L’habitude des bêtes. Lise Tremblay

Lise Tremblay signe avec « L’habitude des bêtes » un roman sur la vie où la nature prend  toute sa place dans le majestueux décor des forêts canadiennes

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Au Québec, dans le parc national du Saguenay, Benoit Lévesque passe des jours tranquilles avec son chien Dan. Depuis des années, il a abandonné Montréal et son métier de dentiste pour venir s’installer dans son chalet au bord du lac.

Dans sa vie d’avant, il y a son ex-femme, qui a refait sa vie et à qui il ne parle plus vraiment … et surtout sa fille Carole, la mal aimée par des parents qui ne l’ont jamais comprise, par elle-même qui rejette sa propre image – elle se veut plate, sans sexe apparent – soignée en psychiatrie quand il aurait certainement fallu comprendre un problème d’identification, de genre et d’acceptation de soi. Il y a surtout Dan, ce chiot arrivé tout à fait par hasard dans son existence, mais qui se meurt aujourd’hui, Dan qui lui a prouvé qu’on pouvait aimer, aimer un chien, aimer les gens autour de soi, aimer l’autre.

A la lisière du parc, dans la forêt, les loups rodent, et dans ces contrées encore isolées, la loi est celle des hommes, pas celle de la justice. Aussi quand les chasseurs décident de « faire le ménage » pour protéger leurs futurs trophées de chasses, ces orignaux blessés et abimés par les loups, la tension monte entre Rémi, qui n’a jamais quitté la région, son neveu Patrice, qui est le garde du parc national, et les chasseurs qui appartiennent aux familles puissantes du village.

Tout au long du roman le lecteur sent une menace qui pèse sur l’équilibre de la population. Une tension monte entre les hommes. Le lecteur perçoit cet équilibre permanent entre la vie et la mort, la maladie et la vieillesse, entre la sauvagerie et la civilisation aussi , même si on peut se demander parfois lequel est le plus civilisé…

L’appréhension de la mort, le fatalisme avec lequel elle est acceptée voire attendue par la vieille Mina est très touchante et m’a fait penser au très émouvant film La Ballade de Narayama dans lequel cette vieille femme part vers les montagnes pour attendre la mort. Les préparatifs de Mina, la façon dont elle règle les choses pour que tout soit facile pour ceux qui devront s’occuper d’elle, est exemplaire.

Finalement, malgré une légère frustration, car cette tension m’a fait attendre une catastrophe qui ne vient pas, L’habitude des bêtes restera pour moi une lecture d’impressions, de moments de vie, d’échanges avec la nature, et de regards envers la mort, celle des êtres qui nous sont chers et la nôtre aussi sans doute. Lise Tremblay nous démontre que dans ces territoires où la nature est toute puissante il ne reste que l’essentiel, les sentiments, la vie, la mort, tout le reste est accessoire.

💙💙💙

Catalogue éditeur : Delcourt littérature

« J’avais été heureux, comblé et odieux. Je le savais. En vieillissant, je m’en suis rendu compte, mais il était trop tard. Je n’avais pas su être bon. La bonté m’est venue après, je ne peux pas dire quand exactement. »

C’est le jour sans doute où un vieil Indien lui a confié Dan, un chiot. Lorsque Benoît Lévesque est rentré à Montréal ce jour-là, il a fermé pour la vie son cabinet dentaire et les volets de son grand appartement. Ce n’est pas un endroit pour Dan, alors Benoît décide de s’installer pour de bon dans son chalet du Saguenay, au cœur du parc national. Lire la suite…

Lise Tremblay est née à Chicoutimi. En 1999, son roman La Danse juive lui a valu le Prix du Gouverneur général. Elle a également obtenu le Grand Prix du livre de Montréal en 2003 pour son recueil de nouvelles La Héronnière (Leméac, Babel). Elle a fait paraitre trois romans au Boréal : La Sœur de Judith (2007), Chemin Saint-Paul (2015) et L’Habitude des bêtes (2017).

EAN : 9782413010265 / Parution le 22 août 2018 / 128 pages / 15€

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Le poids de la neige. Christian Guay-Poliquin

« Le poids de la neige » de Christian Guay-Poliquin a tout d’un huis-clos oppressant dans un univers blanc et glacé, entre deux hommes que le hasard a réuni au sein d’une nature hostile, au plus profond d’un hiver de neige et de froid.

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Alors qu’il revenait voir son père au village après plus de dix ans d’absence, la narrateur à un accident de voiture, éjecté du véhicule, il a les jambes brisées. Sauvé de justesse par des villageois qui le reconnaissent et par Maria, la jeune vétérinaire du village, il est confié aux soins de Mathias, un vieil homme arrivé par hasard au village et qui attend que sa voisine vienne le chercher pour retrouver sa femme malade et hospitalisée à la ville.

Mais au village, au plus profond de l’hiver (canadien ?), il n’y a plus d’électricité, les voies sont coupées, l’essence, les vivres, les médicaments commencent à manquer. Les seules interactions sont donc entre les villageois, puisqu’ils sont condamnés à vivre en autarcie pendant de longues semaines. L’ambiance, comme le temps, sont glacés et les relations s’avèrent difficiles entre cet homme blessé qui ne veut pas rester à la merci de son gardien, et Mathias, ce gardien qui ne rêve que de rentrer chez lui. Aidés et ravitaillés tant bien que mal par les villageois, ils vont devoir apprendre à se connaître et à s’apprivoiser.

Il y a une lenteur forcée tout au long de ces pages, de ce journal de bord d’un homme diminué et attentif. Une cohabitation délicate, des secrets difficile à garder dans un univers aussi restreint et aussi clos, avec un homme cloué sur son lit pendant de longues semaines, peu de possibilités de se ravitailler, et la neige, lancinante, omniprésente, qui tombe dru ou léger, qui recouvre tout et dont le poids fait s’écrouler les toits, qui glace le paysage et les hommes, qui les prive de vivres et de chaleur. Cette neige pourtant si belle, immaculée, scintillante, lumineuse, qui illumine et éclaire le paysage au loin, par la vitre de la véranda, dans cette maison isolée du village dans laquelle ils vont devoir apprendre à cohabiter.

Il ne se passe pas grand-chose au fil des jours, mais le narrateur montre avec une grande finesse la difficile cohabitation des deux hommes. La fuite et la ruse, la confiance et les secrets, la solitude et la violence, l’humanité et une tension parfois extrême qui font craindre le pire, tous ces sentiments éclatent et cimentent leur relation pour le pire comme pour le meilleur. Une lecture étonnante, Christian Guay-Poliquin nous plonge dans cet univers glacé digne du grand nord canadien qui ne laisse pas indifférent.

💙💙💙💙

Catalogue éditeur : éditions de l’Observatoire

À la suite d’un accident, un homme se retrouve piégé dans un village enseveli sous la neige et coupé du monde par une panne d’électricité. Il est confié à Matthias, un vieillard qui accepte de le soigner en échange de bois, de vivres et, surtout, d’une place dans le convoi qui partira pour la ville au printemps, seule échappatoire.
Dans la véranda d’une maison où se croisent les courants d’air et de rares visiteurs, les deux hommes se retrouvent prisonniers de l’hiver et de leur rude face-à-face. …Lire la suite

Né au Québec, en 1982, Christian Guay-Poliquin est doctorant en études littéraires. Le Poids de la neige, grand succès au Québec, a été distingué par plusieurs prix prestigieux.

Parution : 10/01/2018 / Prix : 19€ / Format : 140 x 200 / 256 pages / ISBN : 979-10-329-0213-4

Patrick Sénécal, auteur de « Le vide » et « Hell.com »

Entretien avec Patrick Sénécal, un auteur Québecois de talent. Sorti en 2009 au Canada,  Hell.com parait en juin chez fleuve noir. J’ai eu le plaisir d’assister à cette rencontre à Paris en mai, avec Babelio et Fleuve noir..

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Avec Patrick Sénécal, pendant le Quais du Polar à Lyon

 Patrick Sénécal, lorsque vous écrivez, savez vous ce qu’il va advenir de ses personnages ?

« Mes personnages meurent quand je veux ! » contrairement à ces auteurs qui disent se laisser emporter et guider par leurs personnages, Patrick Sénécal est seul maitre à bord de son roman. Il fait par contre un plan bien détaillé de ce qu’il veut écrire, des situations, et surtout il sait où il va et comment va se terminer son roman, mais ensuite les personnages arrivent et repartent au gré de l’écriture.

Pourquoi avoir créé un personnage aussi antipathique et une sorte d’anti-héros ?

« Parce que c’est plus intéressant, c’est d’ailleurs plus intéressant que difficile ». Quand on demande à Patrick Sénécal s’il sait à l’avance jusqu’où son personnage peut aller : oui, il en a posé les différents jalons, c’est-à-dire qu’il sait justement jusqu’où il veut aller, la trame est définie mais il ne la connait pas dans les détails.

Et d’ailleurs là, quelle va être à la fin ? Le pire ? Hell.com ne va pas s’arrêter ? Ou le meilleur : la rédemption de Simon ?

Le plus excitant pour l’auteur, ce n’est pas d’écrire les scènes de violence, de viol, de meurtre, mais bien au contraire tout ce qu’il y a autour, les autres moments, la musique, les décors, etc. Et le lecteur doit pouvoir évacuer ses propres peur dans le roman. L’auteur est père lui-même, donc il était important pour lui de parler de la relation avec le fils. Son personnage risque de perdre son âme, il faudrait qu’il la retrouve en sauvant son fils. Mais saura-t-il écouter les signaux qui lui disent de changer ? L’influence peut-elle réellement rendre un homme meilleur ? Si l’auteur est séduit par l’humanisme et l’écriture de Romain Gary ou par d’autres auteurs, il avoue qu’il y a forcément toujours un peu de soi, de son inconscient, dans ses écrits.

A propos des personnages, en guerre contre la justice :

Charron est en guerre contre Dieu, d’ailleurs le roman suivant de Patrick Sénécal a pour titre « Contre Dieu ». L’auteur trouve intéressant que des gens puissent être en guerre contre Dieu, contre ce qui est bon, la justice, le droit. Certains ne le voudraient pas, par contre, pour le personnage de Charron, c’est délibéré, mais sans doute aussi fait par désespoir. Il n’est absolument pas fou et sait parfaitement ce qu’il fait, c’est en cela qu’il est encore plus cynique peut être.
Comme il nous le dit aussi (et en fait comme le lui dit « sa blonde » selon l’expression québécoise consacrée !) écrire là-dessus est sans doute une façon de dompter ses propres peurs. Quand on a l’impression qu’on a les choses en main, qu’on contrôle, c’est rassurant. Et si l’écriture servait aussi à le rassurer ? Par exemple sur ses propres capacités à être un bon père ?

Est-il parfois tentant de faire revenir certains personnages dans d’autres romans ?

Oui, d’ailleurs c’est le cas dans celui-ci. Il y a en a un qui revient déjà dans trois romans. Un personnage plutôt maléfique. Mais après tout, le bonheur est quelque chose de bien plat à raconter. Par exemple, Charron ne meurt pas, mais il n’a aucune raison de revenir dans un autre roman ; par contre, Michele Beaulieu est dans plusieurs romans, à des époques et des évolutions différentes de sa vie. Dans Hell.com c’est la patronne du bordel dans lequel se passe la première soirée Donjon.
Le personnage de l’ex-femme de Daniel est assez compliqué. Elle sert surtout à montrer le besoin de se défouler de Daniel, car il est arrivé à un point où tout est trop dur, trop difficile, il est à bout et au bout… Son exaspération montre à quel point il a souffert, il en veut à son ex et a des blessures toujours à vif qui vont l’emmener là où il se trouve avec Hell.com. De plus, il ne sait plus comment aimer, la démonstration de l’amour lui est trop difficile, que ce soit envers Marie ou envers son fils, du coup elle ne peut plus être visible non plus dans ses actes.

Écrire sur la violence, sur le mal, est-ce facile ?

Pour l’auteur, ce qui est difficile à écrire, ce ne sont pas les scènes de meurtres ou de torture, c’est au contraire tout ce qu’il y a avant et après et qui va rendre crédible aux yeux du lecteur la scène terrible qui va arriver. Il faut une cohérence entre les scènes et dans les personnages, pour que ça touche le lecteur « et que je puisse me dire que lorsque vous fermez mon livre, vous y pensez encore ! ». Ensuite, le plus difficile est de ne pas surenchérir à chaque livre, car on attend un peu l’auteur au tournant. Aussi est-il nécessaire de passer à autre chose, comme avec « Contre Dieu », pour ne pas tomber dans le piège de la surenchère.
Chaque scène doit servir l’histoire, elle est écrite, réécrite, pour que tout fonctionne, rien n’est gratuit dans la scène, surtout pour les scènes de violence qui sont écrites et réécrites plusieurs fois, car il ne faut pas y inscrire que le nécessaire. Elles doivent se situer dans un cadre précis et cohérent, souvent agréable, tranquille et leur description doit permettre de s’y projeter. Comme ça elles ont encore plus d’impact sur le lecteur.

Avec Hell.com, Patrick Sénécal nous montre que l’homme a toujours le choix, que tout n’est pas mal ou bien, ni simple ou difficile. Et que le personnage le plus antipathique qui soit à quand même une chance de rédemption !

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