Les mains de Louis Braille, Hélène Jousse

Un bandeau très accrocheur  « Il s’appelait Louis. Cet enfant a changé la vie des aveugles » et un roman passionnant qui tient la promesse « Les mains de Louis Braille » d’Hélène Jousse.

Nous le connaissons tous cet antonomase. Ce nom propre devenu un nom si commun et évident, le Braille. Mais au fond, si nous savons que le système de lecture pour les aveugles a été inventé par Louis Braille, je ne sais pas si beaucoup d’entre nous connaissions bien la vie de Louis. En tout cas, pas moi. Et je suis ravie d’avoir découvert ce roman grâce aux 68 premières fois.

D’abord il y a une famille. Les Braille, ce sont les parents aimants d’un fils Louis, né en 1804. Mais à trois ans, l’enfant va perdre la vue à la suite d’un accident dans l’atelier de son père. Cet enfant-là a une volonté de fer et une mémoire fabuleuse, mais peut-être est-ce dû en partie à sa cécité. Toujours est-il que son instituteur va tout faire pour qu’il intègre la seule école dans laquelle il peut espérer continuer ses études et enfin pouvoir lire. Mais tout n’est pas si simple, et l’avenir des jeunes aveugles est davantage porté vers les métiers manuels que dans l’instruction générale. Et surtout dans cette école, la vie est dure et aucun espoir ne semble poindre pour apprendre réellement à lire. Pourtant, face au manque criant qu’il va rencontrer, le jeune Louis va inventer un système d’écriture en relief, trois ans de recherches et de tâtonnements couronnés par la réussite et l’invention d’une écriture qui va enfin permettre aux aveugles de lire et de s’instruire. Il avait à peine dix-sept ans.

L’histoire de Louis alterne avec beaucoup de sensibilité avec celle de Constance, qui doit écrire le scénario de la vie de Louis, et qui nous présente ses propres failles et faiblesses.

Un roman absolument passionnant, qui se lit avec une grande facilité, et qui nous donne l’impression d’en savoir un peu plus à la fois sur ce personnage hors du commun qu’est Louis Braille, mais aussi sur ses pairs, que nous côtoyons souvent sans pour autant comprendre leurs propres vies.

Catalogue éditeur : J.C Lattès

Veuve depuis peu, Constance, la quarantaine, auteur de théâtre à succès, se voit confier l’écriture d’un biopic sur Louis Braille par son producteur et ami Thomas. Assistée d’Aurélien, mystérieux et truculent étudiant en histoire, elle se lance à cœur perdu dans une enquête sur ce génie oublié, dont tout le monde connaît le nom mais si peu la vie.
Elle retrace les premières années de Louis Braille, au tout début du XIXe siècle, ce garçon trop vif qui perd la vue à l’âge de trois ans à la suite d’un accident. Déterminé à apprendre à lire, il intègre l’Institution royale des jeunes aveugles. Mais dans ce bâtiment austère et vétuste, où les petits pensionnaires sont élevés à la dure, nul n’entend leur enseigner la lecture. Et pour cause : il n’existe aucune méthode. Constance découvre le combat de Louis pour imaginer la lecture au bout des doigts, jusqu’à l’invention, a même pas dix-huit ans, du système qui a révolutionné depuis la vie de tous les aveugles.
Dans ce roman, hommage à ce garçon dont le génie n’avait d’égale que la modestie, Hélène Jousse entremêle les vies et les époques et explore la force de l’amour, sous toutes ses formes. Avec une question qui affleure : qu’est-ce qu’un destin, sinon une vie qui fait basculer celle des autres ?

EAN : 9782709661560 / Parution : 06/02/2019 / 350 pages / 19.00 €

Le garçon. Marcus Malte

« Le garçon », voilà un livre étrange et poétique qui cristallise l’intérêt du lecteur autour de ce garçon sans nom et sans paroles, pour une belle aventure romanesque de près de 540 pages.

domi_c_lire_le_garconLa vie du garçon, ou du moins ce que le lecteur en connaitra, se déroule de 1908 à 1938. Courte vie mais tellement remplie. En 1908, le garçon apparait seul dans des territoires isolés, sa mère vient de mourir, il quitte alors cet espace de vie qui était le leur pour partir explorer le monde. A cet âge-là, on l’imagine adolescent, il s’arrête dans un village qui va l’adopter partiellement car, ne communiquant pas, il intrigue et inquiète. Et on le sait, tout ce que l’on ne connait pas fait peur. Dans ce village, il découvre les autres, hommes, femme, enfants, et accepte tout, même de se laisser exploiter par ceux qui profitent de sa candeur, de sa naïveté, et de sa force, jusqu’au jour où il fuit vers d’autres contrées. Puis il rencontre Brabek l’ogre des Carpates, un personnage extravagant qui sous des abords repoussants et malgré une vie de lutteur de foire, est un véritable philosophe qui lui apprend beaucoup sur la vie. Enfin, il rencontre Emma et son père et découvre la douceur de vivre, la musique et surtout l’amour, absolu, charnel, fou. Jusqu’au jour où il embarque pour la guerre, la grande guerre, celle où « On lave son linge sale : dix-neuf millions de morts », l’horreur et le carnage des tranchées, celle dont personne ne revient intact.

Les descriptions, l’observation des autres, de la nature, des sentiments, non exprimés mais ressentis au plus profond par le garçon sont merveilleusement décrits par l’auteur qui a un grand talent de conteur et un regard à la fois humain et critique ponctué de quelques pointes d’humour. Descriptions magiques du garçon qui exprime par ses gestes ce qu’il ne peut pas dire avec des mots. Comme lors des premières scènes de lecture avec Emma où le garçon « s’imprègne des senteurs d’encre et de papier, et peut-être qui sait, du parfum même des mots », ceux qu’il entend, mais ne sait, ne veut, ne peut ni lire, ni dire. Questionnements de l’auteur sur l’amour, la guerre, mais également sur le choix d’une éducation, celle qui façonne les hommes et qui est une expression de leur liberté ou au contraire la cage dans laquelle on les enferme ?

Si parfois j’ai trouvé quelques longueurs, j’ai malgré tout été tout à fait captivée par ce parcours d’un personnage hors norme, qui toujours sans parole exprime tous les sentiments, amours, chagrin, désespoir, peur, courage, solitude et abandon, et nous plonge au plus profond de l’âme.

Citations :

« Eugénie Janicot n’aime guère son prochain mais elle aime Dieu, ce qui n’est pas incompatible semble-t-il et même plus répandu qu’on ne pourrait le penser. »

« De toute façon, dit-elle, nous ne pouvons pas continuer à ne pas le nommer. C’est nier son existence même – car ce qui n’a pas de nom existe-t-il réellement ? Et puis Félix lui sied à merveille. »

« -Sinon une existence avérée quelle différence entre Dieu et Guillaume II ? Lance Blumenfeld. Entre Dieu et Napoléon ? Entre Dieu et Attila ? Pour l’un comme pour les autres il y a toujours des milliers, des millions de victimes, et ceci dans le seul but de répandre leur gloire, d’assoir leur toute puissance et assurer leur hégémonie.

-Pas Dieu, mon vieux, réplique le caporal. Il ne s’agit pas de Lui mais seulement de ceux qui se prétendent Ses représentants. Des usurpateurs. Ceux qui parlent en Son nom et ne font en réalité que détourner Sa parole. Tu confonds le général avec son estafette, Blum. »

 #rl2016


Catalogue éditeur : Zulma

Il n’a pas de nom. Il ne parle pas. Le garçon est un être quasi sauvage, né dans une contrée aride du sud de la France. Du monde, il ne connaît que sa mère et les alentours de leur cabane. Nous sommes en 1908 quand il se met en chemin – d’instinct. Lire la suite

14 x 21 cm / 544 pages / ISBN 978-2-84304-760-2 / 23,50 € / Paru le 18/08/16