Meurtre à Montaigne, Estelle Monbrun

Meurtre à Montaigne, d’Estelle Monbrun célèbre les 25 ans de la collection chemins nocturnes, des éditions Viviane Hamy.

En Dordogne, à Saint-Michel-de-Montaigne, les touristes adorent visiter la tour et la célèbre librairie du château de Montaigne. Olivier, un étudiant spécialiste de l’auteur fait le guide pendant ses vacances. Un matin, il découvre le corps inanimé d’un jeune homme au pied de la tour.
Sur l’Ile d’Oléron, Mary, une étudiante américaine assistante de Michel Lespignac est aussi la baby-sitter des petites filles de ce grand spécialiste de Montaigne. Sur la plage, elle retrouve Caro, une jeune fille rencontrée lors de son arrivée à Paris…  Un instant d’attention, et les petites filles ont disparu…
Le commissaire Foucheroux  vient de prendre sa retraite et n’a pas encore trouvé son rythme. Lorsqu’on l’appelle à la rescousse pour résoudre cette affaire d’enlèvement qui s’avère plus complexe que prévu, il est ravi de seconder son ancienne assistante, la commissaire Leila Djemani. Ils doivent être efficaces et très discrets, eu égard au statut de Lespignac. Ce dernier doit très prochainement faire paraitre une bombe qui va secouer le milieu littéraire et les aficionados de Montaigne.

De l’enlèvement aux découvertes multiples sur les personnalités et le passé des différents protagonistes, faux-semblants, trahison, envie, jalousie, désir de vengeance, filiation et généalogie, de nombreux  thèmes vont être adroitement abordés par Estelle Monbrun. L’intrigue est parfois embrouillée et semble traitée avec légèreté, trop fin de siècle peut-être (mais où est passée la police scientifique ?) Sans doute parce que nous avons affaire à des littéraires purs et durs ! Par contre l’humour et les références littéraires sont constamment présents dans ce polar rocambolesque qui plonge le lecteur dans l’histoire des lieux et de l’écrivain. Malgré tout, ce thriller plus littéraire que noir se laisse lire fort agréablement. N’y cherchez pas une enquête fouillée et des policiers aguerris, mais plutôt une écriture et un texte érudits qui donnent envie de découvrir ces lieux chers à Montaigne, parce que c’était lui, parce que c’est vous !

Catalogue éditeur : Viviane Hamy

Un rapide pincement des lèvres rouge vif aurait indiqué à une personne moins naïve que Mary que sa présence n’était pas vraiment souhaitée. Mais sa proposition fut acceptée, et, en chemin, elle apprit que Caro faisait ses études à l’École des beaux-arts et habitait à la Cité universitaire. Après deux bises à la française, que les Américains appellent air kisses et qui n’engagent à rien, Mary suivit des yeux sa nouvelle connaissance, qui emprunta l’avenue Foch après lui avoir fait un petit signe faussement désinvolte. Quelques instants plus tard, Caro envoyait sur son portable le message suivant à une adresse cryptée­ : « Le cabillaud sera une rascasse. Veronica. »

Avec Meurtre chez tante Léonie, Estelle Monbrun a inauguré la collection « ­Chemins Nocturnes­ » aux Éditions Viviane Hamy. D’autres « meurtres » suivront. On la compare souvent à David Lodge et à Agatha Christie : « L’auteur emprunte au premier des références sarcastiques sur le milieu universitaire, représenté avec un humour impitoyable, mais aussi attendri. À la seconde, son art de la narration, des fausses pistes, des coups de théâtre. » René de Ceccatty, Le Monde.
Vous voilà prévenus.

Parution : 14/03/2019 / ISBN : 9791097417277 / Pages : 224 p. / Prix : 19€

Estelle Monbrun (nom de plume d’une proustienne émérite) s’est lancée dans une carrière de professeur de littérature française contemporaine aux États-Unis, à New-York puis à Saint-Louis. Elle s’avère être une spécialiste reconnue dans le monde entier de l’œuvre de Marcel Proust et de celle de Marguerite Yourcenar. Parallèlement à son métier d’enseignante, Estelle Monbrun écrit des polars publiés par les Éditions Viviane Hamy. Ses écrits mêlent fraîcheur d’écriture, par l’aspect ludique et parodique de sa production littéraire, et profondeur, par la qualité documentaire et scientifique que ceux-ci proposent.
« Mes livres peuvent être lus comme de simples romans policiers, mais, si on connaît le texte source sur lequel je m’appuie, on peut s’amuser à reconnaître des citations cachées, des références stylistiques, des noms de personnages codés… C’est comme un clin d’œil permanent, une complicité à trois : un écrivain, une romancière, un lecteur. »

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La loi du Phajaan. Jean-François Chabas

Un vieil homme se souvient… Kiet est né en 1953 en Thaïlande, dans une famille où les hommes sont mahouts de génération en génération et où s’applique la loi du Phajaan …

Domi_C_Lire_la_loi_du_phajaanUn mahout, c’est celui qui capture et dresse un éléphant. Enlevé à sa mère alors qu’il est encore très jeune, l’éléphant doit être dressé, brisé, par celui qui l’accompagnera toute sa vie. Et ce dressage, cet exercice difficile et cruel qui consiste à broyer la volonté de l’éléphant, en particulier en utilisant le bullhook (un croc en métal qui sert à le blesser pour le faire souffrir) c’est le Phajaan.

Il faut plusieurs jours de souffrances, de coups, de blessures, pour faire plier la volonté de ces animaux majestueux, forts et puissants. Mais une fois que le rite est accompli, l’éléphant se souvient et respecte celui qui l’aura dompté, il craindra et respectera son maitre, et avec son mahout ils ne se quitteront plus de toute une vie.

Kiet, accompagné de son père, le terrible Lamon, part le jour de ses dix ans pour capturer et dresser son éléphant. Mais Kiet n’est pas de ceux qui veulent la souffrance de l’animal, au contraire. Et même s’il se soumet au rite de la capture et du dressage, jamais il n’acceptera de faire plier Sura, son éléphant. Aussi lorsqu’un accident survient, et que la seule issue pour Sura devrait être la mort, Kiet décide de fuir avec lui. Cinquante ans après, cet ardent défenseur de la cause animale n’a rien oublié.

Ce beau texte de Jean-François Chabas est aussi un véritable réquisitoire en faveur de la cause animale. Kiet, ou l’auteur, fait passer une  multitude de sentiments, montrant également l’évolution du pays, le mal fait par l’exploitation d’animaux enlevé à leur état sauvage, pour les faire rentrer dans des règles qui ne sont pas les leurs, au risque de voir changer leur comportement, et ce uniquement pour le plaisir de quelques touristes, sans tenir compte de leur souffrance, ou chassées sans merci pour leurs défenses d’ivoire par les braconniers, malgré toutes les réglementations internationales en faveur de leur protection. Une belle leçon d’humanité à destination des adolescents.

💙💙💙💙

Citations :

  • Tout ce qui est sauvage est fort et redoutable, car dans la nature seuls les plus puissants, les plus agressifs survivent.
  • En 1900 il y avait trois mille éléphants sauvages dans notre pays., et cent mille captifs.
    Aujourd’hui, il en reste deux mille toujours libres, et quatre mille sont nos prisonniers.

Catalogue éditeur : Didier Jeunesse

Dans la famille de Kiet, on est dresseur d’éléphants de père en fils. Le jour de ses dix ans, Kiet part avec son père et des chasseurs pour capturer son premier éléphanteau. Pendant plusieurs jours, l’enfant participe au « Phajaan », une méthode de dressage traditionnelle particulièrement cruelle qui marquera à jamais le jeune garçon…

Didier Jeunesse soutient EVI (Eco Volontaire International), une association dont le but est d’intervenir pour la protection des animaux sauvages et de l’environnement dans le monde, ainsi que de consolider un lien respectueux entre les humains et la nature.
Plus d’informations :  http://eco-volontaire-international.com/evi-mag-illustre-tourisme-edition-n2/

Format : 14.8 x 21.8 cm / Nb de pages :128 pages / Parution : 6 septembre 2017 / EAN 13 : 9782278085699

Rencontre avec Olivier Norek

Retour sur une superbe rencontre avec Olivier Norek, le 13 mai, avec Lecteurs.com autour de son roman Surtensions

Olivier Norek et Emmanuel Grand sont venus parler polar avec lecteurs.com. j’ai pris un grand plaisir à cette rencontre absolument passionnante. Avec quelques notes,  j’essaie de restituer l’atmosphère des échanges, qui permet de mieux comprendre toute la complexité du travail d’un écrivain.
Olivier Norek a travaillé sur Engrenage pour Canal+. Bientôt sur une série à la télé pour adapter Victor Coste, avec Yves Régnier. Il a également travaillé au scénario de « Flic tout simplement » adapté du livre de Martine Monteil, et réalisé avec Régnier, qui est aussi le commissaire Moulin (et donc quelque part flic depuis plus longtemps qu’Olivier !) Et je dois avouer que cette adaptation est juste géniale, avec un superbe jeu d’actrice de Mathilde Ségnier qui se révèle plus vraie que la vraie Martine Monteil dans ce téléfilm, réaliste et criant de vérité alors que le livre est à mon avis plutôt décevant dans son écriture.

Olivier, quand vous écrivez des romans policiers, est-ce basé sur des histoires vécues ? Il y a un peu de mon quotidien de flic dans le 93. En fait les enquêtes les plus folles, les plus sordides les plus cocasses, je les ai mixées dans mes trois romans. Les enquêtes n’existent pas mais les faits sont réels. J’écris avec 95% de réalité, 5% d’histoire d’amour !

Comment travaillez-vous pour écrire un roman ?
Comme j’enquête. Entouré d’experts, de professionnels, en fonction du sujet à traiter je vais voir, je dois connaître. Territoires : collusions entre mairies et délinquants, certains maire, travaillent avec = achat de la paix sociale. Adjoints au maire, maires, devenus les indics du roman.
Dans Surtension, il y a une évasion, donc besoin de l’aide de surveillants, de directeurs de prisons, qui expliquent comment ça se passe dans la vraie vie. Car envie de monter la pauvreté de la justice, du TGI de Bobigny en tout cas. Dans le roman il va y avoir un braquage de la salle de scellés du tribunal de Bobigny, l’auteur avait donc besoin « d’indic » à l’intérieur du TGI pour monter un braquage plausible.
Il y a tout d’abord une grosse période de prise d’information, puis un mur à la maison, d’enquêteur ? De serial killeur ? Avec des fils, des points d’interrogation, des photos, j’explose mon cerveau contre mon mur : il y a tout ce que je veux dans mon livre, à moi de faire les liens, d’en faire ce que je veux pour que tout se passe comme je veux. j’écris sans arrêt des idées, des scènes, dans des calepins.
Un livre est construit comme Colombo, le lecteur a beaucoup d’infos au début. L’important est de savoir comment le flic va y arriver. Dans Surtension, 5 enquêtes se percutent. Sans dévoiler le spoiler, c’est des personnages qui vont être amenés à leur point de surtension et donc à leur point de rupture.

Si vous êtes en danger de mort, ou si vos proches sont en danger de mort, une sorte de voile blanc va apparaitre. Quelle est votre personnalité, comment allez-vous réagir ? Une partie de cette personnalité est cachée en nous. Javais envie de voir comment le personnage va réagir s’il est porté à son point de rupture. Quelle est cette animalité qui sort de vous ?

Pas besoin de meurtre dans un polar : dans Territoire l’auteur évoque le « braquage de l’état », dans Surtension, une évasion de prison. C’est d’abord l’histoire d’une jeune femme, alexandra, à la tête d’une équipe de braqueur de bijouteries. Elle a accepté que son petit frère Nano participe à un braquage, mais il se fait arrêter. Il est incarcéré à Marveil, la prison la plus dangereuse de France (entièrement sortie de l’imagination de l’auteur). C’est un jeune homme tout fin et fragile comme une bulle de savon, il devient fou, il est en danger de mort. Alex veut mettre en place son évasion. Pour ça elle devra également faire en sorte que quatre autres criminels soient libérés. Le flic va devoir enquêter sur ces cinq enquêtes, en pensant qu’elles sont séparées mais elles vont se rejoindre à la fin !

Violence du monde pénitentiaire. La violence rappelle les films d’Audiard. Dans Surtensions, Il va falloir qu’Alexandra fasse libérer son frère, elle y est obligée, et en plus c’est un avocat qui lui demande de le faire. Olivier Norek, vous n‘êtes pas en amour avec les avocats ??
Pas toujours ! Je m’explique, avec certains, c’est facile bien sûr. Mais quand on est flic, on est une équipe qui essaie de se rapprocher le plus possible de la vérité pour qu’un jury puisse prendre sa décision. Le flic va trouver les preuves pour amener le mis en cause devant la justice, ensuite les jurés et les juges vont devoir s’approcher le plus possible de la vérité pour prendre la bonne décision, et à côté, dans la même salle de tribunal, il y a l’avocat, et s’il a une information qui mettrait en cause son client, qui prouverait qu’il est coupable, il n’est pas obligé de la donner à la justice ! Tout le monde doit le faire, sauf l’avocat. Alors on peut se demander pourquoi c’est le seul de l’équipe qui peut ne pas dire la vérité !

Les personnages : ils sont récurrents pour pouvoir les suivre enquête après enquête et les voir évoluer. Pour leur donner une épaisseur, Olivier Norek écrit des nouvelles sur les personnages (qui ne font pas partie du livre et destinées à lui seul) :
Avant même de commencer le livre je sais comment ils évoluent, parlent, sont habillés, ils ont déjà une énorme personnalité. Au bout de trois romans, je les ai suivis, je leur parle, d’ailleurs je dis tout haut leurs dialogues pour voir s’ils sont réalistes, s’ils prennent vie ! Je pousse même le truc encore plus loin, ils vont prendre vie avec des acteurs puisqu’ils vont être adaptés en série à la télé ! ».

Mon père m’a forcé à lire, je l’en remercie ! Moi j’étais plutôt attiré par les séries. Et d’ailleurs, dans les séries, j’aime bien le concept du héros récurrent qui revient et évolue au fil des saisons : première saison, pas la peine de faire tomber amoureux son héros, on n’a pas encore assez d’empathie pour lui ! Du coup il faut créer une enquête ultra forte. Elle peut être un peu moins forte dans le deuxième, et encore moins dans le troisième, parce que là on a juste envie de retrouver les personnages et même de les voir tomber amoureux, et ce même si l’enquête est un peu moins prégnante. Bon, elles ont toujours beaucoup d’importance dans les trois romans par contre. Dans toutes les séries, c’est comme ça. On aime retrouver ses personnages, bien les connaitre, pour pouvoir les égratigner aux saisons suivantes. Ici, dans Surtension, troisième opus de la trilogie, je peux égratigner mon héros, et d’ailleurs à la première page on sait qu’il va être malmené. On sait que quelqu’un va mourir. Coste est chez la psy police… « C’est un membre de mon équipe, j’en suis responsable, c’est comme si je l’avais fait ».

Il y a dont comme un besoin de castagner son personnage ! Victor est très vulnérable, dans Surtensions, il se pose beaucoup de questions. Est-ce ainsi dans la vraie vie, peut-on craindre une sorte de porosité qui fait que sa carapace de protection ne marche plus ? Dans la vraie vie, c’est comme je le fais dire à mes personnages, je le mets dans la bouche de mon flic : « c’est pas tes proches, c’est pas ta peine » ; Il ne faut pas être une éponge et ne pas ramener de fantôme à la maison, faire en sorte que ça ne nous touche pas. On peut toujours se dire « Je suis un cow-boy, je suis balaise », mais évidemment certaines fois des victimes vous font penser à quelqu’un…certaines enquêtes … comme cette fois, dans l’appartement d’une jeune fille victime, j’ai vu des livres dans sa bibliothèque, des livres que j’avais lus ! Et je me suis posé des questions, elle les a aimé ces livres ? C’était top pour moi : vite, faire trois pas en arrière ! Dès le départ, trop de contact, de rapprochement. Ce genre de chose arrive avec des victimes qui vous touchent, des enfants, des jeunes personnes… je me souviendrai toute ma vie de cette enfant morte, les parents disent elle est morte il y a deux heures, je dois les consoler, je me rapproche d’eux dans leur malheur et là le médecin dit, non, pas possible au moins dix heures ! Et je me rends compte que je réconforte des gens qui me mentent : les victimes peuvent avoir un brin d’auteur, les auteurs un brin de victime. S’impliquer le moins possible, un flic est un outil, il peut diriger les victimes vers l’appareil dédié qui peut leur répondre. Il ne fait pas interférer pour ne pas parasiter l’enquête. Heureusement, l’enquête de trop je ne l’ai pas eue ! J’ai eu et vu des choses terribles, mais après un parcours de missions humanitaires, pour trouver ma place. Je trouve ma place dans le regard des autres, après Guyane, Balkans, l’ex-Yougoslavie, et le 93 !

Une femme criminelle : la police sait-elle gérer, ou au contraire est-elle mal à l’aise ?
Étonnant, surprenant cette question ! Il me semble que c’est pareil que ce soit un homme ou une femme. Le plus compliqué c’est quand une femme est victime, car il n’est pas simple pour elle de raconter une agression à un homme, elle peut préférer s’adresser à des femmes et c’est normal. Un criminel homme ou femme, c’est égal. Dans le livre, c’est la femme qui est chef de bande. Dans Territoire, c’est aussi une femme, la mère, qui est responsable. J’avais envie d’enlever un peu de testostérone à mes personnages. Même si elle va passer à l’acte, il y a un peu plus de délicatesse. Et l’envie de surprendre le lecteur qui ne s’attend pas à la voir réagir comme un homme au moment d’aller au conflit. La criminelle femme m’intéressait car on la voit peu.

Transformer un roman en série : s’impliquer dans le scénario, faire partie du projet ! 1800 polars par an, il faut arriver à sortir du lot !
Pour ça, il faut aussi sortir du cliché du policier qui carbure au whisky, pourquoi pas à la cocaïne et une petit copine prostituée. Mon personnage c’est le 93, fournisseur officiel de clichés depuis près de 30 ans ! Les seules choses qu’on en sait : multiculturel, délinquance, criminalité, il ne faut pas y vivre ! Sauf que moi j’y vis, et j’ai découvert un département ultra jeune, avec un avenir certain avec le grand Paris, je suis amoureux de ce département laboratoire que je préfère à un département musée comme paris. C’est un département que je considère comme une enfant turbulent, sortir et les flics et le 93 de cette série de clichés, donc pas envie que les jeunes soient tous des jeunes à capuche et les flics aigris, vieillis, cabossés torturés. J’espère mener le combat du cliché et des années 80 !!

Il faut faire attention quand on écrit un scénario : par exemple si je prévois de faire une interpellation dans le Thalys gare du nord, ok, mais alors on a dépensé tout le budget de la saison ! On ne peut plus rien faire. Un auteur peut tout faire, faire exploser un hélicoptère, réquisitionner une gare, il a juste besoin d’un stylo. Et puis il y a les diffuseurs, et leurs filtres, maitres à bord et qui modifient certaines scènes. Par exemple, pour Code 93, il faut enlever des meurtres et orienter davantage vers la partie politique, c’est un autre projet, une autre histoire, des personnages s’en vont, d’autres arrivent, on coupe des scènes. Même si c’est votre préférée, il faut le faire. C’est une torture agréable mais ça n’est plus jamais le livre qu’on a écrit ! Et si vous dites « mais j’ai préféré le livre » : bien évidemment, ce n’est pas du tout la même chose !!

Un grand merci à Oliver Norek pour son dynamisme et sa disponibilité !

Retrouvez mes chroniques de :

 

 

La Pléiade de Gallimard : visite des ateliers de reliure Babouot.

Invitée par lecteurs.com et Gallimard, j’ai eu la chance de visiter les ateliers Babouot. Quel plaisir d’embarquer pour cette superbe visite, découverte d’un savoir-faire admirable et intemporel. La Pléiade est vraiment une collection unique que chacun rêve d’avoir dans sa bibliothèque.

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Dès 1931, l’idée qui précède à la création de cette collection est le souhait de proposer les œuvres complètes des auteurs classiques au format poche. Pour obtenir un grand confort de lecture, on utilise alors le papier bible, ce papier si fin et si particulier, et les couvertures en cuir et la dorure à l’or fin leur donnent leurs lettres de noblesse. Dans les années 50, La Pléiade devient une collection de référence grâce à laquelle on peut découvrir les plus grands auteurs : Saint Exupéry, Yourcenar, Duras, Sévigné, Victor Hugo. Elle trouve son équilibre entre fonds et nouveautés, littératures classique et contemporaine, refonte des anciennes éditions (Camus, Rimbaud, Montaigne…), œuvres françaises et étrangères. Hemingway fut le premier auteur étranger contemporain et André Gide le premier auteur contemporain à y entrer de son vivant en 1939.Il sera suivi par onze autres jusqu’à Milan Kundera en 2011, puis Jean d’Ormesson en 2015. Et Mario Vargas Llosa début 2016.
Le nombre de tirages moyen est d’environ 5000 exemplaires. La parution des œuvres de Jean d’Ormesson en avril dernier a généré quant à elle autour de 20 000 exemplaires. Le chiffre de meilleures ventes revient toujours à l’édition de Saint Exupéry en 1953.
À chaque époque correspond une teinte de cuir : havane pour le XXe siècle, vert émeraude (XIXe), bleu (XVIIIe), rouge vénitien (XVIIe), corinthe (XVIe), violet (Moyen Âge), vert (Antiquité) ; gris pour les textes sacrés et rouge de Chine pour les anthologies.

On ne compte pas moins de huit millions d’exemplaires vendus depuis 1933 par la maison Gallimard !

Les ateliers comme celui-ci se raréfient et tendent à disparaitre, ceux qui résistent permettent la transmission d’un savoir-faire d’exception. A seulement quelques kilomètres à l’Est de Paris, 35 personnes créent avec passion des objets aussi exceptionnels que la collection de La Pléiade Pour cela, elles travaillent le haut de gamme, le cuir, l’or, le papier fin. Si 80% de leur production est destinée à La pléiade, les 20% restant sont pour des éditions liturgiques et d’autres, comme par exemple « Le bottin mondain » dont nous avons suivi une partie de la fabrication pendant notre visite. Il n’y a plus que deux vrais relieurs en France (depuis le récent dépôt de bilan d’un troisième).
Dans les ateliers Babouot se pratique un travail semi-industriel, semi-artisanal, le choix qui a été fait reste celui de la qualité. Dix-neuf points de contrôle sont indispensables pour fabriquer un tome de La Pléiade. Pliure, assemblage, couture sont industrialisés, le reste est artisanal. Il y a aujourd’hui une perte de savoir-faire, quelques personnes vont quitter les ateliers d’ici deux ans, il est primordial de former les jeunes. Il existe des CAP reliure, des BEP reliure. Mais avant tout, il faut transmettre les connaissances tant que c’est possible.

Débutons la visite pour découvrir comment est fabriqué un volume de La Pléiade.

La pliure du papier pour constituer les cahiers : Où l’on utilise des termes tels : Bloc de papier, couverture, cahiers, signature, emboitage.

 

La réception des blocs imprimés se fait généralement en rame de 32 feuilles que l’on va ensuite plier puis coudre, et couper. La grande feuille de 32 est d’abord coupée en deux, il faut également couper les bords extérieurs de la grande feuille de 32 pages avec un immense massicot frontal. Puis il faut aérer les feuilles, d’ailleurs on nous parlera de « faire rentrer l’air »ou « faire sortir l’air » à de nombreuses reprises. Puis vient le travail de refente, la pliure qui peut être « couteau » (avec des trous pour mieux chasser l’air), puis une pliure automatique en 2 puis en 2 puis en 2. L’ensemble de ces 32 feuilles pliées compose un cahier.

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Les cahiers prêts à coudre

Un livre est composé de X cahiers ou signatures. Ils sont placés dans des cases, dans l’ordre dans lequel ils vont se retrouver dans le livre. Il faut vérifier chaque étape. Certains cahiers arrivent avec des 4 pages déjà pliées. Pour le bottin mondain par exemple il y a quatre types de papiers différents. Pour la pléiade il y a 47 cahiers à assembler, on divise en deux, car deux blocs sont imprimés en même temps, le premier et le dernier, le second et l’avant dernier, etc. jusqu’à la fin où on les retourne et on coupe pour les assembler.

 

La couture : Dans l’atelier de couture il y a 3 générations de machines. Les dernières facilitent légèrement le travail pour installer les blocs à coudre. Une fois le cahier cousu, on y pose les gardes et le calicot, puis il est prêt à être massicoté. Ensuite, les blocs arrivent serrés, sur un rouleau, pour apposer l’encre qui va modifier la couleur de la partie visible des pages, avec des encres naturelles. Quand le bloc est prêt : on ajoute la couleur, la garde, et ça devient une mousseline.

IMG_6952ATELIERRHODOIDVoici l’atelier Rhodoïd, les jaquettes des volumes de La pléiade ont toutes un rhodoïd ajusté au millimètre près à la largeur du livre. S’il y a une nouveauté à produire, comme le Foucault par exemple, c’est fait en nombre, sinon production de quelques un à l’avance. Merci à G pour son accueil, elle travaille avec un optimisme communicatif dans cet atelier depuis 40 ans et nous a dit ne pas du tout avoir envie d’en partir !

IMG_6929PLEIADE1Le papier bible et le fonds : Le papier bible nécessite un taux d’hygrométrie important, il doit d’ailleurs rester dans l’atelier quelques jours avant d’être travaillé, le temps de « s’adapter ». On ne peut pas le travailler, ni l’encoller, en dessous de 30% d’hygrométrie, sinon, il gondole, ou la tête change de couleur, etc. S’il reste un an dans le stock, il passe à 70%, plus il est humide, mieux il se porte. Un papier requiert une humidité relative de l’ordre de 50% à 60%, et son contrôle précis permet de garantir sa qualité.

IMG_6966FONDSTous les reliquats d’impressions sont stockés là. Quand on décide de relier un livre de la Pléiade il faut compter environ 3 semaines pour ce soit fait dans les meilleures conditions.
Ici, la production est semi industrielle, soit entre 3000 et 5000 livres par jour, et de un volume à 20 000 volumes. Le fonds de Gallimard pour La Pléiade est stockée là et donc disponible à tout moment. Il y a de 10 à 12 nouveautés par an, et quand il y a réimpression c’est par 1000 ou 1500 exemplaires.

Le cuir et l’atelier de peaux : IMG_6975ROULEAUXPEAUXIl faut utiliser du mouton demi fort et pas de la pleine peau, sinon il faut une pareuse pour amincir les coins, ce travail est fait dans l’atelier rhodoïd. Les rouleaux de peaux de mouton arrivent de Nouvelle Zélande. Les peaux sont sciées en demi, c’est-à-dire refendues pour avoir la bonne épaisseur, et le reste part en chamoisine. Il faut environ 40 opérations de tannage pour obtenir des peaux conformes aux critères requis, lavage, dégraissage, etc. Tout est fait à Issoudun.

Les ateliers utilisent environ 40 000 m² de peaux par an et produisent environ 300 couvertures à l’heure. Il y a également un poste de réparation, chaque peau est vérifiée, elle peut avoir reçu des coups de tondeuse, ou la bête peut avoir été malade (une tique = un trou par exemple), elle est réparée si le défaut le permet. Chaque couverture de livre revient à 2€ ou 2,5€ avec l’or, d’où l’intérêt de les retravailler une par une. Pour une série de 1050 livres il faut 100 m² de peau. Un mouton c’est environ 0,90 m², une chèvre 0 ,60 m², ça revient plus cher mais ça tient mieux dans le temps. La colle est une colle animale, qui sent donc assez fort.
IMG_6999COUVERTUREQuand la couverture est prête, on y colle la carte de dos et deux cartons (feuille double pour donner de la souplesse à la couverture). Et on sait faire la même chose avec d’autres revêtements comme la toile, etc.On peut vraiment dire que La Pléiade est un produit français : imprimeur, tanneur, relieur, sont français.

La dorure : Sur le dos du livre, il faut écraser le grain pour qu’il soit plus lisse. Là, on fait un « à froid » (pression / chaleur) qui va rendre le grain lisse pour pouvoir lui appliquer le carré de couleur si nécessaire et l’or véritable (22 ou 23 carats).

 

L’or arrive en bobines avec une couche très fine. On peut faire 4000 pléiades dans une bobine, ce qui revient à 0,50 € par couverture. Les déchets d’or, même minimes, sont recyclés par une entreprise locale qui recycle aussi les radiographies dans lesquelles il y a de l’argent. Mais comme il a de moins en moins de radios classiques, c’est un métier qui pourrait se perdre aussi.
En fin de chaine, tous les volumes sont vérifiés un par un, s’il y a un défaut soit on répare, soit au pilon ! Par exemple sur les retours de librairies, sur 500 retours, on peut en récupérer environ 50%.

 

Vous l’aurez compris, cette visite est passionnante et ces livres si beaux représentent un tel savoir-faire que j’ai bien envie d’en commander au moins un au père Noel !