La fin de la solitude, Benedict Wells

Lire « La fin de la solitude » de Benedict Wells, c’est aller à la rencontre d’un auteur de talent qui donne immédiatement envie de découvrir tous ses romans !

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Découvrir ce jeune auteur trentenaire et réaliser qu’il a déjà publié cinq romans ! Être bluffée par la qualité et l’intelligence de l’écriture (merci au traducteur bien sûr !) et par la maturité des sentiments, des personnalités de ses personnages, par la finesse et la justesse de sa fiction qui n’a rien mais absolument rien de l’auto fiction pour une fois !

Jules est le plus jeune d’une fratrie de trois enfants, Marty est l’ainé, Liz leur sœur. Ils évoluent dans une famille heureuse et relativement aisée, père français, mère allemande, ils vivent à Berlin. Ce sont des parents droits, optimistes, bon parents qui donnent une belle éducation à leurs enfants… l’avenir des enfants est donc presque tracé, ils ont tout pour être heureux comme on dit.
Mais survient un terrible accident de voiture et la mort brutale des parents. C’est la vente de la maison, les années d’internat et la séparation de la fratrie dans cette école qui n’a rien à voir avec ce qu’avaient espéré les enfants quand la famille heureuse était réunie et imaginait l’avenir.

Jules était un enfant plutôt avenant, intelligent, prometteur. Il va devenir un enfant solitaire et méfiant. Par peur d’affronter cet univers austère et inhospitalier, il va se renfermer, se replier sur lui-même.

Liz, jeune fille encore enfant, proche de sa mère et de ses poupées, est perdue quand elle est lâchée seule dans ce monde austère et dur des adultes. Les garçons, les fêtes, la drogue, elle tentera tout, jusqu’à la fuite…

Marty quant à lui, avec son imperméable et ses cheveux.. au look grunge prendra également un tout autre chemin que celui dont il avait rêvé.

Nous les suivons tous les trois au fil des ans, séparations, études, travail, échecs, succès, fiançailles ou mariages, relation heureuses, retrouvailles, décès, une vie, des vies…

Le roman est porté par une structure intelligente et fine, car de cinq ans en cinq ans, nous allons suivre les protagonistes de cette histoire racontée par Jules. Cet espace-temps va permettre à l’auteur de planter des pistes qui donnent au lecteur les clés pour comprendre les différents  personnages, mais aussi pour combler les vides en fonction de son propre vécu !

Ce que j’ai aimé ?

La question posée implicitement sur que fait-on de sa vie, et que serait-elle si un des points de départ avait été différent. La mort des parents, que l’on soit jeune ou moins jeune, qu’est-ce que ça change, qu’est-ce que ça implique dans nos caractères, culpabilité, remords, absence, chagrin ?
Et pourquoi la solitude et le silence des frères et sœur, le manque de communication, leur façon personnelle d’affronter le deuil n’est pas toujours compris par les autres membres de la fratrie.
Amours et amitiés de l’enfance, jusqu’où nous mènent-elles, est-ce important ou pas dans une vie…
Enfin, comprendre l’importance des clés, des bases données dans la vie par une éducation qui permet à chacun de comprendre, d’affronter son avenir et d’enjamber les obstacles de sa vie avec les armes plantées dès le plus jeune âge en chacun de nous.

La question est : qu’est-ce que ne serait pas différent ? Qu’est-ce qui serait invariable chez toi ? Qu’est-ce qui resterait identique dans n’importe quelle vie, quel que soit son déroulement ? Est-ce qu’il y a des choses en nous qui résistent à tout ?

Roman lu aussi dans le cadre de ma participation au jury des lecteurs du Livre de Poche 2019

Photos de la rencontre avec l’auteur à Paris en septembre.


Catalogue éditeur : Le livre de Poche, Slatkine et Cie

Traduit de l’allemand par Juliette Aubert.

« Je suis entré dans le jardin et j’ai fait un signe de tête à mon frère. J’ai pensé : une enfance difficile est comme un ennemi invisible. On ne sait jamais quand il se retournera contre vous. »
Liz, Marty et Jules sont inséparables. Jusqu’au jour où ils perdent leurs parents dans un tragique accident de voiture dans le sud de la France. Placés dans le même pensionnat, ils deviennent vite des étrangers les uns pour les autres, s’enfermant chacun dans une forme de solitude. Jules est le plus solitaire des trois lorsqu’il rencontre Alva, qui devient sa seule amie. Son obsession. Vingt ans plus tard, Jules se réveille d’un coma de quelques jours. À la lisière de l’inconscient, il se souvient.

Benedict Wells a su, sans cruauté ni sensiblerie, décrire la faiblesse humaine, l’échec ou le vieillissement. Nicolas Weill, Le Monde.
Ce roman n’a qu’une ambition : raconter des destins tourmentés par le deuil et l’espérance de la communion amoureuse. Gilles Heuré, Télérama.

Prix de littérature de l’Union européenne. Prix littéraire des lycéens de l’Euregio.
352 pages / Date de parution : 22/08/2018 / EAN : 9782253074243

Incision, Marc Raabe

Plonger dans l’univers glauque de Marc Rabe, avec Gabriel le héros de son roman noir, Incision

Incision de Marc Raabe

A onze ans, après avoir assisté à une scène particulièrement difficile, Gabriel sauve son petit frère David des flammes qui dévastent la maison familiale. Leurs parents décèdent dans l’incendie, Gabriel et son frère sont séparés par la vie et les circonstances. A quarante ans passés, Gabriel  travaille pour Youri, son tuteur, propriétaire de Phyton, une société de surveillance. Il vient d’entamer une relation avec Liz Anders, une jeune et jolie journaliste. Quand Liz est enlevée et disparait, l’univers de Gabriel, à l’équilibre déjà bien instable, s’écroule. La course contre la montre peut commencer, rythmée de façon efficace par un agenda qui s’égrène au fil des chapitres.

L’intrigue est prenante, la tension monte et les différents personnages apportent à tour de rôle leur vision des événements, mettant à jour peu à peu un passé sordide, violent, qui les poursuit jusque dans leur présent. Les traitements hors du temps des maladies mentales, les troubles psychiques,  l’amnésie, les chocs post traumatiques,  l’incompréhension de certaines pathologies par les spécialistes  et leurs effets dans la vie des malades, mais aussi les angoisses, les douleurs, les peurs, sont particulièrement bien traités.

Gabriel est un personnage ambigu au départ, on est peu enclin à l’apprécier, puis les sentiments du lecteur évoluent avec la compréhension de ses craintes, de ses peurs, de ses désirs de s’en sortir. C’est prenant et haletant, je n’ai pas eu envie de lâcher cette intrigue dans un pays que je connais mal mais qui est bien décrit. Un premier roman à l’intrigue aboutie et des personnages singuliers vous feront passer un excellent moment de lecture.

Roman lu dans le cadre du jury de l’édition 2015 du Prix du Meilleur Polar des lecteurs de Points

Catalogue éditeur : Points

Prix du meilleur polar des lecteurs de points 2014

Traduit de l’allemand par Georges Sturm

ISBN : 2757849026 / Parution 08/01/2015