Over the rainbow, Constance Joly

Quand l’intime rejoint l’universel, le magnifique hommage d’une fille à son père

Un livre pour dire l’amour d’une fille pour son père, pour dire la liberté et la difficulté d’être soi dans un monde qui ne vous comprend pas et ne vous accepte pas tel que vous êtes, pour dire la force d’un homme qui décide enfin de vivre la vie pour laquelle il est fait, envers et contre tous.

À la fin des années 60, Jacques le père de Constance quitte Nice et sa vie de couple avec Lucie. Il part vivre à Paris la vie pour laquelle il est fait depuis toujours, mais qu’il n’avait sans doute pas réussi à accepter avant. Le vent de liberté qui souffle en mai 68 a-t-il aidé, ou est-ce la rencontre avec Ivan qui lui montre où est sa vraie place ? Toujours est-il qu’il accepte enfin de se reconnaître homosexuel à une époque où c »était encore un crime ou une maladie qu’il fallait combattre.

La relation avec son ex femme, cette amoureuse meurtrie d’avoir été abandonnée, est d’abord compliquée, puis s’apaisera et deviendra plus sereine au fil du temps. Mais toujours le père saura s’occuper de sa fille, les week-ends, les vacances, l’éducation pas toujours facile à mesure que les enfants deviennent des ados. et la fillette, puis l’adolescente, trouve sa place au sein du couple qu’il compose avec Ivan.

Il est solaire ce père, à la fois artiste, amoureux, séducteur, passionné, professeur d’italien, amateur de théâtre et d’opéra, d’art, de belles choses, mort à cinquante quatre ans d’avoir eu le courage d’être enfin lui-même, de vivre, et de ce que certains appelaient alors le cancer des homosexuels.

Car après les années bonheur viendront les années 90, les années sida, terribles faucheuses de vies souvent regardées par les bien-pensants avec un dédain affligeant. Cette maladie sournoise est souvent tue par ceux que la contractent, surtout dans ces années-là. Elle est synonyme de différence, puisqu’elle touche en particulier le milieu des homosexuels. Elle est d’abord mal soignée, car méconnue de la médecine. Et si aujourd’hui on en meurt moins, elle est toujours présente et fait toujours des ravages.

L’auteur écrit pour dire ce père aimant, ce père présent, ses incompréhensions sans doute à certains moments, quand les ados préfèrent les vacances avec les copains à celles avec les parents. Mais aussi peut-être le regret de n’avoir pas vécu ces moments où ils auraient pu se retrouver et qui sont perdus à jamais.

C’est surtout un texte d’amour, d’empathie, de reconnaissance pour la vie donnée. C’est le livre des regrets, de l’absence, des silences que l’on aimerait combler, des mots que l’on voudrait dire, des regards que l’on ne peut plus poser sur l’autre, sur ce père qui forcément manque tant.

C’est beau comme l’amour d’une fille pour son père, d’un père pour sa fille, lumineux comme sait l’être la vie et sombre parfois comme le sont la maladie et la mort. On ressort de cette lecture bouleversé, ému, avec l’envie de les prendre tous les deux dans nos bras et de les remercier de vivre et d’aimer aussi fort, aussi bien, aussi vrai. Merci Constance Joly de nous avoir emmené avec autant de sensibilité, de justesse et de poésie Over the rainbow à la rencontre de Jacques, cet homme que j’ai presque l’impression d’avoir connu.

Catalogue éditeur : Flammarion

Celle qui raconte cette histoire, c’est sa fille, Constance. Le père, c’est Jacques, jeune professeur d’italien passionné, qui aime l’opéra, la littérature et les antiquaires. Ce qu’il trouve en fuyant Nice en 1968 pour se mêler à l’effervescence parisienne, c’est la force d’être enfin lui-même, de se laisser aller à son désir pour les hommes. Il est parmi les premiers à mourir du sida au début des années 1990, elle est l’une des premières enfants à vivre en partie avec un couple d’hommes.
Over the Rainbow est le roman d’un amour lointain mais toujours fiévreux, l’amour d’une fille grandie qui saisit de quel bois elle est faite : du bois de la liberté, celui d’être soi contre vents et marées.

Constance Joly travaille dans l’édition depuis une vingtaine d’années et vit en région parisienne. Le matin est un tigre, son premier roman (Flammarion, 2019), a été très bien accueilli par la critique et les libraires.

Paru le 06/01/2021 / 192 pages – 136 x 210 mm / ISBN : 9782081518650 / 17,00

Ce matin-là, Gaëlle Josse

Trouver les mots justes pour dire l’effondrement, la renaissance

Que ce passe-t-il dans la tête de Clara ce matin-là ? Une voiture qui ne démarre pas, le sentiment de ne pas y arriver, une angoisse qui la submerge, et la voilà effondrée, bloquée, vacillante.

Clara vient d’avoir une promotion dans la société de crédit dans laquelle elle est une employée compétente, efficace qui prend son métier à cœur. Mais un jour elle regarde ses clients différemment, entend les non-dits, comprend que la froideur et l’intransigeance exigés dans ce métier ne lui correspondent plus. Et pour ne rien arranger, sa nouvelle chef est insupportable, exigeante, stressante.

Les souvenirs affluent. L’AVC de son père, les rêves de voyage et d’exercer une profession à l’étranger qu’elle a laissé s’envoler pour rester auprès de ses parents à ce moment-là. Son métier qu’elle exerce brillamment mais qui au fond ne lui correspond pas. Son amoureux Thomas avec qui la vie est belle, mais qui peu à peu s’éloigne, ne la comprend plus.

Et Clara qui vacille, se retrouve seule, avec son chagrin, sa solitude, son incapacité à avancer dans cette vie si stressante dont elle ne veut plus. Clara en arrêt de travail, incapable de revenir à sa vie d’avant. Clara s’interroge sur ses désirs, ses envies, ses projets de vie.

Une fois de plus, Gaëlle Josse pose les mots qu’il faut sur les sentiments, sur le burn-out, sur le quotidien ordinaire qui peut pourtant s’avérer si difficile. Les sentiments, les hésitations, les douleurs sont appréhendés avec justesse et prennent vie devant nous. Nous sommes alors les spectateurs engagés de cette vie qui se brise pour mieux se reconstruire. C’est ciselé, minutieux, précis et juste à la fois dans la banalité du quotidien et dans la difficulté de se sortir de moments aussi difficiles, tout est à la fois réaliste et terriblement émouvant

Catalogue éditeur : Notabilia éditions Noir sur Blanc

Un matin, tout lâche pour Clara, jeune femme compétente, efficace, investie dans la société de crédit qui l’emploie. Elle ne retournera pas travailler. Amis, amours, famille, collègues, tout se délite. Des semaines, des mois de solitude, de vide, s’ouvrent devant elle.
Pour relancer le cours de sa vie, il lui faudra des ruptures, de l’amitié, et aussi remonter à la source vive de l’enfance.

Ce matin-là, c’est une mosaïque qui se dévoile, l’histoire simple d’une vie qui a perdu son unité, son allant, son élan, et qui cherche comment être enfin à sa juste place.
Qui ne s’est senti, un jour, tenté d’abandonner la course ?
Une histoire minuscule et universelle, qui interroge chacun de nous sur nos choix, nos désirs, et sur la façon dont il nous faut parfois réinventer nos vies pour pouvoir continuer. 

Gaëlle Josse saisit ici avec la plus grande acuité de fragiles instants sur le fil de l’existence, au plus près des sensations et des émotions d’une vie qui pourrait aussi être la nôtre.

Parution : 07/01/2021 / Format : 12,8 x 20 cm, 224 p., 17,00 € / ISBN 978-2-88250-669-6

Je suis une porte, Alsk Di Speranza

Si les objets pouvaient parler, quels secrets pourraient-ils nous conter ?

Alsk Di Speranza a écouté. Elle a entendu les mots que lui a dit une Porte d’appartement vieille de quatre-vingt-dix ans. Une porte qui un jour a été belle, brillante, pimpante, mais qui aujourd’hui arrive à la fin de sa vie. Pourtant, elle en a entendu des secrets, elle en a vécu des histoires. Aujourd’hui, nous voilà les témoins émus, attendris, bouleversés, amusés de ses souvenirs. Au fil des années, nombreux sont venus toquer à la porte, parler doucement, crier, appeler, pleurer, souffrir, rêver, espérer sans doute… Mais qu’a-t-elle donc à nous raconter ? Vous venez, on va l’écouter.

En 1943-1944, Lucie et Roger habitent dans cet appartement. Ils sont jeunes, ils s’aiment, mais n’arrivent pas à avoir ces enfants qu’ils auraient tant voulu aimer, choyer, élever, protéger. Alors ils vivent entourés d’amis. Pris dans la tourmente de la guerre, le jeune couple résiste comme il peut. En particulier en aidant des enfants à échapper à la déportation. Un jour, Lucie ramène chez elle la jeune Denise, une de ses élèves, car ses parents viennent d’être arrêtés. Se pose alors la difficile question de concilier leur rôle dans la résistance et le fait de sauver et cacher cette enfant chez eux. Surtout lorsque le doute s’installe et que la crainte d’avoir été trahis leur fait prendre des risques inconsidérés.

Dans les années 1980-1990, Patricia vit à l’abri derrière cette Porte. Elle a hérité cet appartement de son père, mais refuse de voir cet homme qu’elle déteste profondément. Elle déteste tous les hommes en général, et s’en sert pour assouvir vite fait quelques envies de sexe entre deux portes. N’importe où, pourvu que ce soit rapide et qu’elle ne les revoit plus jamais. Mais en ces années là, le sida fait des ravages, surtout auprès de ceux ou celles qui ne se protègent pas. Il faut avouer que sa façon de vivre à tout du suicide programmé. La vie de couple, le bonheur, ce n’est pas pour elle. Malgré les petits mots et les regards enamourés de son voisin du dessus, elle préfère sa solitude. Jusqu’au jour où Denise, devenue adulte, mère de deux enfants parties à l’étranger, vient toquer à la porte de l’appartement de son enfance, là où elle a trouvé la liberté et reçu tant d’amour dans ces années sombres. Denise est le catalyseur qui va bouleverser la vie de Patricia.

Derrière cette Porte aujourd’hui vit une famille avec deux enfants. Mais ils vivent un drame car leur fils est autiste Asperger. Denise, leur lointaine parente, arrive a créer un lien avec cet enfant. Regardons les vivre ensemble…

Vous l’aurez compris, à mesure que cette Porte s’ouvre, elle ouvre aussi des pages de notre histoire et aborde des thèmes indispensables et intemporels. La guerre et la résistance, la Shoah, les lâches et les Justes, mais aussi la spoliation des biens juifs et le traitement qui en a été fait après la guerre. Enfin, plus prés de nous, la liberté sexuelle, le sida, la maladie, la solitude et la mort. Avec la maladie se pose aussi la question de notre façon d’appréhender l’autisme, l’éducation des enfants, la famille.

L’écriture est ciselée, précise, le vocabulaire soigné, nécessitant parfois de se poser quelques questions. L’Histoire se déroule devant nos yeux, la Porte s’ouvre et se referme sur ces intrigues, ces secrets, ces chagrins et ces joies qu’elle a bien voulu nous conter, le temps d’un roman, le temps de plusieurs vies. Voilà un très beau roman qui accroche immédiatement avec ses personnages terriblement attachants. Et son fil rouge, cette Porte aussi discrète que bavarde, est un personnage à part entière. Croyez-moi, vous ne la regarderez plus de la même façon cette vieille porte que vous vouliez changer et moderniser. Car elle en a vécu des secrets, des drames, des bonheurs. Ah, si seulement nous savions l’écouter !

Un très beau premier roman, qui donne envie de suivre son auteur, n’est-ce pas Alsk Di Speranza, nous attendons impatiemment le prochain !

Catalogue éditeur : Bookelis

Je suis une porte.
Ne cherchez pas à résoudre quelque mystère ou à découdre une figure de style, la narratrice de ce roman est bel et bien une porte ; car oui, je suis une porte d’appartement parisien, vieille de quatre-vingt-dix ans, sans trop vouloir l’ouvrir, ni l’intention de la fermer.
Tout commença en 1943. En ce temps-là, j’étais une porte dans la fleur du bois ; jeune et brillante dans ce hall parmi les bruits sourds et la torpeur qui régnaient dehors.
J’en ai fait de mémorables rencontres durant toutes ces décennies.
Lucie, Roger, Denise, Patricia, Lucas, Caro.
Ces prénoms ne vous disent rien, pour le moment. Et pourtant, tous ont vécu ici, dans cet appartement, et ont foulé leurs pas et leur vie dans ce hall, qu’ils appelaient Paris.
On m’a toquée, caressée, tapée, encensée, car de bois noble je me dresse, droite et immobile.
Alors, laissez-moi suspendre votre temps, pour vous offrir le seul voyage dont je sois capable : une plongée dans le mien.

Alsk Di Speranza est correctrice, autrice, haïkiste. Rien de plus, rien de moins.

Nombre de pages : 498 / Format : 14.8x21cm / Date de publication : 29/01/2020 / ISBN : 979-10-359-2810-0 / Prix : 20€

Trencadis, Caroline Deyns

Nikki de Saint Phalle, artiste inclassable et libre

Le Trencadis, c’est l’art de créer une mosaïque en partant d’éclats de céramique. Typique de l’architecture catalane et du parc Güell de Barcelone, l’œuvre de Gaudi qui avait tellement séduit Nikki. C’est typiquement la technique du pique-assiette.

Catherine Marie-Agnès Fal de Saint Phalle (1930- 2002) est une artiste qui traverse le XXe siècle en précurseur, en féministe, novatrice en particulier dans cet art plus communément associé aux hommes, la sculpture.

Dans son roman Trencadis Caroline Deyns pose une mosaïque de textes, de personnages, de témoignages, pour reconstituer la vie de Nikki de Saint Phalle, artiste singulière, femme et amante, mère qui abandonne ses enfants à son mari pour se réaliser dans l’art. Elle découvre l’art et le bonheur de la création dans les années 50 lorsque victime d’une dépression nerveuse elle est internée en hôpital psychiatrique, hospitalisation qui ne sera pas sans conséquences sur sa santé, compte tenu en particulier du type de traitement opéré à cette époque (électrochocs, néfaste pour la mémoire entre autre). C’est aussi cette jeune fille de 11 ans violée par son père, cette blessure sera exorcisée par la parole que nombreuses années après la mort de ce dernier, lors de la parution de son livre. Enfin, amante puis épouse de Jean Tinguely avec qui elle vivra pleinement la passion de la création, mais jamais cette de la maternité.

L’œuvre de Nikki est multiple et protéiforme. Nikki, c’est le blanc, le noir, mais surtout la couleur, les formes, le gigantisme. C’est aussi les performances, avec Les Tirs, dans les années 1960. Ces tableaux contribuent à sa notoriété au niveau international. D’abord construits de peinture, plâtre, objets divers sur lesquels elle tire avec des fléchettes, puis à l’aide d’une carabine véritable, à Paris en 1961, dans l’impasse Ronsin où elle vit et crée avec Jean Tinguely. Par cette série des Tirs, véritable défouloir, symbole de révolte contre la famille, la société, le monde qui l’entoure et ne la comprend pas, elle laisse éclater sa rage contre son père, son violeur, et par lui, une forme de rage contre les hommes en général.

Viennent ensuite les Nanas, ces femmes colorées, énormes, flottantes, qui affirment leur supériorité, au moins par leur dimension, sur la société patriarcale dans laquelle Nikki évolue.

Viendra Hon/Elle, la plus grande des nanas qu’elle crée en 1966, à Stockholm, dans le hall du Moderna Museet. C’est une gigantesque femme-cathédrale, couchée sur le dos, les visiteurs de l’exposition entraient par le sexe pour trouver dans ses entrailles de nombreuses autres activités. Une œuvre détruite dès la fin de l’exposition.

Depuis 1983, tous les enfants se passionnent pour la fontaine Stravinsky qu’elle crée avec Jean Tinguely sur la place éponyme située entre le centre Pompidou et l’église Saint-Merri. Parmi les créations de cette artiste prolifique hors norme qui appartient au groupe des Nouveaux réalistes, on compte, outre ses Nanas, Le Jardin des Tarots, cette œuvre démesurément gigantesque située en Toscane.

Qui était Nikki de Saint Phalle ? Une femme, une féministe, une mère indigne ou désespérée, une amante, une passionnée, une résiliente magnifique, une créatrice, une artiste ?

À toutes ces questions et à beaucoup d’autres, Caroline Deyns apporte des réponses, mais laisse à ses lecteurs le choix, présente sans juger, sans privilégier l’une ou l’autre de ces facettes, et sans doute est-ce aussi pour cela que son roman est aussi formidable, passionnant, émouvant. L’écriture et la forme séduisent par leur originalité et par la grande humanité qui s’en dégage au fil des pages, laissant le lecteur entrer en communion avec la femme, l’artiste, sa vie. Je l’ai tellement aimé que je ne peux que vous en conseiller la lecture.

« en fait, je suis une ardente féministe mais à ma manière. Ma révolte est individuelle. Ma révolte, c’est de créer le jardin des Tarots en Toscane, le plus grand ensemble architectural jamais réalisé par une femme. »

« dans le champ de l’art les hommes ont maintenant tout épuisé » et « c’est aux femmes de réaliser quelque chose de nouveau ».

Catalogue éditeur : Quidam éditeur

«Je montrerai tout. Mon cœur, mes émotions. Vert – rouge – jaune – bleu – violet. Haine – amour – rire – peur – tendresse.»

Niki hait l’arête, la ligne droite, la symétrie. A l’inverse, l’ondulation, la courbe, le rond ont le pouvoir de déliter la moindre de ses tensions. Délayer les amertumes, délier les pliures : un langage architectural qui parlerait la langue des berceuses. Aussi vit-elle sa visite au parc Güell comme une véritable épiphanie. Tout ici la transporte, des vagues pierrées à leur miroitement singulier. Trencadis est le mot qu’elle retient : une mosaïque d’éclats de céramique et de verre. De la vieille vaisselle cassée recyclée pour faire simple.
Si je comprends bien, se dit-elle, le trencadis est un cheminement bref de la dislocation vers la reconstruction. Concasser l’unique pour épanouir le composite. Broyer le figé pour enfanter le mouvement. Briser le quotidien pour inventer le féérique. Elle rit : ce devrait être presque un art de vie, non ?

Originaire de Valenciennes, Caroline Deyns vit et enseigne à Besançon. Elle est l’auteure aux éditions Philippe Rey de Tour de plume (2011) et de Perdu, le jour où nous n’avons pas dansé (2015). 

364 pages 22€ / août 2020 / 140 x 210mm / ISBN : 978-2-37491-158-8

Loin-Confins, Marie-Sabine Roger

Voyage au pays de la folie et de l’amour filial, un roman émouvant et poétique

Tanah connaît parfaitement le royaume de son père, Agapito 1er, le souverain déchu de Loin-Confins, et part s’y promener avec lui dès qu’elle rentre de l’école.

Tanah a neuf ans, ses six frères sont tous beaucoup plus âgés, de vingt-deux à dix-huit ans, un monde à cet âge, et elle ressent bien peu d’affinités avec ces grands garçons qui ont déserté le foyer depuis longtemps.

Alors chaque jour, c’est avec lui qu’elle part en voyage dans ce domaine intérieur qui n’appartient qu’à eux. Au grand dam de la mère qui impuissante continue à faire tourner la maison, vaisselle, lits bien faits, linge propre, repas pour tous, pour elle la vie s’écoule triste et monotone. Elle est solaire et bien trop colorée cette mère si différente qui chaque jour pendant de longues heures au téléphone confie son exaspération à qui veut bien l’entendre.

Jusqu’au jour où le monde de Tanah s’écroule, aussi violemment que lorsque le père Noël s’est effacé, quand elle comprend où la mène le voyage inachevé de François Mollet Agapito 1er, en plein cœur de cet Océan Frénétique, dans cette autre réalité qui n’appartient qu’à lui, et accessoirement à elle puisqu’elle a accepté d’y croire et de l’y accompagner.

Si son frère lui a dit de partir dès qu’elle serait assez grande, si sa mère se plaint chaque jour, si même les amis du café du coin déblatèrent sur François le pathétique, rien pourtant ne l’avait préparée à ça. À la folie du père et à son mal-être qui en font un handicapé à la charge de sa mère, celle qui s’épuise chaque jour à leur faire mener un semblant de vie normale, qui use toute ses réserves d’amour et se trouve incapable d’en donner à sa fille, de lui montrer un tant soit peu d’attention, cette mère qu’elle abhorre et qu’elle mettra bien du temps à comprendre.

Un étrange roman sur l’amour filial, mais aussi sur le couple, la maladie, sur la relation entre la mère et sa fille, entre le père et sa fille, et sur la fratrie. Roman qui évoque la complexité des sentiments, notre façon de les monter ou de les cacher. Il est vrai qu’au fil des années dans une famille aucun des enfants n’aura vécu la même relation avec ses parents, le temps passe et les vies avancent, changent, les gens évoluent et leur relation à l’autre aussi, forcement. La relation est forte entre le père et sa fille, elle saura perdurer même au plus fort de la maladie. Par delà les années, un lien indéfectible les unis, car eux seuls connaissent le royaume de Loin-Confins. Jolie façon de parler de la maladie, de la folie, et de la fin de vie. Avec élégance et douceur.

Ils sont étranges ces mondes parallèles. Comme dans Avant la longue flamme rouge, de Guillaume Sire, le héros survit au pire grâce à son monde intérieur, ce royaume préservé qui n’appartient qu’à lui ou à ceux qui le comprennent et en qui il a entièrement confiance.

Catalogue éditeur : éditions Le Rouergue

Il y a longtemps de cela, bien avant d’être la femme libre qu’elle est devenue, Tanah se souvient avoir été l’enfant d’un roi, la fille du souverain déchu et exilé d’un éblouissant archipel, Loin-Confins, dans les immensités bleues de l’océan Frénétique. Et comme tous ceux qui ont une île en eux, elle est capable de refaire le voyage vers l’année de ses neuf ans, lorsque tout bascula, et d’y retrouver son père. Il lui a transmis les semences du rêve mais c’est auprès de lui qu’elle a aussi appris la force destructrice des songes. 
Dans ce beau et grave roman qui joue amoureusement avec les mots et les géographies, Marie-Sabine Roger revient à ce combat perdu qu’on nomme l’enfance et nous raconte l’attachement sans bornes d’une petite fille pour un père qui n’était pas comme les autres.

Août 2020 / 208 pages / 18,00 € / ISBN : 978-2-8126-2074-4

Carnaval, Hector Mathis

Un roman de l’urgence, sombre et caustique sur l’adolescence et le temps qui passe

Avec Carnaval, Hector Mathis nous plonge immédiatement dans la suite de K.O, ce premier roman qui l’avait révélé en 2018. Le personnage principal, Sitam, verlan ou palindrome quasi parfait du nom de l’auteur, continue ses pérégrinations et porte en lui un sentiment d’urgence qui transparait dans chacun de ses mots.

Il avait fui ses amis et surtout Capucine à la suite de la déroutante découverte de la maladie grave qui le frappait, la sclérose en plaque. Sur le même rythme, soutenu, haché, vif, direct, au style parlé dynamique et exalté, il parcourt à nouveau la route et tente de retrouver cette Capu qui lui manque tant. Mais encore faudrait-il la localiser, et qu’elle veuille encore de lui.

Le chemin pour la retrouver n’a rien d’un fleuve tranquille, d’autant qu’entre temps il apprend le décès d’un de ses inséparables amis d’enfance. C’est alors le retour obligé vers la banlieue grise de l’enfance. Il part avec un de ses amis pour assister aux obsèques. Les souvenirs affluent alors, en vrac, vivants, bruyants, mouvementés, colorés, gais et tristes, qu’importe. Ils sont là pour rappeler ces années où les amis ont été présents, l’avenir était ouvert, la vie s’annonçait belle malgré les bêtises, les incartades, la soif de découvertes, les quatre-cent coups faits par les adolescents d’hier. Aujourd’hui, l’avenir est sombre, la situation triste, et Capu n’apparait toujours pas. Fort de cette quête, il avance sur le difficile chemin de l’acceptation de cette maladie lourdement invalidante et sournoise.

Un roman à l’écriture aussi étonnante que le premier, sombre et caustique, parfois triste, souvent mordant et joyeux. Qui se lit quasi sans respirer, dans l’urgence absolue. Réaliste et pessimiste aussi, mais pourtant au bout du chemin apparait peut-être une lumière.

Roman lu dans le cadre du jury du Prix littéraire de la Vocation 2020

Catalogue éditeur : Buchet-Chastel

Lorsqu’il apprend qu’il est atteint d’une maladie incurable, Sitam quitte tous ceux qui partageaient son existence. Quelques mois plus tard, conscient de son erreur, il cherche à retrouver sa compagne. Mais après de multiples tentatives infructueuses, il se résigne à mener une vie solitaire. Alors qu’il semble abandonner tout espoir, un coup de fil de son vieil ami Benji l’oblige à quitter Paris pour revenir dans sa banlieue natale : la grisâtre. Un des leurs est mort. Il faut l’enterrer.

Ce voyage en banlieue replonge Sitam dans le passé et son enfance. Ils étaient un groupe de copains qui ont grandi entre la déconne, les problèmes d’argent et une soif immodérée d’aventure. Sitam retrouve ses anciens compères, s’aperçoit de l’attraction qu’exerce sur eux la banlieue et de la dureté de l’existence qui s’est imposée à eux.

Parution : 20/08/2020 / Format : 13×19 cm, 224 p., 16,00 € / ISBN 978-2-283-03225-1

L’habit ne fait pas le moineau, Zoé Brisby

Humour, tendresse et fantaisie, quand une rencontre insolite donne un sens à la vie

Maxine est une vieille dame de 90 ans et des poussières dynamique et sans espoir. Alex est l’amoureux transi d’une jeune fille qui ne le calcule même pas.

Il a envie de partir à Bruxelles mais pas seul. Elle a besoin de partir à Bruxelles mais pas seule

Grâce à un site de covoiturage, ils se rencontrent un beau matin devant la maison de retraite. De quiproquo en confidences ils vont finir par découvrir les vraies raisons de leur voyage, une euthanasie pour l’une, une fuite en avant pour l’autre.

Et si cette rencontre était le détonateur qui va transformer leurs vies qui vont passer de fades, inconsistantes, sans amour ni amis, en feu d’artifice permanent et envie de vivre et de rire, enfin ?

Alors oui, parfois le discours est un peu facile, un peu trop évident, un peu trop salvateur. Mais que ça fait du bien ces lectures qui nous montrent la réalité de nos émotions, de nos dépressions, de nos espoirs déçus et de nos rêves déchus. Qui nous montrent et nous démontrent que la lumière si on la cherche bien et si on la laisse nous éclairer un tant soit peu, est parfois tout simplement au bout du chemin.

J’ai passé un bon moment en compagnie de ces deux protagonistes terriblement attachants, et c’est ce qui fait leur charme, que tout éloigne mais que la vie rapproche pour le meilleur après quelques émotions et un peu du pire (on ne manquera pas de suivre les Infos en continu qui nous font vivre leur périple !).

Une lecture d’été comme on les aime, rafraichissante, sensible et pétillante.

Impossible de ne pas évoquer ces romans qui nous parlent également de fin de vie et dont je vous ai déjà parlé ici, comme par exemple le très beau roman Suzanne de Frédéric Pommier ou encore Tout le bleu du ciel de Melissa Da Costa.

Roman lu dans le cadre de ma participation au Jury du Prix des Lecteurs du Livre de Poche 2020

Catalogue éditeur : Le Livre de Poche et Fayard Mazarine

Maxine, vieille dame excentrique, s’échappe de sa maison de retraite, avec un projet bien mystérieux.
Alex, jeune homme introverti au cœur brisé par un chagrin d’amour, décide sur un coup de tête de faire un covoiturage.
Réunis dans une Twingo hors d’âge, les voici qui s’élancent à travers le pays.
Mais quand Maxine est signalée disparue et que la police s’en mêle, leur voyage prend soudain des allures de cavale inoubliable. C’est le début de la plus belle aventure de leur vie…

Prix 8,70€ / 512 pages / Date de parution : 25/03/2020 / EAN : 9782253934622

Tout le bleu du ciel, Melissa Da Costa

Partir pour un dernier voyage dans les Pyrénées, émotion, sourires et larmes au rendez-vous

Émile découvre à 26 ans qu’il est atteint d’un Alzheimer précoce, il refuse de se voir diminué dans les yeux de sa famille et de ses amis. Impossible d’accepter leur regard de pitié et le chagrin, leur façon inconsciente de le traiter comme un mourant. Depuis que sa petite-amie Laura l’a quitté il y a déjà quelques mois la vie n’a plus du tout le même goût. Aujourd’hui, il rêve de partir.

Il décide de larguer les amarres pour enfin réaliser le grand voyage en camping-car dont il a toujours rêvé. Mais avec sa maladie, impossible de partir seul, et depuis que Renaud, son ami inséparable, file le parfait amour avec Lætitia, il est hors de question de lui proposer de partir ensemble. La solution ? Poster une petite annonce pour trouver le compagnon de voyage idéal, celui qui le suivra jusqu’au bout.

C’est une fille qui se présente. Joanne arrive de Bretagne, tout de noir vêtue, avec une robe longue un peu informe, un grand chapeau qui cache en partie son visage, elle est décidée à l’accompagner où il veut, qu’importe le chemin qu’ils vont prendre.
Ensemble, ils vont parcourir les Pyrénées d’est en ouest, passer quelques jours en bord de mer, puis découvrir la montagne, ses étendues, ses cimes, son calme. Face à l’oubli et à la mémoire qui s’efface, Joanne propose à Émile de tenir un carnet, et d’y inscrire chaque jour ce qu’il a vécu de beau, ses émerveillements, ses sentiments, d’écrire à ceux qu’il aime toutes ces lettres qu’il ne leur enverra pas mais qui leur parlera si bien de lui.

C’est un long périple fait de rencontres, mais surtout un voyage pour se connaître soi et connaitre l’autre, avec ses chagrins et ses blessures, ses failles et sa force, sa confiance et ses espoirs, pour revivre ses souvenirs, pleurer et rire, pour vivre malgré l’horloge qui tourne inexorablement pour annoncer la fin.

Si le roman semble parfois un peu idyllique malgré la maladie qui prend toute sa place, c’est un beau moment lecture, de courage et de confiance. D’amour et de passion, de douleurs et de joies. Une très jolie lecture. Et malgré le nombre de pages, le roman file aussi vite que les souvenirs d’Émile, pour le plus grand bonheur du lecteur.

Roman lu dans le cadre de ma participation au Jury du Prix des Lecteurs du Livre de Poche 2020

Souvenir d’une balade au cirque de Lescun, Pyrénées été 2019

Catalogue éditeur : Le Livre de Poche

Petitesannonces.fr : Jeune homme de 26 ans, condamné à une espérance de vie de deux ans par un Alzheimer précoce, souhaite prendre le large pour un ultime voyage. Recherche compagnon(ne) pour partager avec moi ce dernier périple.
Émile a décidé de fuir l’hôpital, la compassion de sa famille et de ses amis. À son propre étonnement, il reçoit une réponse à cette annonce. Trois jours plus tard, devant le camping-car acheté secrètement, il retrouve Joanne, une jeune femme coiffée d’un grand chapeau noir qui a pour seul bagage un sac à dos, et qui ne donne aucune explication sur sa présence.
Ainsi commence un voyage stupéfiant de beauté. À chaque détour de ce périple naissent, à travers la rencontre avec les autres et la découverte de soi, la joie, la peur, l’amitié, l’amour qui peu à peu percent la carapace de douleurs d’Émile.

840 pages / Date de parution : 12/02/2020 / EAN : 9782253934103 / Prix : 9,90€

Éditeur d’origine:

De la part d’Hannah, Laurent Malot

De la part d’Hannah, un beau roman sur l’enfance et sur une époque, émouvant, indispensable, intemporel

Dans les années 60, nous faisons la connaissance d’Hannah, une fillette de dix ans qui n’a pas la langue dans sa poche. Elle revient du sanatorium et s’installe dans sa famille, avec son père et son grand père. La seconde guerre mondiale est encore un souvenir intact, la peur de l’émigré est déjà présente, et la guerre d’Algérie se profile, les jeunes partent faire un service militaire dont ils ne veulent pas et dont souvent ils ne reviennent pas. C’est dans ces conditions que nous allons suivre Hannah.

Elle est étonnante cette petite fille, avec son caractère bien trempé, son vocabulaire de charretier parfois, son manque flagrant d’éducation et qui pousse sans trop d’amour, orpheline de mère, et tuberculeuse dans un sanatorium.

Elle est d’autant plus étonnante qu’elle va apprendre peu à peu la réalité de son existence, affronter la duplicité et la méchanceté, la jalousie et l’envie, qui poussent les villageois, et de préférence les villageoises acariâtres et frustrées de La Chapelle-Meyniac à faire le mal autour d’elles.

Elle est émouvante, attachante, bouleversante quand elle apprend qu’elle peut quitter le sanatorium ; quand elle cherche le dialogue avec son père, qu’elle veut savoir où est enterrée sa mère, qu’elle se bat avec ses poings, son énergie et tout son cœur contre ceux du haut, mais aussi contre ceux qui la blessent ; quand elle met toute son énergie aussi à faire parler Martha ou Jimino, le grand père au grand cœur et à la bouteille facile, lorsqu’elle en a assez des secrets de famille qui pourrissent l’existence.

Elle a une grande maturité malgré sa jeunesse, un franc parler, une envie de vivre et d’être heureuse qui bouleversent le lecteur. De la part d’Hannah est un beau roman sur l’enfance, la filiation, la guerre, celle qui vient de finir depuis pas si longtemps, et celle qui se déroule là-bas de l’autre côté de la méditerranée en cette année 1961, mais aussi sur les préjugés, la médisance, la bassesse et la méchanceté et bien sûr l’intolérance, et pour tout cela il n’y a hélas pas prescription.

Un roman qui émeut, d’une belle intelligence, celle de l’esprit mais aussi celle du cœur. Une belle raison de le faire connaitre, maintenant qu’il est enfin en poche.

Roman lu dans le cadre de ma participation au Jury du Prix des Lecteurs du Livre de Poche 2020

Catalogue éditeur : Le Livre de Poche

Hannah a dix ans et un caractère bien trempé. Elle vient de passer trois ans dans un sanatorium, lorsque, du jour au lendemain, on décrète qu’elle n’est plus malade et doit rejoindre son petit village de Dordogne. À La Chapelle-Meyniac, les cancans des mégères vont bon train. Hannah s’en méfie. En 1961, en pleine guerre d’Algérie, les blessures de la Seconde Guerre mondiale ne sont pas cicatrisées. Rien de pire que les rumeurs, surtout lorsqu’elles concernent votre mère…

Né en 1970, Laurent Malot écrit depuis l’enfance. Il aime vagabonder entre les genres, notamment la littérature, roman jeunesse, roman policier et thriller, et tremper sa plume dans les formes les plus diverses : pièces radiophoniques, pièces de théâtre, romans et scénarii. 

216 pages / Date de parution : 08/01/2020 / EAN : 9782253934554

Éditeur d’origine : Robert-Laffont / EAN : 9782221135549 / pages : 234 / Format : 135 x 215 mm / prix : 19.00 €

Il est juste que les forts soient frappés, Thibault Bérard

Quand la réalité dépasse la fiction et qu’une expérience douloureuse devient un sublime témoignage de vie et d’amour, un roman à découvrir absolument

Ce livre est un véritable concentré d’émotion. Triste, étonnant, vivant, il parle de maladie et de passion, de mort et de naissance, d’accouchement et de scanner, de vacances et de chambre d’hôpital.

C’est le roman de Sarah, l’amoureuse de Théo, la maman de Simon et Camille, Sarah, morte à 42 ans d’un cancer. Elle nous parle de lui, d’elle, d’eux, de ses petits aussi, elle nous parle depuis cet au-delà que l’on n’imagine pas, ces limbes dans lesquelles errent ces morts que l’on a tant aimé et que par la force de nos pensées, on ne peut pas laisser partir vers cet ailleurs inconnu et mystérieusement angoissant.

Lorsque Sarah et Théo se rencontrent, la relation semble improbable entre ce jeune homme et cette punkette contestataire plus âgée que lui. Pourtant, très vite, entre le Moineau et le Lutin, c’est l’amour fou, léger, romantique, puissant. Les petits bonheurs de chaque jour, l’avenir qui leur sourit. Mais c’est compter sans la fatalité, sans cette maladie qui vient leur couper les ailes, ce cancer violent et dévastateur qui s’invite pendant la seconde grossesse de Sarah. Ce sera aussi la lutte, l’énergie du désespoir pour gagner des jours, des mois, des heures, face à ce crabe qui ne lâche rien. Car de couple heureux, lutin et Moineau deviennent un couple extra-ordinaire dans tout ce que cela représente, devenir des super-héros pour se battes, gagner contre la maladie, se soutenir l’un l’autre, lutter ensemble dans cette épreuve qui les soude mais qui peut aussi les détruire tant c’est difficile.

Ah, me direz-vous alors, ce roman est triste, démoralisant, etc. Mais non, en fait, malgré la mort inéluctable, malgré la lutte contre la maladie, la tristesse, le chagrin, voilà un livre particulièrement lumineux. Il a tout pour lui ce premier roman, l’amour, la gaité, la joie même, le couple, les enfants, l’espoir, le chagrin, la tristesse, la fin inéluctable. Et à chaque page éclate la vie, celle des enfants, celle d’avant et celle d’après, qu’il faudra vivre car on continue, car le soleil se lève encore et que chaque jour apporte son lot de satisfactions même au milieu de tant de souffrance. Et bien sûr, on ne peut qu’être bouleversés par cet émouvant message que l’auteur adresse ici à ses enfants, lui qui a vécu de l’intérieur tout ce que nous raconte sa Sarah.

Bien sûr il y a aussi ces moments douloureux à l’extrême, surtout oserais-je dire lorsque l’on a soi-même accompagné quelqu’un aux frontières de la mort, lors de ce passage parfois si délicat. Ici les scènes terriblement humaines et réalistes portent une souffrance et une vérité parfois difficile à lire, mais les mots de l’auteur et la voix de Sarah qui évoque son propre départ, subliment en quelque sorte ce moment-là. Et si Thibault Bérard avait raison, s’il fallait laisser partir ceux que l’on a tant aimés, pour qu’ils puissent enfin atteindre la sérénité dans cet au-delà inconcevable.

Lisez, osez, et sachez qu’on ne sort pas indemne de cette lecture. On voit la vie autrement, les instants à savourer, les enfants à aimer, les plaisirs et même les contrariétés à apprécier à leur juste valeur, légère, profonde, amicale ou désespérée. Mais si j’en retiens une chose, c’est bien qu’il faut prendre la réelle mesure de ces mots que l’on entend souvent : vivons chaque jour comme si c’était le dernier…parce que le bonheur, c’est ici et maintenant.

Catalogue éditeur : Editions de l’observatoire

Lorsque Sarah rencontre Théo, c’est un choc amoureux. Elle, l’écorchée vive, la punkette qui ne s’autorisait ni le romantisme ni la légèreté, se plaisant à prédire que la Faucheuse la rappellerait avant ses 40 ans, va se laisser convaincre de son droit au bonheur par ce fou de Capra et de Fellini.

Dans le tintamarre joyeux de leur jeunesse, de leurs amis et de leurs passions naît Simon. Puis, Sarah tombe enceinte d’une petite fille. Mais très vite, comme si leur bonheur avait provoqué la colère de l’univers, à l’euphorie de cette grossesse se substituent la peur et l’incertitude tandis que les médecins détectent à Sarah un cancer qui progresse à une vitesse alarmante. Chaque minute compte pour la sauver
Le couple se lance alors à corps perdu dans un long combat, refusant de sombrer dans le désespoir.
Un récit d’une légèreté et d’une grâce bouleversantes, entre rire et larmes, dont on ressort empreint de gratitude devant la puissance redoutable du bonheur.

Nombre de pages : 304 / ISBN : 979-10-329-0881-5 / Format 14 x 20 cm / Parution : 08/01/2020