Du miel sous les galettes, Roukiata Ouedraogo

Une belle surprise, un roman qui fait du bien !

Il n’a rien du conte de fée et pourtant il est émouvant, attendrissant, révoltant, et terriblement positif. Roukiata Ouedraogo y raconte son enfance à Fada N’Gourma au Burkina Faso.

Du miel sous les galettes commence alors qu’elle est encore un bébé porté sur le dos de sa mère, dans ce pagne qui offre cette belle communion entre la mère et l’enfant, et permet à l’enfant de voir le monde au niveau de sa mère. Un jour, le père est arrêté pour un cambriolage qu’il n’a certainement pas commis. L’affaire devrait être vite réglée, et le père de famille pourra rejoindre sa femme et ses sept enfants. Mais non, c’est sans compter sur la justice locale à la pire mode africaine, celle des petits juges qui veulent assoir leur autorité, qui n’écoutent que leur propre conscience (ou qui sait qui d’autre) et voilà le père en prison pour de nombreuses années.

Sans le salaire du père, la mère va devoir s’occuper seule de sa famille, et subvenir aux besoins élémentaires de chacun en vendant quelques objets et surtout les galettes qu’elle cuisine si bien. Tout en aidant son mari, elle donne la priorité aux enfants, leurs études, la nourriture. C’est un travail de chaque jour, il ne faut pas sombrer. Face à l’immobilisme de la justice locale, cette combattante de l’ombre part chercher de l’aide à Ouagadougou. Pendant cinq ans, celle que l’on surnomme la Baronne va se battre, remuer ciel et terre pour faire sortir le dossier de son époux des limbes dans lesquelles il avait été enfoui et oublié.

J’ai aimé ce roman qui est une véritable ode à la mère. Il reflète l’amour d’une fille pour celle qui a tout donné pour les siens, envers et contre tous, y compris parfois contre son mari. Cette femme forte et déterminée est un exemple pour ses enfants, malgré certaines douleurs dont parle l’auteur en particulier quand elle évoque l’excision qu’elle a subie lorsqu’elle avait trois ans.

S’il parle de la mère et de l’amour filial, il évoque aussi l’importance de la famille, le rôle de la femme africaine, les lenteurs et les extravagances de la justice et le poids traditions, sans oublier le climat difficile et les paysages qui sont particulièrement bien décrits.

Enfin, tout au long du roman, l’artiste d’aujourd’hui, écrivaine mais surtout une actrice, humoriste et chroniqueuse radio qui œuvre à la défense de la francophonie, et ses projets de vie viennent ponctuer les événements vécus par la petite fille du Burkina Faso.

Catalogue éditeur : Slatkine et Cie

Roukiata est née au Burkina-Faso. De sa plume, légère et nostalgique, elle raconte avec tendresse et humour ses années d’enfance, son pays, ses écrasantes sécheresses et ses pluies diluviennes, la chaleur de ses habitants, la corruption et la misère. Elle raconte sa famille, sa fratrie, ses parents, l’injustice qui les frappe avec l’arrestation de son père. Mais, surtout, elle raconte sa mère. Cette femme, grande et belle, un « roc » restée seule pour élever ses sept enfants, bataillant pour joindre les deux bouts, en vendant sur le pas de sa porte ses délicieuses galettes.

Paru le 10 septembre 2020 / 190 pages / Prix : 17€ / ISBN : 978-2-88944-139-6

L’homme de Grand Soleil. Jacques Gaubil

Et s’il fallait atteindre le grand nord pour retrouver l’Homme des origines, celui qui réside en chacun de nous ? L’homme de Grand Soleil, un joli premier roman de Jacques Gaubil

Domi_C_Lire_l_homme_de_grand_soleil_jacques_gaubil_premier_romanInstallé au Canada depuis quelques années, ce médecin a accepté d’aller une fois par mois soigner les habitants du village de Grand Soleil, tout en haut du Québec, à quelques heures d’avion et de voiture de Montréal, là où il fait toujours si froid. Car on le comprend vite, tout au long de ces pages il fait vraiment frette comme on dit chez nos cousins, mais la chaleur est dans les mots, dans les gestes, les amitiés, les échanges de ces hommes entre eux.
A Grand Soleil, les maisons et les hommes occupent tout l’espace, et de l’espace il y en a ! Tous sont plutôt âgés, pas moins de soixante ans, et plutôt portés sur cet alcool qui réchauffe et que l’on peut distiller tout à loisir. De petits malheurs en grosses cirrhoses, il y a peu de choses à soigner, mais il faut beaucoup écouter, porter les médicaments, être l’oreille et le soutien attentif des villageois.

Mais à Grand Soleil il y a aussi une jeune femme, pas ben belle c’est sûr, mais qui est très étonnante, par son langage châtié très vieille France. Son érudition littéraire n’en finit pas de séduire et d’étonner notre bon docteur. Elle l’appelle un jour pour lui demander de soigner Cléophas, ce géant mutique et solitaire qui vit chez elle et semble aller très mal. Là, en plus de ce patient peu ordinaire, il découvre une immense bibliothèque et surtout un livre ancien aux riches enluminures, un de ces livres qui plairaient tant à son ami spécialiste d’incunables.

De contrôles en examens médicaux, le bon docteur Leboucher n’est pas au bout de ses surprises. Surtout lorsque  se pose la question de la persistance d’un sang proche de Neandertal coulant dans les veines de Cléophas. Mais ces deux trouvailles aussi extraordinaires l’une que l’autre ne peuvent-elles pas perturber l’équilibre de Grand Soleil ? Ne sont-elles pas  avant tout deux trésors inestimables à protéger et à garder secrets…

L’auteur nous fait naviguer d’une ville urbanisée et contemporaine à un espace quasiment vierge de toute civilisation – la preuve en étant la pérennité en ces terres d’un spécimen issu de néanderthalien ! – comme une évidence face à nos vies si polluées par les technologies, la science, tout ce qui va trop vite et nous fait oublier l’essentiel : l’humain qui réside au plus profond de chacun d’entre nous. Et s’il fallait poser nos smartphones, nos télés, nos voitures, pour nous retrouver face à nous-même et à nos semblables, pour enfin nous parler vraiment ? Un joli premier roman porté par une belle écriture, ponctuée de références littéraires et philosophiques jamais lourdes ni envahissantes.  J’y vois à la fois une critique acerbe de nos civilisations qui oublient l’Homme qui vit en nous et près de nous, et un appel à nous recentrer sur l’essentiel.

💙💙💙


Catalogue éditeur : Paul & Mike

Un médecin de Montréal se rend tous les mois à Grand Soleil, un village perdu dans le Québec arctique. Docteur de l’âme autant que du corps, il y rencontre Cléophas, un patient particulier. Conservé par le froid qui a saisi cette partie du Canada, l’homme de Grand Soleil a vécu caché, il n’a rien écrit, rien accompli de notable et personne ne le connaît. Pourtant son apparition va tout bouleverser, sous le regard impuissant du médecin, témoin d’un monde qui se délite.

Avec une plume intelligente, incisive et souvent drôle, Jacques Gaubil dresse un portrait froid et parfois cruel de l’homme moderne, tout en proposant un récit bienveillant et chaleureux.

ISBN : 9782366511079 / 248 pages / Format 133 x 203 / 16.00€