L’opticien de Lampedusa. Emma-Jane Kirby

Parce qu’il est des romans indispensables pour comprendre, ou du moins essayer,
Parce qu’il est des romans qui ne font ni rire, ni sourire, mais qu’il faut lire,
Parce qu’il est des causes qu’on embrasse ou qu’on rejette, mais qui ne laissent jamais indifférent,
« L’opticien de Lampedusa » d’Emma-Jane Kirby est de ceux-là.

Éditions des Équateurs - L'opticien de Lampedusa - Emma-Jane KirbyA l’origine, une aventure, un témoignage, une expérience dont un groupe de huit personnes se souviendra toute sa vie.
Sur l’ile de Lampedusa, l’opticien et ses amis ont pour habitude de partir en bateau ensemble, se divertir, pêcher, se relaxer et oublier les tracas du quotidien.
Sur l’ile de Lampedusa, des migrants par milliers, souvent abusés par des passeurs malhonnêtes, bravent les flots sur des embarcations de fortune pour venir chercher en Europe un hypothétique eldorado au risque d’y perdre la vie.
Sur l’ile de Lampedusa, un jour, les premiers ont croisé la route des seconds, par hasard, cris de mouette ou cris humains, les hommes, les femmes, les enfants, sont des naufragés qu’il faut sauver, des mains tendues, des corps qui souffrent, des corps qui sombrent. Et après, forcément, la vie n’est plus la même, n’a plus la même saveur tranquille pour ceux qui ne voulaient pas voir, pas comprendre, pas aider.

Emma-Jane Kirby a recueilli les témoignages de ces hommes-là, ceux qui ont vu et vécu, tenté de sauver, et de retrouver cette étincelle d’humanité qui s’allume quand les chiffres deviennent des hommes, des vrais, à qui on a tenu la main et qu’on extrait de flots où ils se perdent. Ce roman, qui est aussi avant tout un récit, m’a fait penser au très beau premier roman de Pascal Manoukian Les échoués. Problème insoluble de l’émigration, de ces pays en guerre qu’il faut fuir, mais pour aller où, s’intégrer comment, et pour y trouver quoi ? Beaucoup de questions, et bien peu de réponses satisfaisantes.

 #rl2016


Catalogue éditeur : éditions des équateurs

« Là, là-bas, des centaines. Les bras tendus, ils crachent, hoquettent, s’ébrouent comme une meute suppliante. Ils se noient sous mes yeux et je n’ai qu’une question en tête : comment les sauver tous ? »
La cinquantaine, l’opticien de Lampedusa est un homme ordinaire. Avec sa femme, il tient l’unique magasin d’optique de l’île. Ils aiment les sardines grillées, les apéros en terrasse et les sorties en bateau sur les eaux calmes autour de leur petite île paradisiaque.
Il nous ressemble. Il est consciencieux, s’inquiète pour l’avenir de ses deux fils, la survie de son petit commerce. Ce n’est pas un héros. Et son histoire n’est pas un conte de fées mais une tragédie : la découverte d’hommes, de femmes, d’enfants se débattant dans l’eau, les visages happés par les vagues, parce qu’ils fuient leur pays, les persécutions et la tyrannie.
L’opticien de Lampedusa raconte le destin de celui qui ne voulait pas voir. Cette parabole nous parle de l’éveil d’une conscience. Au plus près de la réalité, d’une plume lumineuse et concise, Emma-Jane Kirby écrit une ode à l’humanité.

160 pages / 15.00 € / paru le 1 septembre 2016 / ISBN 978-2-84990-458-9

Les échoués, Pascal Manoukian

Un premier roman d’une grande sensibilité sur un sujet criant d’actualité, l’immigration vue par Pascal Manoukian dans « Les échoués »


Pascal Manoukian est journaliste et connaît bien les zones de conflits, pourvoyeuses de nombreux candidats à l’émigration.  Il en parle magnifiquement bien dans son premier roman « Les échoués ».

Au fil des pages, le lecteur suit les pérégrinations de quatre personnages, Virgil le moldave, Assan le somalien qui fuit son pays avec Iman, sa fille de 17 ans, et Chanchal le bengalais. L’auteur décrit avec sans doute beaucoup de justesse et de réalisme le long chemin parfois mortel vers la liberté, celle pour laquelle on devient clandestin, et cette envie inextinguible qui fait que l‘on quitte son pays à jamais pour se presser  aux portes de l’Europe, comme c’est encore le cas aujourd’hui. Pourtant l’auteur situe son roman au début de 1992. Chacun a déjà à cette époque une excellente raison de quitter son pays, ruiné, meurtri, en guerre, de fuir la misère, la barbarie pour arriver dans ce pays de rêve qui, même s’il ne souhaite pas vraiment les accueillir les attire et leur fait espérer une vie meilleure, loin des souffrances qu’ils ont fui.

Car rien n’est simple et rien n’est rose en France, mais liberté et travail sont possibles. Au fil des pages, on découvre par les yeux de Virgil une population pas vraiment prête à accueillir ces immigrants, des patrons qui exploitent des ouvriers, des conditions de vie qui impliquent l’organisation d’un monde parallèle, en dehors de tout circuit normal, où les solidarités entre coreligionnaires, venus d’un même pays, s’affirment.

C’est un roman d’une grande sensibilité et très étonnant par son actualité, qui force le lecteur à penser autrement et à s’interroger : que ferais-je à leur place ? La question est posée, mais la réponse n’est pas donnée.

Catalogue éditeur : Don Quichotte et Points

« Le chien était revenu. De son trou, Virgil sentait son haleine humide. Une odeur de lait tourné, de poulet, d’épluchures de légumes et de restes de jambon. Un repas de poubelle comme il en disputait chaque jour à d’autres chiens depuis son arrivée en France. Ici, tout s’était inversé, il construisait des maisons et habitait dehors. Se cassait le dos pour nourrir ses enfants sans pouvoir les serrer contre lui et se privait de médicaments pour offrir des parfums à une femme dont il avait oublié jusqu’à l’odeur… »
1992. Lampedusa est encore une petite île tranquille et aucun mur de barbelés ne court le long des enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla. Virgil, le Moldave, Chanchal, le Bangladais, et Assan, le Somalien, sont des pionniers. Bientôt, des millions de désespérés prendront d’assaut les routes qu’ils sont en train d’ouvrir.
Arrivés en France, vivants mais endettés et sans papiers, les trois clandestins vont tout partager, les marchands de sommeil et les négriers, les drames et les petits bonheurs.

304 pages / Taille : 140*205 / Prix : 18,90 euros / ISBN : 978-2-35949-434-1