Je suis top ! Blandine Métayer, Véronique Grisseaux, et Sandrine Revel.

Parce que rien n’est jamais gagné ni gravé dans le marbre, « Je suis Top ! » nous rappelle le combat des femmes pour l’égalité.

DomiCLire_je_suis_top.jpgParler de l’inégalité homme/ femme, des études, de l’évolution de carrière, de la difficulté d’atteindre le sommet, bloquée sous le plafond de verre des entreprises, du partage des tâches ménagères, des nounou à gérer, des enfants malades, de l’éducation des enfants, du divorce, est toujours un sujet d’actualité. D’ailleurs, Blandine Métayer joue son one woman show au théâtre depuis 2010, et le joue encore en cette fin d’année 2016, c’est dire si le message est loin d’être passé y compris dans notre société.

On peut parfois trouver le trait un peu caricatural dans cette retranscription en roman graphique,  car tout doit être exprimé en peu de pages. Mais tout se tient, grâce au condensé de l’histoire par la scénariste Véronique Grisseaux et à la plume et au graphisme de Sandrine Revel. A la fois porte-parole et ambassadrices de ces femmes qui doivent encore chaque jour lutter bec et ongles pour trouver leur place, et surtout la maintenir contre vents et marées, contre les collègues hommes qui souhaitent tant les voir partir, ceux qui pensent que ce n’est pas le moment de tomber enceinte (mais ce sont souvent les mêmes qui sont tellement fiers lorsqu’ils deviennent pères ! ).

Contre ceux qui refusent leurs droits aux femmes, ou tentent de les rabaisser, la vigilance doit être permanente, car tous les droits qui ont été acquis depuis les années 80 ne sont pas gravés dans le marbre d’une constitution, les stéréotypes sont importants et les mentalités sont encore trop souvent rétrogrades.


Catalogue éditeur : Delcourt

Je suis top ! Liberté, égalité, parité.
Scénariste : METAYER Blandine, GRISSEAUX Veronique
Dessinateur et Coloriste : REVEL Sandrine
Collection : ENCRAGES / Date de parution : 10/02/2016 / ISBN : 978-2-7560-6920-3 / 15.95 € Prix public

 

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Giboulées de soleil. Lenka Hornakova-Civade

Plongez les yeux fermés dans la vie de ces trois générations de femmes en Tchécoslovaquie et vous ne le regretterez pas !

DomiCLire_giboulees_de_soleil.jpgTchécoslovaquie, dans les années 30, Magdalena est employée dans une ferme, propriété de riches patrons. Une attirance pour le fils du patron, étudiant à Vienne, une nuit d’abandon, une nuit d’incendie, et sa vie bascule. Tout comme sa mère avant elle, Magdalena va donner naissance à une bâtarde. Nous voilà donc immergés dans cette famille de femmes : Marie, une grand-mère gynécologue, dure mais juste, froide mais sensible, elle a fui Vienne lors de la partition du pays ; une mère, Magdalena, quitte la ferme et revient au village lorsqu’elle met au monde son enfant ; une fille Libuse ; puis Eva, une petite fille, chacune ayant les rêves de son temps.

Elles subiront les mêmes offenses que leur pays : la partition du pays, l’occupation par les nazis, le joug soviétique et la perte des libertés fondamentales. Pourtant face à l’adversité et fortes de leur différence, être nées bâtardes, elles sauront s’affirmer et s’épanouir, fières de leurs amours passés, d’instants de bonheur volés aux traditions, aux coutumes, au qu’en dira-t-on.

C’est le beau portrait sans concession de trois générations de femmes sans mari, de filles sans père, qui chacune à sa façon va poursuivre et inventer sa vie, son avenir, sa force, en opposition à ces hommes qu’elles auront malgré tout su aimer, mais aussi à ces hommes qui ne leur seront d’aucun secours, qui seront au contraire des entraves, des contraintes, des complications à l’épanouissement de leur vie de femme dans la recherche d’un certain bonheur et dans l’affirmation de leur liberté.

L’écriture est belle, sensible, chantante et douloureuse parfois, comme les sentiments qu’elle exprime avec une grande justesse et infiniment de sobriété. Elle parle traditions, trahison, force et honneur, amour et haine, vengeance et oubli, elle dit, elle raconte, et le lecteur ne peut qu’aimer ce roman tellement attachant, tellement émouvant, tellement beau comme des Giboulées de soleil qu’il nous emmène presque à imaginer, pluie et soleil, obscurité et lumière, tragédie et bonheur.


Catalogue éditeur : Alma éditeur

Dans un style ample et tendre et des dialogues presque naïfs, Lenka HORŇÁKOVÁ-CIVADE relate dans ce premier roman l’histoire d’une lignée de femmes bâtardes en Tchécoslovaquie de 1930 à 1980.

Elles s’appellent Magdalena, Libuse et Eva et partagent le même destin : de mère en fille elles grandissent sans père. Mais de cette malédiction, elles vont faire une distinction. Chacune a sa façon, selon sa personnalité, ses rêves, ses lubies, son parler et l’époque qu’elle traverse. Malgré elles, leur vie est une saga : Magdalena connaîtra l’annexion nazie, Libuse les années camarades et Eva la fin de l’hégémonie soviétique. Sans cesse des imprévus surgissent, des décisions s’imposent, des inconnus s’invitent. À chaque fois, Magdalena, Libuse et Eva défient tête haute l’opinion, s’adaptent et font corps. Au fond, nous disent-elles, rien n’est irrémédiablement tragique, même les plus sombres moments.

Ces héroïnes magnifiques, Lenka HORŇÁKOVÁ-CIVADE les magnifie encore par son écriture solide et douce, brodée, ourlée, chantante. Moqueuse aussi lorsque la kyrielle de personnages secondaires – paysans, apparatchiks, commères… le requiert.

Prix du Renaudot des lycéens 2016 / Prix La ruche des mots 2016
Date de parution : 07/04/2016  / 18 €  / 340 pages / ISBN : 978-2-36279-185-7

Nos âmes la nuit. Kent Haruf

Avec « Nos âmes la nuit », Kent Haruf nous entraine dans les pas de deux veufs qui rapprochent leurs solitudes le temps que quelques nuits, faisant fi du quand dira-t-on, de l’avis de leurs familles respectives, des voisins, jusqu’au moment où…

couverture

Dans la petite ville de Holt, la solitude est pesante pour Addie Moore qui a perdu son mari depuis longtemps, et dont le fils vit bien loin. Jusqu’au jour où elle décide d’aller voir Louis Waters, son voisin depuis des années, veuf lui aussi, et à qui elle propose, oui, carrément et tout simplement, de venir passer les nuits allongé près d’elle à bavarder, à dormir, pour repartir au petit matin. Un peu surpris, louis va pourtant se faire un plaisir de tenter l‘aventure, et de nuit en nuit, une complicité et une forme d’amour va rapprocher les deux solitaires.
Jusqu’au jour où Gene, le fils d’Addie, va lui confier pour quelques semaines la garde de son fils. Et le petit fils va trouver sa place entre ces deux anciens qui se font grands-parents de substitution. Mais dans une petite ville de province, où qu’elle soit, tout se sait, les bavardages, les commérages, vont bon train, les jalousies ont vite fait de s’exacerber. Louis et Addie n’en ont que faire, eux qui trouvent dans cette présence incongrue au plus noir de la nuit, un réconfort, une écoute, mais aussi un dynamisme et une énergie qu’ils avaient perdus depuis longtemps.

Un joli roman qui se lit comme un conte et qui fait bien évidemment penser au roman Sur la route de Madison, et surtout à Clint Eastwood et Meryl Streep dans le film éponyme, quand la famille, la bienséance prédominent sur l’amour, la tendresse, le bonheur individuels. Egoïsme des familles, manque de courage pour braver les interdits, si on est conquis par ces lignes, par leur tendresse et la joie qui s’en dégage, on reste frustré malgré tout devant le gâchis qu’engendrent les convenances. Où l’on se rend compte que l’âge ne rend pas plus libre pour autant !

💙💙💙💙

Catalogue éditeur : Robert Laffont, Pavillons    

Traduit par Anouk NEUHOFF

Addie, soixante-quinze ans, veuve depuis des décennies, fait une étrange demande à son voisin, Louis : voudrait-il bien passer de temps à autre la nuit avec elle, simplement pour se parler, se tenir compagnie ? La solitude est parfois si dure… Bientôt, bravant les cancans de la petite ville de Holt ou ils vivent depuis toujours, Addie et Louis se retrouvent presque chaque soir.
Ainsi commence une belle histoire d’amour, lente et paisible, faite de confidences chuchotées dans le noir, de mots de réconfort et d’encouragement. Mais très vite, les enfants d’Addie et de Louis s’en mêlent, par égoïsme et, surtout, par peur du qu’en-dira-t-on.
Ce livre-testament, publié quelques mois après la mort de l’auteur, est une célébration de la joie, de la tendresse et de la liberté. De l’âge, aussi, qui devrait permettre de s’affranchir des conventions, pour être heureux, tout simplement.
« Nombre de romans évoquent la quête de l’amour, mais celui-ci est illuminé par sa présence. » The Guardian

Parution : 1 Septembre 2016 / Format : 135 x 215 mm / Nombre de pages : 180 / Prix : 18,00 € / ISBN : 9782221-187845

Branques. Alexandra Fritz

« Je ne crains personne, je ne crains qu’une chose, c’est que la vie reparte sans que je trouve la force de me tuer à nouveau. »

Domi_C_Lire_branques_alexandra_fritz_grasset_68premiersromans.jpegChez les « Branques » d’Alexandra Fritz, il y a Jeanne, il y a So-Called-Isis, Tête d’ail et Frisco. Adolescente qui se rêve future écrivaine, mère de famille obèse et disjonctée, beau gosse un peu dealer sur les bords, ou obsédé sexuel, ils ont tous des profils qui, s’ils étaient « raisonnables », ne les auraient pas empêchés de rester dans la société. C’est l’exagération des comportements qui entraine une mise à l’écart, à l’abri, pour de courts ou long séjours, le temps de se reconstruire, ou éternellement.

Tous se retrouvent, au hasard de leurs dérives psychiatriques, dans le même hôpital, dans les mêmes couloirs, les mêmes salles communes, mais chacun est perdu dans sa propre histoire, dans ses seuls délires, dans son univers parallèle au monde dit normal.

Quelques questions émergent de ces pages. Comment bascule-t-on dans cet univers-là, celui des «  fous », des malades ? Qu’ils soient solitaires ou amoureux, dérangés, plus ou moins jeunes ou plus ou moins perdus, certains vont réussir à sortir de cet enfermement. Même si justement cet enfermement supposé protecteur doit permettre aux « Branques » de se reconstruire dans une certaine normalité acceptable. Enfin, pas tous peut-être… Sont-ils réellement aidés, compris, par le milieu médical, par les familles quand elles ne les ont pas abandonnés, par les autres, par tous ceux qui sont dehors et dont le comportement est conforme aux normes admises par la société dans laquelle ils évoluent.

Le sujet me paraissait intéressant, mais pourtant j’ai eu énormément de mal à rentrer dans ce livre et j’ai dû m’y reprendre à plusieurs fois pour le terminer ! Peut-être est-il trop décousu, à l’image de ces esprits déséquilibrés qui sont au fond avant tout différents ? C’est un roman perturbant  malgré tout, car quelle est la règle la plus adaptée aux soins indispensables à ce type de maladies ? Quelle est la formule, médicaments, psychotropes, enfermement, solitude forcée, discussions, échange, écriture, difficile à dire.

💙💙💙


Catalogue éditeur : Grasset

Voici la chronique de deux filles et deux garçons internés dans un hôpital psychiatrique. Jeanne, qui y tient son journal, tente de comprendre son basculement dans « l’anormal » et de disséquer à vif les raisons de son amputation de liberté. Rageuse, pugnace, elle a pour compagnons de « branquerie », comme elle dit, Tête d’Ail, Isis et Frisco. L’un obsédé sexuel, l’autre pédante philosophe, tous transpercés par le désir amoureux autant que par la solitude, par des idéaux de justice comme par  des pulsions suicidaires. Lire la suite

Parution : 09/03/2016 / Pages : 160 / Format : 141 x 205 mm / Prix : 17.00 € / EAN : 9782246861652

De nos frères blessés. Joseph Andras

« Je vais mourir, murmure-t-il, mais l’Algérie sera indépendante »

Dans l’Algérie des années 50, le lecteur oscille du bonheur à la violence, de la beauté à la souffrance, « De nos frères blessés » de Joseph Andras est un hymne à la fraternité, à la liberté, à ceux qui luttent pour l’amour d’un pays et de leur terre.

Bluffée ! Par l’histoire ? Peut-être car je ne savais rien de la courte vie de Fernand Iveton, restant dans l’Histoire comme le seul européen guillotiné en 1957, pendant la guerre d’Algérie, pour avoir posé une bombe. Bombe qui n’a pas sauté, qui n’a tué personne et qui n’était avant tout pas destinée à tuer mais plutôt à faire exploser les consciences, à ouvrir les cœurs et l’intelligence de tous pour enfin entendre l’aspiration à la liberté de tout un peuple.
Bluffée par le ton ? Sans doute, car il est celui d’un écrivain aguerri et certainement pas celui que j’attendais d’un premier roman.
Par le rythme ? Oui, sans hésitation, par l’alternance de situations, de souvenirs, d’événements, ayant attrait aux différents personnages, n’ayant souvent rien à voir les uns avec les autres, et qui cependant s’enchainent de façon évidente et sans casser le rythme de la lecture.
Effarée , bien que consciente de cette réalité, par la dureté des politiques, de la justice, des hommes, tels qu’ils peuvent l’être dans un pays en guerre, en conflit, en lutte pour son unité, et qui certains d’être dans leur juste droit n’hésitent pas à condamner à mort pour l’exemple.
Attristée ? De savoir et de comprendre que la mort pour l’exemple ne sert à rien, quand les hommes se battent pour des causes qu’ils croient justes, quand les lâches dénoncent sans prendre la mesure de leur faiblesse et de leur lâcheté.

Voilà un très beau roman, qui même s’il relate un épisode peu glorieux de notre histoire commune, se lit malgré tout comme un roman de fiction (enfin, de fiction …. Bref, comme un roman). Un roman qui dépeint des personnages auxquels on s’attache ou qu’on déteste mais qui ne laissent pas indifférent. Qui nous fait vivre des scènes de torture réalistes et violentes, qui posent question elles aussi. Comme se le demandera Fernand lui-même dans sa geôle de la prison de Barberousse. Jusqu’à quand ont-ils tenu, eux, les autres ? Qui est le lâche, le traitre, le faible, le courageux, le bourreau ? Jusqu’où l’homme est-il capable d’aller dans l’acceptation de la douleur avant de perdre toute humanité ? Et quelle succession d’évènements, de rencontres, de certitudes, d’amitiés, vont faire de chacun de nous ce que nous sommes ?

J’ai vraiment aimé cette écriture, ce rythme, ces alternances d’époques, ces fulgurances de bonheur et de droiture dans une vie si courte, ces flashback dans la vie de Fernand qui nous font toucher l’intimité de cet homme qu’on a du coup tant de mal à juger (si tant est qu’on en ait seulement le droit ou l’envie !) et qu’on ne souhaite que comprendre et approuver au plus profond de soi.
Bref, à lire sans faute; un roman qui bien que situé dans le passé, raisonne d’une brulante et permanente actualité.

Liberté, liberté chérie … « Sur les marches de la mort J’écris ton nom »

💙💙💙💙💙


Catalogue éditeur : Acte Sud

Alger, 1956. Fernand Iveton a trente ans quand il pose une bombe dans son usine. Ouvrier indépendantiste, il a choisi un local à l’écart des ateliers pour cet acte symbolique : il s’agit de marquer les esprits, pas les corps. Il est arrêté avant que l’engin n’explose, n’a tué ni blessé personne, n’est coupable que d’une intention de sabotage, le voilà pourtant condamné à la peine capitale.
Si le roman relate l’interrogatoire, la détention, le procès d’Iveton, il évoque également l’enfance de Fernand dans son pays, l’Algérie, et s’attarde sur sa rencontre avec celle qu’il épousa. Car avant d’être le héros ou le terroriste que l’opinion publique verra en lui, Fernand fut simplement un homme, un idéaliste qui aima sa terre, sa femme, ses amis, la vie – et la liberté, qu’il espéra pour tous les frères humains.
Quand la Justice s’est montrée indigne, la littérature peut demander réparation. Lyrique et habité, Joseph Andras questionne les angles morts du récit national et signe un fulgurant exercice d’admiration.

Domaine français / Mai, 2016 / 144 pages / ISBN 978-2-330-06322-1 / prix indicatif : 17€