Comme neige. Colombe Boncenne

Entre réalité et fiction « Comme neige » de Colombe Boncenne est un jeu de piste littéraire qui nous entraine dans le monde de l’édition et de la création.

DomiCLire_comme_neigeConstantin Caillaud, lecteur-comptable de son état, part en weekend avec Suzanne, son épouse depuis vingt ans. Là, après quelques péripéties, ils arrivent à Crux-la-Ville, et là, chez le libraire local, dans un bac de livres en solde, il tombe sur le roman « Neige noire »  écrit par son auteur préféré, Emilien Petit. Roman dont il ne connaissait pas l’existence, lui qui est pourtant incollable sur l’œuvre d’Emilien Petit. Cette trouvaille est prétexte à reprendre contact avec Hélène, sa maitresse perdue de vue depuis longtemps, elle-même fan de cet auteur. Mais le livre de Constantin disparait, impossible d’y mettre la main dessus, qu’importe, il va le chercher autrement, ailleurs.
Impossible, le livre n’existe pas ! Il n’est ni connu ni reconnu par l’éditeur, par l’auteur, ou par les amis ou critiques de l’entourage de l’auteur. Véracité de la création littéraire, fiction de l’amateur fou, ce livre n’a aucune réalité, il n’existe pas. Constantin part alors dans un jeu de piste surréaliste à travers l’ensemble de l’œuvre de l’auteur, cherchant dans tous ses romans, ses personnages, ses écrits, les traces qui mèneront à « neige noire ». Il n’y en a pas !

Mais alors, qu’en est-il de « Neige noire » ? Réalité ? Rêve ? Livre unique ? Mystification d’un lecteur qui se rêve auteur ? En tout cas il est prétexte à évoquer le monde de l’édition que l’auteur connait bien. Et l’on y trouve des lecteurs fous, qui connaissent mieux l’œuvre d’un auteur que l’auteur lui-même et que les dits spécialités. Est-ce une quête ? D’un livre ? De soi-même ? De l’objet même de la littérature ? C’est certainement le récit décalé d’une rencontre entre un lecteur et son écrivain préféré.

Alors, que dire. Sans les 68 premières fois je ne serais jamais allée vers ce livre, et qui sait si je n’aurai pas abandonné… ah, non ça pas possible, je n’abandonne jamais un livre en cours de lecture. J’ai eu un peu de mal à rentrer dans le récit, décalé en quelque sorte, puisqu’il ne faut pas y chercher une trame amoureuse, sur le couple, sur le lecteur, mais bien plutôt sur le livre et le monde du livre. Je me suis donc embarquée dans cette quête d’un livre dans toute l’œuvre d’un auteur, où des personnages et des situations se répondent à dessein tout au long de sa création littéraire, des paysages, des rencontres annoncent d’autres livres. Je me suis même imaginée cherchant un livre inconnu à travers l’œuvre d’un Zola…

les 68 premieres fois DomiClire


Catalogue éditeur : Buchet Chastel

« Je vis la pile d’ouvrages sur mon bureau, tous les romans d’Émilien Petit réunis là. Je m’adressai à l’auteur, l’appelant par son prénom, comme si c’était un vieil ami : ’Émilien, cher Émilien, Neige noire, qu’en as-tu fait ?’. »
À la maison de la presse de Crux-la-Ville, Constantin Caillaud découvre par hasard Neige noire, un roman d’Émilien Petit dont il croit pourtant avoir tout lu. Excellente trouvaille, elle va lui donner l’occasion rêvée de recontacter Hélène, sa maîtresse évanescente qui lui a fait aimer cet auteur. Mais au moment de la revoir pour lui confier le livre-sésame, il ne parvient plus à le retrouver. Il cherche alors sur Internet : aucune trace. S’adresse à l’éditeur : le titre n’a jamais figuré au catalogue. Qu’à cela ne tienne, Constantin écrit à Émilien Petit et à ses amis écrivains : tous nient l’existence de Neige noire.
Un jeu malicieux entre fiction et réalité qui peut donner le vertige.

 Roman / Qui Vive / Date de parution : 01/01/2016 / Format : 14 x 18 cm, 120 p., 11.00 € / ISBN 978-2-283-02939-8

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Des vies et des poussières. Louis Chedid

Dans ce joli recueil de nouvelles de Louis Chedid, « Des vies et des poussières » en peu de mots, peu de pages, tout est dit, ou presque, à découvrir !

Des vies et des poussières - J’aime beaucoup les textes de Louis Chedid, aussi c’est avec une certaine impatience que je me suis plongée dans ce recueil de nouvelles. J’apprécie également les nouvelles, par lesquelles un auteur va raconter une histoire, happer un lecteur, le faire rêver, lui donner des émotions, faire passer la tristesse, les espoirs, les illusions, en peu de pages. Et je n’ai pas été déçue.

Incisives, mordantes, attachantes, étonnantes, politiquement correctes – ou pas – mettant en scènes des quidams quelconques ou des personnalités de l’histoire récente, il y a toujours dans ces nouvelles un petit quelque chose qui surprend, qui retourne l’impression qu’à le lecteur au fil des pages. Très courtes pour la plupart, l’auteur a pourtant réussi à y insuffler une ambiance, une vie propre à chacune. Peut-être est-ce une capacité mise en œuvre régulièrement pour écrire une chanson, un texte court qui doit exprimer beaucoup en peu de mots ?
Si vous êtes encore un peu timide envers ce genre, leur « facilité » de lecture devrait vous convaincre ! Et si vous êtes amateurs du genre, vous aurez la garantie d’un lecture agréable et divertissante.

💙💙💙💙


Catalogue éditeur

Des vies et des poussières, c’est un livre à l’atmosphère drolatique, des bribes d’existence où quelque chose se grippe, se voile, se disloque. Un univers cruel et assassin jamais loin de l’absurde ni dénué d’humour. Au fil de ces seize nouvelles qui, chacune, s’ouvrent sur une petite morale, Louis Chedid nous étonne et nous cueille par surprise, avec un art certain de la chute.

EAN : 9782702158906 / Format : 135 x 215 mm / 234 pages / Parution : 6 janvier 2016

 

Question de géométrie. Léa Arthemise

Les couvertures des éditions Liana Lévi sont toujours une ouverture possible vers toutes les surprises, et c’est encore le cas avec « Question de géométrie », ce court roman de Léa Arthemise

Dans sa banlieue résidentielle, Bonnie est installé dans une vie tranquille et rangée. Mais ça n’a pas toujours été le cas, et aujourd’hui, au hasard d’une coupure de journal, son passé déboule et revient la titiller…
L’année du BAC, quelques années plus tôt, alors que tout la prédestinait à faire partie de ces jeunes filles qui passent leur diplôme et continuent leurs études sans faire de vague, la rencontre avec Alain et Adel, et surtout leur fuite à la suite d’un coup fourré qui tourne mal, l’avaient entrainée vers des sentiers « hors des clous » où elle aurait pu tout perdre, simplement par amitié et fidélité.
Mais si la vie n’a pas voulu qu’elle se perde, aujourd’hui pourtant les souvenirs affluent. Alternant le présent et le passé, les souvenirs de Bonnie et ceux d’Alain, l’auteur nous dépeint l’univers parfois glauque des banlieues, les perspectives d’avenir le plus souvent sombres pour les jeunes, les illusions perdues et les rêves fous inassouvis. C’est parfois tendre, souvent cruel, les mots sont bien posés, retranscrivant les sentiments, les espoirs, les incertitudes, les abandons et les résignations qui font que la vie qu’on mène n’est pas toujours conforme à celle dont on a rêvé si fort.


Catalogue éditeur

Des rangées de platanes, des rues au cordeau, des pavillons tout confort: Bonnie est installée dans une banlieue résidentielle, à vingt kilomètres de la capitale. Pourtant, à un moment de sa vie, elle a su être moins sage. C’était sept ans plus tôt, l’été du bac. L’été où elle traînait avec Alain et Adel. Un jour, les garçons ont voulu braquer un bar-tabac. Pour partir en cavale, ils avaient besoin de Bonnie et d’une voiture. Mais aujourd’hui, Bonnie est mère de famille, Alain est en prison et Adel est mort… En alternant dans des scènes courtes et rythmées les voix de ses personnages, Léa Arthemise compose un roman tour à tour caustique et tendre sur les grands ensembles périurbains et les illusions perdues de la jeunesse.

Liana levi «Littérature française» Date de parution : 07-01-2016 / 14 x 21 cm – 128 pages

isbn : 9782867467974 / 14 €

 

Je mourrai une autre fois. Isabelle Alonso

Un conte, un roman ? « Je mourrai une autre fois » d’Isabelle Alonso est une jolie surprise, un roman qui se dévore, qui parle de la grande Histoire et d’histoires, et qui se lit avec plaisir.

Je mourrai une autre foisEspagne, 1931. Après des années passées sous un gouvernement de dictature mussolinienne porté par le général Primo de Rivera, puis le général Berenger, le roi Alphonse XII quitte le pouvoir. La seconde république est proclamée par la gauche dans la liesse et sans faire usage des armes. La joie éclate, tant à Madrid que dans tout le pays. Les attentes du peuple sont immenses et les premières réalisations seront nombreuses, liberté d’expression, laïcité, construction d’écoles, tout est à réaliser. Mais c’est sans compter sur l’avènement de Franco, la montée du franquisme et la répression des républicains. Si l’espoir est permis, il sera de courte durée.

Angel Alcalá Llach, ou plutôt Gelín, comme on le nomme affectueusement, est bercé par les idéaux de ses parents. Très tôt, dans cette famille un peu fantasque il s’instruit seul, dévorant à tour de bras les journaux et nombreux livres de la bibliothèque familiale sans contrainte ni interdit. Comme ses parents, et malgré son très jeune âge, il rêve à un monde meilleur. Il a à peine quinze ans lorsqu’ il s’engage dans cette bataille perdue d’avance, au moment où les pays voisins se laissent endormir par la montée du nazisme, tournant le dos à cette guerre civile qu’ils ne comprennent pas ou ne veulent pas comprendre, abandonnant ce peuple trahi par les siens et par l’Europe.

J’avoue, j’ai aimé me retrouver dans les rues de Madrid ou de Catalogne avec Gelín. Rencontrer Nena, sa jeune mère fantasque qui ne veut pas qu’on la nomme autrement que par ce prénom, ses frères et Sol, sa petite sœur, son père, personnage important de sa vie, et tu tío, cet oncle qui l’accompagne dans les joies et dans les galères. On se laisse porter par la vie de cette famille qui, comme tant d’autres, a cru à cette liberté gagnée sans les armes. On les suit dans leurs déménagements successifs. Avec Gelín enfant, j’ai contemplé la vie depuis les balcons, observé son monde, jusqu’à ce qu’il s’écroule et que les années de guerre deviennent son quotidien. Puis viendra le temps des champs de batailles, des heures sombres et sanglantes, où l’amitié, les liens qui relient ces compagnons de misère sont forts malgré tout. Même si parfois la différence de milieu et donc d’éducation montrent qu’il y a un monde entre ces jeunes hommes engagés au front. Puis viennent les camps de concentration en France, sur les bords de cette méditerranée que l’on partage avec nos voisins espagnols, toute une époque souvent oubliée.

C’est un livre très agréable, à la belle écriture, descriptive, humoristique, dans laquelle on ressent beaucoup d’affection pour les personnages. Mais il évoque aussi et surtout les souvenirs de ceux qui ne sont plus là pour dire, ou si peu, et qu’il est important d’écouter pour comprendre. Et puis il y a l’amour d’un pays, de son pays et de la liberté ! Tellement forts et tellement importants. Une belle surprise de cette rentrée, et pour un amoureuse de l’Espagne comme moi, cette évocation d’une période méconnue de l’histoire est passionnante. Car dans le sud de la France, il existe encore quelques-uns de ces camps de concentration, où étaient retenus les parents de nos amis, alors bien sûr, il est nécessaire de voir et de dire, pour ne pas oublier.


Catalogue éditeur

C’est l’avant-guerre. Le truc avec l’avant-guerre, c’est qu’on ne le sait qu’après. Sur le moment, on ignore qu’on est en train de se gaver de pain blanc. On ne sait même pas que ça existe, un pain pas blanc. On croit que la douceur de vivre est la seule forme d’existence. – Isabelle Alonso

Date de parution : 04/02/2016 / Editeur : Héloïse d’Ormesson / EAN : 9782350873428

La bibliothèque idéale d’Isabelle Alonso à découvrir sur le site lecteurs.com :
http://www.lecteurs.com/article/la-bibliotheque-ideale-disabelle-alonso/2442589

Amours. Léonor de Recondo

Dans le Cher, en 1908, Victoire, jeune fille de bonne famille, a épousé Anselme de Boisvaillant. Ils ont tout pour être heureux, ce bonheur tranquille des bourgeois à qui le pouvoir de l’argent, l’éducation et les bonnes mœurs donnent une certaine supériorité.  Pourtant, la naissance d’un héritier se fait attendre. Victoire ne souhaite rien savoir de ces enchevêtrements immondes dont a oublié de lui parler sa mère avant le mariage,  Anselme prend  parfois ses aises avec Céleste, la petite bonne obéissante et taiseuse.

Et le jour arrive où la jeune bonne porte les fruits du péché, engrossée par le maitre, menacée d’être chassée de la maison. Pour lui offrir une belle vie, Céleste accepte de donner son fils à Victoire et Anselme. Victoire manque laisser mourir Adrien, elle a bien peu la fibre maternelle. Après tout celle-ci est tout sauf innée et se construit jour après jour entre une mère et son enfant. L’instinct maternel de Céleste va la pousser au secours de son enfant.

La beauté de Céleste, fille de la campagne saine, douce, sensible et profondément croyante va émouvoir Victoire. Les amours vont se révéler, multiples. L’amour envers son enfant,  envers l’autre. Cette découverte ouvre de bien beaux horizons tant à Céleste qu’à Victoire. Ces amours ne se cachent pas toujours là où on les attend. Loin des conventions, loin des relations traditionnelles entre femmes,  loin de la relation classique entre une maitresse et sa bonne, les corps se révèlent, s’acceptent et se découvrent, les sentiments s’affirment, en silence  d’abord, puis en gestes et en paroles, les plaisir s’exacerbent pour le bonheur et le malheur de celles qui y succombent.

Le roman aurait pu être banal, une histoire de plus dans une famille bourgeoise bienpensante. Mais non, c’est un roman écrit avec beaucoup de grâce et de délicatesse. Même si on imagine facilement la suite, on tourne les pages avec avidité, avec l’envie de savoir, de voir s’épanouir  l’amour et le bonheur, loin du carcan des corsets si représentatif du carcan des convenances, au son incessant des notes de musique ou dans le silence d’une chambre sous le toit.

Sélection du prix Orange du livre 2015


Catalogue éditeur

Nous sommes en 1908. Léonor de Récondo choisit le huis clos d’une maison bourgeoise, dans un bourg cossu du Cher, pour laisser s’épanouir le sentiment amoureux le plus pur – et le plus inattendu. Victoire est mariée depuis cinq ans avec Anselme de Boisvaillant. Rien ne destinait cette jeune fille de son temps, précipitée dans un mariage arrangé avec un notaire, à prendre en mains sa destinée. Sa détermination se montre pourtant sans faille lorsque la petite bonne de dix-sept ans, Céleste, tombe enceinte : cet enfant sera celui du couple, l’héritier Boisvaillant tant espéré.
Comme elle l’a déjà fait dans le passé, la maison aux murs épais s’apprête à enfouir le secret de famille. Mais Victoire n’a pas la fibre maternelle, et le nourrisson dépérit dans le couffin glissé sous le piano dont elle martèle inlassablement les touches.
Céleste, mue par son instinct, décide de porter secours à l’enfant à qui elle a donné le jour. Quand une nuit Victoire s’éveille seule, ses pas la conduisent vers la chambre sous les combles…
Les barrières sociales et les convenances explosent alors, laissant la place à la ferveur d’un sentiment qui balayera tout.

SABINE WESPIESER ÉDITEUR

Roman/ prix de 21 €, 280 p / Date de parution : Janvier 2015 / ISBN : 978-2-84805-173-4 Également disponible en format epub et pdf au prix de 15,99 €

Prix RTL-Lire 2015 / Prix des Libraires 2015