L’inclinaison, Corentin Durand

Poser un autre regard sur le sida et l’homosexualité

Le narrateur traîne sa vie de soirées interlopes en petit trafic de drogue, qu’il consomme avidement au passage. C’est là qu’il rencontre le Bleu, un jeune homme qui l’attire immédiatement. Perdu dans les vapeurs de drogue, les relations ambiguës et sa vie de petit trafiquant, il a dû mal à savoir où il en est. Mais le jour où le bleu se fait la malle sans rien dire, il se rend compte qu’il lui manque et part le chercher jusqu’en Espagne.

Dès lors, les souvenirs, les envies, le passé familial et les réticences sont l’objet de bien des divagations, délires, craintes, fuite en avant. Car fort de l’empreinte laissée dans la famille par l’oncle André, il lui est impossible d’affirmer et d’accepter son homosexualité.

Cette fuite en avant pour rejeter sa nature la plus profonde devient alors sujet de ses pensées, ses délires, ses angoisses, ses attentes.

Un roman qui m’a très vite lassée par ses délires et descriptions des soirées, des rencontres. Par une construction que j’ai trouvé bancale, embrouillée, lourde et difficile à suivre. Et pourtant il a également une forme d’écriture assez maîtrisée. J’ai eu dans les premières pages et à plusieurs reprises une très forte envie de le poser définitivement. Pourtant, en continuant à tourner les pages, et surtout lors de l’arrivée en Espagne, je dois dire que l’auteur a su raccrocher mon attention. Bien m’en a pris car sinon je n’aurai pas saisi la complexité du poids de la famille et du passé sur la vie de ce garçon aussi paumé que compliqué à suivre.

Roman lu dans le cadre de ma participation au jury du Prix littéraire de la Vocation 2022

Catalogue éditeur : Gallimard

Fuyant une vie nocturne inquiétante, un jeune homme qui refoule son homosexualité part pour la côte espagnole. À l’ombre de stations balnéaires décrépies, il noue et dénoue des relations violentes et éphémères, teintées de petits trafics et de mélancolie. Au fil de son road trip improvisé, l’évocation de deux figures tutélaires — un écrivain oublié et un aîné mort du sida — éclaire pourtant ce qui, loin avant sa naissance, a scellé son destin.

Parution : 25-08-2022 / 304 pages, 140 x 205 mm / ISBN : 9782072948619 / 20,00 €

Les sables, Basile Galais

Un premier roman tout à fait singulier

Personnages atypiques arrivés dont ne sait où, et qui vont on ne sait où également.

Paysages à la fois coutumiers et singuliers dans lesquels les populations partent à la dérive.

Un enfant disparaît, une île apparaît et disparaît à son tour, transformant à tout jamais la vie de certains visiteurs.

Une professeur qui ne peut plus continuer à vivre comme avant.
Un artiste peintre qui cherche dans un regard la vérité qui lui échappe.
Un guide qui est mort, enfin, sauf si c’est une fakenews comme cela semble être…
Un riche personnage qui est à la recherche d’un enfant, ou d’une île, ou d’une forme de vérité ?

Et tous les autres…

Dans cette citée, ces paysages, ces sables, rien ne semble réel et le lecteur que je suis s’est totalement perdue à vouloir suivre, entendre, comprendre.

Une expérience de lecture étonnante car malgré ce brouillard opaque dans lequel l’auteur m’a plongée j’avais envie de continuer, sans toutefois comprendre où j’allais.

Roman lu dans le cadre de ma participation au jury du Prix littéraire de la Vocation 2022

Catalogue éditeur : Actes-Sud

Une Cité portuaire, une succession de dérèglements, de disparitions : un enfant, un morceau de terre, un Guide Suprême déjà mort plusieurs années auparavant… Ronde de personnages saisis au cœur du vertige – des hommes et des femmes « qui tombent », en somme -, mystère topographique, plongée dans les sables mouvants de l’intranquillité contemporaine, un premier roman-monde en haute définition et diablement DeLillien par un auteur-regardeur de 26 ans doué d’une puissance d’évocation impressionnante.

Août, 2022 / 240 pages / ISBN : 978-2-330-16921-3 / Prix indicatif : 21.00€

Paysages de nuit, Diane Chateau Alaberdina

Dans la famille recomposée, la fille, la mère… un père

Sonia et Katarine vivent dans la maison de la forêt. Mère et fille, et quelques hommes de passage, devenus un temps pères de substitution. Les deux femmes semblent se satisfaire de leur relation à deux. Mais lorsque Katarine rencontre Adam, l’affaire devient sérieuse. Surtout le jour où celui-ci vient s’installer dans leur maison.

Sonia, dix-sept ans s’éprend rapidement de ce beau-père un peu plus proche que les autres. Un semblant de foyer se crée, une relation que la jeune fille voudrait sans doute plus intime, plus tactile, plus intense. Attirance pour le père absent, pour cet homme mûr, sur de lui, figure paternelle, envie de chasser sur les terres maternelles, besoin d’affirmer sa sensualité, sans doute un peu de tout cela. Alors Sonia guette, espionne, observe Adam dans sa vie, dans la relation avec sa mère, subi le pouvoir destructeur de cet amour ambigu qui ne peut pas être, absolu et secret. Elle croque dans ces carnets de dessins le corps, le visage, les traits d’Adam. Elle emprisonne l’idée de l’amour dans ses griffes de jeune femme en devenir.

Et cet homme inaccessible et convoité, étouffé par l’amour de ces deux femmes, même si Sonia n’avoue jamais ce qui la ronge, ne trouve son salut que dans la fuite. Commence alors une lente descente aux enfer pour Sonia, victime de cet amour incompris, de l’intensité du chagrin, de l’absence et de l’abandon du père de substitution.

Il y a dans ce roman tous les artifices de la tragédie, les sentiments, l’absence, la douleur, l’intrigue amoureuse, la relation à la foret à la nature à la nuit, celle entre hommes et femmes, la mort.

J’ai retrouvé le style très particulier de l’autrice de La photographe que j’avais découvert en 2019. Écriture directe, phrases courtes, sens de la tragédie et du drame, sentiments exacerbés, et cette façon de décortiquer la passion et la douleur.

Roman lu dans le cadre de ma participation au jury du Prix littéraire de la Vocation 2022

Catalogue éditeur : Gallimard

« Pour Sonia, la nuit a quelque chose d’électrique, d’impalpable. Toute la tension de la journée s’évanouit d’un coup. Les yeux deviennent lourds, les ventres se détendent. La sexualité prend une autre forme. Sur le chemin du retour, elle colle son visage à la vitre. Les paysages défilent, les bâtiments de la ville laissent doucement place aux champs et aux bois. Pendant le trajet, elle jette des coups d’œil discrets sur Adam. Il ne semble pas dérangé par le silence. Une envie prend Sonia, celle de toucher son visage. »
Katarine élève seule sa fille Sonia dans une maison au bord de la forêt. Lorsqu’elle tombe amoureuse d’Adam, la relation fusionnelle entre les deux femmes est troublée. Mais chez la jeune fille de dix-sept ans, romantique et passionnée, l’attachement pour ce nouveau beau-père se transforme rapidement en un désir d’autant plus puissant qu’il est interdit.

Parution : 07-04-2022 / 208 pages / ISBN : 9782072950773 / 18,00 €

Le duel des grands-mères, Diadié Dembélé

Aller aux origines, retrouver ses racines pour trouver son chemin

A Bamako il est de bon ton de mettre ses enfants à l’école française pour qu’ils puissent un jour devenir des fonctionnaires, comme les voisins.

Hamet est de ces enfants qui doivent oublier les dialectes, bambara ou soniké pour ne parler que le français mieux que les français. Mais c’est un enfant indiscipliné qui préfére retrouver les copains, manger en cachette, faire l’école buissonnière, tout plutôt que de risquer d’avoir le symbole, cette pénalité qui s’impose à ceux qui n’ont pas parlé correctement. Alors il parle en signes, c’est plus sûr, alors il fugue en cachant son sac, et doit élaborer des mensonges en espérant ne pas se faire prendre.

Mais lorsque Mr Diarra dévoile le subterfuge à M’ma la leçon est difficile à recevoir, des cours chaque jour de la semaine, et des cours les samedi et dimanche. Puis lorsque le jeune Hamet dépasse les bornes en maquant de respect à l’un de ses proches, la sentence est encore contraignante. P’pa l’a décidé depuis la France où il tente de gagner de quoi faire vivre la famille, Hamet doit quitter Bamako pour être envoyé au village. Le village des origines, là où se trouvent ses deux grands-mères, le village des vraies identités, un terrain miné où tout est danger pour celui qui débarque de la ville.

Là, il va apprendre ce qu’est la vie au village, la nourriture différente de celle à laquelle il était habitué, l’eau au goût saumâtre, le manque de fruits et de légumes frais. Mais surtout les habitudes de chacun, le travail au champs, les regards de ceux pour qui il est un étranger, les rivalités.

Ses journées deviennent autres, travailler au champs, jouer avec les enfants de ce village, et surtout découvrir l’histoire de sa famille.

Peu à peu, Hamet va entrer dans la vie de ce village, comprendre et apprécier ceux qui l’entourent, et enfin entendre les vieilles histoires de famille qui lui permettent de mieux comprendre ses parents restés à Bamako. Car est-il encore besoin de le démontrer, les secrets de famille polluent bien plus que ceux qu’ils ont affecté au départ.

L’écriture est vive, imagée, bourrée de mots de dialecte qui rendent encore plus vivants et réalistes les mots et les sentiments du jeune Hamet. Parfois un peu trop pour suivre sereinement le cours de l’intrigue, mais cela renforce aussi l’impression d’un vécu. Il y a autant d’impertinence que d’émotion, de passion que de sagesse en devenir dans ces moments de vie au contact des autres, à la fois inconnus et pourtant si proches. Un bémol, ce duel sans doute trop attendu, le conflit entre ces grands-mères pas assez présent et qui me laisse comme un goût d’inachevé.

Roman lu dans le cadre de ma participation au jury du Prix littéraire de la Vocation 2022

Catalogue éditeur : JC Lattès

Parce qu’il fait l’école buissonnière pour lire, manger des beignets et jouer aux billes, parce qu’il répond avec insolence, parce qu’il parle français mieux que les Français de France et qu’il commence à oublier sa langue maternelle, Hamet, un jeune garçon de Bamako, est envoyé loin de la capitale, dans le village où vivent ses deux grands-mères.
Ses parents espèrent que ces quelques mois lui apprendront l’obéissance, le respect des traditions, l’humilité.
Mais Hamet en rencontrant ses grands-mères, en buvant l’eau salée du puits, en travaillant aux champs, en se liant aux garçons du village, va découvrir bien davantage que l’obéissance : l’histoire des siens, les secrets de sa famille, de qui il est le fils et le petit-fils. C’est un retour à ses racines qui lui offre le monde, le fait grandir plus vite.

Nombre de pages 224 / EAN 9782709668613 Prix du format papier 19,00 € / EAN numérique 9782709668903 Prix du format numérique 13,99 € / Date de parution 05/01/2022

Le cas Victor Sommer, Vincent Delareux

Journal d’une émancipation inquiétante

Victor Sommer a trente-trois ans, l’age du christ. Sa mère a soixante-six ans. C’est son seul univers, sa vie, son horizon. Après lui avoir permis de faire des études, cette femme a réussi le prodige, enfin, plutôt le maléfice de soumettre son fils à sa seule volonté. C’est l’archétype de la mère possessive, exigeante, autoritaire, elle exige sa présence au quotidien, heure par heure, avec elle, et en échange lui offre le gîte, le couvert, et des émoluments qui suffisent à combler ce semblant de vie qu’elle lui autorise.

Elle prend soin de son fils qu’elle couve, embrasse, enlace, au delà du raisonnable. Elle lui a même trouvé un psy chez qui il peut aller exposer ses états d’âme une fois par semaine. Mais en dehors du psy et du marchand de journaux chez qui il va docilement chaque matin acheter le journal pour sa mère, sa vie est solitaire et soumise.

Une seule fois, lors d’un anniversaire, elle lui a montré une vieille photo de celui qui devait être son père. Mais n’a jamais plus évoqué ce géniteur totalement inconnu du fils.

À chacun de ses anniversaires elle ne souhaite qu’un seul et unique cadeau, une photo encadrée de son fils, qu’ils accrochent quasi religieusement au mur de la chambre maternelle. Et aujourd’hui, ce dernier anniversaire ne fait pas exception à cette règle immuable.

Pourtant c’est précisément ce jour là que Victor montre des velléités de vouloir travailler à l’extérieur, de voir le monde, de s’émanciper de cette mère trop possessive, de rencontrer une femme. Et Vincent ose braver l’interdit. Dès lors, le monde de sa mère s’écroule et celle-ci disparaît.

Punition, disparition inquiétante, le lecteur va devoir attendre et pour comprendre, tenter de soulever le voile de quelques scènes pour le moins étranges. Mais Victor souffre de cette incertitude, de cette solitude, de cette incompréhension. Victor, ce jeune homme ni vraiment sympathique ni tout à fait antipathique. Victor et ses inquiétudes, sa solitude, ses velléités de vivre enfin, mais sa peur de décevoir cette mère aussi possessive que castratrice.

Je me suis laissée embarquer dans ce roman à côtoyer un Victor aussi étrange que paumé, au caractère particulier ni vraiment attachant, ni vraiment détestable que l’on a envie de sauver de cette prison affective. Puis à comprendre sans vouloir le découvrir trop vite ce qu’il a bien pu se passer tout en ayant envie de voir où cette relation toxique entre une mère et son fils pouvait les mener. J’ai aimé l’écriture et le style de Vincent Delareux, et cette façon singulière d’envisager le désir d’enfant, le besoin et sa signification pour une mère ou un individu quel qu’il soit. Pourquoi fait-on des enfants, pour eux ou pour soi ?

Roman lu dans le cadre de ma participation au jury du Prix littéraire de la Vocation 2022

Catalogue éditeur : L’Archipel

À 33 ans, Victor Sommer mène une vie monotone qui lui pèse. Secrètement, il aspire à devenir quelqu’un. Une ambition entravée par sa mère, infirme autoritaire et possessive qui l’empêche de prendre son envol.
Le jour où celle-ci disparaît de façon mystérieuse, Victor est confronté à un monde qu’il n’a jamais appris à connaître…

Après des études littéraires à Paris, Vincent Delareux s’installe en Normandie et commence à écrire. À 25 ans, il signe Le Cas Victor Sommer, premier roman d’une série où les tourments de l’âme côtoient les secrets de famille.

EAN : 9782809844177 / Nombre de pages : 208 / 18.00 € / Date de parution : 25/05/2022

Les gardiens du phare, Emma Stonex

Retour sur une disparition inquiétante dans un phare de haute mer

En 1972, au phare de Maiden, lors de la rotation des gardiens, les nouveaux arrivants découvrent un phare vide. Pourtant les couverts sont mis pour le repas des trois gardiens, et la porte d’accès au phare est fermée à clé de l’intérieur. Mais il est absolument impossible de quitter le rocher et s’en aller seul, d’autant que le mauvais temps des heures précédent la découverte ne pouvait pas permettre l’approche d’un bateau.

Vingt ans plus tard, le mystère reste entier. Un auteur décide de mener l’enquête et d’interviewer les trois veuves. Si leur envie de soulever la poussière qui recouvre cette triple disparition est différente selon chacune d’elle, veuve éplorée, mère trop débordée ou femme ayant tourné la page, elles finissent par accepter de le rencontrer et de lui confier leurs souvenirs et leurs ressentiments.

Les événements sont alors racontés par différents points de vues, les gardiens, les veuves, qui permettent au lecteur de comprendre à chaque fois une partie de l’histoire et surtout de mieux démêler les relations parfois ambiguës qui se sont développées entre les trois couples. On le sait bien, poser des questions n’apporte pas toujours des solutions réconfortantes.

Peu à peu, le voile se lève et le lecteur apprend les envies et les actions de chacun, et surtout leurs implications dans la vie tranquille mais parfois pesante de cette petite bourgade qui vit malgré tout à l’écart du monde.

Difficile de cacher les faux semblants, les relations ambiguës, les amours illicites ou les ambitions démesurées dans le microcosme composé par les familles des différents gardiens. Les non-dits, les trahisons, les mensonges prennent alors toute leur importance sous la plume de l’écrivain enquêteur. Inspiré d’une histoire vraie et malgré quelques longueurs, voilà une intrigue qui nous tient en haleine jusqu’au bout.

J’ai aimé l’alternance homme femme des voix de Christine Braconnier, Guillaume Orsat qui donne une épaisseur particulière à chaque personnage. Les femmes prennent toute leur importance, leurs secrets, leurs non dits, leurs espoirs sont bien mis en valeur avec sobriété et force, et ce malgré parfois quelques longueurs ou redites dans leurs témoignages. Le duo restitue particulièrement bien une ambiance à la fois mystérieuse, sombre et pesante.

Un des intérêts du roman, outre l’intrigue autour de la disparition mystérieuse des trois gardiens, réside dans la description de la vie parfois difficile de ces hommes qui exercent un métier très solitaire, métier aujourd’hui disparu avec l’automatisation des phare de pleine mer. Et de contraintes de cette vie de communauté non choisie qui se répercutent sur leur entourage.

Roman lu dans le cadre de ma participation au Jury Audiolib 2022

Catalogue éditeur : Audiolib Stock

Au cœur de l’hiver 1972, à plusieurs milles de la côte de Cornouailles, une barque brave la mer pour rejoindre le phare du Maiden Rock. À son bord, se trouve la relève tant attendue par les gardiens. Pourtant, quand elle accoste enfin, personne ne vient à sa rencontre. Le phare est vide. La porte d’entrée est verrouillée de l’intérieur, les deux horloges sont arrêtées à la même heure et le registre météo décrit une tempête qui n’a pas eu lieu.
Les trois gardiens se sont volatilisés.
Vingt ans plus tard, alors que les flots semblent avoir englouti pour toujours leurs fantômes, les veuves des trois hommes ne peuvent se résoudre à tourner la page. Le vernis se craquelle, le sel de la mer envahit le présent, et les secrets profondément enfouis refont surface.

Traduit par Emmanuelle Aronson

Durée 9h30 / EAN 9791035408145 Prix du format cd 23,45 € / EAN numérique 9791035408503 Prix du format numérique 21,45 € / Date de parution 13/04/2022

Les douces, Judith Da Costa Rosa

Quand les secrets de l’enfance volent en éclat, un roman sur l’amitié et l’adolescence

Zineb, Bianca, Dolorès et Hannibal sont les quatre meilleurs amis du monde depuis l’école primaire. Ils se sont juré protection et fidélité depuis l’enfance. Le jour où Hannibal disparaît sans laisser de trace, le quatuor explose et chacun part vivre de son côté, dans le doute et l’affliction. Les trois filles gagnent la capitale. A Paris, la ville de tous les possibles, elles s’évitent autant qu’elles le peuvent.

Dolorès, bien trop belle pour se contenter de son village, est partie faire des études à la grande ville.
Bianca est devenue influenceuse, le summum de la superficialité, et elle s’en délecte, sauf quand l’un de ses followers déverse sa haine à chacun de ses posts.
Zineb, mal à l’aise avec son physique, se contente avec une étrange délectation de son métier d’ouvreuse dans un obscur cinéma. Elle revisite tous les classiques du troisième art en lisant avec avidité les mails envoyés par Hannibal.
Car depuis sa disparition huit ans auparavant, Hannibal envoie des messages à ses trois douces…

Mais un jour, à l’occasion de travaux de terrassement engagés par la petite fille d’Auguste Meyer, on découvre le corps d’Hannibal enfoui dans le parc de la maison de l’artiste. Le sculpteur donnait des cours de porterie à tous les enfants du village dans sa maison. Les quatre inséparables s’étaient connus à cette occasion. Mais l’on peut se demander si les relations ambiguës qu’il entretenait avec certains enfants ne sont pas révélatrices d’une perversité jamais nommée, si elles ont entraîné à la fois des silences et différentes pathologies destructrices chez les jeunes femmes. De ce jour, le silence soigneusement posé sur les ruines de leur enfance vole en éclat.

L’enquête est menée par un policier hors normes, ancien sportif, un peu en marge.

Un roman intéressant qui se lit avec beaucoup de plaisir. Il me semble cependant que de trop nombreux thèmes y sont abordés, et du coup ils sont noyés par cette multiplicité sans être réellement traités en profondeur par l’autrice. La pédophilie, l’amitié, la superficialité du beau, de l’image et de l’apparence, les réseaux sociaux, la maladie de Lewy, la relation parents enfants, ici en particulier mère fille, l’adolescence, etc. arrivent pêle-mêle au fil de l’enquête et de l’évocation des souvenirs. Le défaut sans doute du premier roman, mais une écriture prometteuse et de qualité.

Roman lu dans le cadre de ma participation au jury du Prix littéraire de la Vocation 2021

Catalogue éditeur : Grasset

Ils étaient quatre, trois filles et un garçon  : Dolorès, Zineb, Bianca et Hannibal. Quatre meilleurs amis devenus comme frère et sœurs, ayant grandi ensemble, connu les joies de l’enfance et les tourments des premiers sentiments, se jurant de ne jamais se séparer. La vie s’ouvrait à eux  ; le lycée terminé, ils quitteraient leur village du Sud, découvriraient Paris. Mais le soir du bal de fin d’année, Hannibal disparaît et laisse celles qu’il appelait mes douces, seules et interdites.  
Huit ans plus tard, son corps est retrouvé, enterré dans la propriété d’Auguste Meyer, sculpteur célèbre de la région et professeur de poterie des quatre enfants qui, jusqu’à sa mort, a nourri pour Dolorès, sa beauté, une étrange fascination. L’Officier Casez est chargé d’enquêter, il convoque les trois jeunes femmes  ; l’une est devenue célèbre sur les réseaux sociaux, l’autre étudiante, la dernière travaille dans un cinéma. Elles ne se parlent plus mais continuent de recevoir d’énigmatiques emails signés Hannibal. L’une le croit vivant, les autres pas.
A mesure qu’il essaie de percer le mystère de leur amitié, Léo Casez bute sur les interrogations  : quel pacte les liait  ? Qui était vraiment Auguste Meyer et pourquoi la mère de Dolorès le protégeait-elle ? En rouvrant les archives du passé, il force les secrets et nous entraîne dans les souvenirs de cet été brûlant, les joies et les tourments de quatre adolescents devenus si tôt adultes.

Format : 143 x 205 mm / Pages : 400 / EAN : 9782246822813 prix 20.90€ / EAN numérique: 9782246822820 prix 14.99€ / Parution : 12 Mai 2021

Les confluents, Anne-Lise Avril

Un roman engagé, une mise en garde pour le futur, un superbe élan d’amour et de vie

Ces confluents, c’est le roman d’une rencontre. Entre elle et lui, parfois, entre deux mondes, deux temporalités, deux cultures, pour l’amour des Hommes, de la nature et de la terre, l’amour d’un homme et d’une femme.

Alternant deux périodes, 2040 puis de 2009 à 2014, l’autrice nous emmène à travers le désert, la forêt, la nuit, l’île, à la rencontre de ses personnages.

Elle, grand reporter, parcourt le monde pour observer les forêts et révéler au monde leur disparition, témoin des effets du réchauffement climatique et de la destruction lente mais inéluctable de notre terre.

Lui, photographe de guerre, traverse le monde pour témoigner des ravages dans les zones en guerre ou celles déjà touchées par les effets du réchauffement climatique, au nom des populations qu’il y rencontre. Tente de comprendre la façon dont les peuples doivent s’adapter en migrant pour survire quelque part, là où la terre est encore accueillante.

Malgré leurs activités différentes, lorsque ces deux journalistes se croisent en Jordanie, une relation ténue commence à se tisser. Au fil du temps, de pays en pays, grâce à quelques moments volés à leur activités réciproques et à leurs vies privées, leur relation assez banale au départ devient profonde et plus intime. La souffrance des autres, la lente détérioration de la planète dont Liouba et Talal sont les témoins ne les empêche pas de comprendre peu à peu l’attirance qu’ils ont l’un pour l’autre.

Lui s’acharne à replanter des arbres pour sauver la mangrove, elle part à travers la planète témoigner des détériorations toujours plus rapides provoquées par les humains. Mais toujours ils se retrouvent. Leur histoire d’amour pourrait être ordinaire, mais elle est montrée sous un angle attachant, à la fois teintée de mélancolie et d’une certaine fatalité, et toujours avec beaucoup de douceur.

Anne-Lise Avril nous offre là une livre poétique, sensible et humain. Elle éveille nos consciences sans jamais être moralisatrice. En utilisant le futur, elle nous implique sur notre quotidien dévastateur pour la planète et pour les générations futures, sans essayer de nous donner de leçons, plutôt en montrant par certains détails ce qui déjà aujourd’hui doit être fait partout dans le monde pour commencer à survivre au réchauffement climatique, à la lente montée des eaux, à la destruction des forêts, etc. La nature est omniprésente, mais aussi la vie, l’amour, qui se révèlent à travers ces voyages décrits avec beaucoup de réalisme mais toujours avec finesse et sensibilité. Un roman contemporain, une dystopie nostalgique, mondialiste et intemporelle.

Roman lu dans le cadre de ma participation au jury du Prix littéraire de la Vocation 2021

Un roman de la sélection 2022 des 68 premières fois

Catalogue éditeur : Julliard

Liouba est une jeune journaliste qui parcourt le monde à la recherche de reportages sur le changement climatique. En Jordanie, elle croise la route de Talal, un photographe qui suit les populations réfugiées. Entre eux, une amitié se noue qui se transforme vite en attirance. D’année en année, le destin ne cessera de les ramener l’un vers l’autre, puis de les séparer, au gré de rencontres d’hommes et de femmes engagés pour la sauvegarde de la planète, et de passages par des théâtres de guerre où triomphe la barbarie. Liouba et Talal accepteront-ils de poser enfin leurs bagages dans un même lieu ?
Ce premier roman, grave et mélancolique, a pour fil conducteur l’amour lancinant entre deux êtres que les enjeux du monde contemporain éloignent, déchirent et réunissent tour à tour. Avec cet éloge de la lenteur et du regard, Anne-Lise Avril donne à la nature une place de personnage à part entière, et au fragile équilibre des écosystèmes la valeur d’un trésor à reconquérir.

Née en 1991, Anne-Lise Avril passe les étés de son enfance dans la forêt des Ardennes, où elle découvre le goût de la lecture et l’envie d’écrire. Après le bac, elle étudie en Hypokhâgne et en Khâgne, puis intègre l’école de commerce de Rouen. Après un trimestre d’études à Moscou à l’âge de 24 ans, elle développe une fascination pour la culture russe et une passion pour la photographie et le voyage, qu’elle poursuit dans les années suivantes à travers d’une exploration des pays du Grand Nord et de l’Afrique. Lauréate du concours d’écriture Guerlain, elle publie une nouvelle sur le conflit syrien en 2017 dans un recueil paru au Cherche-Midi. Elle travaille aujourd’hui à la communication d’une entreprise qui finance des projets de reforestation partout dans le monde, Reforest Action, et continue à développer en parallèle une activité de photographe documentaire. De sa curiosité insatiable pour les enjeux environnementaux contemporains, elle a puisé l’inspiration de son premier roman, Les Confluents (Julliard, août 2021).

EAN : 9782260054788 / pages : 208 / Format : 140 x 189 mm / 18.00 € / Parution : 19/08/2021

Le Pensionnat des innocentes, Angela Marsons

Faut-il déterrer les plus sombres secrets ?

Ils étaient cinq, penchés vers on ne sait quel secret qu’ils protègent depuis dix ans.

Lorsque l’une d’entre eux se fait assassiner dans sa baignoire, tous commencent à trembler. Mais qui est capable de les relier entre eux, quel secret inavouable ont-ils en commun, et pourquoi cette vengeance aussi longtemps après. Ce sont bien les questions que se pose Kim Stone, excellente et atypique enquêtrice du Pays Noir.

Kim Stone est inspectrice de police, tout chez elle respire l’enfance malheureuse et les problèmes, et cela se ressent au quotidien dans sa relation aux autres, pourtant elle excelle dans son étier. Aussi lorsqu’on lui demande de venir sur les scènes de crime, elle comprend vite que la réponse n’est sans doute pas aussi évidente qu’elle pourrait le paraître.

Enfant de l’assistance, une mère malade et meurtrière, un jumeau décédé trop jeune, et la voilà à fleur de peau face aux injustices que de vie. Elle va rapidement déceler le mystère et les silences, les relations entre des personnages qui de prime abord n’ont rien en commun. D’abord, pourquoi tenter d’interdire des fouilles archéologiques à priori sans incidence, pourquoi tenter d’empêcher de retourner la terre du côté du pensionnat pour jeunes filles de Creestwood, si l’on n’a rien a cacher. D’autant qu’il semble que les victimes se multiplient comme les petits pains, et que tous avaient au moins un point commun, avoir travaillé là.

Ce que j’ai aimé ?

Malgré quelques invraisemblances, ou alors la vie est bien dure, le rythme et le sujet sont particulièrement prenants. Addictifs même. Des personnages différents, aux caractères et aux passés bien campés, qui donnent tout son intérêt au roman.

La pauvreté a fait quelques ravages dans cette région oubliée de la Grande Bretagne. Car la misère, le chômage et le manque d’éducation ne permettent pas vraiment de s’en sortir. Alors on fait avec et on appartient à cette région du Pays Noir pour le meilleur mais surtout pour le pire.

J‘ai aimé ce personnage un peu cassé d’inspectrice au caractère bien trempé, pas très sociale ni attentionnée mais tellement efficace. S’il m’a semblé avoir déjà lu sur le sujet, le traitement est malgré tout intéressant, en particulier dans la façon d’envisager la relation à l’autre. Qu’il s’agisse du poids de l’enfance, de la maltraitance, des pensionnats pour jeunes filles considérées comme des rebuts de la société par quelques bien pensants au dessus de tout soupçon, mais aussi la maladie et la différence, le handicap et le regard porté sur celui qui en souffre, sont autant de thèmes abordés avec justesse et sensibilité, souvent sans en avoir l’air et sans faire perdre au lecteur le rythme de l’intrigue.

Difficile de ne pas penser en refermant la dernière page au roman de Jean-Christophe Tixier, Les mal-aimés, ou à Nickel Boys de Colson Whitehead.

Un roman lu dans le cadre du jury du Prix des nouvelles Voix du Polar 2021 éditions Pocket

Catalogue éditeur : Belfond, Pocket

Valérie BOURGEOIS (Traducteur)

2004. Par une nuit glaciale, cinq personnes scellent un pacte au-dessus d’une tombe fraîchement creusée.
Mais les secrets finissent toujours par remonter à la surface…

De nos jours, Teresa Wyatt, ancienne directrice du foyer pour filles de Crestwood, est retrouvée noyée dans sa baignoire.
Au même moment, Crestwood fait la une des médias : des fouilles archéologiques viennent de mettre au jour le squelette d’une adolescente enterrée dans le jardin. 
Coïncidence ? L’inspectrice Kim Stone n’y croit pas. Et quand les ossements d’autres fillettes sont exhumés, l’affaire prend rapidement un tour personnel pour cette jeune flic au tempérament plus tranchant qu’une lame de rasoir. Elle qui a connu l’assistance publique est bien décidée à rendre justice aux innocentes oubliées de tous dans ce lieu cauchemardesque…

Angela Marsons a rencontré un succès éditorial considérable avec Le Pensionnat des innocentes (Belfond, 2018 ; Pocket, 2020), premier tome des enquêtes de l’âpre inspectrice Kim Stone. Depuis, la série n’en finit pas de séduire les lecteurs, avec plus de quatre millions d’exemplaires vendus à travers le monde. Nos monstres est le deuxième épisode à paraître chez Belfond. Angela Marsons vit dans le Black Country, en Angleterre, avec sa compagne et leur petite ménagerie.

Collection : Belfond Noir : Date de parution : 16/05/2018 / EAN : 9782714476425 / pages : 432
Pocket : EAN : 9782266297394 / pages : 464 / 8.20 €

Les refuges, Jérôme Loubry

Les refuges, ces béquilles psychologiques qui aident à vivre ou à survivre

En 2019 un professeur de la faculté de Tours donne un cours qu’il a nommé Les refuges de Sandrine devant un amphithéâtre d’étudiants attentifs.
En 1949, sur une île déserte, Valérie découvre avec horreur et stupéfaction les cadavres d’enfants échoués sur le rivage.
En 1986, Sandrine, journaliste, doit se rendre dans la maison de Suzanne, sa grand-mère qu’elle n’a jamais connue, pour récupérer les biens que cette dernière lui a légué.

Rapidement, le lecteur alterne entre deux époques, avec des personnages dont on comprend vite qu’ils sont liés par un secret difficile à percer. Car tous sont venus là en même temps que Suzanne pour s’occuper d’enfants fortement touchés par la guerre, hébergés là le temps d’un camp de vacances. Mais si les enfants ont rapidement disparu, aucun d’eux n’a pourtant jamais pu s’enfuir de l’île sur laquelle les trouve Sandrine. Dans une atmosphère mystérieuse, sombre et glauque à souhait, Sandrine va devoir comprendre ce qu’il s’est passé tant d’années auparavant.

Jusqu’au jour où l’on trouve une jeune femme errant sur une plage, couverte de sang et désorientée. Que s’est il passé? Qui est-elle ?

C’est ce que va tenter de trouver Damien, le policier en charge de l’enquête. Enfin, pas vraiment, car il faut compter sur l’ingéniosité de l’auteur qui de balise en balise nous entraîne vers trois histoires différentes mais intimement liées.

À partir de là, ce roman qui déjà est totalement addictif devient complexe et déroutant à souhait, jusqu’à un final grandiose dans le genre thriller psychologique diabolique et puissant. Je me suis totalement laissée balader par Jérôme Loubry sans jamais voir les ficelles ou les balises qu’il posait ça et là pour guider, ou peut-être perdre ses lecteurs.

Catalogue éditeur : Le Livre de Poche, Calmann-Levy

Installée en Normandie depuis peu, Sandrine est priée d’aller vider la maison de sa grand-mère, une originale qui vivait seule sur une île minuscule, pas très loin de la côte.
Lorsqu’elle débarque sur cette terre grise et froide, Sandrine découvre une poignée d’habitants âgés organisés en quasi-autarcie. Tous décrivent sa grand-mère comme une personne charmante, loin de l’image que Sandrine en a.
Pourtant, l’atmosphère est étrange. En quelques heures, la jeune femme se rend compte que les habitants cachent un secret. Quelque chose ou quelqu’un les terrifie. Et pourtant, aucun d’entre eux ne quitte jamais l’île. Pourquoi ?

Et qu’est-il arrivé aux enfants du camp de vacances précipitamment fermé en 1949 ?…

432 pages / Parution: 02/09/2020 / EAN : 9782253181590 / 8,20€