Les Amazones, Jim Fergus

Avec Les Amazones, le dernier roman de Jim Fergus, faire une plongée hors du temps dans « Les journaux perdus de May Dodd et de Dolly McGill édités et annotés par Molly Standing Bear » au pays des indiens, de 1876 à aujourd’hui

D’abord il y a eu Mille femmes blanches ce roman que j’ai adoré dès sa parution en 2000. Souvenez-vous, en 1875, le chef cheyenne Little Wolf demande au président Grant de lui offrir mille femmes blanches en échange de mille chevaux ; Son idée, en épousant mille de ses guerriers, elles favoriseront l’intégration de son peuple. Si en réalité on ne sait rien de ce que les deux hommes se sont dit lors de cette rencontre, l’auteur prend malgré tout ce prétexte pour défendre la cause des natives américains, en particulier des indiens des grandes plaines. Sous la forme de carnets intimes, Jim Fergus retrace la vie de ces quelques femmes qui vont tenter de s’intégrer à ces tribus cheyennes, Arapahos ou Shoshones pour ne citer qu’elles. Puis viendra La vengeance des mères, deuxième opus de la série, et enfin Les Amazones, le troisième et dernier tome de la saga.

Non il ne s’agit pas là de ces guerrières que l’on retrouve dans la mythologie grecque, pourtant elles n’en sont pas si éloignées. Car Les Amazones sont ces femmes décrites dans les carnets retrouvés de May Dodd, que l’on va suivre tout au long du roman, en parallèle au récit de Mollie McGill, et leur histoire se prolonge pendant toute l’année 1876. Devenues guerrières à leur tour, elles vont créer une sorte de confrérie, celle des Cœurs Vaillants, et se battre aux côtés des indiens contre ce monde qu’elles ont quitté et dans lequel elles ont parfois dû abandonner leurs enfants. Leurs récits nous permettent de retrouver les batailles célèbres, celle de Little Big horn en particulier, mais aussi de faire vivre les récits chamaniques et les traditions spirituelles indiennes.

L’histoire de Mollie Standing Bear, native des réserves américaines contemporaines, apparait en fil rouge, comme une réminiscence de l’esprit des femmes du XIXe.

A la fois récit historique et évocation du surnaturel, l’auteur nous embarque une fois de plus dans une aventure que l’on a du mal à lâcher, et ce malgré quelques longueurs il me semble. L’alternance des récits, des personnages, du passé et du présent ancre totalement son roman dans la réalité quotidienne des indiens des réserves aux États-Unis aujourd’hui. La complexité de leur intégration, le plus souvent impossible, le poids de leurs traditions et de leurs croyances, sont toujours d’actualité. Sa présentation de la vie des tribus, le respect envers la nature et le gibier, leur organisation complexe au fil des saisons et des combats, les costumes et leurs significations, les danses et les rituels magiques, les rites religieux, l’extinction programmée des bisons, rien n’est négligé par l’auteur qui étoffe son récit grâce à ses connaissances impressionnantes du sujet.

J’ai aimé qu’en filigrane à ces récits d’aventure, l’auteur nous montre sans cesse la place des femmes dans la société. Pour celles qui intègrent les tribus, que ce soit la place qui leur était réservée dans la société puritaine des migrants des Amériques, ou celle qu’elles doivent se faire au sein des tribus, on se rend compte que le rôle des femmes, leur liberté, leur existence même ne sont jamais garantis.

Enfin, la déliquescence des tribus indiennes dans la société actuelle, la disparition de nombreuses femmes dans le pays sans que cela émeuvent le moins du monde les autorités, et la vie dans les réserves, nous sont également montrés avec toute la cruauté et tout ce que cela implique pour les amérindiens. J’ai le souvenir d’avoir traversé quelques réserves, lors de mes voyages aux États-Unis, et d’avoir vu certains de ces indiens perdus par l’alcool, la drogue et l’inactivité, au détriment de traditions qui se perdent.

Catalogue éditeur : Le Cherche Midi

Mille femmes blanches : L’héritage

1875. Un chef cheyenne propose au président Grant d’échanger mille chevaux contre mille femmes blanches, afin de les marier à ses guerriers. Celles-ci, « recrutées » de force dans les pénitenciers et les asiles du pays, intègrent peu à peu le mode de vie des Indiens, au moment où commencent les grands massacres des tribus.
1876. Après la bataille de Little Big Horn, quelques survivantes décident de prendre les armes contre cette prétendue « civilisation » qui vole aux Indiens leurs terres, leur mode de vie, leur culture et leur histoire. Cette tribu fantôme de femmes rebelles va bientôt passer dans la clandestinité pour livrer une bataille implacable, qui se poursuivra de génération en génération.
Dans cet ultime volume de la trilogie Mille femmes blanches, Jim Fergus mêle avec une rare maestria la lutte des femmes et des Indiens face à l’oppression, depuis la fin du xixe siècle jusqu’à aujourd’hui. Avec un sens toujours aussi fabuleux de l’épopée romanesque, il dresse des portraits de femmes aussi fortes qu’inoubliables.

Jim Fergus est né à Chicago en 1950 d’une mère française et d’un père américain. Il vit dans le Colorado.

EAN : 9782749155586 / Nombre de pages : 374 / Format : 154 x 240 mm / Prix : 23.00 €

Tout quitter, Anaïs Vanel

Et si Tout quitter était la solution pour vivre pleinement et sereinement sa vie rêvée ? Un roman qui nous entraine au gré des vagues et des performances des surfeurs de la côte Basque 

Rejoindre le sud, c’est mieux que d’être à l’ouest et de ne plus supporter la ville. Tout quitter pour revivre, loin des autres, du passé, avec seulement quelques valises, et mettre toute une vie dans le coffre d’un Berlingo, ça ne pèse pas bien lourd… et si c’était la condition pour mieux avancer ?

A la façon du surfeur qui étudie sa vague et la courbe qu’il doit prendre pour sortir des flots, la narratrice a tout quitté pour mieux s’élancer. C’est donc vers La Sud, une plage qu’elle connait déjà, qu’elle est partie pour fuir son quotidien, pour se retrouver, se ressourcer, et au grès des vagues, sur sa planche de surf, réapprendre sa vie. Bon, bien sûr, c’est quand même dans sa maison du sud qu’elle va fuir la capitale, l’inconnu total n’est pas au bout du chemin ! Mais qu’importe, le pas est franchi, la vague est passée, sa vie va changer.

Voilà un court roman qui interroge sur nos options de vies, celles que l’on prend ou pas, que l’on regrette parfois de ne pas avoir saisies au bon moment, et qui nous rendent plus forts quand on arrive à les réaliser. J’ai aimé cette construction en touches fines déposées sur la page comme autant d’instants de vie qui permettent d’avancer, et qui sont chacune empreintes d’une certaine poésie. Dans de courts paragraphes, les saisons et les jours défilent, ceux de l’enfance et du passé, ceux du nouveau monde que l’on se construit, de l’oubli qui régénère, de ces murailles d’eau que l’on bâtit pour mieux se protéger. Quitter la folie de la ville, le rythme dément des transports, le stress du bureau, même lorsqu’on a la chance d’exercer un métier que l’on aime,  et si c’était la solution pour aller de l’avant sereinement, sans se perdre  en route ?

Catalogue éditeur : Flammarion

« Un jour, j’ai acheté un Berlingo. J’ai mis quelques cartons dans le coffre et je suis partie. J’ai pris la route comme ça. Après ma journée de boulot, comme on part en week-end. J’ai avalé les kilomètres, en écoutant King of the Road, de Roger Miller. Et enfin. Les pins. Les dunes. Les embruns. L’appartement. J’ai éventré les cartons. Trouvé mon maillot de bain. Et je suis allée me jeter dans les vagues. »

Au rythme des saisons et des vagues de la Sud, la grande plage près de laquelle elle vient de s’installer, Anaïs retrouve les souvenirs qui habitent en elle. Devant l’étonnante simplicité des choses, tout quitter signifie la réconciliation avec soi.

Paru le 25/09/2019 / 192 pages – 135 x 210 mm / Prix : 18,00€ / ISBN : 9782081478497

Avec toute ma colère, Alexandra Lapierre

Le roman d’un duel mère fille, « Avec toute ma colère » est né de la rencontre d’Alexandra Lapierre avec Maud et Nancy Cunard.

blog Domi CLire photo de la couverture du roman "avec toute ma colère"d'Alexandra Lapierre éditions Pocket

Il faut avouer que les héritières de la flotte de paquebots The Cunard Line ont de quoi retenir l’attention et forcer l’intérêt pour qui se penche sur leur histoire. Une relation mère-fille absolument pas banale puisqu’au cœur des années folles, ces héritières de fortunes colossales se sont détestées, ferraillant dans un duel à mort sur fond d’égalité, de liberté, d’insoumission.

D’abord, la mère Maud… Richissime  héritière américaine, amateur éclairée, femme cultivée et collectionneuse d’art tenant salon, véritable mécène dans l’Angleterre du XXe. Cette séductrice est aussi une femme terriblement conformiste qui se fond dans le rang pour garder la place qu’elle a obtenu de haute lutte dans la société, et qu’elle ne veut perdre sous aucun prétexte.

Puis Nancy, la fille…Elle est élevée par des nurses et délaissée par sa mère, qui va certainement la jalouser pour sa beauté et le risque quelle lui fait courir avec ses amants. Elle est belle cette femme que l’on découvre en couverture du roman, dans cette inoubliable photo de Man Ray en 1926, les bras parés d’innombrables bracelets anciens en ivoire. La fortune ? Elle nait avec, il ne lui reste donc qu’à trouver comment la dilapider et s’en servir, pour son plaisir celui de la cour qui l’entoure, puis rapidement pour s’opposer à sa mère, lutter contre le racisme anti noirs et pour l’égalité de tous dans la société dans laquelle elle vit. Véritable muse adulée par les artistes et les intellectuels, femme libre et sans entrave, elle partage la vie d’Aragon, de Neruda puis d’Aldous Huxley. Courageuse et désintéressée (mais comment ne pas l’être quand la fortune est là quoi qu’elle fasse) elle s’engage auprès des républicains pendant la guerre d’Espagne. Elle vit ensuite avec Henry Crowder, son grand amour, un noir américain qui lui vaudra l’ire de sa mère. Touchée par les implications de la ségrégation, elle publie un livre sur l’histoire de la négritude aux Etats-Unis, Negro : An Anthology publié en 1934. Nancy Cunard décède dans la solitude en 1965.

Ces deux héroïnes, tout comme l’époque dans laquelle elles évoluent, ont tout pour faire une œuvre  romanesque et vibrante de liberté. Quelle violence cette lutte à mort entre ces femmes, sans aucun espoir de réconciliation quand elles auraient eu tout pour vivre en bonne intelligence. Mais sans doute fallait-il batailler pour affirmer une indépendance et une soif d’égalité qui n’entrait pas dans le moule des convenances.

Alexandra Lapierre est une passeuse d’histoire et de témoignage sur des personnages forts qui ont marqué l’Histoire à leur façon. En s’appuyant sur des faits avérés, elle nous enchante et nous embarque dans ce duel à mort sans espoir de rédemption entre deux femmes qui ont passé leur vie à se déchirer dans l’incompréhension mutuelle. En faisant parler l’une et l’autre, puis leurs amis intimes, elle donne corps et puissance à ce témoignage de vies singulières, flamboyantes et fantastiques. Même si le lecteur reste quelque peu abasourdi face à la violence de leur conflit.

Catalogue éditeur : Pocket, Flammarion

Toute leur vie, c’est deux-là se sont aimées à se haïr. Un duel à mort.
À ma droite : la mère, Maud Cunard, richissime héritière d’une célèbre ligne de paquebots, mécène internationale à la conversation exquise, grande dame pétrie de conformisme.
À ma gauche : sa fille, Nancy Cunard. Excessive, audacieuse, scandaleuse, muse et amante d’Aragon, de Neruda, d’Aldous Huxley. De tous les combats pour la liberté, pour l’égalité raciale, pour le progrès social…
D’accord sur rien. Semblables en tout.
De la guerre qui les oppose, aucune ne sortira victorieuse.

EAN : 9782266287456 / Nombre de pages : 336 / Format : 108 x 177 mm / Date de parution : 07/03/2019 / Pire : 7,50€

Barbara, roman ; Julie Bonnie

De la petite fille à la longue dame brune, Julie Bonnie nous entraine dans le sillage de Monique Serf, celle qui deviendra Barbara.

photo couverture du roman Barbara, roman, éditions pocket

Barbara n’a pas toujours été cette femme à la silhouette longiligne et à la voix si caractéristique dont chacun d’entre nous a au moins une ou deux chansons en tête. De il pleut sur Nantes à l’aigle noir, deux titres et des paroles qui, si on n’en connaissait pas la genèse, prennent ici toute leur force, celle qui enfant jouait du piano sur une feuille de papier vite pliée et cachée, a poursuivi toute sa vie une obsession, la musique. Elle se rêve pianiste (rêve anéanti par une mauvaise opération à la main qui l’a handicapée à un doigt), puis se tourne vers le chant, quand elle comprend enfin qu’elle a un timbre de voix particulier.

Il y a d’abord la famille, une mère au foyer qui met au monde des enfants les uns après les autres, en silence et en soumission. Un père perpétuellement absent et fauché. Puis ce père qui vient la retrouver le soir dans son lit de petite fille, cet aigle noir effrayant qui la tient en lui déclarant son amour inconditionnel et secret. Une grand-mère qu’elle adore et qui lui dit de jouer du piano sur cette feuille de papier qui la sauve en lui permettant de matérialiser ainsi ce rêve fou. L’école, où une Monique qui ne rêve que de musique s’envole au loin sans rien retenir. Puis les fuites des enfants cachés et séparés de la famille, car juif pendant la guerre c’est si dangereux. Enfin les hommes, un mari en particulier qui lorsqu’elle fuit vers la Belgique s’occupe d’elle et lui trouve les lieux où se produire, amorçant ainsi la carrière de l’artiste en devenir.

Ce roman d’une vie est beau et mélancolique, imagé et sonore, car derrière les mots, c’est la violence du père, les amours désespérées, ce sont les notes du piano, les tonalités de la voix magique et mélancolique de Barbara que l’on entend. Plus qu’une simple lecture, Julie Bonnie fait vivre – et parfois s’exprimer – cette enfant qui devient femme, cette artiste qui saura si bien écrire et chanter les amours enfuies, les regrets, les chagrins et la solitude.

Catalogue éditeur : éditions Pocket et Grasset

Joue, piano, joue.
C’est un piano de papier, dessiné au crayon par sa grand-mère adorée. Dès que son soleil devient trop noir, la petite Monique y compose des cantates secrètes, des airs rien que pour elle, du bout des doigts. Quand la guerre jette sa famille dans la clandestinité… Quand un… Lire la suite

Pocket : EAN : 9782266286800 / Nombre de pages : 176 / Format : 108 x 177 mm / Date de parution : 23/05/2019 / Prix : 6.40 €

Grasset : Parution : 13/09/2017 / Pages : 198 / Format : 133 x 205 mm / Prix : 17.50 € / EAN : 9782246860761

Underground Railroad, Colson Withehead

Avec énormément de talent Colson Withehead embarque ses lecteurs dans une fresque étourdissante et puissante au pays des esclavagistes et de la liberté, dans cette course éternelle pour la vie entre fugitif et chasseur.

photo illustration du roman de Coslon Whitehead "Underground raildoad" blog Domi C Lire

Au XIXe, dans le sud des États-Unis. Cora est une esclave parmi tant d’autres dans une plantation de coton du sud esclavagiste. Le jour où Caesar lui propose de s’évader de la plantation Randall avec lui, elle dont la mère a réussi à s’enfuir sans être capturée par les chasseurs de neg’marron, elle hésite, puis finira par dire oui. Cora et Caesar vont alors suivre le chemin des esclaves recherchés par les chasseurs d’esclaves sur tout le territoire des États-Unis.

Colson Withehead prend alors prétexte de cette fuite pour nous raconter l’histoire extraordinaire de Underground Railroad … Car ce réseau clandestin matérialisé ici par un chemin de fer souterrain a réellement existé. Il a permis à de nombreux esclaves de s’enfuir des territoires où ils étaient exploités, martyrisés, soumis à des maitres qui prenaient parfois plaisir à exprimer leur toute puissance envers ceux qui au même titre que leurs meubles ou leurs terres, leur appartenaient, et à se réfugier au-delà de la Mason-Dixon ligne (ligne de démarcation entre les États abolitionnistes du Nord et les États esclavagistes du Sud) et jusqu’au Canada.

États esclavagiste ou pas, la loi est la loi pour tous et sur tout le territoire des États-Unis, un esclave évadé n’est donc jamais réellement libre et les chasseurs d’esclaves se font fort de les retrouver, les rançons étant souvent généreuses voire exorbitantes, le maitre trahi offrait cher pour récupérer l’impudent, son châtiment cruel permettant de contrôler et de décourager ceux qui auraient eu à leur tour des velléités de fuite. Ce roman est alors prétexte pour évoquer à la fois ceux qui font le mal sans complexe ni retenue, exploitation des esclaves, viols, vente des enfants, séparation des familles, vente d’un esclave lorsqu’il n’est plus assez fort ou valide pour le travail qui lui a été assigné châtiments sordides et cruels. Cruauté gratuite et racisme s’appuyant sur une idéologie religieuse complaisante qui parle de race inférieure, mais aussi argument commercial, maintien ou amélioration des exploitations de coton ou d’indigo, tous les prétextes sont bons pour expliquer et accepter l’esclavagisme.

Mais aussi l’aide apportée dans l’ombre, au risque de la vie de familles entières, par des blancs conscients qui l’esclavagisme et la condition des noirs ne peut être ni acceptée ni acceptable, qu’il est important d’essayer de faire évoluer les consciences, mais qui en attendant font tout pour aider la fuite et la mise en sécurité de ceux qui ont osé franchir les limites de la plantation, de la propriété des maitres. Que ce soit par des noirs affranchis ou nés libres, par des blancs abolitionnistes ou à la conscience éveillée, l’aide si précieuse était souvent une prise de risque mortelle pour ceux qui s’impliquaient.

Pourquoi j’ai tant aimé ce roman ? Parce que sous couvert d’une superbe fresque historique et mélodramatique superbement écrite et rythmée – portrait d’un des personnages principaux, étape de la fuite de Cora, et sordides et véridiques petites annonces pour récupérer un esclave en fuite (bien utiles aux chasseurs d’esclaves)- Colson Withehead ose avec talent nous rappeler une fois encore que les races et les différences ne sont que des subtilités temporelles, que le regard que l’on porte sur les hommes est souvent dévoyé par l’époque dans laquelle il se place, et surtout que le combat pour l’égalité de tous est permanent et indispensable. Parce qu’il est bon de savoir ce qui a été fait. Mais aussi que ce combat est toujours d’actualité, qu’il est indispensable d’ouvrir les yeux sur le monde et ses inégalités.

Comment ne pas penser et avoir alors en tête la chanson de Mark Knopfler…You talk of liberty
How can America be free…
We are sailing to Philadelphia
To draw the line 
The Mason Dixon line

D’après Wikipédia : D’après James A. Banks au cours du XIXe siècle, environ 100 000 esclaves se seraient échappés grâce au « Railroad ». L’Amérique du Nord britannique, où l’esclavage est interdit, est une destination courante, puisque sa longue frontière offre de nombreux points d’accès. Plus de 30 000 personnes sont supposées s’y être échappées grâce au réseau pendant la période de pointe qui a duré 20 années, bien que les chiffres du recensement américain ne fassent état que de 6 000.

Harriet Tubman a œuvré avec les quakers pendant les années 1850 pour permettre au plus grand nombre d’esclaves de gagner la liberté. Les histoires sur les fugitifs du chemin de fer clandestin sont consignées dans une chronique intitulée The Underground Railroad Records.

Roman lu dans le cadre de ma participation au jury des lecteurs du Livre de Poche 2019

Catalogue éditeur : Livre de Poche, Albin-Michel

Cora, seize ans, est esclave sur une plantation de coton dans la Géorgie d’avant la guerre de Sécession. Abandonnée par sa mère lorsqu’elle était enfant, elle survit tant bien que mal à la violence de sa condition. Lorsque Caesar, un esclave récemment arrivé de Virginie, lui propose de s’enfuir pour gagner avec lui les États libres du Nord, elle accepte.
De la Caroline du Sud à l’Indiana en passant par le Tennessee, Cora va vivre une incroyable odyssée. Traquée comme une bête par un impitoyable chasseur d’esclaves, elle fera tout pour conquérir sa liberté.
Exploration des fondements et de la mécanique du racisme, récit saisissant d’un combat poignant, Underground Railroad est une œuvre politique aujourd’hui plus que jamais nécessaire.

Né à New York en 1969, Colson Whitehead est reconnu comme l’un des écrivains américains les plus talentueux et originaux de sa génération. Undergound Railroad, son premier roman publié aux éditions Albin Michel, a été élu meilleur roman de l’année par l’ensemble de la presse américaine, récompensé par le National Book Award 2016 et récemment distingué par la Médaille Carnegie, dans la catégorie « Fiction ». 

416 pages / Date de parution : 27/03/2019 : EAN : 9782253100744

Des hommes couleur de ciel. Anaïs LLobet

Roman sur la différence, l’exil et l’intégration, sur la difficulté d’être soi, Les hommes couleurs de ciel, le magnifique roman d’Anaïs LLobet.

L’intrigue d’abord, à La Haye une bombe vient d’exploser dans une école, blessant et tuant un grand nombre d’élèves. Très rapidement, on devine que le coupable doit être un élève tchétchène de cette école.

Alissa est professeur de russe dans cette école. Elle est originaire de Tchétchénie, mais n’a jamais avoué sa véritable origine, par peur de ce que son pays d’accueil allait penser d’elle. Dans sa classe, elle a eu successivement pour élèves deux frères, Oumar et Kirem. Si Oumar est brillant et a parfaitement réussi à s’intégrer, ce n’est pas le cas de Kirem. Arrivé quelques années après Oumar, il refuse de s’intégrer.

Alissa tente depuis des années d’oublier son pays d’origine, de gommer son accent si prononcé, de faire oublier qu’elle est musulmane, elle boit du vin et tente de vivre comme les hollandais qui l’entourent. Mais le drame lui rappelle cruellement que l’intégration n’est pas le seul fait du migrant qui arrive dans un pays, elle doit être aussi voulue par ceux qui accueillent. Soupçonnée, puis utilisée comme traductrice par la police, Alissa voit la suspicion peser sur elle et tous ses efforts d’intégration anéantis en quelques jours…

Peu à peu le voile se lève sur la condition d’Oumar. Ce jeune homme a trouvé sa liberté aux Pays-Bas, à la Haye il peut enfin vivre comme il le souhaite. Oumar est homosexuel. Un mot qui n’existe même pas dans sa langue, un mot qui le condamne à mort. Là-bas, les parents peuvent t’assassiner pour laver l’honneur de la famille si le moindre soupçon venait à poindre. Là, le pouvoir en place persécute, arrête, exécute, les hommes couleur de ciel.

C’est intense, émouvant, le lecteur est terriblement touché par les personnages, leurs vies brisées. L’écriture est maitrisée et subtile. Les évènements déploient toute leur puissance en gardant une véracité qui touche, en particulier par le regard acéré et bienveillant que porte l’auteur sur les hommes et les femmes qu’elle dépeint.

Forte d’une expérience de journaliste pendant cinq ans en Russie, où elle a eu l’occasion de faire des reportages en Tchétchénie, puis de ses amitiés avec de jeunes homosexuels tchétchènes, Anaïs LLobet dépeint un double drame terriblement actuel. Le rejet de la différence, au point d’être condamné à mort par les siens, et le drame qui secoue nos pays touchés par des attentats terroristes qui frappent aveuglément enfants, hommes et femmes, dans toutes les régions du monde, au nom d’un Dieu qui pourtant n’a rien demandé…

Avec Des hommes couleur de ciel, Anaïs LLobet nous transporte dans un univers complétement différent de son premier roman, Les mains lâchées, paru en 2016. Une fois encore, la magie opère, un véritable auteur est né.

Rencontre avec Anaïs LLobet lors de la parution du roman 💙💙💙💙💙

Catalogue éditeur : L’Observatoire

Dans le pays où est né Oumar, il n’existe pas de mot pour dire ce qu’il est, seulement des périphrases : stigal basakh vol stag, un « homme couleur de ciel ».

Réfugié à La Haye, le jeune Tchétchène se fait appeler Adam, passe son baccalauréat, boit des vodka-orange et embrasse des garçons dans l’obscurité des clubs. Mais il ne vit sa liberté que prudemment et dissimule sa nouvelle vie à son jeune frère Kirem, à la colère muette.

Par une journée de juin, Oumar est soudain mêlé à l’impensable, au pire, qui advient dans son ancien lycée. La police est formelle : le terrible attentat a été commis par un lycéen tchétchène.

Des hommes couleur de ciel est l’histoire de deux frères en exil qui ont voulu reconstruire leur vie en Europe. C’est l’histoire de leurs failles et de leurs cicatrices. Une histoire d’intégration et de désintégration.

Nombre de pages : 224 / ISBN : 979-10-329-0534-0 / Format 14 x 20 cm / Parution : 09/01/2019

Federica Ber. Mark Greene

Découvrir l’écriture de Mark Greene avec son dernier roman « Federica Ber ». Le bonheur d’une rencontre, d’une vie, de souvenirs, trois petits jours et puis s’en vont….

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Alors qu’il parcourt de façon tout à fait aléatoire les pages du journal du matin, un homme est surpris par un article : dans les Dolomites, un couple vient d’être retrouvé mort, au pied d’une muraille rocheuse.
Fait-divers comme il en existe des milliers de par le monde chaque semaine, son attention est pourtant retenue par le nom de la tierce personne qui semble-t-il accompagnait le couple, une certaine Federica Bersaglieri. Ce nom et ce prénom le transportent vingt ans en arrière.

A l’époque où il était étudiant à Paris son quotidien avait la tristesse et la banalité des matins gris de solitude. Il avait rencontré tout à fait par hasard dans un café une jeune femme portant les mêmes nom et prénom. Est-ce elle qui se rappelle ainsi à son bon souvenir ?

Vingt ans auparavant donc, avec une Federica éprise de liberté, ils avaient parcouru les toits déserts de Paris, mangé sur les terrasses condamnées rendues accessibles grâce à la débrouillardise de Federica, refait le monde en buvant des verres de vin sous les étoiles ou dans les bars enfumés, imaginé des lendemains qui chantent, joué des parties endiablées dans les salles de jeux vidéo qui fleurissaient en ce temps-là dans la capitale et ailleurs…

Il se souvient de ces heures gagnées sur la solitude, de ce sentiment de puissance, de bonheur, d’exaltation qui l’avait envahi alors, transformant son morne quotidien en un univers joyeux et irréel. Il se souvient aussi de l’abandon un jour, sans raison…
Il cherche dans les journaux, dans ce fait divers actuel et mystérieux la femme qui l’avait transformé, qui l’avait rendu heureux, quelques heures, quelques jours, à jamais peut-être ? Qui est-elle ? Où est-elle ? Est-elle coupable, partie prenante, a-t-elle fui ? Autant de questions auxquelles il va essayer de répondre, pour la retrouver, pour se retrouver, pour revivre peut-être les instants éphémères de ce bonheur perdu.

J’ai aimé suivre Federica, cette boule d’énergie si singulière qui réveille ce jeune homme triste… Découvrir dans un espace-temps comme ancré dans le présent ces instants d’un bonheur unique et si différent qu’il vous transporte une vie entière, qu’il vous change irrémédiablement, même lorsque ne reste en vous qu’un souvenir fugace d’un moment de vie, de liberté et de légèreté.

Il y a beaucoup de poésie dans cette écriture, dans l’évocation des sentiments, dans la présence vivifiante de Federica et cette façon qu’à l’auteur d’arrêter le temps. Merci Mark Greene pour la rencontre à Manosque, et pour le bonheur de découvrir ce roman !

💙💙💙💙


Catalogue éditeur : Grasset

Un matin, dans le journal, un homme lit le récit d’un fait divers survenu en Italie. Un couple a été découvert, mort, au pied d’une muraille rocheuse des Dolomites. Les corps, dit la rumeur, seraient attachés l’un à l’autre. Suicide, assassinat ? Les carabinieri suspectent une randonneuse : Federica Bersaglieri.
Ce nom, il croit le reconnaître. Serait-ce la jeune femme rencontrée vingt ans auparavant, durant une semaine féerique, au cœur d’un été parisien ? Elle l’avait arraché à ses habitudes, lui avait appris la légèreté. Ensemble, ils avaient bu du vin frais, exploré les passages couverts, mimé les passants dans les jardins publics, dormi à la belle étoile, sur les toits de la ville… Puis elle avait disparu, brusquement
Aujourd’hui, à mille kilomètres de distance, il cherche à comprendre.
Deux histoires d’amour envoûtantes, sous les auspices de l’imaginaire et de la liberté, des sommets des Alpes à ceux de Paris.

Parution : 22/08/2018 / Pages : 208 / Format : 140 x 205 mm / Prix : 18.00 € / EAN : 9782246817451