Trois sœurs, Laura Poggioli

Passionnant, émouvant, et si tristement instructif

Elles sont trois, elles ont de 17 à 19 ans, elles sont sœurs, ce sont les filles de Mikhaïl Khatchatourian. Lorsque la police arrive, Krestina, Angelina et Maria se tiennent près du cadavre de leur père sur le palier qui mène à leur appartement. Accident ou assassinat, aucun doute n’est permis puisqu’elles expliquent rapidement les événements qui ont précédé le décès du bourreau.

Lorsque leur mère Aurelia rencontre Mikaël elle a 17 ans à peine. Plus âgé, plus affirmé, sûr de lui et de son pouvoir d’homme, mais déjà violent, celui qui la viole dans les toilettes du bar où ils se rencontrent sera le père de ses quatre enfants. Un fils et trois filles plus tard, celle qui subit quotidiennement des violences physiques et psychologiques de cet homme à qui personne ne résiste doit quitter le foyer. C’est une question de vie ou de mort.

A compter de ce jour, et même si c’était déjà le cas avant, Krestina, Angelina et Maria sont à la merci de Mikhaïl. Violence, tortures psychologiques, privations, viols, tout lui est permis, puisque ce sont ses filles, elles lui appartiennent. Et la famille paternelle entre dans le jeu pervers des violences et du silence. Et même si des déclarations ont été faites auprès des autorités ou de la police, en Russie ce qu’il se passe dans la famille doit rester secret et se régler en famille. Personne jamais ne prendra soin de ces trois jeunes femmes. Quand on sait qu’une loi a été promulguée qui permet d’arrêter et de punir toute femme qui se plaindrait de violence intra-familliale on peut s’interroger sur la valeur de la vie d’une femme ou d’une fille dans ce pays.

Laura Poggioli alterne le récit de ce drame familial avec sa propre expérience. Amoureuse de la Russie, elle y a passé de nombreuses années. Étudiante étrangère, elle y a rencontré Mitia. Amoureux prévenant et attentionné au début de leur relation, il est rapidement devenu violent, exerçant sur elle un harcèlement destructeur auquel elle s’est soumise pendant des années.

C’est cette réflexion sur sa propre soumission et l’acceptation de ces relations qui émaille le récit autour des trois sœurs. Un peu trop car on s’y perd parfois, mais le récit est passionnant en particulier en ce qu’il nous présente la condition des femmes en Russie et le plein pouvoir accordé aux hommes sans condition par l’état complice, en vertu sans doute du sacro-saint proverbe russe « S’il te bat c’est qu’il t’aime ».

J’ai lu ce roman d’une traite, impossible à lâcher malgré quelques défauts, cette introspection un peu trop prégnante parfois, comme si l’autrice avait hésité entre deux récits, le personnel et intime et le public avec les trois sœurs. Un formidable premier roman que je vous conseille sans hésiter.

Catalogue éditeur : L’Iconoclaste

Assises côte à côte dans l’entrée d’un appartement moscovite, trois jeunes filles, âgées de dix-sept, dix-huit et dix-neuf ans, attendent l’arrivée de la police, à quelques mètres du corps inerte de leur père, Mikhaïl Khatchatourian. Depuis des années, il s’en prenait à elles, les insultait, les frappait, nuit et jour. « S’il te bat, c’est qu’il t’aime », dit un proverbe russe. Alors, en juillet 2018, les trois sœurs l’ont tué. Une vague d’indignation inédite déferle, les médias s’enflamment.

Les visages insouciants des trois gamines, dissimulant les supplices endurés pendant des années, questionnent l’autrice. Elle se souvient de sa jeunesse moscovite où elle rencontra Marina, son amie la plus chère, et Mitia, son amour. Il lui donnait parfois des coups, mais elle pensait que c’était peut-être aussi de sa faute. Laura Poggioli reconstitue la vie de ces trois sœurs, et son histoire personnelle ressurgit.

320 pages / 20,00 € / EAN 9782378803018 / paru le 18/08/2022

Lettres perdues, Jim Bishop

Dans un univers mi terrestre mi aquatique, les aventures d’un petit garçon qui attend des nouvelles de sa mère

Chaque matin, Iode attend le facteur et espère qu’il sera enfin porteur d’une lettre de sa mère. Celle-ci, aviatrice, est partie depuis longtemps chercher une terre plus hospitalière qui pourrait les accueillir. Car Iode vit dans un univers où se côtoient à la fois des poissons, des requins-marteaux quelques homards et quelques pieuvres tous rescapés d’un cataclysme écologique. Les-dits poissons pouvant vivre grâces aux prothèses et technologies inventées justement par le père de Iode.

Las d’attendre, Iode décide de prendre sa 2CV pour aller directement à la poste, puisque le poisson clown facteur ne lui répond jamais. En route, il recueille Frangine, une auto-stoppeuse très silencieuse qui doit livrer une valise pour La Pieuvre, un groupe mafieux qui sévit sur l’île. Mais Frangine lui fausse compagnie dès l’arrivée en ville. Inquiet de son absence, le très naïf Iode fait appel à un poisson policier pas du tout débrouillard pour tenter de la retrouver. Tous deux s’embarquent alors dans une aventure bien plus périlleuse qu’il n’y paraît.

Un univers coloré, farfelu, déjanté, où humains et poissons vivent ensemble sur une planète frappée par la catastrophe écologique qui n’est plus seulement annoncée mais devenue bien réelle. Un texte qui parle écologie, deuil, famille, relation père-fils, amitié, solitude, ambition, partage et qui prône le vivre ensemble entre humains et animaux, en particulier avec le monde de la mer et les poissons pour le coup ici. Une fable écologique d’anticipation, mais qui parle pourtant du temps présent, à méditer, savourer.

Lettres perdues a reçu le prix de la BD lecteurs.com 2022.

Catalogue éditeur : Glénat

Comme tous les matins, Iode attend impatiemment cette lettre que le facteur tarde à lui apporter. Sûrement une blague de ce farceur de poisson-clown qui s’amuse à livrer son courrier aux voisins… Ou peut-être a-t-il simplement été égaré ? Il n’y a qu’un seul moyen d’en avoir le cœur net : se rendre en ville. Embarqué dans sa petite auto vert pomme, Iode fait la rencontre de Frangine, une auto-stoppeuse au caractère bien trempé qui effectue une livraison pour le compte du mystérieux groupe mafieux « la pieuvre ». Seulement, lorsque cette dernière décide de lui fausser compagnie, le jeune garçon s’inquiète et décide naïvement de partir à sa recherche. Sans le savoir, Iode vient de mettre les pieds dans une affaire qui le placera au cœur d’un terrible drame. …lire la suite

Parution : 15.09.2021 / 22€ / Pages :  200 / EAN : 9782344043448
Prix BD Orange Lecteurs.com 2022 Prix BD France Bleu 2022

Le peintre hors-la-loi, Frantz Duchazeau

à la rencontre d’un artiste méconnu à la folie dévastatrice

Et si c’était tout simplement ça, la Terreur. Celle des hordes qui parcourent le pays pour tuer sans discernement nobles et ouvriers, gens de cour et subordonnés. Lorsqu’en 1793 le roi Louis XVI meurt sur l’échafaud, nombreux sont également ceux qui perdent la vie ces années là. C’est dans ce contexte que Lazare Bruandet, peintre naturaliste porté autant sur la bouteille que sur la bagarre doit fuir la ville.

Mais suite à un coup de sang et une jalousie mal placée, au retour de chez sa maîtresse il défenestre sa compagne. Il ne trouve de salut que dans la fuite à l’abri de cette campagne qui l’a vu grandir. Déjà difficile du temps de son enfance, la vie y est devenue périlleuse. Sa maison est en ruine, il se réfugie alors chez les moines à qui il finira par apprendre à se défendre contre les milices. Mais aussi à l’auberge où la servante accorte se prend d’amitié pour lui, admirative du travail du peintre.

Partout c’est le chaos. On échappe aux milices pour tomber au mains ou sous les coups de l’armée ou des pillards. Il faut se défendre, mais il faut aussi survivre. C’est ce que fera le peintre dans les forêts qu’il affectionne, lui l’artiste spécialiste de la nature, amoureux de ces paysages qu’il peint à l’envi. Rien ne lui fait peur, cet artiste alcoolique au mauvais caractère a cependant une certaine dextérité à manier l’épée et les armes autant que ses pinceaux.

L’ensemble est porté par un graphisme brut, sombre, fait de peu de traits affinés ou précis, mais plutôt d’une sombre représentation à l’image de cette époque si dangereuse pour ceux qui l’ont connue. Une forme de folie émerge de ces dessins, de ces pages parfois denses et sombres, d’autre fois plus lumineuses, à l’image de l’artiste tout en excès et en fulgurance.

Si le personnage a réellement existé, et si sa folie et son amour de la peinture naturaliste sont bien réels, l’auteur lui a créé une enfance à la hauteur du personnage. Car il semble qu’il a réellement tué sa compagne et fuit dans la forêt de Fontainebleau, poussé par une forme de folie autodestructrice qui transparaît à chaque page. Le peintre parisien joue par ailleurs un rôle décisif dans le développement de l’art du paysage. Il est en totale rupture avec le cadre institutionnel de son époque avec sa pratique de la peinture en plein air dans les forêts environnant Paris.

Quelques œuvres de Lazare Bruandet (1755-1804) peintre français du XVIIIe siècle et paysagiste méconnu.

Catalogue éditeur : Casterman

1793. Louis XVI est condamné à mort tandis que la France est frappée par la Terreur, une véritable guerre civile qui met le pays à feu et à sang. Fuyant la capitale pour trouver refuge à la campagne, un écorché vif au regard inquiétant louvoie dans la forêt. C’est un étrange peintre que voici, dont le nom résonne comme un couperet : Lazare Bruandet a des gestes un peu fous, le verbe haut et le coup d’épée tranchant.
Tiraillé par des souvenirs d’enfance douloureux, hébergé par des moines qui lui demandent de l’aide, Lazare tombe sous le charme d’une jeune aubergiste. L’homme a bien du mal à se retirer de ce monde dont la violence et la bêtise l’agressent, et pour tenter de s’y soustraire, il peint la nature qui le fascine, sans souci d’académisme et de postérité vis-à-vis de son œuvre…

Scénario : Duchazeau, Frantz / Dessin : Duchazeau, Frantz / Couleurs : Drac Parution le 03/03/2021 / ISBN : 978-2-203-20277-1 / Pages : 88 / 20€

Pourvu qu’il soit de bonne humeur, Loubna Serraj

Comment être libre quand l’idée même de liberté n’est pas envisageable ?

Maya, 15 ans, belle, jeune, mais pas libre. Depuis quelques mois déjà ses parents ont décidé qu’elle ne pouvait plus aller au collège. Une jeune femme n’a pas besoin de trop apprendre puisque son avenir est d’être marié, savoir être épouse et mère cela suffit bien. Pourtant chaque jour ou presque, de longues discussions avec Marwan, son frère, lui permettent de continuer à apprendre et à débattre sur l’actualité, la géopolitique mondiale, le monde qui l’entoure dans le Maroc des années 40. Jusqu’au jour maudit où on lui annonce qu’elle doit épouser Hicham.

Il est beau ce jeune homme qu’elle découvre le jour du mariage, et la jeune femme est prête à l’aimer et à se soumettre. Mais c’est sans compter sur la violence qui se déchaîne dès la nuit de noce. Violée à plusieurs reprises, frappée, Maya ne sait pas que sa vie vient de basculer dans l’horreur, le silence, la douleur. Celui qui n’a connu que la violence de son propre père répète le schéma à l’envie, pour le plus grand malheur de son épouse.

Si la famille, la mère, les sœurs, ont compris le martyr que vit Maya, aucune voix ne vient s’élever pour faire cesser la violence meurtrière. Seul son dossier médical à l’hôpital témoigne des multiples fractures, viols, souffrances, maltraitances qu’elle a dû subir en silence pendant autant d’années.

Pourtant Maya la soumise, Maya puits de douleur est une femme libre dans sa tête, indomptable et indomptée par celui qui rêvait de la soumettre. Les discussions avec son frère, sa participation à la révolte marocaine face à l’occupant, ses lectures, ses fleurs et ses rêves sont les témoins les plus évidents de cette liberté si chèrement acquise.

Dans le Maroc d’aujourd’hui, Lilya vit une relation heureuse avec son amoureux. Mais elle ne souhaite absolument pas s’engager à ses côtés, car jamais elle n’acceptera de se soumettre au bon vouloir d’un époux. Dans son corps, elle ressent des douleurs et entend des questionnements qui l’interpellent sur sa filiation, qui est elle et d’où vient-elle ? Et si l’âme de Maya, sa grand-mère, était venue la tourmenter pour demander réparation de ses souffrances. Et si Lilya ne s’autorisait tout simplement pas à vivre libre ? Pour le savoir, elle part à la recherche de cette aïeule, soulève le voile du silence et révèle peu à peu la vie de Maya et ses propres contradictions.

De nombreux sujets forts sont abordés dans ce roman. La violence faite aux femmes, que ce soit au Maroc ou ailleurs, le mariage forcé, l’éducation des filles qui n’est pas toujours une évidence. Mais aussi les transmissions transgénérationnelles. La psycho généalogie explique parfois les traumatismes dans des familles où les secrets traversent les générations sans être révélés à ceux chez qui les dégâts sont les plus importants.

Ce sujet difficile est traité d’une manière originale grâce à ces deux générations de femmes qui se retrouvent dans leur soif de liberté, de savoir, d’amour et de vie. Ce roman est le lauréat du Prix Orange du Livre en Afrique 2021, son sujet rejoint Les impatientes, cet autre roman aux multiples récompenses. Souhaitons lui un aussi beau parcours.

Catalogue éditeur : La Croisée des Chemins et Au Diable Vauvert

Deux époques.
Deux couples.
Deux voix. Non, plusieurs voix qui traversent le temps pour raconter une vie, deux vies, leurs vies.
À travers une histoire, tour à tour inscrite dans le passé et le présent, aussi parsemée de violence ordinaire que de passion rebelle, le murmure Pourvu qu’il soit de bonne humeur d’abord inaudible, se renforce, devient mantra et arrache sa propre bulle de liberté, inestimable hier comme aujourd’hui.
Comment être libre quand l’idée même de liberté n’est pas envisageable ?
Comment résister à une guerre de l’intime où les bruits des canons deviennent ceux de clés tournant dans la serrure d’une porte ou de pas se rapprochant doucement mais sûrement ?
Comment la peur peut s’insinuer dans les couloirs du temps pour faire passer un message ? Quel message ?
Maya. Lilya. Deux voix. Deux femmes. Deux époques.
Une intensité. Celle que provoque la liberté.

Loubna Serraj est éditrice et chroniqueuse radio à Casablanca (Maroc). Elle tient également un blog littéraire social et politique sur des sujets d’actualité. Pourvu qu’il soit de bonne humeur, paru au Maroc aux éditions la Croisée des chemins, est son premier roman.

La Croisée des Chemins ISBN 9789920769563 / Parution 2020 / pages 324

Au Diable Vauvert : Parution : 2021-03-18 / pages : 352 / EAN-ISBN : 9791030704105

Radium Girls, Cy

They paid with their lives. Their final fight was for justice.

Edna, Katherine, Mollie, Albina, Quinta et bien d’autres sont ouvrières à l’United State Radium Corporation dans le New Jersey. Nous sommes en 1918 et à cette époque certains imaginent tous les bienfaits que peut apporter le radium découvert depuis peu par Pierre et Marie Curie. La mode est aux cadrans aux chiffres lumineux, un confort apporté justement par la peinture Undark à base de radium. A longueur de journée, les dials-painters font inlassablement le même geste : lip, dip, paint (porter aux lèvres, tremper, peindre) car il faut lisser le pinceau avec sa salive, puis le plonger dans la peinture, et peindre délicatement.

Ce geste qui aurait pu être anodin devient une véritable bombe à retardement qui détruit inéluctablement le corps des malheureuses. Mais face à une corporation toute puissance et à des intérêts financiers prépondérants, difficile de croire que cette poignée de femmes arrivera à se faire entendre et ébranler le pouvoir en place. On notera que l’usine d’Orange, dans le New Jersey, emploie jusqu’à deux cent cinquante ouvrières.

Après seulement quelques mois de joies et d’amusement, parce qu’après tout ces jeunes femmes ont la vie devant elles et l’envie d’en profiter, des maladies se déclarent. Rien ne leur sera épargné. Elles tombent littéralement en miettes, il s’avère que le radium se loge dans les os qu’il va progressivement ronger. Mais on ne leur reconnaît pas le fait que leur mort puisse être liée à leur emploi. Aussi celles qui restent, et tant qu’elles en auront l’énergie, vont mettre leurs dernières forces dans la bataille pour faire reconnaître la maladie du travail.

Grâce à leur courage, leur force et leur opiniâtreté, leur calvaire aura malgré tout servi à changer les lois pour les travailleurs outre-Atlantique, un combat mortel qui n’a pas été vain.

Il faut rappeler qu’en France on a interdit ces fameux cadrans au radium en 1962 seulement (voir article ici)

La BD de Cy est vraiment passionnante et tellement émouvante. Déjà, la couverture semble irradier. Puis avec très peu de couleurs, ce vert si caractéristique du radium et un dégradé de mauve, elle parvient à donner vie – et mort – aux Radium Girls, à leur combat, à nous les faire aimer à la fois joyeuses et insouciantes, solidaires et unies dans le bonheur comme dans le malheur et dans la lutte, inoubliables bien qu’oubliées pendant de bien longues années.

On ne manquera pas d’aller également voir le site The radium Girls ou encore cet article sur les peintures luminescentes

Sur la photo, des verres en ouraline (ce terme désigne un objet en verre ou en cristal de couleur jaune avec des reflets verts) ce dichroïsme est dû à l’uranium et plus précisément à un oxyde d’uranium, l’urane (ou uranyle) qu’ils contiennent. On en trouve encore dans quelques brocantes.

Catalogue éditeur : Glénat

Des destins de femmes sacrifiées sur l’autel du progrès.

New Jersey, 1918. Edna Bolz entre comme ouvrière à l’United State Radium Corporation, une usine qui fournit l’armée en montres. Aux côtés de Katherine, Mollie, Albina, Quinta et les autres, elle va apprendre le métier qui consiste à peindre des cadrans à l’aide de la peinture Undark (une substance luminescente très précieuse et très chère) à un rythme constant. Mais bien que la charge de travail soit soutenue, l’ambiance à l’usine est assez bonne. Les filles s’entendent bien et sortent même ensemble le soir. Elles se surnomment les « Ghost Girls » : par jeu, elles se peignent les ongles, les dents ou le visage afin d’éblouir (littéralement) les autres une fois la nuit tombée. Mais elles ignorent que, derrière ses propriétés étonnantes, le Radium, cette substance qu’elles manipulent toute la journée et avec laquelle elles jouent, est en réalité mortelle. Et alors que certaines d’entre elles commencent à souffrir d’anémie, de fractures voire de tumeur, des voix s’élèvent pour comprendre. D’autres, pour étouffer l’affaire…

La dessinatrice Cy nous raconte le terrible destin des Radium Girls, ces jeunes femmes injustement sacrifiées sur l’autel du progrès technique. Un parcours de femmes dans la turbulente Amérique des années 1920 où, derrière l’insouciance lumineuse de la jeunesse, se joue une véritable tragédie des temps modernes.

Parution : 26.08.2020 / Format : 200 x 265 mm / Pages : 136 / EAN : 9782344033449

Prix BD Lecteurs.com 2021

Meurtre à Montaigne, Estelle Monbrun

Meurtre à Montaigne, d’Estelle Monbrun célèbre les 25 ans de la collection chemins nocturnes, des éditions Viviane Hamy.

En Dordogne, à Saint-Michel-de-Montaigne, les touristes adorent visiter la tour et la célèbre librairie du château de Montaigne. Olivier, un étudiant spécialiste de l’auteur fait le guide pendant ses vacances. Un matin, il découvre le corps inanimé d’un jeune homme au pied de la tour.
Sur l’Ile d’Oléron, Mary, une étudiante américaine assistante de Michel Lespignac est aussi la baby-sitter des petites filles de ce grand spécialiste de Montaigne. Sur la plage, elle retrouve Caro, une jeune fille rencontrée lors de son arrivée à Paris…  Un instant d’attention, et les petites filles ont disparu…
Le commissaire Foucheroux  vient de prendre sa retraite et n’a pas encore trouvé son rythme. Lorsqu’on l’appelle à la rescousse pour résoudre cette affaire d’enlèvement qui s’avère plus complexe que prévu, il est ravi de seconder son ancienne assistante, la commissaire Leila Djemani. Ils doivent être efficaces et très discrets, eu égard au statut de Lespignac. Ce dernier doit très prochainement faire paraitre une bombe qui va secouer le milieu littéraire et les aficionados de Montaigne.

De l’enlèvement aux découvertes multiples sur les personnalités et le passé des différents protagonistes, faux-semblants, trahison, envie, jalousie, désir de vengeance, filiation et généalogie, de nombreux  thèmes vont être adroitement abordés par Estelle Monbrun. L’intrigue est parfois embrouillée et semble traitée avec légèreté, trop fin de siècle peut-être (mais où est passée la police scientifique ?) Sans doute parce que nous avons affaire à des littéraires purs et durs ! Par contre l’humour et les références littéraires sont constamment présents dans ce polar rocambolesque qui plonge le lecteur dans l’histoire des lieux et de l’écrivain. Malgré tout, ce thriller plus littéraire que noir se laisse lire fort agréablement. N’y cherchez pas une enquête fouillée et des policiers aguerris, mais plutôt une écriture et un texte érudits qui donnent envie de découvrir ces lieux chers à Montaigne, parce que c’était lui, parce que c’est vous !

Catalogue éditeur : Viviane Hamy

Un rapide pincement des lèvres rouge vif aurait indiqué à une personne moins naïve que Mary que sa présence n’était pas vraiment souhaitée. Mais sa proposition fut acceptée, et, en chemin, elle apprit que Caro faisait ses études à l’École des beaux-arts et habitait à la Cité universitaire. Après deux bises à la française, que les Américains appellent air kisses et qui n’engagent à rien, Mary suivit des yeux sa nouvelle connaissance, qui emprunta l’avenue Foch après lui avoir fait un petit signe faussement désinvolte. Quelques instants plus tard, Caro envoyait sur son portable le message suivant à une adresse cryptée­ : « Le cabillaud sera une rascasse. Veronica. »

Avec Meurtre chez tante Léonie, Estelle Monbrun a inauguré la collection « ­Chemins Nocturnes­ » aux Éditions Viviane Hamy. D’autres « meurtres » suivront. On la compare souvent à David Lodge et à Agatha Christie : « L’auteur emprunte au premier des références sarcastiques sur le milieu universitaire, représenté avec un humour impitoyable, mais aussi attendri. À la seconde, son art de la narration, des fausses pistes, des coups de théâtre. » René de Ceccatty, Le Monde.
Vous voilà prévenus.

Parution : 14/03/2019 / ISBN : 9791097417277 / Pages : 224 p. / Prix : 19€

Estelle Monbrun (nom de plume d’une proustienne émérite) s’est lancée dans une carrière de professeur de littérature française contemporaine aux États-Unis, à New-York puis à Saint-Louis. Elle s’avère être une spécialiste reconnue dans le monde entier de l’œuvre de Marcel Proust et de celle de Marguerite Yourcenar. Parallèlement à son métier d’enseignante, Estelle Monbrun écrit des polars publiés par les Éditions Viviane Hamy. Ses écrits mêlent fraîcheur d’écriture, par l’aspect ludique et parodique de sa production littéraire, et profondeur, par la qualité documentaire et scientifique que ceux-ci proposent.
« Mes livres peuvent être lus comme de simples romans policiers, mais, si on connaît le texte source sur lequel je m’appuie, on peut s’amuser à reconnaître des citations cachées, des références stylistiques, des noms de personnages codés… C’est comme un clin d’œil permanent, une complicité à trois : un écrivain, une romancière, un lecteur. »

La loi du Phajaan. Jean-François Chabas

Un vieil homme se souvient… Kiet est né en 1953 en Thaïlande, dans une famille où les hommes sont mahouts de génération en génération et où s’applique la loi du Phajaan …

Domi_C_Lire_la_loi_du_phajaanUn mahout, c’est celui qui capture et dresse un éléphant. Enlevé à sa mère alors qu’il est encore très jeune, l’éléphant doit être dressé, brisé, par celui qui l’accompagnera toute sa vie. Et ce dressage, cet exercice difficile et cruel qui consiste à broyer la volonté de l’éléphant, en particulier en utilisant le bullhook (un croc en métal qui sert à le blesser pour le faire souffrir) c’est le Phajaan.

Il faut plusieurs jours de souffrances, de coups, de blessures, pour faire plier la volonté de ces animaux majestueux, forts et puissants. Mais une fois que le rite est accompli, l’éléphant se souvient et respecte celui qui l’aura dompté, il craindra et respectera son maitre, et avec son mahout ils ne se quitteront plus de toute une vie.

Kiet, accompagné de son père, le terrible Lamon, part le jour de ses dix ans pour capturer et dresser son éléphant. Mais Kiet n’est pas de ceux qui veulent la souffrance de l’animal, au contraire. Et même s’il se soumet au rite de la capture et du dressage, jamais il n’acceptera de faire plier Sura, son éléphant. Aussi lorsqu’un accident survient, et que la seule issue pour Sura devrait être la mort, Kiet décide de fuir avec lui. Cinquante ans après, cet ardent défenseur de la cause animale n’a rien oublié.

Ce beau texte de Jean-François Chabas est aussi un véritable réquisitoire en faveur de la cause animale. Kiet, ou l’auteur, fait passer une  multitude de sentiments, montrant également l’évolution du pays, le mal fait par l’exploitation d’animaux enlevé à leur état sauvage, pour les faire rentrer dans des règles qui ne sont pas les leurs, au risque de voir changer leur comportement, et ce uniquement pour le plaisir de quelques touristes, sans tenir compte de leur souffrance, ou chassées sans merci pour leurs défenses d’ivoire par les braconniers, malgré toutes les réglementations internationales en faveur de leur protection. Une belle leçon d’humanité à destination des adolescents.

💙💙💙💙

Citations :

  • Tout ce qui est sauvage est fort et redoutable, car dans la nature seuls les plus puissants, les plus agressifs survivent.
  • En 1900 il y avait trois mille éléphants sauvages dans notre pays., et cent mille captifs.
    Aujourd’hui, il en reste deux mille toujours libres, et quatre mille sont nos prisonniers.

Catalogue éditeur : Didier Jeunesse

Dans la famille de Kiet, on est dresseur d’éléphants de père en fils. Le jour de ses dix ans, Kiet part avec son père et des chasseurs pour capturer son premier éléphanteau. Pendant plusieurs jours, l’enfant participe au « Phajaan », une méthode de dressage traditionnelle particulièrement cruelle qui marquera à jamais le jeune garçon…

Didier Jeunesse soutient EVI (Eco Volontaire International), une association dont le but est d’intervenir pour la protection des animaux sauvages et de l’environnement dans le monde, ainsi que de consolider un lien respectueux entre les humains et la nature.
Plus d’informations :  http://eco-volontaire-international.com/evi-mag-illustre-tourisme-edition-n2/

Format : 14.8 x 21.8 cm / Nb de pages :128 pages / Parution : 6 septembre 2017 / EAN 13 : 9782278085699

Rencontre avec Olivier Norek

Retour sur une superbe rencontre avec Olivier Norek, le 13 mai, avec Lecteurs.com autour de son roman Surtensions

Olivier Norek et Emmanuel Grand sont venus parler polar avec lecteurs.com. j’ai pris un grand plaisir à cette rencontre absolument passionnante. Avec quelques notes,  j’essaie de restituer l’atmosphère des échanges, qui permet de mieux comprendre toute la complexité du travail d’un écrivain.
Olivier Norek a travaillé sur Engrenage pour Canal+. Bientôt sur une série à la télé pour adapter Victor Coste, avec Yves Régnier. Il a également travaillé au scénario de « Flic tout simplement » adapté du livre de Martine Monteil, et réalisé avec Régnier, qui est aussi le commissaire Moulin (et donc quelque part flic depuis plus longtemps qu’Olivier !) Et je dois avouer que cette adaptation est juste géniale, avec un superbe jeu d’actrice de Mathilde Ségnier qui se révèle plus vraie que la vraie Martine Monteil dans ce téléfilm, réaliste et criant de vérité alors que le livre est à mon avis plutôt décevant dans son écriture.

Olivier, quand vous écrivez des romans policiers, est-ce basé sur des histoires vécues ? Il y a un peu de mon quotidien de flic dans le 93. En fait les enquêtes les plus folles, les plus sordides les plus cocasses, je les ai mixées dans mes trois romans. Les enquêtes n’existent pas mais les faits sont réels. J’écris avec 95% de réalité, 5% d’histoire d’amour !

Comment travaillez-vous pour écrire un roman ?
Comme j’enquête. Entouré d’experts, de professionnels, en fonction du sujet à traiter je vais voir, je dois connaître. Territoires : collusions entre mairies et délinquants, certains maire, travaillent avec = achat de la paix sociale. Adjoints au maire, maires, devenus les indics du roman.
Dans Surtension, il y a une évasion, donc besoin de l’aide de surveillants, de directeurs de prisons, qui expliquent comment ça se passe dans la vraie vie. Car envie de monter la pauvreté de la justice, du TGI de Bobigny en tout cas. Dans le roman il va y avoir un braquage de la salle de scellés du tribunal de Bobigny, l’auteur avait donc besoin « d’indic » à l’intérieur du TGI pour monter un braquage plausible.
Il y a tout d’abord une grosse période de prise d’information, puis un mur à la maison, d’enquêteur ? De serial killeur ? Avec des fils, des points d’interrogation, des photos, j’explose mon cerveau contre mon mur : il y a tout ce que je veux dans mon livre, à moi de faire les liens, d’en faire ce que je veux pour que tout se passe comme je veux. j’écris sans arrêt des idées, des scènes, dans des calepins.
Un livre est construit comme Colombo, le lecteur a beaucoup d’infos au début. L’important est de savoir comment le flic va y arriver. Dans Surtension, 5 enquêtes se percutent. Sans dévoiler le spoiler, c’est des personnages qui vont être amenés à leur point de surtension et donc à leur point de rupture.

Si vous êtes en danger de mort, ou si vos proches sont en danger de mort, une sorte de voile blanc va apparaitre. Quelle est votre personnalité, comment allez-vous réagir ? Une partie de cette personnalité est cachée en nous. Javais envie de voir comment le personnage va réagir s’il est porté à son point de rupture. Quelle est cette animalité qui sort de vous ?

Pas besoin de meurtre dans un polar : dans Territoire l’auteur évoque le « braquage de l’état », dans Surtension, une évasion de prison. C’est d’abord l’histoire d’une jeune femme, alexandra, à la tête d’une équipe de braqueur de bijouteries. Elle a accepté que son petit frère Nano participe à un braquage, mais il se fait arrêter. Il est incarcéré à Marveil, la prison la plus dangereuse de France (entièrement sortie de l’imagination de l’auteur). C’est un jeune homme tout fin et fragile comme une bulle de savon, il devient fou, il est en danger de mort. Alex veut mettre en place son évasion. Pour ça elle devra également faire en sorte que quatre autres criminels soient libérés. Le flic va devoir enquêter sur ces cinq enquêtes, en pensant qu’elles sont séparées mais elles vont se rejoindre à la fin !

Violence du monde pénitentiaire. La violence rappelle les films d’Audiard. Dans Surtensions, Il va falloir qu’Alexandra fasse libérer son frère, elle y est obligée, et en plus c’est un avocat qui lui demande de le faire. Olivier Norek, vous n‘êtes pas en amour avec les avocats ??
Pas toujours ! Je m’explique, avec certains, c’est facile bien sûr. Mais quand on est flic, on est une équipe qui essaie de se rapprocher le plus possible de la vérité pour qu’un jury puisse prendre sa décision. Le flic va trouver les preuves pour amener le mis en cause devant la justice, ensuite les jurés et les juges vont devoir s’approcher le plus possible de la vérité pour prendre la bonne décision, et à côté, dans la même salle de tribunal, il y a l’avocat, et s’il a une information qui mettrait en cause son client, qui prouverait qu’il est coupable, il n’est pas obligé de la donner à la justice ! Tout le monde doit le faire, sauf l’avocat. Alors on peut se demander pourquoi c’est le seul de l’équipe qui peut ne pas dire la vérité !

Les personnages : ils sont récurrents pour pouvoir les suivre enquête après enquête et les voir évoluer. Pour leur donner une épaisseur, Olivier Norek écrit des nouvelles sur les personnages (qui ne font pas partie du livre et destinées à lui seul) :
Avant même de commencer le livre je sais comment ils évoluent, parlent, sont habillés, ils ont déjà une énorme personnalité. Au bout de trois romans, je les ai suivis, je leur parle, d’ailleurs je dis tout haut leurs dialogues pour voir s’ils sont réalistes, s’ils prennent vie ! Je pousse même le truc encore plus loin, ils vont prendre vie avec des acteurs puisqu’ils vont être adaptés en série à la télé ! ».

Mon père m’a forcé à lire, je l’en remercie ! Moi j’étais plutôt attiré par les séries. Et d’ailleurs, dans les séries, j’aime bien le concept du héros récurrent qui revient et évolue au fil des saisons : première saison, pas la peine de faire tomber amoureux son héros, on n’a pas encore assez d’empathie pour lui ! Du coup il faut créer une enquête ultra forte. Elle peut être un peu moins forte dans le deuxième, et encore moins dans le troisième, parce que là on a juste envie de retrouver les personnages et même de les voir tomber amoureux, et ce même si l’enquête est un peu moins prégnante. Bon, elles ont toujours beaucoup d’importance dans les trois romans par contre. Dans toutes les séries, c’est comme ça. On aime retrouver ses personnages, bien les connaitre, pour pouvoir les égratigner aux saisons suivantes. Ici, dans Surtension, troisième opus de la trilogie, je peux égratigner mon héros, et d’ailleurs à la première page on sait qu’il va être malmené. On sait que quelqu’un va mourir. Coste est chez la psy police… « C’est un membre de mon équipe, j’en suis responsable, c’est comme si je l’avais fait ».

Il y a dont comme un besoin de castagner son personnage ! Victor est très vulnérable, dans Surtensions, il se pose beaucoup de questions. Est-ce ainsi dans la vraie vie, peut-on craindre une sorte de porosité qui fait que sa carapace de protection ne marche plus ? Dans la vraie vie, c’est comme je le fais dire à mes personnages, je le mets dans la bouche de mon flic : « c’est pas tes proches, c’est pas ta peine » ; Il ne faut pas être une éponge et ne pas ramener de fantôme à la maison, faire en sorte que ça ne nous touche pas. On peut toujours se dire « Je suis un cow-boy, je suis balaise », mais évidemment certaines fois des victimes vous font penser à quelqu’un…certaines enquêtes … comme cette fois, dans l’appartement d’une jeune fille victime, j’ai vu des livres dans sa bibliothèque, des livres que j’avais lus ! Et je me suis posé des questions, elle les a aimé ces livres ? C’était top pour moi : vite, faire trois pas en arrière ! Dès le départ, trop de contact, de rapprochement. Ce genre de chose arrive avec des victimes qui vous touchent, des enfants, des jeunes personnes… je me souviendrai toute ma vie de cette enfant morte, les parents disent elle est morte il y a deux heures, je dois les consoler, je me rapproche d’eux dans leur malheur et là le médecin dit, non, pas possible au moins dix heures ! Et je me rends compte que je réconforte des gens qui me mentent : les victimes peuvent avoir un brin d’auteur, les auteurs un brin de victime. S’impliquer le moins possible, un flic est un outil, il peut diriger les victimes vers l’appareil dédié qui peut leur répondre. Il ne fait pas interférer pour ne pas parasiter l’enquête. Heureusement, l’enquête de trop je ne l’ai pas eue ! J’ai eu et vu des choses terribles, mais après un parcours de missions humanitaires, pour trouver ma place. Je trouve ma place dans le regard des autres, après Guyane, Balkans, l’ex-Yougoslavie, et le 93 !

Une femme criminelle : la police sait-elle gérer, ou au contraire est-elle mal à l’aise ?
Étonnant, surprenant cette question ! Il me semble que c’est pareil que ce soit un homme ou une femme. Le plus compliqué c’est quand une femme est victime, car il n’est pas simple pour elle de raconter une agression à un homme, elle peut préférer s’adresser à des femmes et c’est normal. Un criminel homme ou femme, c’est égal. Dans le livre, c’est la femme qui est chef de bande. Dans Territoire, c’est aussi une femme, la mère, qui est responsable. J’avais envie d’enlever un peu de testostérone à mes personnages. Même si elle va passer à l’acte, il y a un peu plus de délicatesse. Et l’envie de surprendre le lecteur qui ne s’attend pas à la voir réagir comme un homme au moment d’aller au conflit. La criminelle femme m’intéressait car on la voit peu.

Transformer un roman en série : s’impliquer dans le scénario, faire partie du projet ! 1800 polars par an, il faut arriver à sortir du lot !
Pour ça, il faut aussi sortir du cliché du policier qui carbure au whisky, pourquoi pas à la cocaïne et une petit copine prostituée. Mon personnage c’est le 93, fournisseur officiel de clichés depuis près de 30 ans ! Les seules choses qu’on en sait : multiculturel, délinquance, criminalité, il ne faut pas y vivre ! Sauf que moi j’y vis, et j’ai découvert un département ultra jeune, avec un avenir certain avec le grand Paris, je suis amoureux de ce département laboratoire que je préfère à un département musée comme paris. C’est un département que je considère comme une enfant turbulent, sortir et les flics et le 93 de cette série de clichés, donc pas envie que les jeunes soient tous des jeunes à capuche et les flics aigris, vieillis, cabossés torturés. J’espère mener le combat du cliché et des années 80 !!

Il faut faire attention quand on écrit un scénario : par exemple si je prévois de faire une interpellation dans le Thalys gare du nord, ok, mais alors on a dépensé tout le budget de la saison ! On ne peut plus rien faire. Un auteur peut tout faire, faire exploser un hélicoptère, réquisitionner une gare, il a juste besoin d’un stylo. Et puis il y a les diffuseurs, et leurs filtres, maitres à bord et qui modifient certaines scènes. Par exemple, pour Code 93, il faut enlever des meurtres et orienter davantage vers la partie politique, c’est un autre projet, une autre histoire, des personnages s’en vont, d’autres arrivent, on coupe des scènes. Même si c’est votre préférée, il faut le faire. C’est une torture agréable mais ça n’est plus jamais le livre qu’on a écrit ! Et si vous dites « mais j’ai préféré le livre » : bien évidemment, ce n’est pas du tout la même chose !!

Un grand merci à Oliver Norek pour son dynamisme et sa disponibilité !

Retrouvez mes chroniques de :

 

 

La Pléiade de Gallimard : visite des ateliers de reliure Babouot.

Invitée par lecteurs.com et Gallimard, j’ai eu la chance de visiter les ateliers Babouot. Quel plaisir d’embarquer pour cette superbe visite, découverte d’un savoir-faire admirable et intemporel. La Pléiade est vraiment une collection unique que chacun rêve d’avoir dans sa bibliothèque.

IMG_2842hemingway

Dès 1931, l’idée qui précède à la création de cette collection est le souhait de proposer les œuvres complètes des auteurs classiques au format poche. Pour obtenir un grand confort de lecture, on utilise alors le papier bible, ce papier si fin et si particulier, et les couvertures en cuir et la dorure à l’or fin leur donnent leurs lettres de noblesse. Dans les années 50, La Pléiade devient une collection de référence grâce à laquelle on peut découvrir les plus grands auteurs : Saint Exupéry, Yourcenar, Duras, Sévigné, Victor Hugo. Elle trouve son équilibre entre fonds et nouveautés, littératures classique et contemporaine, refonte des anciennes éditions (Camus, Rimbaud, Montaigne…), œuvres françaises et étrangères. Hemingway fut le premier auteur étranger contemporain et André Gide le premier auteur contemporain à y entrer de son vivant en 1939.Il sera suivi par onze autres jusqu’à Milan Kundera en 2011, puis Jean d’Ormesson en 2015. Et Mario Vargas Llosa début 2016.
Le nombre de tirages moyen est d’environ 5000 exemplaires. La parution des œuvres de Jean d’Ormesson en avril dernier a généré quant à elle autour de 20 000 exemplaires. Le chiffre de meilleures ventes revient toujours à l’édition de Saint Exupéry en 1953.
À chaque époque correspond une teinte de cuir : havane pour le XXe siècle, vert émeraude (XIXe), bleu (XVIIIe), rouge vénitien (XVIIe), corinthe (XVIe), violet (Moyen Âge), vert (Antiquité) ; gris pour les textes sacrés et rouge de Chine pour les anthologies.

On ne compte pas moins de huit millions d’exemplaires vendus depuis 1933 par la maison Gallimard !

Les ateliers comme celui-ci se raréfient et tendent à disparaitre, ceux qui résistent permettent la transmission d’un savoir-faire d’exception. A seulement quelques kilomètres à l’Est de Paris, 35 personnes créent avec passion des objets aussi exceptionnels que la collection de La Pléiade Pour cela, elles travaillent le haut de gamme, le cuir, l’or, le papier fin. Si 80% de leur production est destinée à La pléiade, les 20% restant sont pour des éditions liturgiques et d’autres, comme par exemple « Le bottin mondain » dont nous avons suivi une partie de la fabrication pendant notre visite. Il n’y a plus que deux vrais relieurs en France (depuis le récent dépôt de bilan d’un troisième).
Dans les ateliers Babouot se pratique un travail semi-industriel, semi-artisanal, le choix qui a été fait reste celui de la qualité. Dix-neuf points de contrôle sont indispensables pour fabriquer un tome de La Pléiade. Pliure, assemblage, couture sont industrialisés, le reste est artisanal. Il y a aujourd’hui une perte de savoir-faire, quelques personnes vont quitter les ateliers d’ici deux ans, il est primordial de former les jeunes. Il existe des CAP reliure, des BEP reliure. Mais avant tout, il faut transmettre les connaissances tant que c’est possible.

Débutons la visite pour découvrir comment est fabriqué un volume de La Pléiade.

La pliure du papier pour constituer les cahiers : Où l’on utilise des termes tels : Bloc de papier, couverture, cahiers, signature, emboitage.

 

La réception des blocs imprimés se fait généralement en rame de 32 feuilles que l’on va ensuite plier puis coudre, et couper. La grande feuille de 32 est d’abord coupée en deux, il faut également couper les bords extérieurs de la grande feuille de 32 pages avec un immense massicot frontal. Puis il faut aérer les feuilles, d’ailleurs on nous parlera de « faire rentrer l’air »ou « faire sortir l’air » à de nombreuses reprises. Puis vient le travail de refente, la pliure qui peut être « couteau » (avec des trous pour mieux chasser l’air), puis une pliure automatique en 2 puis en 2 puis en 2. L’ensemble de ces 32 feuilles pliées compose un cahier.

IMG_6928BLOCSACOUDRE
Les cahiers prêts à coudre

Un livre est composé de X cahiers ou signatures. Ils sont placés dans des cases, dans l’ordre dans lequel ils vont se retrouver dans le livre. Il faut vérifier chaque étape. Certains cahiers arrivent avec des 4 pages déjà pliées. Pour le bottin mondain par exemple il y a quatre types de papiers différents. Pour la pléiade il y a 47 cahiers à assembler, on divise en deux, car deux blocs sont imprimés en même temps, le premier et le dernier, le second et l’avant dernier, etc. jusqu’à la fin où on les retourne et on coupe pour les assembler.

 

La couture : Dans l’atelier de couture il y a 3 générations de machines. Les dernières facilitent légèrement le travail pour installer les blocs à coudre. Une fois le cahier cousu, on y pose les gardes et le calicot, puis il est prêt à être massicoté. Ensuite, les blocs arrivent serrés, sur un rouleau, pour apposer l’encre qui va modifier la couleur de la partie visible des pages, avec des encres naturelles. Quand le bloc est prêt : on ajoute la couleur, la garde, et ça devient une mousseline.

IMG_6952ATELIERRHODOIDVoici l’atelier Rhodoïd, les jaquettes des volumes de La pléiade ont toutes un rhodoïd ajusté au millimètre près à la largeur du livre. S’il y a une nouveauté à produire, comme le Foucault par exemple, c’est fait en nombre, sinon production de quelques un à l’avance. Merci à G pour son accueil, elle travaille avec un optimisme communicatif dans cet atelier depuis 40 ans et nous a dit ne pas du tout avoir envie d’en partir !

IMG_6929PLEIADE1Le papier bible et le fonds : Le papier bible nécessite un taux d’hygrométrie important, il doit d’ailleurs rester dans l’atelier quelques jours avant d’être travaillé, le temps de « s’adapter ». On ne peut pas le travailler, ni l’encoller, en dessous de 30% d’hygrométrie, sinon, il gondole, ou la tête change de couleur, etc. S’il reste un an dans le stock, il passe à 70%, plus il est humide, mieux il se porte. Un papier requiert une humidité relative de l’ordre de 50% à 60%, et son contrôle précis permet de garantir sa qualité.

IMG_6966FONDSTous les reliquats d’impressions sont stockés là. Quand on décide de relier un livre de la Pléiade il faut compter environ 3 semaines pour ce soit fait dans les meilleures conditions.
Ici, la production est semi industrielle, soit entre 3000 et 5000 livres par jour, et de un volume à 20 000 volumes. Le fonds de Gallimard pour La Pléiade est stockée là et donc disponible à tout moment. Il y a de 10 à 12 nouveautés par an, et quand il y a réimpression c’est par 1000 ou 1500 exemplaires.

Le cuir et l’atelier de peaux : IMG_6975ROULEAUXPEAUXIl faut utiliser du mouton demi fort et pas de la pleine peau, sinon il faut une pareuse pour amincir les coins, ce travail est fait dans l’atelier rhodoïd. Les rouleaux de peaux de mouton arrivent de Nouvelle Zélande. Les peaux sont sciées en demi, c’est-à-dire refendues pour avoir la bonne épaisseur, et le reste part en chamoisine. Il faut environ 40 opérations de tannage pour obtenir des peaux conformes aux critères requis, lavage, dégraissage, etc. Tout est fait à Issoudun.

Les ateliers utilisent environ 40 000 m² de peaux par an et produisent environ 300 couvertures à l’heure. Il y a également un poste de réparation, chaque peau est vérifiée, elle peut avoir reçu des coups de tondeuse, ou la bête peut avoir été malade (une tique = un trou par exemple), elle est réparée si le défaut le permet. Chaque couverture de livre revient à 2€ ou 2,5€ avec l’or, d’où l’intérêt de les retravailler une par une. Pour une série de 1050 livres il faut 100 m² de peau. Un mouton c’est environ 0,90 m², une chèvre 0 ,60 m², ça revient plus cher mais ça tient mieux dans le temps. La colle est une colle animale, qui sent donc assez fort.
IMG_6999COUVERTUREQuand la couverture est prête, on y colle la carte de dos et deux cartons (feuille double pour donner de la souplesse à la couverture). Et on sait faire la même chose avec d’autres revêtements comme la toile, etc.On peut vraiment dire que La Pléiade est un produit français : imprimeur, tanneur, relieur, sont français.

La dorure : Sur le dos du livre, il faut écraser le grain pour qu’il soit plus lisse. Là, on fait un « à froid » (pression / chaleur) qui va rendre le grain lisse pour pouvoir lui appliquer le carré de couleur si nécessaire et l’or véritable (22 ou 23 carats).

 

L’or arrive en bobines avec une couche très fine. On peut faire 4000 pléiades dans une bobine, ce qui revient à 0,50 € par couverture. Les déchets d’or, même minimes, sont recyclés par une entreprise locale qui recycle aussi les radiographies dans lesquelles il y a de l’argent. Mais comme il a de moins en moins de radios classiques, c’est un métier qui pourrait se perdre aussi.
En fin de chaine, tous les volumes sont vérifiés un par un, s’il y a un défaut soit on répare, soit au pilon ! Par exemple sur les retours de librairies, sur 500 retours, on peut en récupérer environ 50%.

 

Vous l’aurez compris, cette visite est passionnante et ces livres si beaux représentent un tel savoir-faire que j’ai bien envie d’en commander au moins un au père Noel !

 

Salon du livre de Paris, Lundi 23 mars

Mon reportage au salon du Lire pour le site lecteurs.com, dernier jour

10h, j’arrive sur le salon. Je réalise que c’est un véritable marathon pour les auteurs. Avant le salon du livre, s’ils ne sont pas déjà en promotion de leurs romans, ils sont au calme dans leur bulle créatrice. Pendant le salon du livre, ils doivent sortir de cette bulle pour dédicacer, parler, sourire, échanger, poser pour les innombrables photos qui seront prises en quelques heures, être prêt à lire tous les tweets, tous les posts échangés qui porteront leur nom. C’est la rançon de la gloire. Je trouve toujours un peu étrange et déstabilisant de passer à côté d’auteurs esseulés, une pile de livres posée devant eux, qui me parlent fort gentiment et avec passion de leur roman, alors qu’à quelques mètres, une file gigantesque se constitue, avec des fans imperturbables, prêts à toutes les attentes, à tous les efforts pour obtenir La dédicace, Le dessin, de leur auteur favori.

Je pense à tous ces auteurs pour lesquels les files d’attentes se comptaient en heures : Marc Levy, Tatiana de Rosnay, Gilles Legardinier, Marc Lavoine, Michel Bussi, Jean D’Ormesson, Amélie Nothomb et ses chapeaux, Ken Follet, pour les principaux, sans compter les auteurs et surtout dessinateurs de BD, là il faut s’armer de courage pour y aller, c’est très long.

Le salon ce sont aussi tous les élus qui se doivent de passer par là, plus ou moins intéressés, au pas de course pour certains, un mot par ci par là pour d’autres. Entourés d’une foule toujours, étonnée, intéressée, flattée.

15h30, pour clore les rencontres sur le stand de lecteurs.com, Claire Fercak parle de son roman Histoires naturelles de l’oubli  aux éditions Verticales.

IMG_1797

Dans ce roman nous allons découvrir deux personnages étranges, un soigneur dans une ménagerie, que l’on retrouve sans connaissance, il a perdu ses souvenirs et est à la recherche de la mémoire. Il essaie de se créer une nouvelle vie. Puis Suzanne, une femme qui essaie de continuer sa vie comme si un événement n’était jamais arrivé. Apparemment, ces deux personnages sont dans l’impossibilité de vivre sereinement avec le monde social, avec les contraintes humaines. Étonnant, Claire Frecak nous explique qu’elle ne savait pas à l’avance où son récit allait la conduire. Elle a écrit les deux personnages en parallèle, puis l’un et l’autre. L’auteur aime avoir des thèmes différents à explorer, emmener le lecteur là où elle souhaite. Son roman aborde de nombreux les thèmes, coma, folie, blessure de l’amour, le commencement et la mort, le tout dans une dimension poétique qui emporte le lecteur dans une atmosphère très particulière.

IMG_6690

Claire Fercak est éditée chez Verticales, la même maison d’édition que Maylis de Kerangal, prix Orange du livre 2014. L’éditeur, ici, c’est en fait deux personnes, un homme et une femme. S’ils ont beaucoup d’affinités, celles-ci passent par des chemins différents, ils ont forcément un regard différent sur les romans, ayant des vies différentes, des parcours différents, l’un d’eux est auteur, l’autre lecteur. Ils pensent donc que si le texte leur parle à tous les deux, il devrait parler également aux lecteurs. Je trouve l’idée de ce binôme particulièrement intéressante. Ils disent avoir suivi avec beaucoup de joie ce livre qui a mûri sous la plume de l’auteur.

Quand ils valident un livre, ils se rencontrent à deux, travaillent à deux, discutent et relisent à deux, c’est un collectif à deux en quelques sorte. Bien sûr ils ont des options, des goûts, des usages, des parcours différents, mais la discussion peut les faire changer d’avis, ils ne savent jamais d’avance où ça va finir. Ainsi ils ont perçu différemment le fait qu’un personnage parle au présent et l’autre au passé, et ce niveau de lecture différent fait avancer l’écrivain. Verticale, c’est l’éclectisme du catalogue, la fidélité et l’accompagnement d’auteurs très différents les uns des autres. Comme un cabinet de curiosité qui présente une diversité d’auteurs qui inventent la forme de ce qu’ils écrivent. L’éditeur fini en nous expliquant qu’à son avis, être cultivé c’est aimer les différences, alors que si on aime un seul livre on est un fanatique ! Et bien j’aime de nombreux livres, et ici sur le site de lecteurs.com, nous nous régalons des différences.

photo Domi C Lire Michelle Barriére

18h, les allées du salon se vident peu à peu. Il y a encore quelques acheteurs au square cuisine, ce sont les amateurs des polars de Michelle Barrière qui vient de cuisiner une recette de quelques grand chef du 19e ou 18e siècle que l’on peut retrouver dans ses romans. Au rayon BD, il ne reste quasiment plus de tome 1 pour les principales séries. En parcourant les allées, je constate avec plaisir que les piles de livres ont bien baissé, enfin il y en avait tant qu’il est difficile de tout acheter.

Les promeneurs s’en vont, bras chargés de nombreuses lectures à venir, des souvenirs de rencontres.  Hier, nous avons eu la surprise de voir défiler dans les allées bondées de monde, au rythme de maracas, près de 200 auteurs qui manifestaient contre le piratage du livre, la hausse de la TVA sur le livre numérique, en scandant de sonores « pas d’auteurs, pas de livres ». Il y avait du monde au salon, le livre n’est pas mort mais il faut continuer à le faire vivre.

Il est temps de se quitter. Quelle belle expérience, vous entrainer avec moi dans les allées du salon du livre de Paris 2015 et sur le stand de lecteurs.com.

SDL2015 photo Dominique Sudre

Sur ce site, les lecteurs partagent des idées de lectures, suivent avec attention les délibérations du jury du prix Orange du livre, et j’y mets en ligne mes avis sur quelques-uns des 30 livres sélectionnés, en attendant, belles lectures.