Meurtre à Montaigne, Estelle Monbrun

Meurtre à Montaigne, d’Estelle Monbrun célèbre les 25 ans de la collection chemins nocturnes, des éditions Viviane Hamy.

En Dordogne, à Saint-Michel-de-Montaigne, les touristes adorent visiter la tour et la célèbre librairie du château de Montaigne. Olivier, un étudiant spécialiste de l’auteur fait le guide pendant ses vacances. Un matin, il découvre le corps inanimé d’un jeune homme au pied de la tour.
Sur l’Ile d’Oléron, Mary, une étudiante américaine assistante de Michel Lespignac est aussi la baby-sitter des petites filles de ce grand spécialiste de Montaigne. Sur la plage, elle retrouve Caro, une jeune fille rencontrée lors de son arrivée à Paris…  Un instant d’attention, et les petites filles ont disparu…
Le commissaire Foucheroux  vient de prendre sa retraite et n’a pas encore trouvé son rythme. Lorsqu’on l’appelle à la rescousse pour résoudre cette affaire d’enlèvement qui s’avère plus complexe que prévu, il est ravi de seconder son ancienne assistante, la commissaire Leila Djemani. Ils doivent être efficaces et très discrets, eu égard au statut de Lespignac. Ce dernier doit très prochainement faire paraitre une bombe qui va secouer le milieu littéraire et les aficionados de Montaigne.

De l’enlèvement aux découvertes multiples sur les personnalités et le passé des différents protagonistes, faux-semblants, trahison, envie, jalousie, désir de vengeance, filiation et généalogie, de nombreux  thèmes vont être adroitement abordés par Estelle Monbrun. L’intrigue est parfois embrouillée et semble traitée avec légèreté, trop fin de siècle peut-être (mais où est passée la police scientifique ?) Sans doute parce que nous avons affaire à des littéraires purs et durs ! Par contre l’humour et les références littéraires sont constamment présents dans ce polar rocambolesque qui plonge le lecteur dans l’histoire des lieux et de l’écrivain. Malgré tout, ce thriller plus littéraire que noir se laisse lire fort agréablement. N’y cherchez pas une enquête fouillée et des policiers aguerris, mais plutôt une écriture et un texte érudits qui donnent envie de découvrir ces lieux chers à Montaigne, parce que c’était lui, parce que c’est vous !

Catalogue éditeur : Viviane Hamy

Un rapide pincement des lèvres rouge vif aurait indiqué à une personne moins naïve que Mary que sa présence n’était pas vraiment souhaitée. Mais sa proposition fut acceptée, et, en chemin, elle apprit que Caro faisait ses études à l’École des beaux-arts et habitait à la Cité universitaire. Après deux bises à la française, que les Américains appellent air kisses et qui n’engagent à rien, Mary suivit des yeux sa nouvelle connaissance, qui emprunta l’avenue Foch après lui avoir fait un petit signe faussement désinvolte. Quelques instants plus tard, Caro envoyait sur son portable le message suivant à une adresse cryptée­ : « Le cabillaud sera une rascasse. Veronica. »

Avec Meurtre chez tante Léonie, Estelle Monbrun a inauguré la collection « ­Chemins Nocturnes­ » aux Éditions Viviane Hamy. D’autres « meurtres » suivront. On la compare souvent à David Lodge et à Agatha Christie : « L’auteur emprunte au premier des références sarcastiques sur le milieu universitaire, représenté avec un humour impitoyable, mais aussi attendri. À la seconde, son art de la narration, des fausses pistes, des coups de théâtre. » René de Ceccatty, Le Monde.
Vous voilà prévenus.

Parution : 14/03/2019 / ISBN : 9791097417277 / Pages : 224 p. / Prix : 19€

Estelle Monbrun (nom de plume d’une proustienne émérite) s’est lancée dans une carrière de professeur de littérature française contemporaine aux États-Unis, à New-York puis à Saint-Louis. Elle s’avère être une spécialiste reconnue dans le monde entier de l’œuvre de Marcel Proust et de celle de Marguerite Yourcenar. Parallèlement à son métier d’enseignante, Estelle Monbrun écrit des polars publiés par les Éditions Viviane Hamy. Ses écrits mêlent fraîcheur d’écriture, par l’aspect ludique et parodique de sa production littéraire, et profondeur, par la qualité documentaire et scientifique que ceux-ci proposent.
« Mes livres peuvent être lus comme de simples romans policiers, mais, si on connaît le texte source sur lequel je m’appuie, on peut s’amuser à reconnaître des citations cachées, des références stylistiques, des noms de personnages codés… C’est comme un clin d’œil permanent, une complicité à trois : un écrivain, une romancière, un lecteur. »

La loi du Phajaan. Jean-François Chabas

Un vieil homme se souvient… Kiet est né en 1953 en Thaïlande, dans une famille où les hommes sont mahouts de génération en génération et où s’applique la loi du Phajaan …

Domi_C_Lire_la_loi_du_phajaanUn mahout, c’est celui qui capture et dresse un éléphant. Enlevé à sa mère alors qu’il est encore très jeune, l’éléphant doit être dressé, brisé, par celui qui l’accompagnera toute sa vie. Et ce dressage, cet exercice difficile et cruel qui consiste à broyer la volonté de l’éléphant, en particulier en utilisant le bullhook (un croc en métal qui sert à le blesser pour le faire souffrir) c’est le Phajaan.

Il faut plusieurs jours de souffrances, de coups, de blessures, pour faire plier la volonté de ces animaux majestueux, forts et puissants. Mais une fois que le rite est accompli, l’éléphant se souvient et respecte celui qui l’aura dompté, il craindra et respectera son maitre, et avec son mahout ils ne se quitteront plus de toute une vie.

Kiet, accompagné de son père, le terrible Lamon, part le jour de ses dix ans pour capturer et dresser son éléphant. Mais Kiet n’est pas de ceux qui veulent la souffrance de l’animal, au contraire. Et même s’il se soumet au rite de la capture et du dressage, jamais il n’acceptera de faire plier Sura, son éléphant. Aussi lorsqu’un accident survient, et que la seule issue pour Sura devrait être la mort, Kiet décide de fuir avec lui. Cinquante ans après, cet ardent défenseur de la cause animale n’a rien oublié.

Ce beau texte de Jean-François Chabas est aussi un véritable réquisitoire en faveur de la cause animale. Kiet, ou l’auteur, fait passer une  multitude de sentiments, montrant également l’évolution du pays, le mal fait par l’exploitation d’animaux enlevé à leur état sauvage, pour les faire rentrer dans des règles qui ne sont pas les leurs, au risque de voir changer leur comportement, et ce uniquement pour le plaisir de quelques touristes, sans tenir compte de leur souffrance, ou chassées sans merci pour leurs défenses d’ivoire par les braconniers, malgré toutes les réglementations internationales en faveur de leur protection. Une belle leçon d’humanité à destination des adolescents.

💙💙💙💙

Citations :

  • Tout ce qui est sauvage est fort et redoutable, car dans la nature seuls les plus puissants, les plus agressifs survivent.
  • En 1900 il y avait trois mille éléphants sauvages dans notre pays., et cent mille captifs.
    Aujourd’hui, il en reste deux mille toujours libres, et quatre mille sont nos prisonniers.

Catalogue éditeur : Didier Jeunesse

Dans la famille de Kiet, on est dresseur d’éléphants de père en fils. Le jour de ses dix ans, Kiet part avec son père et des chasseurs pour capturer son premier éléphanteau. Pendant plusieurs jours, l’enfant participe au « Phajaan », une méthode de dressage traditionnelle particulièrement cruelle qui marquera à jamais le jeune garçon…

Didier Jeunesse soutient EVI (Eco Volontaire International), une association dont le but est d’intervenir pour la protection des animaux sauvages et de l’environnement dans le monde, ainsi que de consolider un lien respectueux entre les humains et la nature.
Plus d’informations :  http://eco-volontaire-international.com/evi-mag-illustre-tourisme-edition-n2/

Format : 14.8 x 21.8 cm / Nb de pages :128 pages / Parution : 6 septembre 2017 / EAN 13 : 9782278085699

Rencontre avec Olivier Norek

Retour sur une superbe rencontre avec Olivier Norek, le 13 mai, avec Lecteurs.com autour de son roman Surtensions

Olivier Norek et Emmanuel Grand sont venus parler polar avec lecteurs.com. j’ai pris un grand plaisir à cette rencontre absolument passionnante. Avec quelques notes,  j’essaie de restituer l’atmosphère des échanges, qui permet de mieux comprendre toute la complexité du travail d’un écrivain.
Olivier Norek a travaillé sur Engrenage pour Canal+. Bientôt sur une série à la télé pour adapter Victor Coste, avec Yves Régnier. Il a également travaillé au scénario de « Flic tout simplement » adapté du livre de Martine Monteil, et réalisé avec Régnier, qui est aussi le commissaire Moulin (et donc quelque part flic depuis plus longtemps qu’Olivier !) Et je dois avouer que cette adaptation est juste géniale, avec un superbe jeu d’actrice de Mathilde Ségnier qui se révèle plus vraie que la vraie Martine Monteil dans ce téléfilm, réaliste et criant de vérité alors que le livre est à mon avis plutôt décevant dans son écriture.

Olivier, quand vous écrivez des romans policiers, est-ce basé sur des histoires vécues ? Il y a un peu de mon quotidien de flic dans le 93. En fait les enquêtes les plus folles, les plus sordides les plus cocasses, je les ai mixées dans mes trois romans. Les enquêtes n’existent pas mais les faits sont réels. J’écris avec 95% de réalité, 5% d’histoire d’amour !

Comment travaillez-vous pour écrire un roman ?
Comme j’enquête. Entouré d’experts, de professionnels, en fonction du sujet à traiter je vais voir, je dois connaître. Territoires : collusions entre mairies et délinquants, certains maire, travaillent avec = achat de la paix sociale. Adjoints au maire, maires, devenus les indics du roman.
Dans Surtension, il y a une évasion, donc besoin de l’aide de surveillants, de directeurs de prisons, qui expliquent comment ça se passe dans la vraie vie. Car envie de monter la pauvreté de la justice, du TGI de Bobigny en tout cas. Dans le roman il va y avoir un braquage de la salle de scellés du tribunal de Bobigny, l’auteur avait donc besoin « d’indic » à l’intérieur du TGI pour monter un braquage plausible.
Il y a tout d’abord une grosse période de prise d’information, puis un mur à la maison, d’enquêteur ? De serial killeur ? Avec des fils, des points d’interrogation, des photos, j’explose mon cerveau contre mon mur : il y a tout ce que je veux dans mon livre, à moi de faire les liens, d’en faire ce que je veux pour que tout se passe comme je veux. j’écris sans arrêt des idées, des scènes, dans des calepins.
Un livre est construit comme Colombo, le lecteur a beaucoup d’infos au début. L’important est de savoir comment le flic va y arriver. Dans Surtension, 5 enquêtes se percutent. Sans dévoiler le spoiler, c’est des personnages qui vont être amenés à leur point de surtension et donc à leur point de rupture.

Si vous êtes en danger de mort, ou si vos proches sont en danger de mort, une sorte de voile blanc va apparaitre. Quelle est votre personnalité, comment allez-vous réagir ? Une partie de cette personnalité est cachée en nous. Javais envie de voir comment le personnage va réagir s’il est porté à son point de rupture. Quelle est cette animalité qui sort de vous ?

Pas besoin de meurtre dans un polar : dans Territoire l’auteur évoque le « braquage de l’état », dans Surtension, une évasion de prison. C’est d’abord l’histoire d’une jeune femme, alexandra, à la tête d’une équipe de braqueur de bijouteries. Elle a accepté que son petit frère Nano participe à un braquage, mais il se fait arrêter. Il est incarcéré à Marveil, la prison la plus dangereuse de France (entièrement sortie de l’imagination de l’auteur). C’est un jeune homme tout fin et fragile comme une bulle de savon, il devient fou, il est en danger de mort. Alex veut mettre en place son évasion. Pour ça elle devra également faire en sorte que quatre autres criminels soient libérés. Le flic va devoir enquêter sur ces cinq enquêtes, en pensant qu’elles sont séparées mais elles vont se rejoindre à la fin !

Violence du monde pénitentiaire. La violence rappelle les films d’Audiard. Dans Surtensions, Il va falloir qu’Alexandra fasse libérer son frère, elle y est obligée, et en plus c’est un avocat qui lui demande de le faire. Olivier Norek, vous n‘êtes pas en amour avec les avocats ??
Pas toujours ! Je m’explique, avec certains, c’est facile bien sûr. Mais quand on est flic, on est une équipe qui essaie de se rapprocher le plus possible de la vérité pour qu’un jury puisse prendre sa décision. Le flic va trouver les preuves pour amener le mis en cause devant la justice, ensuite les jurés et les juges vont devoir s’approcher le plus possible de la vérité pour prendre la bonne décision, et à côté, dans la même salle de tribunal, il y a l’avocat, et s’il a une information qui mettrait en cause son client, qui prouverait qu’il est coupable, il n’est pas obligé de la donner à la justice ! Tout le monde doit le faire, sauf l’avocat. Alors on peut se demander pourquoi c’est le seul de l’équipe qui peut ne pas dire la vérité !

Les personnages : ils sont récurrents pour pouvoir les suivre enquête après enquête et les voir évoluer. Pour leur donner une épaisseur, Olivier Norek écrit des nouvelles sur les personnages (qui ne font pas partie du livre et destinées à lui seul) :
Avant même de commencer le livre je sais comment ils évoluent, parlent, sont habillés, ils ont déjà une énorme personnalité. Au bout de trois romans, je les ai suivis, je leur parle, d’ailleurs je dis tout haut leurs dialogues pour voir s’ils sont réalistes, s’ils prennent vie ! Je pousse même le truc encore plus loin, ils vont prendre vie avec des acteurs puisqu’ils vont être adaptés en série à la télé ! ».

Mon père m’a forcé à lire, je l’en remercie ! Moi j’étais plutôt attiré par les séries. Et d’ailleurs, dans les séries, j’aime bien le concept du héros récurrent qui revient et évolue au fil des saisons : première saison, pas la peine de faire tomber amoureux son héros, on n’a pas encore assez d’empathie pour lui ! Du coup il faut créer une enquête ultra forte. Elle peut être un peu moins forte dans le deuxième, et encore moins dans le troisième, parce que là on a juste envie de retrouver les personnages et même de les voir tomber amoureux, et ce même si l’enquête est un peu moins prégnante. Bon, elles ont toujours beaucoup d’importance dans les trois romans par contre. Dans toutes les séries, c’est comme ça. On aime retrouver ses personnages, bien les connaitre, pour pouvoir les égratigner aux saisons suivantes. Ici, dans Surtension, troisième opus de la trilogie, je peux égratigner mon héros, et d’ailleurs à la première page on sait qu’il va être malmené. On sait que quelqu’un va mourir. Coste est chez la psy police… « C’est un membre de mon équipe, j’en suis responsable, c’est comme si je l’avais fait ».

Il y a dont comme un besoin de castagner son personnage ! Victor est très vulnérable, dans Surtensions, il se pose beaucoup de questions. Est-ce ainsi dans la vraie vie, peut-on craindre une sorte de porosité qui fait que sa carapace de protection ne marche plus ? Dans la vraie vie, c’est comme je le fais dire à mes personnages, je le mets dans la bouche de mon flic : « c’est pas tes proches, c’est pas ta peine » ; Il ne faut pas être une éponge et ne pas ramener de fantôme à la maison, faire en sorte que ça ne nous touche pas. On peut toujours se dire « Je suis un cow-boy, je suis balaise », mais évidemment certaines fois des victimes vous font penser à quelqu’un…certaines enquêtes … comme cette fois, dans l’appartement d’une jeune fille victime, j’ai vu des livres dans sa bibliothèque, des livres que j’avais lus ! Et je me suis posé des questions, elle les a aimé ces livres ? C’était top pour moi : vite, faire trois pas en arrière ! Dès le départ, trop de contact, de rapprochement. Ce genre de chose arrive avec des victimes qui vous touchent, des enfants, des jeunes personnes… je me souviendrai toute ma vie de cette enfant morte, les parents disent elle est morte il y a deux heures, je dois les consoler, je me rapproche d’eux dans leur malheur et là le médecin dit, non, pas possible au moins dix heures ! Et je me rends compte que je réconforte des gens qui me mentent : les victimes peuvent avoir un brin d’auteur, les auteurs un brin de victime. S’impliquer le moins possible, un flic est un outil, il peut diriger les victimes vers l’appareil dédié qui peut leur répondre. Il ne fait pas interférer pour ne pas parasiter l’enquête. Heureusement, l’enquête de trop je ne l’ai pas eue ! J’ai eu et vu des choses terribles, mais après un parcours de missions humanitaires, pour trouver ma place. Je trouve ma place dans le regard des autres, après Guyane, Balkans, l’ex-Yougoslavie, et le 93 !

Une femme criminelle : la police sait-elle gérer, ou au contraire est-elle mal à l’aise ?
Étonnant, surprenant cette question ! Il me semble que c’est pareil que ce soit un homme ou une femme. Le plus compliqué c’est quand une femme est victime, car il n’est pas simple pour elle de raconter une agression à un homme, elle peut préférer s’adresser à des femmes et c’est normal. Un criminel homme ou femme, c’est égal. Dans le livre, c’est la femme qui est chef de bande. Dans Territoire, c’est aussi une femme, la mère, qui est responsable. J’avais envie d’enlever un peu de testostérone à mes personnages. Même si elle va passer à l’acte, il y a un peu plus de délicatesse. Et l’envie de surprendre le lecteur qui ne s’attend pas à la voir réagir comme un homme au moment d’aller au conflit. La criminelle femme m’intéressait car on la voit peu.

Transformer un roman en série : s’impliquer dans le scénario, faire partie du projet ! 1800 polars par an, il faut arriver à sortir du lot !
Pour ça, il faut aussi sortir du cliché du policier qui carbure au whisky, pourquoi pas à la cocaïne et une petit copine prostituée. Mon personnage c’est le 93, fournisseur officiel de clichés depuis près de 30 ans ! Les seules choses qu’on en sait : multiculturel, délinquance, criminalité, il ne faut pas y vivre ! Sauf que moi j’y vis, et j’ai découvert un département ultra jeune, avec un avenir certain avec le grand Paris, je suis amoureux de ce département laboratoire que je préfère à un département musée comme paris. C’est un département que je considère comme une enfant turbulent, sortir et les flics et le 93 de cette série de clichés, donc pas envie que les jeunes soient tous des jeunes à capuche et les flics aigris, vieillis, cabossés torturés. J’espère mener le combat du cliché et des années 80 !!

Il faut faire attention quand on écrit un scénario : par exemple si je prévois de faire une interpellation dans le Thalys gare du nord, ok, mais alors on a dépensé tout le budget de la saison ! On ne peut plus rien faire. Un auteur peut tout faire, faire exploser un hélicoptère, réquisitionner une gare, il a juste besoin d’un stylo. Et puis il y a les diffuseurs, et leurs filtres, maitres à bord et qui modifient certaines scènes. Par exemple, pour Code 93, il faut enlever des meurtres et orienter davantage vers la partie politique, c’est un autre projet, une autre histoire, des personnages s’en vont, d’autres arrivent, on coupe des scènes. Même si c’est votre préférée, il faut le faire. C’est une torture agréable mais ça n’est plus jamais le livre qu’on a écrit ! Et si vous dites « mais j’ai préféré le livre » : bien évidemment, ce n’est pas du tout la même chose !!

Un grand merci à Oliver Norek pour son dynamisme et sa disponibilité !

Retrouvez mes chroniques de :

 

 

La Pléiade de Gallimard : visite des ateliers de reliure Babouot.

Invitée par lecteurs.com et Gallimard, j’ai eu la chance de visiter les ateliers Babouot. Quel plaisir d’embarquer pour cette superbe visite, découverte d’un savoir-faire admirable et intemporel. La Pléiade est vraiment une collection unique que chacun rêve d’avoir dans sa bibliothèque.

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Dès 1931, l’idée qui précède à la création de cette collection est le souhait de proposer les œuvres complètes des auteurs classiques au format poche. Pour obtenir un grand confort de lecture, on utilise alors le papier bible, ce papier si fin et si particulier, et les couvertures en cuir et la dorure à l’or fin leur donnent leurs lettres de noblesse. Dans les années 50, La Pléiade devient une collection de référence grâce à laquelle on peut découvrir les plus grands auteurs : Saint Exupéry, Yourcenar, Duras, Sévigné, Victor Hugo. Elle trouve son équilibre entre fonds et nouveautés, littératures classique et contemporaine, refonte des anciennes éditions (Camus, Rimbaud, Montaigne…), œuvres françaises et étrangères. Hemingway fut le premier auteur étranger contemporain et André Gide le premier auteur contemporain à y entrer de son vivant en 1939.Il sera suivi par onze autres jusqu’à Milan Kundera en 2011, puis Jean d’Ormesson en 2015. Et Mario Vargas Llosa début 2016.
Le nombre de tirages moyen est d’environ 5000 exemplaires. La parution des œuvres de Jean d’Ormesson en avril dernier a généré quant à elle autour de 20 000 exemplaires. Le chiffre de meilleures ventes revient toujours à l’édition de Saint Exupéry en 1953.
À chaque époque correspond une teinte de cuir : havane pour le XXe siècle, vert émeraude (XIXe), bleu (XVIIIe), rouge vénitien (XVIIe), corinthe (XVIe), violet (Moyen Âge), vert (Antiquité) ; gris pour les textes sacrés et rouge de Chine pour les anthologies.

On ne compte pas moins de huit millions d’exemplaires vendus depuis 1933 par la maison Gallimard !

Les ateliers comme celui-ci se raréfient et tendent à disparaitre, ceux qui résistent permettent la transmission d’un savoir-faire d’exception. A seulement quelques kilomètres à l’Est de Paris, 35 personnes créent avec passion des objets aussi exceptionnels que la collection de La Pléiade Pour cela, elles travaillent le haut de gamme, le cuir, l’or, le papier fin. Si 80% de leur production est destinée à La pléiade, les 20% restant sont pour des éditions liturgiques et d’autres, comme par exemple « Le bottin mondain » dont nous avons suivi une partie de la fabrication pendant notre visite. Il n’y a plus que deux vrais relieurs en France (depuis le récent dépôt de bilan d’un troisième).
Dans les ateliers Babouot se pratique un travail semi-industriel, semi-artisanal, le choix qui a été fait reste celui de la qualité. Dix-neuf points de contrôle sont indispensables pour fabriquer un tome de La Pléiade. Pliure, assemblage, couture sont industrialisés, le reste est artisanal. Il y a aujourd’hui une perte de savoir-faire, quelques personnes vont quitter les ateliers d’ici deux ans, il est primordial de former les jeunes. Il existe des CAP reliure, des BEP reliure. Mais avant tout, il faut transmettre les connaissances tant que c’est possible.

Débutons la visite pour découvrir comment est fabriqué un volume de La Pléiade.

La pliure du papier pour constituer les cahiers : Où l’on utilise des termes tels : Bloc de papier, couverture, cahiers, signature, emboitage.

 

La réception des blocs imprimés se fait généralement en rame de 32 feuilles que l’on va ensuite plier puis coudre, et couper. La grande feuille de 32 est d’abord coupée en deux, il faut également couper les bords extérieurs de la grande feuille de 32 pages avec un immense massicot frontal. Puis il faut aérer les feuilles, d’ailleurs on nous parlera de « faire rentrer l’air »ou « faire sortir l’air » à de nombreuses reprises. Puis vient le travail de refente, la pliure qui peut être « couteau » (avec des trous pour mieux chasser l’air), puis une pliure automatique en 2 puis en 2 puis en 2. L’ensemble de ces 32 feuilles pliées compose un cahier.

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Les cahiers prêts à coudre

Un livre est composé de X cahiers ou signatures. Ils sont placés dans des cases, dans l’ordre dans lequel ils vont se retrouver dans le livre. Il faut vérifier chaque étape. Certains cahiers arrivent avec des 4 pages déjà pliées. Pour le bottin mondain par exemple il y a quatre types de papiers différents. Pour la pléiade il y a 47 cahiers à assembler, on divise en deux, car deux blocs sont imprimés en même temps, le premier et le dernier, le second et l’avant dernier, etc. jusqu’à la fin où on les retourne et on coupe pour les assembler.

 

La couture : Dans l’atelier de couture il y a 3 générations de machines. Les dernières facilitent légèrement le travail pour installer les blocs à coudre. Une fois le cahier cousu, on y pose les gardes et le calicot, puis il est prêt à être massicoté. Ensuite, les blocs arrivent serrés, sur un rouleau, pour apposer l’encre qui va modifier la couleur de la partie visible des pages, avec des encres naturelles. Quand le bloc est prêt : on ajoute la couleur, la garde, et ça devient une mousseline.

IMG_6952ATELIERRHODOIDVoici l’atelier Rhodoïd, les jaquettes des volumes de La pléiade ont toutes un rhodoïd ajusté au millimètre près à la largeur du livre. S’il y a une nouveauté à produire, comme le Foucault par exemple, c’est fait en nombre, sinon production de quelques un à l’avance. Merci à G pour son accueil, elle travaille avec un optimisme communicatif dans cet atelier depuis 40 ans et nous a dit ne pas du tout avoir envie d’en partir !

IMG_6929PLEIADE1Le papier bible et le fonds : Le papier bible nécessite un taux d’hygrométrie important, il doit d’ailleurs rester dans l’atelier quelques jours avant d’être travaillé, le temps de « s’adapter ». On ne peut pas le travailler, ni l’encoller, en dessous de 30% d’hygrométrie, sinon, il gondole, ou la tête change de couleur, etc. S’il reste un an dans le stock, il passe à 70%, plus il est humide, mieux il se porte. Un papier requiert une humidité relative de l’ordre de 50% à 60%, et son contrôle précis permet de garantir sa qualité.

IMG_6966FONDSTous les reliquats d’impressions sont stockés là. Quand on décide de relier un livre de la Pléiade il faut compter environ 3 semaines pour ce soit fait dans les meilleures conditions.
Ici, la production est semi industrielle, soit entre 3000 et 5000 livres par jour, et de un volume à 20 000 volumes. Le fonds de Gallimard pour La Pléiade est stockée là et donc disponible à tout moment. Il y a de 10 à 12 nouveautés par an, et quand il y a réimpression c’est par 1000 ou 1500 exemplaires.

Le cuir et l’atelier de peaux : IMG_6975ROULEAUXPEAUXIl faut utiliser du mouton demi fort et pas de la pleine peau, sinon il faut une pareuse pour amincir les coins, ce travail est fait dans l’atelier rhodoïd. Les rouleaux de peaux de mouton arrivent de Nouvelle Zélande. Les peaux sont sciées en demi, c’est-à-dire refendues pour avoir la bonne épaisseur, et le reste part en chamoisine. Il faut environ 40 opérations de tannage pour obtenir des peaux conformes aux critères requis, lavage, dégraissage, etc. Tout est fait à Issoudun.

Les ateliers utilisent environ 40 000 m² de peaux par an et produisent environ 300 couvertures à l’heure. Il y a également un poste de réparation, chaque peau est vérifiée, elle peut avoir reçu des coups de tondeuse, ou la bête peut avoir été malade (une tique = un trou par exemple), elle est réparée si le défaut le permet. Chaque couverture de livre revient à 2€ ou 2,5€ avec l’or, d’où l’intérêt de les retravailler une par une. Pour une série de 1050 livres il faut 100 m² de peau. Un mouton c’est environ 0,90 m², une chèvre 0 ,60 m², ça revient plus cher mais ça tient mieux dans le temps. La colle est une colle animale, qui sent donc assez fort.
IMG_6999COUVERTUREQuand la couverture est prête, on y colle la carte de dos et deux cartons (feuille double pour donner de la souplesse à la couverture). Et on sait faire la même chose avec d’autres revêtements comme la toile, etc.On peut vraiment dire que La Pléiade est un produit français : imprimeur, tanneur, relieur, sont français.

La dorure : Sur le dos du livre, il faut écraser le grain pour qu’il soit plus lisse. Là, on fait un « à froid » (pression / chaleur) qui va rendre le grain lisse pour pouvoir lui appliquer le carré de couleur si nécessaire et l’or véritable (22 ou 23 carats).

 

L’or arrive en bobines avec une couche très fine. On peut faire 4000 pléiades dans une bobine, ce qui revient à 0,50 € par couverture. Les déchets d’or, même minimes, sont recyclés par une entreprise locale qui recycle aussi les radiographies dans lesquelles il y a de l’argent. Mais comme il a de moins en moins de radios classiques, c’est un métier qui pourrait se perdre aussi.
En fin de chaine, tous les volumes sont vérifiés un par un, s’il y a un défaut soit on répare, soit au pilon ! Par exemple sur les retours de librairies, sur 500 retours, on peut en récupérer environ 50%.

 

Vous l’aurez compris, cette visite est passionnante et ces livres si beaux représentent un tel savoir-faire que j’ai bien envie d’en commander au moins un au père Noel !

 

Salon du livre de Paris, Lundi 23 mars

Mon reportage au salon du Lire pour le site lecteurs.com, dernier jour

10h, j’arrive sur le salon. Je réalise que c’est un véritable marathon pour les auteurs. Avant le salon du livre, s’ils ne sont pas déjà en promotion de leurs romans, ils sont au calme dans leur bulle créatrice. Pendant le salon du livre, ils doivent sortir de cette bulle pour dédicacer, parler, sourire, échanger, poser pour les innombrables photos qui seront prises en quelques heures, être prêt à lire tous les tweets, tous les posts échangés qui porteront leur nom. C’est la rançon de la gloire. Je trouve toujours un peu étrange et déstabilisant de passer à côté d’auteurs esseulés, une pile de livres posée devant eux, qui me parlent fort gentiment et avec passion de leur roman, alors qu’à quelques mètres, une file gigantesque se constitue, avec des fans imperturbables, prêts à toutes les attentes, à tous les efforts pour obtenir La dédicace, Le dessin, de leur auteur favori.

Je pense à tous ces auteurs pour lesquels les files d’attentes se comptaient en heures : Marc Levy, Tatiana de Rosnay, Gilles Legardinier, Marc Lavoine, Michel Bussi, Jean D’Ormesson, Amélie Nothomb et ses chapeaux, Ken Follet, pour les principaux, sans compter les auteurs et surtout dessinateurs de BD, là il faut s’armer de courage pour y aller, c’est très long.

Le salon ce sont aussi tous les élus qui se doivent de passer par là, plus ou moins intéressés, au pas de course pour certains, un mot par ci par là pour d’autres. Entourés d’une foule toujours, étonnée, intéressée, flattée.

15h30, pour clore les rencontres sur le stand de lecteurs.com, Claire Fercak parle de son roman Histoires naturelles de l’oubli  aux éditions Verticales.

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Dans ce roman nous allons découvrir deux personnages étranges, un soigneur dans une ménagerie, que l’on retrouve sans connaissance, il a perdu ses souvenirs et est à la recherche de la mémoire. Il essaie de se créer une nouvelle vie. Puis Suzanne, une femme qui essaie de continuer sa vie comme si un événement n’était jamais arrivé. Apparemment, ces deux personnages sont dans l’impossibilité de vivre sereinement avec le monde social, avec les contraintes humaines. Étonnant, Claire Frecak nous explique qu’elle ne savait pas à l’avance où son récit allait la conduire. Elle a écrit les deux personnages en parallèle, puis l’un et l’autre. L’auteur aime avoir des thèmes différents à explorer, emmener le lecteur là où elle souhaite. Son roman aborde de nombreux les thèmes, coma, folie, blessure de l’amour, le commencement et la mort, le tout dans une dimension poétique qui emporte le lecteur dans une atmosphère très particulière.

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Claire Fercak est éditée chez Verticales, la même maison d’édition que Maylis de Kerangal, prix Orange du livre 2014. L’éditeur, ici, c’est en fait deux personnes, un homme et une femme. S’ils ont beaucoup d’affinités, celles-ci passent par des chemins différents, ils ont forcément un regard différent sur les romans, ayant des vies différentes, des parcours différents, l’un d’eux est auteur, l’autre lecteur. Ils pensent donc que si le texte leur parle à tous les deux, il devrait parler également aux lecteurs. Je trouve l’idée de ce binôme particulièrement intéressante. Ils disent avoir suivi avec beaucoup de joie ce livre qui a mûri sous la plume de l’auteur.

Quand ils valident un livre, ils se rencontrent à deux, travaillent à deux, discutent et relisent à deux, c’est un collectif à deux en quelques sorte. Bien sûr ils ont des options, des goûts, des usages, des parcours différents, mais la discussion peut les faire changer d’avis, ils ne savent jamais d’avance où ça va finir. Ainsi ils ont perçu différemment le fait qu’un personnage parle au présent et l’autre au passé, et ce niveau de lecture différent fait avancer l’écrivain. Verticale, c’est l’éclectisme du catalogue, la fidélité et l’accompagnement d’auteurs très différents les uns des autres. Comme un cabinet de curiosité qui présente une diversité d’auteurs qui inventent la forme de ce qu’ils écrivent. L’éditeur fini en nous expliquant qu’à son avis, être cultivé c’est aimer les différences, alors que si on aime un seul livre on est un fanatique ! Et bien j’aime de nombreux livres, et ici sur le site de lecteurs.com, nous nous régalons des différences.

photo Domi C Lire Michelle Barriére

18h, les allées du salon se vident peu à peu. Il y a encore quelques acheteurs au square cuisine, ce sont les amateurs des polars de Michelle Barrière qui vient de cuisiner une recette de quelques grand chef du 19e ou 18e siècle que l’on peut retrouver dans ses romans. Au rayon BD, il ne reste quasiment plus de tome 1 pour les principales séries. En parcourant les allées, je constate avec plaisir que les piles de livres ont bien baissé, enfin il y en avait tant qu’il est difficile de tout acheter.

Les promeneurs s’en vont, bras chargés de nombreuses lectures à venir, des souvenirs de rencontres.  Hier, nous avons eu la surprise de voir défiler dans les allées bondées de monde, au rythme de maracas, près de 200 auteurs qui manifestaient contre le piratage du livre, la hausse de la TVA sur le livre numérique, en scandant de sonores « pas d’auteurs, pas de livres ». Il y avait du monde au salon, le livre n’est pas mort mais il faut continuer à le faire vivre.

Il est temps de se quitter. Quelle belle expérience, vous entrainer avec moi dans les allées du salon du livre de Paris 2015 et sur le stand de lecteurs.com.

SDL2015 photo Dominique Sudre

Sur ce site, les lecteurs partagent des idées de lectures, suivent avec attention les délibérations du jury du prix Orange du livre, et j’y mets en ligne mes avis sur quelques-uns des 30 livres sélectionnés, en attendant, belles lectures.

Salon du livre de Paris. Dimanche 22 mars

Mon reportage au salon du Lire pour le site lecteurs.com

10h, lorsque j’arrive sur le salon, malgré le froid il y a un monde fou à l’extérieur. Le calme règne dans les allées, ça ne va pas durer.

11h, les libraires partenaires de pagesdeslibraires.fr sont sur le stand pour donner des conseils de lecture, pour parler de tous ces livres auxquels on ne pense jamais. Aujourd’hui j’ai retenu le livre d’Annie Lebrun « de l’éperdu » qui nous est présenté comme un livre qui aide à mieux lire. C’est une idée géniale, non, de lire non pas pour aimer le livre mais pour ce qu’il nous apporte.

11h30, rencontre club de lecture ados. Ils sont arrivés en avance et écoutent attentivement nos libraires passionnés. Puis tour à tour ils présentent leur coup de cœur. J’en retiens quelques verbatim, tout d’abord leurs conseils : « Je le conseille parce qu’il fait réfléchir et en même temps c’est très drôle ». « Un livre hyper poignant parce qu’il est bien écrit ». « Quand j’ai fini ce livre j’ai pris une grande respiration, parce que dans ce livre, les gens ne respirent pas ». « Les pages ne sont pas droites, c’est désordonné et c’est de super histoires ». « C’est original, on suit plusieurs histoires, le héros n’a pas tout, quelque chose lui a été retiré et j’aime ce concept (le héros à un handicap physique) »

Ils ont passionnants, comment choisissent-ils leurs lectures, qu’y cherchent-ils, voici quelques-unes de leurs réponses : « Sur les conseil du libraire qui commence à me connaître, grâce au club de lecture, cela m’a permis d’aller vers d’autre styles de lectures ». « J’ai des  habitudes, j’aime les récits de vie qui font pleurer, sentir les sentiments. Le club de lecture c’est bien, tu peux y trouver des livres passionnants ». « Des romans historiques, pour connaitre des lieux qu’on n’a pas regardé, des choses qu’on ne vivra jamais parce qu’elle se passent dans les temps anciens, mais pas au moyen âge quand même ». « C’est le titre qui me donne envie ». « Il faut que ça s’approche de la réalité ». « Je ne veux pas lire de livres qui parlent de la vie parce que ça on peut le vivre, ça peut arriver. Je lis plutôt des choses irréelles. Je choisi parfois pour le titre et la couverture ».

Quelle est leur relation à la littérature étudiée en cours, est-elle adaptée à leurs goûts, s’ y retrouvent-ils ? : « Il y a énormément de classiques, de théâtre, mais il faut les lire pour mieux apprécier les autres lectures et c’est important pour le bac français ». « On se reconnaît plus dans les romans d’aujourd’hui mais c’est bien de sortir de ce qu’on aime Tout dépend du classique, les misérables c’est très différent du petit prince ».

La libraire animatrice d’un des clubs de lecture nous dit qu’elle est très surprise car ils présentent aussi des livres qui les ont ennuyés, des classiques qu’ils doivent lire à l’école et même des livres dont ils pensent qu’ils auraient pu les aimer mais qu’ils trouvent mal écrit. C’est important de comprendre que chaque livre fait avancer dans ses choix, ses avis, son parcours de lecteur, il faut donc lire aussi ce que l’on n’aime pas.

Ce qu’ils aiment le plus ? Les livres pour la jeunesse, y compris pour bien plus jeunes qu’eux, mais aussi pour adultes. Ils piochent dans tous les genres, polar, science-fiction, classique, etc. C’est manifestement un vrai plaisir pour les libraires qui animent ces clubs de lecture. J’écoute des passionné, surprise de leur niveau d’appréciation, de synthése  Cela m’a rappelé le livre du prix Clara 2014 édité chez Héloïse d`Ormesson, j’avais été étonnée du niveau de ces  écrivains en herbe.

15h30, rencontre avec Émilie Frèche, lauréate du prix orange en 2013 pour deux étrangers chez Actes sud.

Émilie Frèche photos Domi C Lire Dominique Sudre

Émilie est un écrivain multiple, elle vient de terminer un roman et a co-écrit en parallèle un scénario pour un film. L’an dernier elle faisait partie du jury du prix Orange du livre et a contribué à l’élection de Maylis de Kerangal. Même s’il n’est pas toujours aisé d’avoir un œil critique sur d’autres romans et sur ses pairs, au final, choisir un livre ce n’est pas renoncer à d’autres. Elle ne porte pas un jugement, elle parle simplement du livre qui l’a emportée ou pas. Pour elle, « réparer les vivants » est réellement un très grand livre.

photos Domi C Lire Émilie Frèche Dominique Sudre

Elle a réellement mesuré l’exploit d’avoir eu le prix un an après, lorsqu’elle en est devenue jurée. Elle a aimé la liberté d’amener au jury les titres que l’on aime, en plus de tous ceux qui sont sélectionnés. Puis il faut en garder 30 et enfin 5. C’est alors qu’on prend la mesure de la difficulté. Il y a de la bagarre, de la passion, c’est un sujet sérieux, important. Les non professionnels sont presque les plus passionnés, ce sont des lecteurs assidus, avertis. D’où l’importance de ce prix.

Pour Émilie Frèche, l’écriture est une colère, presque une perversion, elle aime se contorsionner, la manipulation psychologique lui plait. Il est nécessaire de modifier la réalité, de la travailler pour qu’elle entre dans le roman. Et même si elle se base sur des personnes réelles pour leur créer une autre vie, l’écriture est l’endroit du fantasme, c’est le moyen d’avoir le père et la mère qu’on n’a jamais eu. Et forcément les livres qu’on écrit se répercutent dans votre propre vie, dans votre réalité. Elle n’imagine pourtant pas qu’elle pourrait écrire sans être publiée. La publication c’est un peu le nœud sur le cadeau. En fait un livre pourrait ne jamais être terminé. Elle écrit avec son oreille, tout est réécrit, peaufiné, pour obtenir la musicalité souhaitée. En cela elle rejoint quelques autres auteurs qui sont venus parler de leur travail sur le salon ou que j’ai pu entendre lors de tables rondes. Pour tous, la musicalité des phrases est essentielle à l’aboutissement du roman. J’aime lorsqu’elle nous dit qu’elle a longtemps pensé avoir besoin d’un cadre (un bureau, un espace) pour écrire, « En fait je suis chez moi dans l’écriture ».

Émilie Frèche confesse l’angoisse que tout s’arrête, alors qu’elle a déjà publié douze livres. Elle considère comme une chance inouïe d’arriver au bout d’un roman, cela lui prend en moyenne deux ans d’écriture. C’est un « truc » qui est là mais qui peut s’arrêter à tout moment, car elle n’a pas de plan prédéfini. Elle se lance et les idées viennent en écrivant. Si elle ne publie pas, elle n’existe pas. Écrire tient du marathon. Il faut une réelle force pour écrire, elle évoque la puissance physique d’un Hemingway, car c’est difficile de travailler à partir de rien.

Son prochain roman Un homme dangereux sera publié en août chez stock. Elle s’avoue un peu déprimée quand c’est fini, même si c’est une sorte de délivrance.  Que peut-on sacrifier pour écrire un livre ? Quelque part, écrire, c’est l’histoire d’une descente aux enfers. Il faut se mettre en condition de « colère » pour se remettre à écrire. La réalité influe sur les textes et les textes changent à leur tour son rapport aux autres. Écrire, c’est un chemin, c’est peut-être ce qui fait qu’à chaque fois on écrit un autre livre. J’ai découvert une femme formidablement agréable, sincère, lumineuse, solaire, qui dégage une force et un enthousiasme communicatif et qui m’a donné envie de lire ses romans.

salon livre paris 2015 Photo Dominique Sudre Domi  CLire

Dans l’après-midi je pars en voyage. Je fais une incursion au pavillon Cracovie et Wroclaw pour y écouter le débat sur la poésie polonaise, en particulier les poètes de la Nouvelle Vague. Qu’est-ce qui les caractérise le mieux, résistance, opposition politique, conflit générationnel, je ne sais qu’en penser. Puis je vais du côté de la littérature des Outre-Mer. Quelques illustrateurs de livres pour enfants réalisent une belle fresque colorée sur le stand de l’Ile de la Réunion. Cela me donne des envies de nouveaux horizons.

salon du livre de paris 2015 photo Dominique Sudre pour Domi C Lire

17h30, rencontre avec Miguel Bonnefoy, auteur du roman « le voyage d’Octavio », sélectionné pour le prix Orange 2015. Un auteur sympathique, agréable, dynamique, et qui prend le temps de dédicacer son livre pour l’équipe de lecteurs.com.

19h30, je quitte le salon du livre en passant devant un café brésilien caché dans un coin, une jeune femme chante accompagnée à la guitare. C’est un instant magique.

Salon du livre de Paris, samedi 21 mars

Mon reportage au salon du Lire pour le site lecteurs.com

10h, je viens d’arriver sur le salon et j’ai l’impression d’aller retrouver des amis. Au SDL il y a de nombreux espaces consacrés au voyage, guides de voyage, outremer, pays invité, villes invitées, je passe de stand en stand pour humer l’air, lire quelques mots, écouter les auteurs.

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Sur le stand aquitaine, j’évoque avec Christophe Berliocchi son guide du pays Basque aux éditions Atlantica. Le guide idéal pour touristes et autochtones, décalé et original, très personnalisé, écrit par quelqu’un qui a adopté la région. Il cherche avant tout à montrer comment réussir un séjour en allant au-delà des clichés : mais non, au pays basque il ne pleut pas tous les jours, mais oui, par contre il y a des vagues.

11h sur le stand lecteurs.com les libraires présentent leur coup de cœur poche. Une libraire parle d’Antigone d’Henri Bauchaud comme d’un roman éternel « une fois qu’on a lu, on ne l’oublie jamais ». Pour elle c’est un grand écrivain qui sait combiner la fiction et la pensée. Une autre parle d’un roman dans lequel l’auteur et le narrateur entremêlent la pensée pour se jouer du lecteur. Ces libraires sont tellement passionnés qu’ils me donnent envie de découvrir ces romans. D’ailleurs, je demande parfois quelques idées de lecture et j’avoue que l’on me conseille souvent des pépites.  Ensuite, je pars sur le salon à la découverte des villes invitées, Cracovie et Wroclaw, je constate rapidement que je suis totalement néophyte en littérature polonaise.

13h30, Tête de lecture vient lire nos pages coups de cœur à voix haute. C’est une belle émotion d’entendre « réparer les vivants » de Maylis de Kerangal, prix orange du livre 2014.

14h mon âme d’exploratrice de polar me conduit sur le stand du CNL assister à la table ronde sur le thème « peur sur la ville » avec Ingrid Astier et Dominique Manotti, deux dames du polar français et Paulo Lins et Edyr Augusto, deux auteurs Brésiliens.  Pour Ingrid Astier le Brésil évoque la nature, le vert majestueux et triomphant. Les auteurs brésiliens eux, mêlent histoire, mythologie et imaginaire, mais également la tradition du foot et la tragédie politique, en particulier lorsqu’ils abordent la « décennie perdue ».

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Quel est le lectorat du roman noir au Brésil ? La littérature brésilienne est en plein renouveau depuis 10 à 15 ans, de nouveaux auteurs émergent, des femmes expriment un éveil de sensibilité de manière simple, directe. Tous ces auteurs sont lus aux USA, en Europe et en Amérique du Sud.  Les romans de Edyr Augusto, en particulier Belem et Moscow sont écrits en phrases courtes, nerveuses, segmentées, crépitantes, pas du tout étouffantes ni tropicales comme une forêt de lianes. Il vit en Amazonie, la plus grande forêt du monde, dans un ville portuaire qui pourrait ressembler à Marseille. Tout ce qui s’y passe est largement médiatisé. Malgré tout l’auteur à l’impression de vivre entouré d’une forêt verte d’un côté et d’une forêt de béton de l’autre.

Paulo Lins quant à lui explique que le Brésil n’a pas vraiment de tradition d’écriture de polar. Il existe quelques auteurs, pour une littérature de périphérie qui parle de banlieue, mais comme la banlieue est très violente, la littérature l’est aussi. Malgré leurs différences évidentes, ces quatre écrivains ont des sensibilités similaires. Avec toujours en idée sous-jacente qu’il n’est pas besoin d’inventer puisque le réel suffi à créer l’histoire. Si le niveau de violence semble très inférieur en France, les mécanismes des écrivains sont les mêmes, partir de la réalité pour construire l’intrigue. L’auteur doit être à l’écoute de la violence, de ce qui est tapis quelque part, sournois, noir, de tout ce qui fait la vie en somme. Le lecteur ne doit pas rester passif, l’auteur doit le tenir en éveil pour qu’il participe, qu’il y ait prise de conscience.

15h30, Karine Papillaud reçoit le premier lauréat du prix Orange en 2009, Fabrice Humbert, pour parler de son dernier livre Eden utopie chez Gallimard. Même s’il en est à son sixième roman, il reste très attaché à ce prix car il a rencontré des personnes qui suivent les auteurs, qui les accompagnent sur plusieurs années. Et l’évolution de la communauté de lecteurs (200 000) est très enrichissante, y compris pour les auteurs.

Pour son dernier roman, Fabrice Humbert a pris le parti prix d’écrire une natation romanesque, seulement la vérité sur une famille, à partir d’entretiens et de souvenirs réels. Son récit s’interroge sur la classe sociale, sommes-nous marqués par nos origines, par notre éducation, et qu’est ce qui soude une famille. Il nous présente la bande annonce du livre. Il est peu commun de créer un film sur le livre.

17h30, Fanny Chiarello présente son dernier roman Dans sa propre vie aux Éditions l’olivier, sélectionné pour le prix Orange du livre. Fanny Chiarello parle de la difficulté d’être soi-même, de trouver sa place. Chacun de ses romans doit être pris séparément, elle essaie de changer d’univers à chaque fois pour ne pas ennuyer le lecteur et expérimenter des approches différentes. L’histoire n’est pas toujours ce qui est le plus important, au contraire, c’est la façon de la raconter qui compte. C’est la musique des mots qui parle au lecteur, qu’il  va ressentir. Elle passe des heures sur une phrase tant qu’elle n’a pas la musicalité qu’elle souhaite, pour trouver des phrases dont les mots n’ont encore jamais mis dans cet ordre-là. C’est une perfectionniste de l’écriture qui cherche la précision, le poids du mot ressenti, qui veut emporter le lecteur à un certain niveau du récit.

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C’est également l’occasion de parler du travail des éditeurs. Lorsqu’un journaliste reçoit un livre des éditions de l’Olivier, il est attentif car il sait que le contenu sera à hauteur de ses attentes. Cela implique un gros travail des éditeurs. Avant c’était un parcours du combattant, y compris avec du talent, pour se faire éditer, aujourd’hui au contraire, il est plus difficile de se faire lire. Comme la critique est assez conformiste, elle se penche généralement vers les même auteurs, il est difficile de se faire connaître. Reste la communication, les lecteurs, les blogs, etc

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18h. Sur le stand, les lecteurs se rencontrent pour la première fois. Quel moment sympathique et chaleureux. S’inscrire sur des sites de lecture, c’est partager une passion. Vous connaissez des passionnés de lecture autour de vous ? Moi assez peu, là je peux échanger avec des lecteurs qui me ressemblent et qui me comprennent. Chacun se présente, lecteur, explorateur, amateur, explique ce qu’il aime et ce qu’il cherche sur le site, conseille un livre coup de cœur aux autres lecteurs. Nouveautés, classiques, tout est proposé, Karine évoque la collection vintage chez Belfond. Les lecteurs fous de lecture ont répondu présent.

Il ressort de ces échanges que lorsque les lecteurs se rencontrent, ils ont déjà l’impression de se connaître, il y a de vrais moments de connivence, de partage, un même appétit de lecture. La nourriture évoquée ici est culturelle, littéraire et partagée.

Salon du livre de Paris. Vendredi 20 mars

Mon reportage au salon du Lire pour le site lecteurs.com

Vendredi 20 mars, 8h, départ de ma tranquille banlieue parisienne, j’ai hâte d’arriver Porte de Versailles au salon du livre 2015.

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10h, à peine arrivée, je plonge immédiatement dans l’arène. Moment d’émotion lorsque je passe devant le stand des éditions la Martinière qui rendent un bel hommage à Georges Wolinski.  Quel foisonnement, quel monde. J’ai découvert le salon du livre en 2014 et pour rien au monde je n’aurai manqué ce rendez-vous. J’ai prévu tout un programme mais avant tout je rejoins le stand de lecteurs.com.

11h, trois libraires de parislibrairies.fr présentent leur coup de cœur poche. Karine Papillaud filme et mène les entretiens que nous retrouverons sur le site lecteurs.com, puis anime la table ronde. Leur passion est communicative et j’ai déjà envie de suivre ces nouvelles idées de lecture, encore quelques livres à ajouter à ma PAL.

American desperado de Jon Roberts & Evan Wright : un roman noir indispensable, La leçon d’allemand, de Seigried Lenz, un livre étonnant qui parle de nature et de création « un des plus beaux livres que j’ai lu » nous dit cette libraire, et des lecteurs qui s’arrêtent sur le stand en sont absolument convaincus. Puis Le Quinquonce, de Charles Palisser. J’ai lu le premier tome, et il y en a cinq. C’est simple. Quand j’écoute ces libraires, j’ai envie de tout lire. Dès demain, nous serons nombreux à ce rendez-vous avec des professionnels passionnés par leur métier et par les livres.

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Je fais un tour sur le salon et je tombe sous le charme des couvertures colorées des éditions Zulma. Inspirées des tapisseries anglaises du 19e, dessinées par un graphiste anglais, Zulma publie sous ces couvertures graphiques aussi bien des auteurs français qu’étrangers, avec une ouverture vers la littérature africaine francophone et Haïti. J’avais d’ailleurs lu avec intérêt les critiques  sur L’île du Point Némo, le roman de Jean-Marie Blas de Robles, et lu Rosa Candida de Audur Ava Olafsdottir.

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13h30 : je découvre sur le stand de lecteurs.com Yves Heck, qui est notre Tête de lecture. J’avoue que c’est une véritable découverte, j’aime énormément. Comme un lecteur lit dans sa tête, dire les mots à haute voix leur donne une autre dimension. Cela me fait penser au roman le liseur du 6h27 de Jean-Paul Didierlaurent , vous savez, celui qui lit chaque matin dans son RER. C’est sur demain, je serai au rendez-vous de ce moment privilégié, et qui sait, peut-être avec un texte à lire ?

15h30, rencontres avec les jurés du prix Orange du livre. Un incontournable de mon programme. Je ne sais pas vous, mais moi, j’aurai adoré compter au nombre de ces 7 jurés lecteurs, le plaisir et la richesse des échanges avec des professionnels, les rencontres humaines, les idées qui fourmillent, mieux comprendre, entendre ces auteurs qui me font rêver avec leurs mots et leurs idées. C’est la rencontre de deux jurées lectrices et de deux jurés écrivains. Sandy a déjà l’habitude des prix, elle a été jurée du prix des lectrices de Elle, du Prix du livre de poche et du Prix du meilleur roman Point, c’est une bloggeuse avertie. Charlotte, également bloggeuse, a déjà été jurée pour le prix du Maine libre. Karine Papillaud leur demande si elles ont déjà été  tentées par le passage vers l’écriture, elles avouent se poser la question, mais écrire pour soi-même dans un premier temps, le passage vers le « faire lire ses écrits » par un autre est difficile

Alors oui, faire partie de ce jury du Prix Orange du livre, c’est avant tout partager, découvrir, lire un livre vers lequel on ne serait pas allé de soi-même, et se laisser convaincre par un autre lecteur. C’est une véritable réunion de lecteurs, de  bloggeurs et de professionnels, tous passionnés de lecture.

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Michelle Fitoussi est également jurée du prix de Flore, mais elle découvre avec le prix Orange du livre le bonheur des rencontres avec des jurés et des livres, avec des auteurs qu’elle ne connaissait pas. Elle avoue également un plaisir à découvrir le niveau fabuleux de critique des lecteurs, c’est un étonnement positif et passionné.

Le même bonheur d’échanger est évoqué par Serge Joncour. Recevoir 50 à 80 livres en 3 semaines, c’est un peu comme passer de l’autre côté du miroir, surtout pour un écrivain qui est en général celui qui envoie ses livres. Ça peut faire peur et il y a une sorte de responsabilité morale à définir non pas le meilleur livre mais en fait celui qui parle le plus au juré, comme lorsqu’on rencontre quelqu’un et qu’on sait déjà qu’on a plein de choses à ses dire. Serge et Michelle sont surpris de voir ce que les bloggeurs sont capable d’écrire sur un roman et comment ils sont capables d’en extraire la quintessence.

Serge Joncour écrit son prochain roman et il est juré en même temps. C’est comme mener une vie parallèle, il faut déjà aller d’une vie à l’autre avec ses personnages, là il faut également lire les autres, c’est une autre expérience. Et quel bonheur,  quelle surprise, de se dire qu’il y a une telle diversité d’écrits, d’époques, tous tellement différents et en même temps tout en nuances et teintes déstabilisantes pour un auteur qui cherche ses propres nuances. Il est intéressant de savoir que d’autres savent créer des univers qui nous perdent et nous dont rêver, mais aussi de lire ce que l’on n’aime pas, car quelque part ça fait du bien de se rassurer avec des écrits moyens. En fait dans un jury, le défi, c’est d’arriver à donner aux autres l’envie de lire le livre que l’on a aimé. Et cela permet de découvrir des pépites et des éditeurs.

Chacun parle des cinq livres qu’il avait choisi lors de la première réunion du jury avec un tel enthousiasme qu’ils me donnent envie de tous les lire. Dommage, je n’y arriverai certainement pas. La suite ?  Le jury va se réunir le 5 mai pour la « foire d’empoigne » en éliminant d’abord certains livres, puis en choisissant au final cinq romans. Tous les internautes peuvent alors voter en ligne sur le site lecteurs.com, le finaliste sera désigné le 3 juin.

Après ces tables rondes, je pars faire un tour dans les allées du SDL, les grands noms de l’édition sont présents, ceux que j’aime déjà et tous ceux qu’il me reste à découvrir.

20h, les allées du salon se vident peu à peu, c’est le départ. Quelle journée. Aie, j’ai un peu mal aux pieds, mais ma tête est aux anges. De belles rencontres, des surprises, des échanges avec des lecteurs que je connaissais virtuellement et qui me sont déjà proches, je suis impatiente d’être à demain. Mes nuits seront peuplées des mots, des visages et des voix de tous ces passionnés rencontrés aujourd’hui. Et demain je tourne une nouvelle page.