramatiques. Dans ce jeu de vie et de mort, aucun maillon faible possible sinon tout s’écroule.

Un enfant est enlevé, un autre est libéré, une technique inspirée par celle d’un cartel mexicain qui voulait qu’un otage puisse être remplacé par quelqu’un de sa famille. Mais technique poussée à l’extrême par La Chaîne qui utilise tous les sentiments, les peurs, les faiblesses des hommes et des femmes auxquels elle s’attaque pour obtenir leur soumission complète.

Sur 480 pages, le rythme, les personnages et l’intrigue nous entraînent dans les noirceurs de l’âme humaine, mais aussi au plus près des sentiments forts qui unissent parents et enfants. Utilisant comme arme suprême cet amour absolu, le mal peut s’infiltrer et demander n’importe quel sacrifice. La tension monte, le lecteur tourne les pages avec intérêt jusqu’au dénouement final. Un petit bémol peut-être sur la seconde partie un peu trop évidente et rapide, mais le résultat est là, un thriller efficace et rythmé, dérangeant et surprenant.

Roman lu dans le cadre de ma participation au jury Prix des lecteurs Le Livre de Poche 2021 Policier

Catalogue éditeur : Le Livre de Poche, Fayard/Mazarine

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Pierre Reignier.

« Il faut que vous gardiez votre calme et que vous m’écoutiez très attentivement. Il faut que vous procédiez exactement comme je l’ai fait. Vous devez prendre note de toutes les règles et vous avez l’obligation de vous y tenir. Si vous violez une seule de ces règles ou appelez la police, cela retombera sur vous et cela retombera sur moi. Votre fille sera tuée et mon fils sera tué. Alors notez bien tout ce que je vais vous dire. »
À l’autre bout du fil, une voix inconnue annonce à Rachel qu’elle a kidnappé sa fille. Pour qu’elle soit libérée, Rachel doit enlever l’enfant de quelqu’un d’autre.Car son enfant ne sera relâchée que quand les parents de sa cible auront à leur tour enlevé un enfant et transmis les mêmes ordres. Chacun devient victime, ravisseur, criminel. Voilà comment fonctionne et se perpétue la Chaîne indéfiniment.

8,40€ / 480 pages / Date de parution: 10/03/2021 / EAN : 9782253103981

Les yeux d’Ava, Wendall Utroi

Après le bonheur, ou la descente aux enfers d’une mère sans histoire

Elle est heureuse Ava, un mari qui la comble, deux beaux enfants, et une vie plutôt facile de mère au foyer qui lui convient tout à fait.

Pourtant, un jour le destin en décide autrement et vient rompre le fil du bonheur. Un dramatique accident, une voiture qui s’enfonce dans un lac, un mari qui décède et une mère qui tente de sauver ses enfants et doit faire un choix sans lequel elle risque elle aussi de perdre la vie. Elle sauve l’un des jumeaux mais l’autre va périr.

La vie d’Ava prend alors un tournant dramatique. C’est la fuite en avant, la douleur occupe toute la place. L’accident qui a bouleversé sa vie à aussi apporté avec lui un certains nombre de révélations toutes plus angoissantes les unes que les autres. Elle découvre que sa vie est une mascarade basée sur le mensonge.

À partir de ce jour, son bel équilibre s’effondre, sa vie s’écroule face aux révélations sur son couple, à sa culpabilité de mère, aux questions qu’elle se pose, à la réalité d’un quotidien qui lui devient insupportable. Alors elle s’enfonce dans le silence, la solitude, le désespoir. Elle n’a plus aucune confiance en elle et ne supporte plus le poids des regrets, la douleur du manque, la responsabilité.

Le lecteur assiste à la lente déchéance d’Ava, son retrait du monde des vivants en quelques sorte, son rejet de tout ce qui lui rappelle l’hypocrisie des jours heureux. Lente déchéance vers la maladie, la dépression, la rue. Elle met en place un véritable processus d’autodestruction pour tenter d’effacer sa culpabilité.

Pourtant, j’aurais aimé parfois la bousculer, lui montrer les vivants plutôt que les morts, j’avais du mal à entendre ce désespoir qui lui fait abandonner l’enfant qui lui reste. Partagée entre empathie et révolte, entre compréhension et rejet de son attitude, j’ai pourtant été plongée dans une lecture totalement addictive et bouleversante qui montre à quel point une vie peut basculer dans le néant rapidement et inéluctablement.

Roman lu dans le cadre de ma participation au jury Prix des lecteurs Le Livre de Poche 2021 Policier

On ne manquera pas d’aller faire un tour sur le blog de l’auteur Wendall Utroi

Catalogue éditeur : Le Livre de Poche

« Si vous lisez cette lettre, c’est que vous tenez mon manuscrit entre vos mains, qu’on me l’aura volé, ou que ma fin sera proche. Il ne me quitte jamais, collé à ma peau, dissimulé sous mon manteau ou dans mon cabas. Les premières pages sont nées, il y a des années, raturées et usées par les griffes du temps. »

Rédigée quinze ans après les faits, la lettre d’Ava a le goût âcre de la rédemption. En 2002, Ava, vingt-neuf ans et quelques mois, mariée à un homme rencontré sur les bancs du lycée, mère de deux beaux enfants, des jumeaux, a une vie idéale. Un amour solide, des désirs simples comblés par des bonheurs immenses. Mais c’était compter sans le destin. Lui peut se jouer de nous, brouiller les cartes, changer les règles. Quand un tragique accident remet toute sa vie en question, Ava sombre. Comment peut-on faire face quand toutes nos certitudes sont réduites à néant ?

Précédemment publié sous le titre La Tête du lapin bleu.

384 pages / Date de parution: 30/09/2020 / EAN : 9782253181569 / prix : 7,90€

Le dilemme, B.A. Paris

Parler, ou se taire ? Quand silences et non-dits troublent l’équilibre d’une famille

Livia rêve de cette fête d’anniversaire depuis ses vingt ans. Le jour est enfin arrivé, elle a quarante ans et tout est enfin prêt pour célébrer cette date qu’elle veut unique, festive, joyeuse, et qui va remplacer la cérémonie de mariage qu’elle n’a jamais eue. Adam, amoureux comme au premier jour, ne sait pas comment faire plaisir à sa femme. Il a organisé une jolie surprise pour son épouse.

Ils ont deux enfants. Josh est né lorsqu’ils étaient encore étudiants. Il a bouleversé l’avenir de Livia, l’a privée de ses études et du mariage dont rêvaient pour elle ses parents, mais il fait le bonheur de sa mère. Marnie, étudiante à Hong-Kong, est la fille à son père, celle qu’il adule en secret et à qui il pourrait passer toutes les folies. C’est grâce à leur entente parfaite que Marnie et Adam ont concocté dans le plus grand secret la surprise idéale pour Livia.

L’auteur nous entraîne alternativement dans la tête et les pensées de Livia, puis d’Adam, tout au long de cette journée unique de bien des façons. Et pendant ce temps, Marnie nous apparaît en fil rouge, tantôt fille aimante et aimée, tantôt mystérieuse et presque haïssable, sans qu’à aucun moment elle ne puisse s’expliquer.

Tout l’intérêt du roman, malgré certaines invraisemblances dans les sentiments et les situations décrits, vient du dilemme vécu par chacun des protagonistes, à propos de ce qu’il doit révéler ou pas. Peu à peu, on découvre que l’un comme l’autre connaissent des secrets à propos de leur fille, mais aucun des deux n’est prêt à les dévoiler pour ne pas gâcher la fête.

Alors, dira, dira pas, angoisse, inquiétude, chaque parent tait ce qu’il sait mais que le lecteur découvre par leurs points de vue. À chaque instant, on attend l’explosion, le clash, le retournement de situation, les mots qui doivent sortir mais restent muets, la journée se déroule heure par heure dans l’inquiétude, le quiproquo, l’interrogation secrète et tourmentée de l’un puis de l’autre.

Le poids des non-dits, les secrets, les silences, pèsent sur chacun des protagonistes et polluent leur relation heure par heure jusqu’au final que chacun attend comme une délivrance. Tant il est vrai que face au silence, les comportements des individus deviennent parfois incompréhensibles, et peuvent être interprétés différemment par celui qui les reçoit ou celui qui les émet, et cela perturbe profondément les relations entre les êtres humains.

Voilà un thriller que l’on peut qualifier de psychologique ou domestique, intéressant malgré quelques longueurs. Si j’ai aimé ma première lecture de cet auteur, il m’en faudra d’autres pour l’apprécier à sa juste mesure.

Roman lu dans le cadre de ma participation au jury Prix des lecteurs Le Livre de Poche 2021 Policier

Catalogue éditeur : Le Livre de Poche, Hugo et Cie

Livia rêvait d’une soirée inoubliable pour son quarantième anniversaire. Alors Adam, son mari, a fait en sorte que la fête soit grandiose. Leurs amis sont tous là. Ne manque plus que leur fille, Marnie, qui viendra exprès de Hong Kong – Livia ne le sait pas, ce sera une surprise. Un sujet de conversation jette un furtif voile d’ombre parmi les invités : un avion s’est écrasé au Caire, le matin même. Mais il suffit d’un verre ou d’une invitation à danser pour ne plus y songer. Seul Adam le sait : Marnie aurait dû être à bord de cet avion. Heureusement, pense-t-il, qu’elle a manqué sa correspondance et qu’elle n’a donc pas pu monter à bord. Sans doute a-t-elle été transférée sur un autre vol. Dès lors, pas la peine d’inquiéter Livia, n’est-ce pas ?…

Traduit de l’anglais (Royaume-Uni) par Vincent Guilluy.

Date de parution : 26/05/2021 / prix : 7,90€ / 384 pages / EAN : 9782253241508

Éditeur d’origine : Hugo et Compagnie / parution 8/05/2020 / ISBN papier : 9782755644777 prix 19,95€ / ISBN numérique : 9782755648829 prix 9,99€

Betty, Tiffany McDaniel

La sublime version audio d’un roman inclassable, aussi émouvant que dérangeant

Elle s’appelle Betty, mais pour son père c’est Petite Indienne, car il se retrouve dans la peau brune, le regard et les cheveux noirs de sa petite fille. Elle est née dans une famille de huit enfants mais ne les connaîtra pas tous du fait de décès précoces dans la fratrie. Issue d’une famille aisée, sa mère Alka est blanche, belle, froide. Landon Carpenter., l’homme qu’elle s’est choisi ne correspond ni aux rêves ni aux exigences de ses parents. Si elle semble éprise de son époux, elle n’exprime que peu d’amour envers ses enfants, encore moins envers Betty, cette petite indienne qui lui ressemble si peu.

Landon Carpenter est un cherokee qui entraîne sa famille à travers les États-Unis, de petits boulots en petits boulots. Jusqu’à leur retour et leur installation dans la petite ville de Breathed en Ohio, où réside la famille d’Alka. Landon est un père aimant et attentif qui aime raconter de belles histoires féeriques et transmettre à ses enfants les mythes du peuple amérindien cherokee. C’est un homme bon qui connaît la nature, les plantes, et les légendes qui émerveillent chaque jour ses enfants.

Elles sont trois sœurs, complices autant que rivales, soudées par une affection sincère. Très différentes l’une de l’autre, chacune rêve d’une vie meilleure. L’une veut devenir actrice, l’autre être enfin libre. Betty écrit des poèmes, mais souvent aussi sur les événements qui surviennent dans la famille. Les moments difficiles, comme ces témoignages de maltraitance à peine soutenables, sont couchés sur le papier. Puis elle les enferme dans des bocaux qu’elle enterre sous la terrasse, comme pour les anéantir, les oublier à jamais. Et qui sait peut-être un jour les retrouver et pouvoir les dévoiler à tous.

Betty, ayant les caractéristiques des indiens cherokee, est inlassablement le souffre douleur de son école. Mais quelle violence également de la mère envers cette fille qui attend et espère un peu d’amour. Elle ne recevra que la douleur et le poids des secrets de sa mère, de sa sœur, de sa famille.

Betty raconte essentiellement les années de l’enfance à l’âge adulte, dans la ruralité de l’Amérique de la moitié du XXe siècle. Ce roman, qui ne laisse pas indifférent, tient à la fois du conte magique et du plus noir et violent roman social. Rien n’est épargné aux femmes de cette famille, inceste, viol, violence, suicide, haine, racisme, mais aussi déni, solitude et silence, sont le lot de chacune. Si l’auteur questionne la place des femmes dans la société américaine, elle nous donne aussi une belle leçon sur la nature, le pouvoir des plantes et des médecines naturelles trop souvent oubliées.

Difficile cependant de comprendre l’attitude des parents, de la fratrie. Il faudrait sans doute se replacer dans le contexte, moins d’échange avec le enfants, plus de secrets, de silences. Mais comment imaginer la violence dont fait preuve cette mère envers ses enfants, en particulier par son silence ou son attitude envers Betty, mais aussi son manque de réaction face au sort de ses filles. Comment imaginer à chaque malheur qui s’abat sur la famille que personne jamais ne brise le silence, que les mots ne soient jamais dits.

L’écriture, le rythme, l’intensité des sentiments déployés, tout m’a émue, embarquée, mais aussi choquée, attristée, parfois aussi fait sourire, comprendre, espérer. L’autrice s’est inspirée de la vie de sa propre mère métisse cherokee pour construire ce roman qui prend aux tripes, sublime et difficile témoignage en particulier sur la place des femmes, fort et puissant, intemporel, aussi beau que dramatiquement triste.Tout au long du roman, je me suis laissée porter par Betty, par les rêves et les histoires magiques de son père, par l’amour que l’on ressent au milieu de tant de haine et de souffrance. Et quel bel hommage au pouvoir de l’écriture.

Cette version audio est vraiment intéressante et passionnante ; la lectrice réussit à nous plonger dans la tête de Betty, mais aussi à incarner chacun des membres de cette famille pour le moins singulière, à faire passer émotions, violence, silence et sentiments. Elle a l’art de prendre plusieurs intonations, plusieurs voix, et de nous faire vivre les nombreux dialogues qui émaillent ce roman, bravo !

Roman lu dans le cadre de ma participation au Jury Audiolib 2021

Catalogue éditeur : audiolib et Gallmeister

Un livre audio lu par Audrey D’Hulstère Traduit par François Happe

« Ce livre est à la fois une danse, un chant et un éclat de lune, mais par-dessus tout, l’histoire qu’il raconte est, et restera à jamais, celle de la Petite Indienne. »
La Petite Indienne, c’est Betty Carpenter, née dans une baignoire, sixième de huit enfants. Sa famille vit en marge de la société car, si sa mère est blanche, son père est cherokee. Lorsque les Carpenter s’installent dans la petite ville de Breathed, après des années d’errance, le paysage luxuriant de l’Ohio semble leur apporter la paix. Avec ses frères et sœurs, Betty grandit bercée par la magie immémoriale des histoires de son père. Mais les plus noirs secrets de la famille se dévoilent peu à peu. Pour affronter le monde des adultes, Betty puise son courage dans l’écriture : elle confie sa douleur à des pages qu’elle enfouit sous terre au fil des années. Pour qu’un jour toutes ces histoires n’en forment plus qu’une, qu’elle pourra enfin révéler.
Betty raconte les mystères de l’enfance et la perte de l’innocence. À travers la voix  de sa jeune narratrice, qu’Audrey d’Hulstère incarne à la perfection, Tiffany McDaniel chante le pouvoir réparateur des mots et donne naissance à une héroïne universelle.

Date de parution : 20 Janvier 2021/ Durée : 16h56 / Prix public conseillé: 28.90 € / Format: Livre audio 2 CD MP3 / Poids (Mo): 593 / Poids CD 2 (Mo): 572 / EAN Physique: 9791035404666

Joueuse, Benoît Philippon

Et si la vie n’était qu’une partie de Poker, alors, partie gagnante, ou pas ?

Zack est joueur professionnel depuis l’enfance, il faut dire que son père ne lui a rien appris d’autre. Avec Baloo, son ami de toujours, ils écument les concours, les tripots, et se satisfont de ce qu’ils gagnent. Baloo qui malgré ses tentatives de suicides à répétition sait bien, lui qui a tout perdu, que dans la vie il en faut peu pour être heureux. Mais le jour où il croisent la route de Maxine, leur vie pourrait bien changer de cap.

Joueuse, elle l’est, et douée avec ça. Maxine fait le tour des circuits de jeu de poker clandestins, des bars de seconde zone, rien ne l’arrête et sa technique à fait ses preuves. Le jour où elle découvre le beau Zack, elle décide de l’utiliser pour enfin réaliser son rêve. Un pari à quelques centaines de milliers d’euros, mais un pari risqué, affronter un joueur redoutable qui ne s’en laisse pas compter et qui en a anéanti plus d’un.

Car le pari de Maxine vient de loin, du plus profond de l’adolescence, et il lui faudra beaucoup de courage pour s’y préparer et y arriver. Une fois que Baloo, le matraqueur de violeur de femmes, est convaincu, il lui reste à décider Zack. Les voilà embarqués dans une course semée d’embûches. D’autant que Maxine prend aussi sous son aile Jean, son petit voisin surdoué, qui s’avère un peu encombrant pour mener à bien son projet. Qu’importe, elle n’écoute que son cœur pour le protéger des violences de sa mère.

Sous des airs légers et avec de jolies pointes d’humour, l’auteur aborde ici des sujets graves tel que pédophilie, viol, violences faites aux femmes, et nous permet aussi de pénétrer dans le milieu des joueurs de poker, qui s’il semble parfois bon enfant est bien souvent régit par les mafias lorsqu’il touche aux salles de jeu clandestin.

Les dialogues, les caractères des principaux protagonistes et leurs aventures procurent un vrai plaisir de lecture. L’ensemble est aussi très cinématographique, on s’y croirait. J’ai eu parfois l’impression d’entrer avec Maxine, Zack et Baloo dans ces salles crasseuses et enfumées, dans le manoir majestueux, ou dans les ruelles sombres. Le rythme soutenu fait de Joueuse un polar tout à fait divertissant.

Roman lu dans le cadre de ma participation au jury Prix des lecteurs Le Livre de Poche 2021 Policier

Catalogue éditeur : Le Livre de Poche, Les Arènes

Maxine est une de ces femmes à qui rien ne résiste. Elle tombe sous le charme de Zack, joueur de poker professionnel comme elle, mais elle n’en montre rien. Qui maîtrise à la perfection l’art de la manipulation ne dévoile jamais son jeu.
Maxine propose à Zack une alliance contre un concurrent redoutable. Piège ou vengeance… Zack n’en sait rien. Mais comment résister à la tentation du jeu ? Maxine est une tornade qui défie le monde si masculin des joueurs de poker. Elle est bien décidée à régler ses comptes, coûte que coûte.

Joueuse est une partie de poker virtuose où chacun mise sa vie. Un nouveau livre jubilatoire, teigneux, drôle et renversant de Benoît Philippon, qui décidément aime les héroïnes qui n’ont pas froid aux yeux.

Né en 1976, Benoît Philippon est scénariste et réalisateur pour le cinéma. Après Cabossé (la Série Noire, Gallimard) et Mamie Luger (EquinoX), Joueuse est son troisième roman. 

Pages : 352 / prix : 7,90€ / Date de parution : 10/03/2021 / EAN : 9782253241492

Le banquet annuel de la confrérie des fossoyeurs, Mathias Enard

Un roman foisonnant et érudit qui revisite l’exploration ethnologique

Alors qu’il doit finaliser sa thèse d’ethnologie sur la ruralité, l’étudiant David Mazon décide de partir en exploration dans les Deux-Sèvres du côté de Niort. Il s’installe à la Pensée Sauvage, au milieu de nulle part, enfin en tout cas pour un parisien, dans un logis peuplé de bestioles en apparence aussi bizarres que son voisinage.

C’est au café-épicerie-pêche qu’il fait la connaissance de Martial. A la fois maire du village et entrepreneur de pompes funèbres, il connaît tout le monde et peut lui présenter ses concitoyens. Quant aux autres, le sémillant trentenaire devra enfourcher sa pétaradante motocyclette pour aller les rencontrer chez eux. Il part donc en étude rapprochée des habitants du marais et de ses environs, Martial le maire, l’artiste totalement décalé, Arnaud, l’idiot du village à la mémoire encyclopédique des dates et des événements, Lucie et son grand-père, Gary et Mathilde, Thomas, pour ne citer qu’eux.

Un roman en trois parties principales. Avec tout d’abord (puis en dernière partie) le journal de bord de David Mazon. Il est au départ fort surpris et réticent à partager la vie à la campagne de ces paysans mal dégrossis avec qui il savoure pourtant volontiers le kir vin blanc au café. De plus en plus distant de Laura, sa petite amie restée à Paris. Il confie à son journal ses états d’âme et sa perplexité quant à l’utilité de ses recherches. Puis nous le retrouvons dans la dernière partie, séduit par la campagne et ses habitants, en particulier par Lucie avec qui il compte bien se lancer dans la permaculture, la fourniture des AMAP et les bonheurs de la vie rurale. Ah, écologie quand tu nous tiens…

Entre temps, de multiples digressions nous content les vies et les réincarnations successives mais aussi les métempsycoses des divers protagonistes que rencontre le jeune David. C’est foisonnant de détails, vies, naissances et morts, nourriture, banquets, libations, la vie explose, se répète, se multiplie, s’éteint. Pourtant, dans une version audio, le lecteur est ma foi un peu perdu. Difficile parfois de comprendre les différentes parties du roman et leurs enchaînements, sans pouvoir revenir quelques pages en arrière pour remettre les personnages à leur place, dans le présent ou le lointain passé. Il faut une grande attention pour ne pas trop perdre le fil.

Enfin, sommet du roman, le banquet annuel de la confrérie des fossoyeurs, pendant lequel une centaine de personnes vont s’en mettre plein la panse jusqu’à plus soif, cent personnes comme les cent noms de la mort elle-même. Chacun d’eux se fendra d’un récit, prétexte pour l’auteur à nous présenter de nombreux personnages historiques, Rabelais, François Villon, Agrippa d’Aubigné, pour ne citer qu’eux. C’est érudit, foisonnant, aussi riche et savoureux que le menu des fossoyeurs, et parfois fort humoristique.

Le talent de conteur et l’érudition de Mathias Enard sont évidents et la qualité littéraire du roman indiscutable. Pourtant j’ai parfois été perdue dans les nombreux aller-retour présent passé, entre les différents personnages et leurs vies antérieures, les relations qu’ils ont eues dans le passé puis qu’ils ont dans le présent… On s’y perd, mais sans doute est-ce un effet de la version audio. Je dois dire que j’ai cependant aimé suivre David dans ses recherches inabouties, suivre ses tergiversations et son changement de cap, et bien sûr retrouver tous les personnages historiques dont nous parle l’auteur. Avec l’envie de creuser un peu à propos de certains dont l’histoire nous a enseigné l’existence, mais oubliés depuis fort longtemps. Sans compter que cela m’a donné envie de découvrir la maison et les traces de Pierre Loti dans la région.

Le voix du narrateur, qui me semblait un peu professorale au départ, donne le ton de ces multiples vies. Elle est particulièrement savoureuse, gouailleuse et adaptée aux truculences du banquet, posée quand il le faut, et m’a permis au final une lecture fort agréable.

métempsycose : Réincarnation de l’âme après la mort dans un corps humain, ou dans celui d’un animal ou dans un végétal. (Certains peuples ont fait de la métempsycose une croyance fondamentale : les anciens Égyptiens, les Hindous.)

Roman lu dans le cadre de ma participation au Jury Audiolib 2021

Catalogue éditeur : Actes-Sud et Audiolib

Pour les besoins d’une thèse sur « la vie à la campagne au XXIe siècle », l’apprenti ethnologue David Mazon a quitté Paris et pris ses quartiers dans un modeste village fictif au bord du Marais poitevin. Logé à la ferme, bientôt pourvu d’une mob propice à ses investigations, s’alimentant au Café-Épicerie-Pêche et puisant le savoir local auprès de l’aimable Maire – également fossoyeur –, le nouveau venu entame un journal de terrain, consigne petits faits vrais et mœurs autochtones, bien décidé à circonscrire et quintessencier la ruralité.

Mais déjà le Maire s’active à préparer le Banquet annuel de sa confrérie – gargantuesque ripaille de trois jours durant lesquels la Mort fait trêve pour que se régalent sans scrupule les fossoyeurs – et les lecteurs – dans une fabuleuse opulence de nourriture, de libations et de langage. Car les saveurs de la langue, sa rémanence et sa métamorphose, sont l’épicentre de ce remuement des siècles et de ce roman hors normes, aussi empli de truculence qu’il est épris de culture  populaire, riche de mémoire, fertile en fraternité.

Né en 1972, Mathias Enard a étudié le persan et l’arabe et fait de longs séjours au Moyen-Orient. Il vit à Barcelone.

Un livre audio lu par Vincent Schmitt

Date de parution : 20 Janvier 2021 / Durée : 14h57 / Prix public conseillé: 25.90 € / Livre audio 2 CD MP3 Poids (Mo): 618 / Poids CD 2 (Mo): 616 / EAN Physique: 9791035404673

Actes Sud : octobre, 2020 / 432 pages / ISBN : 9782330135508 / Prix : 22.50€