Mon inventaire 2016

Cette année a été riche de découvertes, de nouveaux auteurs, de rencontres avec les auteurs, les blogueurs, et avec tous ces lecteurs qui partagent ma passion dévorante pour la lecture.

Si je devais faire un bilan ? Que c’est difficile ! Dans ma liste à la Prévert il y aurait …

Des romans,
Nathacha Appanah & Tropique de la violence
Négar Djavadi & Désorientale
Gilles Marchand & Une bouche sans personne
Guy Boley & Fils du feu
Frédéric Couderc & Le jour se lève et ce n’est pas le tien

Des romans étrangers,
Isabel Alba & Baby spot
Elena Ferrante & Le nouveau nom

Des BD,
Christopher et Pellejero & The long and winding road

Quelques excellents romans policiers,
Caryl Ferey & Condor
Martin Michaud & Violence à l’origine
Olivier Norek & Surtentions

Un magnifique Carnet de Voyage & Voyage d’encre

Sans oublier le plaisir de découvrir ces poches qui sont déjà devenus des classiques,
Édita Morris & Les fleurs d’Hiroshima
Kamel Daoud & Meursault contre-enquête

Et tous ceux que j’oublie là, mais qui m’ont fait rêver, pleurer, vibrer, aimer, espérer, vivre !

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Meursault, contre-enquête. Kamel Daoud

Qui n’a pas lu « L’étranger » de Camus  ? C’est indiscutablement un roman qui a eu de très nombreux lecteurs. Mais qui s’est posé la question de l’homme derrière celui qui meurt sur une plage à Alger, à 2 heures de l’après-midi en plein soleil. Est-ce à cette question que Kamel Daoud veut donner une réponse ? Ou souhaite-t-il nous mener plus loin encore dans la réflexion ?

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Faut-il relire L’Étranger avant de découvrir Meursault, contre-enquête de Kamel Daoud ? Certainement, car pour beaucoup d’entre nous cette lecture date de nombreuses années et la perception que l’on peut avoir à sa relecture est différente de celle que l’on a connue dans sa jeunesse (en particulier lorsqu’un livre est imposé par un programme scolaire !) de même il est intéressant de se souvenir précisément du roman d’Albert Camus avant d’aborder le roman de Kamel Daoud. Voilà, j’ai lu les deux, l’histoire est complète… L’histoire ? Mais laquelle ?

Celle de « l’Arabe », cet inconnu tué sur une plage, simplement parce que Meursault était ébloui de soleil, aveuglé par les quelques gouttes de sueurs qui perlaient à son front, un jour de désœuvrement trop ordinaire ?
Celle de Haroun, le narrateur, le frère de « l’Arabe », de celui qui depuis tant d’années n’a jamais eu de prénom ni de nom, jamais eu de vie, de famille, d’emploi, de rêves à accomplir, car personne ne s’y est intéressé ?
Celle de « l’Arabe », qui pourrait être n’importe quel inconnu ou simplement ce frère qui vit dans un pays dont il a du mal à comprendre et à accepter les évolutions, la fin de la colonisation et les dégâts irréparables de la guerre dans la population, la place qui est aujourd’hui faite aux femmes, l’importance grandissante de la religion dans la vie de chacun, l’alcool ou le vin qu’on ne boit plus, les cafés où l’on avait l’habitude de se retrouver et qui ferment les uns après les autres ; celui qui vit dans la solitude, qui a connu le désintérêt et la manque d’amour d’une mère, celle qui a perdu un fils, le vrai, le seul qui compte ; celui enfin qui cherche une identité dans un pays qui n’est plus le sien, comme il peut parfois l’exprimer ?

Alors, oui, la boucle est bouclée, car « l’Arabe » a enfin une identité, mais à la lecture de ce  Meursault, contre-enquête on tourne la dernière page avec une certaine frustration et une grande interrogation. Car Kamel Daoud est un auteur qui dit et qui ose, avec des mots qui marquent et interpellent, même si parfois le style et l’approche peuvent dérouter le lecteur. On sent en filigrane les reproches, l’héritage dont on veut se défaire, les critiques exprimées sans complaisance et surtout les attentes de l’auteur envers un pays qui change et qui trop souvent contraint.

💙💙💙💙


Catalogue éditeur : Actes Sud

Il est le frère de “l’Arabe” tué par un certain Meursault dont le crime est relaté dans un célèbre roman du XXe siècle. Soixante-dix ans après les faits, Haroun, qui depuis l’enfance a vécu dans l’ombre et le souvenir de l’absent, ne se résigne pas à laisser celui-ci dans l’anonymat : il redonne un nom et une histoire à Moussa, mort par hasard sur une plage trop ensoleillée.
Haroun est un vieil homme tourmenté par la frustration. Soir après soir, dans un bar d’Oran, il rumine sa solitude, sa colère contre les hommes qui ont tant besoin d’un dieu, son désarroi face à un pays qui l’a déçu. Étranger parmi les siens, il voudrait mourir enfin…
Hommage en forme de contrepoint rendu à L’Étranger d’Albert Camus, Meursault, contre-enquête joue vertigineusement des doubles et des faux-semblants pour évoquer la question de l’identité. En appliquant cette réflexion à l’Algérie contemporaine, Kamel Daoud, connu pour ses articles polémiques, choisit cette fois la littérature pour traduire la complexité des héritages qui conditionnent le présent.

Mai, 2014 / 11,5 x 21,7 / 160 pages / ISBN 978-2-330-03372-9 / prix : 19, 00€

L’étranger. Albert Camus

Un grand classique qui ne peut laisser personne indifférent

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J’ai eu envie de relire ce roman car je suis tentée par la lecture de Meursault, contre-enquête, de Kamel Daoud, je souhaitais m’imprégner du premier texte. Au final, me voilà face à un roman dérangeant dont j’avais oublié depuis longtemps les détails. Un roman qui laisse perplexe, mais qui est malgré tout assez génial.
On est pris par le fil de la vie à la limite de l’extravagance d’un homme qui se laisse vivre, qui accepte la vie comme elle vient. Il a une petite amie qu’il pourrait épouser, ou pas, peu importe en fait, car il ne sait même pas s‘il l’aime. Il voit son voisin qui maltraite son chien jusqu’au supplice de l’animal, mais pourquoi irait-il intervenir, si ces deux vivent comme cela autant les laisser. Il a placé sa mère à l’asile car il a trop peu de revenus pour subvenir à ses besoins. Mais après tout, ils s’étaient déjà tout dit entre la mère et le fils, alors pourquoi continuer à vivre proches. Il a quelques amis, mais presque par hasard, par opportunisme, parce qu’ils sont là et pas dérangeants. En parallèle de cette vie « étrange » arrive le meurtre de celui qui ne sera jamais nommé, « l’arabe » qui voulait semble-t-il venger l’honneur de sa sœur. Là aussi nous sommes au paroxysme de l’absurde car après tout, rien de devait mettre ces deux hommes face à face, et surtout rien ne devait motiver ce meurtre.

Nous assistons ensuite au procès de Meursault. Il est jugé non pas tant pour le meurtre, d’ailleurs on parle très peu de la victime et des faits, mais bien parce qu’il est différent. Ce qui perturbe et dérange le plus, c’est qu’il ne réagit pas comme le commun des mortels face à l’épreuve ou au chagrin. Il est vraiment cet étranger que l’on ne peut comprendre, qu’il est difficile d’accepter, auquel on n’arrive pas à s’identifier. Il est alors bien plus facile de le condamner puisqu’il dérange.

Un grand roman sur l’absurde, la différence, le rejet de l’autre quand on ne le comprend pas. L’écriture est étonnante, on flanche sous la chaleur du soleil d’Algérie lors de l’enterrement de la mère de Meursault, on sent l’humidité des gouttes de transpiration qui perlent sur le front du narrateur, on perçoit l’insouciance des jeunes gens qui courent sur la plage, on les voit plonger dans les vagues, mais on souffre également de la chaleur écrasante de la mi-journée, lorsque Meursault repart sur cette plage qui lui sera fatale. Il y a toute une ambiance, décrite avec des mots simples, comme une évidence, qui fait écho au caractère absurde et troublant du personnage.

On ne manquera pas de lire aussi le roman de Kamel Daoud Meursault contre enquête, publié chez Actes-Sud


Catalogue éditeur : Gallimard

‘Quand la sonnerie a encore retenti, que la porte du box s’est ouverte, c’est le silence de la salle qui est monté vers moi, le silence, et cette singulière sensation que j’ai eue lorsque j’ai constaté que le jeune journaliste avait détourné les yeux. Je n’ai pas regardé du côté de Marie. Je n’en ai pas eu le temps parce que le président m’a dit dans une forme bizarre que j’aurais la tête tranchée sur une place publique au nom du peuple français…’

Date de parution : 07/01/1972