Furie, Grazyna Plebanek

Puissant comme les poings serrés de Mohamed Ali, violent comme le racisme, émouvant comme la vie de la jeune Alia, rythmé comme la voix de Furie, un roman qui marque ses lecteurs

Le Belgique et le Congo, c’est une histoire d’amour et de haine, une histoire de colonies qui va du Congo Belge au Congo d’aujourd’hui. Quand la famille d’Alia arrive à Bruxelles dans les années 80, c’est dans les bagages de Bastien qui quitte Kinshasa pour rentrer chez lui.

Dans cette famille il y a Eddy, le père qui est chauffeur de maitre, ou de maitresses, c’est selon. Eddy le conteur, le griot, qui aime la palabre et le contact avec ceux qui l’écoutent, mais qui s’étiole en Belgique. Jusqu’au jour où il rentre à Kinshasa pour quelques jours, et oublie de revenir, laissant sur la touche femme et enfants, y compris Riva, ce petit dernier qui s’annonce alors qu’il vient de les quitter.

Il y aussi Fourmi, collée devant l’écran de télévision à regarder chaque jour des séries. C’est Alia qui a la charge de l’éducation de son frère Joe. Il faut dire que là-bas, c’est Fourmi qui devait s’occuper de tous les enfants que son père a eu avec ses autres épouses, alors elle en a soupé et ne veut plus travailler.

Il y a Alia, la forte, la fille de son père, prénommée d’après Mohamed Ali, son idole, et qu’il va initier à la boxe, avec ce sac suspendu dans l’entrée et sur lequel elle frappe, frappe encore. Comme une violence contenue qui doit exploser, comme un appel au secours peut-être, face au racisme, à la difficulté d’être noire dans un pays de blancs, d’être fille aussi dans une cité difficile. Elle a des rêves Alia, que ses frères réussissent, que sa mère travaille, faire de la boxe, et surtout rentrer dans la police. Elle a du courage aussi, de la pugnacité et de la suite dans les idées. Alors malgré la violence, le racisme ambiant, elle devient celle quelle rêvait d’être, policière dans un monde d’hommes, violent, raciste, délétère.

Prenant prétexte de nous conter Alia et ses rêves, Grazyna Plebanek explore l’histoire récente de la Belgique. Elle insère ses personnages dans la réalité de ces années-là, celles des tristement célèbres Tueurs du Brabant, de cette période incroyable d’un pays sans gouvernement, on se souvient des conflits sans fin entre les deux communautés linguistiques que sont les Flamands et les Wallons. C’est puissant et violent, un étonnant roman qui dérange et dont on se souvient longtemps il me semble.

Roman lu dans le cadre de ma participation au Jury du Prix des Lecteurs du Livre de Poche 2020

Catalogue éditeur : Le Livre de Poche et Éditions Emmanuelle Collas

Congolaise originaire de Kinshasa, Alia a cinq ans quand elle arrive à Bruxelles. C’est un nouveau monde, hostile, que découvre la petite fille. Son père, un fan de Mohamed Ali, l’initie à la boxe, qui devient pour elle le moyen de réprimer sa colère.
Devenue adulte, elle entre dans la police. Mais c’est un milieu machiste, et où une majorité de ses collègues sont atteints par un racisme viscéral. Car s’ils acceptent la jeune femme comme l’une des leurs, ils veulent éliminer les migrants, qu’ils torturent grâce à une milice de policiers qui ne sont pas d’origine belge. Débarrasser le pays des étrangers grâce aux étrangers, tel est le but de cette organisation. Et Alia en fait partie.
Pour s’imposer dans ce jeu de pouvoir, elle va commettre l’irréparable.

Avec Furie, l’écrivaine Grayna Plebanek nous offre un livre puissant et un inoubliable portrait de femme.

Un roman écrit avec maîtrise par l’une des nouvelles voix les plus originales des lettres polonaises. Alain Mabanckou.

Grayna Plebanek est écrivaine, feuilletoniste et boxeuse. Née en Pologne, elle est diplômée en philologie polonaise et anthropologie culturelle. Elle est l’auteure de plusieurs bestsellers en Pologne, traduits en Angleterre, aux États-Unis et au Canada. Furie est son premier roman traduit en français. Elle vit à Bruxelles depuis 2005. 

Traduit du polonais par Cécile Bocianowski.

432 pages / Parution : 29/01/2020 / EAN : 9782253934417 / Prix : 8,20€

Les impliqués. Zygmut Miloszewki.

Changer d’horizon avec cette immersion dans Varsovie d’aujourd’hui et d’hier, un très bon polar que je vous conseille par une maison d’édition bordelaise

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Parce qu’on oublie souvent que le procureur est un élément primordial de l’enquête, Zygmut Miloszewki nous le rappelle et en fait le personnage conducteur de son roman.

Varsovie, juin 2005. Teodore Szacki est un fonctionnaire intègre, trente-cinq ans, plutôt bel homme, marié sans passion à Weronica. Alors qu’il se demande  s’il peut encore tomber amoureux, la rencontre avec  une jeune journaliste va peut-être le détourner agréablement du droit chemin. Il exerce son métier avec le plus de rigueur possible. Et pourtant, la politique et les attentes de ses supérieurs voudraient parfois lui dicter les conclusions de ses enquêtes, pour que les résultats espérés soient au rendez-vous, bienvenue dans les arcanes de la justice polonaise.

Un homme est assassiné dans un ancien monastère dans lequel se déroulait une thérapie de constellation familiale. Est-ce le scénario de la thérapie qui a mal tourné, est-ce un homme désespéré qui a été poussé au suicide, est-ce un règlement de compte ? Les indices sont faibles, de nombreux suspects possibles, beaucoup trop, il faut peut-être chercher ailleurs, chercher plus loin. Faisant fi des règlements et des contraintes, les tâtonnements du procureur l’entrainent vers de nombreuses pistes en apparence sans liens entre elles. Sur fond de communisme et surtout de services secrets  tout puissants à une époque pas si lointaine, le procureur va déterrer des évènements qui lui permettront de découvrir le coupable. Mais les services de police veillent, la période sombre n’est pas si loin, et les risques sont réels et nombreux pour ceux qui osent lever le voile sur les actions passées. Avec cette plongée dans la Pologne angoissante des années Jaruzelski et de Solidarnosc, les intrigues s’emmêlent et les risques sont grands pour ceux qui s’en mêlent.

Bien sûr, les noms propres, ceux des rues ou des villes, perturbent légèrement le lecteur, mais on s’y fait vite et ce roman au départ un peu étonnant s’avère beaucoup plus subtil et profond qu’il n’en a l’air. L’auteur nous plonge dans une atmosphère un peu glauque, celle des relents d’une politique pas très claire et toujours puissante sous le manteau. Et en même temps, la vengeance, la manipulation, les regrets, toute une palette de scénarios et de sentiments trouvent leur place. Les lenteurs sont là pour perdre le lecteur… et le procureur, mais son intégrité et sa volonté lui permettront d’aboutir, pour un final à la façon d’Agatha Christie, où un Hercule Poirot réunissait les suspects pour une scène mémorable au cours de laquelle tous les fils se dénouent. On retrouve une même structure dans « les impliqués » pour le bonheur d’un lecteur perdu dans le brouillard jusqu’au bout de l’enquête.

C’est très bien mené, brillant, particulièrement bien traduit, d’une écriture très agréable et fluide. C’est une immersion dans Varsovie d’aujourd’hui et d’hier  pour un très bon polar que je vous conseille.

Catalogue éditeur : Mirobole

Un dimanche matin, au milieu d’une session de thérapie collective organisée dans un ancien monastère de Varsovie, l’un des participants est retrouvé mort, une broche à rôtir plantée dans l’œil. L’affaire est prise en main par le procureur Teodore Szacki. Las de la routine bureaucratique et de son mariage sans relief, Szacki ne sait même plus si son quotidien l’épuise ou l’ennuie.  Il veut du changement, et cette affaire dépassera ses espérances.
Cette méthode de la constellation familiale, par exemple, une psychothérapie peu conventionnelle basée sur les mises en scène… Son pouvoir semble effrayant. L’un des participants à cette session se serait-il laissé absorber par son rôle au point de commettre un meurtre ? Ou faut-il chercher plus loin, avant même la chute du communisme?

Traduit du polonais par Kamil Barbarski
Parution : 3 octobre 2013 / ISBN : 979-10-92145-09-0 / / Prix : 22 €