La vraie vie. Adeline Dieudonné

« La vrai vie » c’est celle d’avant… Cette vie dont parle Adeline Dieudonné dans ce premier roman intense et puissant.

Domi_C_Lire_la_vraie_vie_adeline_dieudonne_iconoclaste.jpg… Avant cette scène qui change tout dans la vie de Gilles et de sa grande sœur, il avait déjà une famille si terriblement « glaciale… »
Dans cette famille il y a le père, chasseur de gros gibier sur des terres lointaines, qui rapporte en conquérant les trophées, massacres et autres bêtes empaillées qui ornent la chambre des cadavres si justement nommée.
Il y a la mère, qualifiée d’amibe, quel surnom à la fois terrible et terriblement évocateur du dégoût que cette mère inspire à sa fille, femme soumise, acceptant les coups la peur au ventre et dans le regard, assouvissant son besoin d’amour avec sa perruche et ses chèvres, comme s’il était impossible d’accorder de l’amour à sa propre famille, à ses enfants.
Il y a le frère, Gilles, de trois ans plus jeune, il est le rayon de soleil, le petit qu’il faut aimer et protéger.
Il y a enfin cette fillette de dix ans qui raconte, qui nous raconte leur vie pendant six ans. Cette narratrice brillante et sensible, passionnée de mathématiques quantiques, et qui aime tant son petit frère qu’après l’accident, sa vie ne sera plus comme avant. Elle n’a plus dès lors qu’un rêve, qu’une seule ambition, revenir à avant, retrouver La vraie vie.

Dans ce premier roman qui se lit d’une traite, dans un souffle, l’amour et l’espoir viennent éclairer les temps sombres, ceux de l’innocence perdue, de la quête d’un passé qui ne reviendra plus jamais. Mais il s’agit aussi ici de maltraitance, parfois sans violence, enfin sans trop de violence, envers des enfants soumis à leurs parents, par amour, par obligation, par peur aussi sans doute. De maltraitance envers une femme, qui par crainte de voir cette violence changer de cible accepte tout, les mots qui tuent, les gestes qui blessent, les attitudes qui vous transforment en amibe justement. Pour ne pas éveiller la frustration de celui qui frappe ? Par peur, par lassitude, par soumission ? Et si c’était la violence au quotidien, si tristement réelle, le véritable sujet du roman ?
La violence au quotidien, celle qu’on accepte, celle qu’on combat, celle qui vous tue à petit feu dans l’indifférence…

Dans La vraie vie, il y a aussi la recherche désespérée d’une machine à remonter le temps, puis la révolte d’un frère que l’on imaginait passif, sursaut indispensable, absolument vital.

Par certains côtés, ce roman m’a fait penser à My absolut Darling… par la relation terrible entre un père et sa fille, ou comme ici entre un père et son fils. Et l’on se demande quel est le moyen d’en sortir, si ce n’est en répondant à tant de violence par la violence elle-même ?

Premier roman encensé par les critiques et les lecteurs, La vraie vie est un roman à l’écriture vive, acerbe et directe, qui évoque une situation familiale dramatique et difficile… Et le lecteur de s’attacher à cette narratrice tellement émouvante, dont on espère qu’elle arrivera à ses fins, forcément…

Petit bémol peut-être, ce père toxique m’a parfois semblé un peu trop caricatural, et donc ce parallèle que je n’ai pu m’empêcher de faire avec le roman de Gabriel Tallent. Mais Adeline Dieudonné reste une auteure à suivre, assurément.

💙💙💙💙


Catalogue éditeur : L’Iconoclaste

Un roman initiatique drôle et acide. Le manuel de survie d’une guerrière en milieu hostile. La fureur de vivre.
Chez eux, il y a quatre chambres. Celle du frère, la sienne, celle des parents. Et celle des cadavres. Le père est chasseur de gros gibier. Un prédateur en puissance. La mère est transparente, amibe craintive, soumise à ses humeurs.
Avec son frère, Gilles, elle tente de déjouer ce quotidien saumâtre. Ils jouent dans les carcasses des voitures de la casse en attendant la petite musique qui annoncera l’arrivée du marchand de glaces. Mais un jour, un violent accident vient faire bégayer le présent. Et rien ne sera plus jamais comme avant.

Format 135 x 185 mm / prix 17 € / nombre de pages 270 /  EAN : 9782378800239

Publicités

Petite maman, Halim

Bouleversant, émouvant, Petite maman, de Halim est un roman graphique qui reste longtemps en mémoire, sur le difficile sujet des maltraitances intrafamiliales.

Domi_C_Lire_petite_maman_dargaudElle, c’est Brenda. Lorsqu’elle vient voir le psychologue, elle arrive avec sa poupée, son bébé, car si Brenda ressemble à une toute jeune fille, elle a en fait 29 ans, et son histoire est absolument terrible.

Stéphanie, la maman de Brenda, a un problème, un sérieux problème même ! Lequel ? Brenda ! Cette enfant dont elle n’a pas voulu, qu’elle a eu alors qu’elle avait à peine 15 ans et qu’elle n’était qu’une enfant. Abandonnée par le père qui a vite fait de fuir ses responsabilités, Stéphanie est aidé par sa mère. Mais la grand-mère de Brenda fait ce qu’elle peut, elle a souvent recours aux aides sociales. Cette maman-là est totalement dépassée, elle ne supporte pas son enfant qui pleure sans qu’elle sache pourquoi, la brutalise parfois, souvent même, mais Brenda, est emplie d’amour pour sa mère, prenant même soin d’elle comme le ferait une Petite maman, elle cache sa vraie vie à ceux qui posent trop de questions, l’école, le médecin. Elle dessine des cœurs sur ses poupées pour pouvoir leur parler, ce sont ses seuls soutiens.

Aussi lorsque l’amour se présente avec la rencontre de Vincent, tout s’annonce sous les meilleurs hospices pour Stéphanie. Avec un compagnon pour l’aider tout devrait aller mieux. Mais non, Vincent est un mari violent, en galère de travail, un futur bébé arrive vite dans la famille recomposée et c’est Brenda qui subit les accès de colère, les frustrations, les insultes, les humiliations, les coups, les privations de nourriture, de liberté, jour après jour, sans rien dire.

Jusqu’au jour où…

Quel livre, quelle histoire, terrible est le mot qui me vient. Il y a tellement de douleur, de chagrin face à cette fillette qui en symbolise beaucoup d’autres, pour lesquelles l’enfance n’est que violence et abandon, et tellement d’incompréhension face à l’incurie de l’administration et des services sociaux qui semblent totalement impuissants.

Alors que faire, quand on est une enfant battue, et que soi-même l’on devient mère ? Sur qui peut-on prendre exemple pour donner l’amour que l’on n’a jamais reçu… Petite maman nous donne une leçon d’humanité, nous pousse à ouvrir les yeux sur le monde qui nous entoure, pour en voir le meilleur, mais aussi pour être le témoin attentif du malheur des autres. Le graphisme tout en noir et blanc donne à la fois de la profondeur et augmente la douleur ressentie à la lecture, les traits sont parfois hachés, violents, brouillons, pour atténuer la force de ce qui est dit…

Ce roman graphique me fait penser au roman La maladroite d’Alexandre Seurat.

💙💙💙💙💙


Catalogue éditeur : Dargaud

Lorsque Brenda vient au monde, sa mère, Stéphanie, a 15 ans, et son père s’est déjà éclipsé. Négligée, Brenda grandit pourtant vite et apprend à se débrouiller seule. Malgré les brimades et les punitions injustes dont elle est victime, elle souhaite voir sa mère heureuse et s’occupe d’elle du mieux qu’elle le peut, à tel point que les rôles s’en trouvent inversés, Brenda devenant la « petite maman » de sa mère.

Dessinateur : Halim / Scénariste : Halim / Coloriste : Halim

Pagination : 192 pages / Format : 177×248 / EAN 9782505067108/ Public Ado-adulte – à partir de 12 ans

Des nœuds d’acier. Sandrine Collette

Des nœuds d’acier, ce sont des nœuds qui font mal, c’est sûr ! Sandrine Colette écrit sur le mal, le mal absolu, celui qui enlève toute humanité aux hommes, celui dont on doute qu’il existe tant il est inhumain.

domiclire_des_noeuds_dacierThéo, tout juste sorti de prison où il a purgé une peine pour avoir grièvement blessé son frère deux ans auparavant, va se voir impliqué dans une aventure inhumaine intolérable, aventure qui l’emmène à la limite de la folie et de la mort. Théo avait deux possibilités en sortant de prison, rendre visite à Lil, la femme qu’il aime toujours, ou à Max, le frère qu’il a rendu infirme à vie, celui qui lui a volé Lil et à qui il en veut toujours autant. C’est cette visite interdite qu’il choisit, elle se déroule mal, il fuit et se retrouve en montagne. Là, il se pose, passe quelques jours à découvrir la nature, se ressourcer, jusqu’au jour où l’hôtelière lui conseille une balade. Dans une zone majestueuse et particulièrement sauvage, il arrive chez deux vieux fous, Blaise et Joshua. A partir de ce moment-là, les choses tournent terriblement mal pour Théo….

Ici, l’auteur nous entraine dans une région isolée, à la montagne, loin du polar urbain des zones sensibles et déshumanisées, là où la nature parait si belle qu’elle ne peut engendrer que beauté et bonté ! Et pourtant, on a tous entendu parler de ces femmes séquestrées pendant des années, esclaves sexuelles d’hommes qui eux vivaient presque normalement dans la société. Alors, pourquoi ne pas imaginer l’inimaginable.  Dans Des nœuds d’acier, ce n’est pas une femme, mais un homme, qui sera victime de deux fous.

L’écriture est maitrisée, le suspense aussi, la crédibilité s’instille peu à peu, d’abord le refus d’y croire, puis les descriptions d’un quotidien, des jours, des semaines et des saisons qui mettent le lecteur dans la situation du voyeur incrédule… et si c’était vrai, et si c’était possible ? D’autant que l’auteur nous prévient dès les premières pages : « La France profonde. La misère sociale… Car ceci est une histoire vraie. » Étonnant roman noir qui pousse la violence dans ce qu’elle a de plus gratuit, de plus féroce, de plus inhumain. La perception des personnages, la violence physique ou psychologique, l’esclavage et la torture, mais aussi l’amour et la haine, la soumission et la révolte, l’entre-aide, la peur, tous ces sentiments divers sont décrits dans des situations à la limite du réalisme. Des nœuds d’acier était un premier roman, j’ai hâte de découvrir ce que Sandrine Collette a écrit depuis !


Catalogue éditeur : Le livre de poche

Avril 2001. Dans la cave d’une ferme miteuse, au creux d’une vallée isolée couverte d’une forêt dense, un homme est enchaîné. Théo, quarante ans, a été capturé par deux frères, deux vieillards qui ont fait de lui leur esclave. Comment a-t-il basculé dans cet univers au bord de la démence ? Il n’a pourtant rien d’une proie facile : athlétique et brutal, Théo sortait de prison quand ces vieux fous l’ont piégé au fond des bois. Les ennuis, il en a vu d’autres. Alors, allongé contre les pierres suintantes de la cave, battu, privé d’eau et de nourriture, il refuse de croire à ce cauchemar. Il a résisté à la prison, il se jure d’échapper à ses geôliers.

264 pages / Date de parution : 29/01/2014 / Editeur d’origine : Denöel / Langue : Français / EAN / ISBN : 9782253176015

La maladroite. Alexandre Seurat.

La maladroite d’Alexandre Seurat, un premier roman sur un sujet particuliérement difficile, mais sans doute nécessaire…
A l’heure où l’actualité évoque une affaire absolument sordide de maltraitance, j’ai beaucoup hésité à lire ce livre. Difficile d’évoquer la souffrance, la maltraitance des enfants, la disparition. Et pourtant Alexandre Seurat y réussit avec beaucoup de tact.

A tout de rôle, les intervenants de cette affaire ont la parole. Les institutrices qui se sont succédé, et qui ont tenté d’avertir leurs directions, les services sociaux, la justice, les enquêteurs, mais aussi la famille bien peu présente, la grand-mère, le frère. En fait tous ceux qui auraient pu observer et surtout agir, à un moment ou un autre de la courte vie de Diana.

Diana a bien mal débuté sa vie, une mère qui change de compagnon régulièrement, une grossesse non désirée, une enfant née sous X récupérée par sa mère le dernier jour possible avant l’abandon définitif. Puis une famille qui se recompose, le nouveau mari, le fils ainé, et les enfants qui viennent après. Une famille ordinaire en apparence. Mais tous les témoins un tant soit peu attentifs comprennent que la vie de Diana n’est pas un conte de fée. Mais est-ce si simple, quand le discours convenu des parents correspond au discours de Diana, quand à chaque bleu, à chaque coup, à chaque brulure, la gamine à une réponse à donner, expliquant à qui veut bien entendre qu’elle est si maladroite. A qui veut entendre, ou à qui ne veut pas comprendre ?

Si ce roman ne sert qu’à nous ouvrir les yeux, alors il est non seulement bien écrit, mais en plus utile. Avec une écriture assez sobre, chacun relate ce qu’il sait de l’histoire, ce qu’il a pensé ou essayé de faire, ses reniements aussi, ses abandons, par lâcheté, par fatigue, exaspération de voir que rien ne vient, ou en se retirant derrière la responsabilité de l’autre. Jusqu’au jour où…

Et là on s’interroge, qu’aurions nous fait ? Qu’auraient ils dû faire ? C’est terriblement triste mais nécessaire peut être ? Mais tant d’impuissance, tant d’injustice devant les souffrances de ces enfants que personne n’a pu sauver.

Rentrée littéraire 2015


Catalogue éditeur

Date de parution : 19/08/2015 / Editeur : Rouergue / EAN : 9782812609251 / Nombre de page : 128 / Genre : Littérature française Romans Nouvelles Correspondance / Collection : La brune (Le Rouergue)