J’ai toujours ton cœur avec moi. Soffia Bjarnadottir

Dans « J’ai toujours ton cœur avec moi », Soffia Bjarnadottir nous entraine au cœur de l’Islande, ce  pays que notre imaginaire associe souvent au froid, au rêve et parfois même au surnaturel.

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Les sentiments y sont comme les paysages, parfois arides, intimistes, et leur beauté se confond avec celle des âmes qui l’habite. Dans cet univers si particulier, Hildur vient d’apprendre que Siggý, sa mère, vient de mourir.Alors qu’elle arrive dans la petite maison jaune sur l’Ile de Flatey, Hildur se souvient de cette mère qui n’a jamais su endosser ce rôle unique, être la mère de ses enfants. Les souvenirs, les délires, le ressentiment, l’espoir, des envies d’autre chose, de vivre peut-être enfin, affluent, dans son cœur enfin délivré de cette dose de folie intimement liée à cette femme si singulière. Car au fil des pages et des souvenirs, des errances et des hallucinations, on comprend que Siggý a disparu depuis longtemps de la vie de sa fille, ouvrant une faille impossible à combler puisqu’à son tour Hildur ne saura jamais endosser ce rôle.

Étrange pouvoir que celui d’une mère, présente ou absente, et qui par son comportement, change à tout jamais le destin de ses enfants. Poétique, étonnant, attachant, ce roman se lit avec beaucoup de plaisir et d’interrogation.

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Catalogue éditeur : Zulma

Roman traduit de l’islandais par Jean-Christophe Salaün

Phénix excentrique tant de fois ressurgi de ses cendres, Siggý n’est plus. Elle qui n’a jamais été là pour personne a légué à sa fille Hildur son mal étrange et une petite maison jaune sur l’île de Flatey.
Une lettre de sa mère pour seul viatique, Hildur s’embarque vers ce point minuscule perdu dans l’océan. Avec pour ange tutélaire l’homme aux yeux vairons. Et une foule de souvenirs sans pareils – les extravagances de Siggý et de son voisin Kafka, les mantras de grand-mère Láretta contre les idées noires, l’appel des phoques sacrés ou les fantômes de la rue Klapparstígur… Qui tous portent la promesse d’une singulière renaissance.
Comme une consolation venue d’ailleurs, J’ai toujours ton cœur avec moi est la belle chronique de ces quelques jours sans boussole – mélancolique, insolite et décalée.

12,5 x 19 cm • 144 pages / ISBN 978-2-84304-764-0 / 16,50 € / Paru le 07/01/16

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D’ailleurs les poissons n’ont pas de pieds, Jon Kalman Stefansson

Partir à la découverte de l’Islande, de son histoire et de son climat rigoureux, avec le très beau roman de Jon Kalman Stefansson, « D’ailleurs les poissons n’ont pas de pieds » est une expérience à la fois étrange et enrichissante.

Quel livre étrange, à la fois beau et triste, dense par son écriture. Pourtant, si dans ces lignes, la vie passe, des vies passent, j’ai eu souvent l’impression qu’il se passait peu de choses.
Le narrateur est le meilleur ami d’Ari. Dans son récit, les époques se côtoient rendant parfois difficile la compréhension du texte. Nous découvrons Ari alors qu’il quitte le Danemark, il vient de recevoir un paquet étrange de son père, dont on comprend qu’il est gravement malade, mort peut être. Puis viennent les récits sur ses grands-parents, Oddur le capitaine d’un bateau de pêche, et Margrét, la femme à qui il est lié depuis l’enfance, leur rencontre fulgurante, puis la vie à deux, les enfants, la lassitude et la difficulté de vivre intensément et dans la durée malgré un tel amour, la perte d’un enfant, la vie en somme . Le narrateur alterne avec l’évocation des parents d’Ari, plus précisément de son père, dont il n’est absolument pas proche, et de sa belle-mère, puisque sa mère est morte quand il était enfant. Enfin voici Ari avec sa femme et ses enfants, Ari qui part un jour de chez lui, sur un coup de tête et s’installe deux ans au Danemark.
Nous découvrons un pays qui vit intensément de la pêche et des conserveries de poisson, quand la base américaine apporte une certaine aisance à l’ile, malgré son isolement, les conserveries de poissons fonctionnent, pourvoyeuses d’emploi pour les iliens. Puis l’arrivée de quotas, la perte des emplois, la fin de la prépondérance des marins pêcheurs islandais, les ravages du chômage et de l’alcool.

Au fil des pages, nous découvrons des tranches de vie, des événements qui font que tout n’est plus comme avant, sans qu’on sache vraiment ni pourquoi ni comment, mais après tout là n’est pas l’essentiel. Il y a un mardi qui n’est tout d’un coup plus comme les autres, une jeune fille dont on est amoureux, et rien ne se passe comme prévu, et un jour, longtemps après, on comprend que l’on avait tout faux, des grands parents, amoureux, une vie ensemble, difficile, rude, comme le paysage et le climat islandais. Froid, venteux,  aride. On ressent bien au fil des pages le climat, les paysages, la vie rude de ces régions hostiles et pourtant chaleureuses. L’écriture est belle et dense, poétique parfois, dans ses descriptions de la vie, d’époques qui ne sont plus. C’est un livre qui ne laisse pas indifférent et une expérience de lecture intéressante. J’imagine aussi un très grand travail de traduction pour rendre cette façon très particulière qu’à l’auteur de poser ses mots, de composer ses phrases, pour nous faire entrer de plain-pied, par la description de l’intime, dans l’histoire de son pays.

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Catalogue éditeur : Gallimard

«Elle est plus belle que tout ce qu’il a pu voir et rêver jusque-là, à cet instant, il ne se souvient de rien qui puisse soutenir la comparaison, sans doute devrait-il couper court à tout ça, faire preuve d’un peu de courage et de virilité, pourtant il ne fait rien, comme s’il se débattait avec un ennemi plus grand que lui, plus fort aussi, c’est insupportable, il serre à nouveau les poings, récitant inconsciemment son poème d’amour. Elle s’en rend compte et lui dit, si je dénoue mes cheveux, alors tu sauras que je suis nue sous ma robe, alors tu sauras que je t’aime.»
Ari regarde le diplôme d’honneur décerné à son grand-père, le célèbre capitaine et armateur Oddur, alors que son avion entame sa descente vers l’aéroport de Keflavík. Son père lui a fait parvenir un colis plein de souvenirs qui le poussent à quitter sa maison d’édition danoise pour rentrer en Islande. Mais s’il ne le sait pas encore, c’est vers sa mémoire qu’Ari se dirige, la mémoire de ses grands-parents et de leur vie de pêcheurs du Norðfjörður, de son enfance à Keflavík, dans cette ville «qui n’existe pas», et vers le souvenir de sa mère décédée.
Jón Kalman Stefánsson entremêle trois époques et trois générations qui condensent un siècle d’histoire islandaise. Lire la suite…

448 pages, 140 x 205 mm / ISBN : 9782070145959 / Parution : 20-08-2015