La coquille Saint-Jacques, sentinelle de l’océan, Laurent Chavaud

Laurent Chauvaud, directeur de recherche au CNRS, nous livre avec « La coquille Saint-Jacques sentinelle de l’océan » un récit à la fois étonnant, instructif et écologique

Elle trône sur nos tables de fête, et nous l’apprécions souvent pour ses qualités gustatives, pourtant elle n’est pas que cela, même si ce serait déjà beaucoup ! Symbole religieux, point de ralliement des marcheurs de Saint-Jacques de Compostelle, ou symbolique des peintures des maitres italiens avec en particulier la vénus de Botticelli, la Saint-Jacques est tout cela, mais bien plus encore.

Parce que décrypter la vie secrète de cet étonnant bivalve mieux connu sous le nom de coquille Saint-Jacques peut mener loin, l’auteur le démontre dans ce petit livre fort instructif.

L’auteur nous entraîne dans son laboratoire et à ses côtés tout au long de ses années de recherche sur ce coquillage qui ne mène pas seulement jusqu’à Compostelle mais qu’il nous présente comme une véritable machine à remonter le temps, sentinelle du milieu marin et du réchauffement climatique. Et nous parle de ses recherches sur les différentes mers du globe, de la rade de Brest à la  Mauritanie, de la Nouvelle-Calédonie à l’Arctique, Il est parti à l’écoute de la coquille (et croyez-le ou pas, il l’a même entendue chanter) sous tous les climats et toutes les latitudes.

Par exemple, ses stries nous renseignent sur sa croissance. Mais il est très intéressant de les étudier. Car ces stries que ce mollusque fabrique chaque jour et où qu’il se trouve, permettent de comprendre l’état de la mer. Et de remonter le temps pour mieux appréhender les changements de température de l’eau, les effets de la pollution, les changements climatiques, des évènements aussi divers que variés mais qui tous ont une influence sur le comportement du mollusque et sur sa composition. Car oui, les stries que l’on trouve sur la coquille sont bien des éléments caractéristiques du milieu dans lequel elle vit. Sédentaire, elle ne nage quasiment pas, elle est donc un témoin important de la mer et des lieux où elle se cantonne. Révélateur de la pollution, du changement de température, mais aussi témoin des éléments toxiques versés dans l’eau, c’est une véritable sentinelle. Si son étude peut nous éclairer sur la vie aquatique passée, elle nous avertit également pour le futur, car les changements constatés ne sont pas anodins.

Voilà donc un petit livre très pédagogique, y compris pour les néophytes comme moi. Et si comme moi vous aimez la savourer dans votre assiette, je suis sûre que vous aussi vous ne la verrez plus de la même façon.

Catalogue éditeur : équateurs

Depuis son apparition il y a 25 millions d’années en Europe sur la côte Atlantique, la coquille n’a cessé de fasciner les hommes. Dans l’Antiquité, on l’utilisait comme une parure, puis la coquille devint un symbole religieux (sur le chemin de Compostelle) et artistique (associée à Vénus, à la féminité et à la maternité). Ce n’est qu’au début du XXème siècle que des Bretons ont commencé à la pêcher et à la manger. Et grâce aux recherches les plus récentes, menées notamment par Laurent Chauvaud, cet animal est devenu un outil scientifique … lire la suite

144 pages / format 120×190 / 15.00 € / paru le 27 novembre 2019 / ISBN : 9782849906606

Une longue impatience. Gaëlle Josse

Retrouver la belle écriture de cet auteur qu’on aime tant, et se laisser emporter par la force des émotions avec « Une longue impatience », le dernier roman de Gaëlle Josse.

Domi_C_Lire_gaelle_josse_une_longue_impatienceEn Bretagne, dans les années d’après-guerre. Une femme, Anne Quémeneur, veuve le Floch attend. Elle attend son fils, Louis, issu de son premier mariage avec Yvon, le marin qui n’est jamais rentré au port. Car pendant la seconde guerre mondiale, les anglais ont aussi bombardé les bateaux de pêche qui alimentaient l’ennemi.

Veuve restée au village, Anne épouse en seconde noces Étienne, le pharmacien. Fils d’une famille aisée, il est celui que toutes voulaient épouser mais qui attendait Anne depuis sa plus tendre enfance. Amoureux de cette fille pauvre, mais libre et si différente, qui le fait rêver et qu’il aime en silence depuis de nombreuses années avant de pouvoir se déclarer. Le mariage se fait, Étienne promet d’aimer Louis comme son fils. Deux enfant naissent de cette union, qui font le bonheur de leurs parents.

Mais un jour, Étienne corrige Louis avec violence. Louis, cet enfant qu’au fond il n’a jamais accepté comme le sien, peut-être parce qu’il est la preuve vivante de l’existence du premier mari d’Anne. Et à seize ans, Louis s’en va, quitte la maison sans un mot, sans une ligne, sans une explication.

La douleur de Anne est un gouffre sans fond, une blessure à vif, car le silence, le doute, les questions qu’elle se pose vont la miner et la tuer à petit feu. Anne est une mère qui aime ses autres enfants mais qui ne pourra jamais se résoudre à l’absence de Louis. Elle va réussir à afficher une vie de mère, d’épouse, mais va surtout souffrir de l’abandon de ce fils qu’elle n’aura pas pu protéger et qu’elle va attendre chaque jour, inlassablement.

Voilà un roman de souffrance et d’attente, d’espoir et de chagrin, d’amour et d’incompréhension. Porté par une écriture fine et ciselée comme un diamant, qui pose les mots à leur juste place, qui décrit les sentiments et les fait vivre au lecteur aussi surement que s’il les avait vécus lui-même. Voilà un magnifique portrait de femme qui pleure un fils perdu, qui se détruit dans l’attente du retour de ce fils silencieux, qui attend aussi une forme de rédemption qui ne viendra sans doute jamais.

Gaëlle Josse a une façon bien à elle de nous emporter dans une finesse de sentiments qui nous semblent parfois d’un autre âge. Mais également dans ces descriptions qui rendent tellement vivant son roman. Ici je pense en particulier aux lettres d’Anne à son fils, avec ce repas sans fin, symbole de vie et de joies, de bonheur et d’enthousiasme, rêve irréel de celle qui attend. On y côtoie aussi la pression sociale des villages, dans une France d’après-guerre où ceux qui trahissent leur milieu sont regardés avec inquiétude et parfois mépris.

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Catalogue éditeur : Noir sur Blanc

Ce soir-là, Louis, seize ans, n’est pas rentré à la maison. Anne, sa mère, dans ce village de Bretagne, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, voit sa vie dévorée par l’attente, par l’absence qui questionne la vie du couple et redessine celle de toute la famille.
Chaque jour, aux bords de la folie, aux limites de la douleur, Anne attend le bateau qui lui ramènera son fils. Pour survivre, elle lui écrit la fête insensée qu’elle offrira pour son retour. Telle une tragédie implacable, l’histoire se resserre sur un amour maternel infini.

Avec Une longue impatience, Gaëlle Josse signe un roman d’une grande retenue et d’une humanité rare, et un bouleversant portrait de femme, secrète, généreuse et fière. Anne incarne toutes les mères qui tiennent debout contre vents et marées.

Date de parution : 04/01/2018 / Format : 12,8 x 20 cm, 192 p., 14,00 EUR € / ISBN 978-2-88250-489-0

Terminus Belz, Emmanuel Grand

Une île, et un polar qui mêle intrigue et fantastique, à découvrir ou à relire !

Terminus Belz de Emmanuel Grand

Terminus Belz, le premier roman d’Emmanuel Grand, tient à la fois du polar et de la fantasy. Il aborde des problèmes de société, émigration, travail, peur de l’inconnu, mais surtout il atteste d’un véritable travail d’écriture. L’action se passe en Bretagne, le lieu est important car il est un point d’ancrage de l’histoire.

Marko Voronine quitte  l’Europe de l’Est avec deux autres compagnons et une jeune fille de quinze ans, ils espèrent trouver une vie meilleure en Europe. Mais le voyage ne s’est pas passé comme prévu. Ils doivent fuir et se cacher quelque temps pour échapper à la mafia Roumaine et se faire oublier. Une fois arrivés en France, ils se séparent, Marko part plein Ouest vers la Bretagne. Très vite, lui qui n’a pas le pied marin, trouve un emploi sur l’ile de Belz à bord du bateau de Joël Caradec. Là il va se faire passer pour un grec. Trop compliqué d’avouer qu’il arrive d’Ukraine et sans papier en cette période où l’on renvoi les étrangers en situation irrégulière.

Mais sur une ile, les inimitiés sont nombreuses, les tensions, aussi, il y a peu de travail et la vie des marins est dure. Ceux qui n’ont plus d’emploi se retrouvent à « l’escale » le bar de l’ile, et parlent de cet étranger qui est venu voler leur travail. Les marins sont habitués à une vie dure et exigeante, la mer donne mais prend aussi beaucoup. Ils parlent, boivent, se disputent souvent, des tensions fortes éclatent, le ressentiment, les vieilles histoires ressortent et avec elles les légendes et les peurs irrationnelles. Celle de l’Ankou par exemple, où la mort vient rôder et chercher ses nouvelles proies.

L’auteur nous fait vivre dans l’ambiance particulière d’une petite ile. A Belz, au bout du monde, hors saison personne ne vient troubler les habitudes des locaux. Marko pensait être transparent, isolé sur cette ile alors qu’on ne parle que de lui. Il se lie d’amitié avec Caradec, son employeur solitaire et bourru, mais  aussi avec Papou, personnage étrange et marginal, et avec Venel, un libraire plus amoureux des livres que des hommes. Les habitués de « l’escale », repère de tous les marins, ivrognes en mal d’emploi, haineux ou envieux, triste ou désespérés, n’ont rien de mieux à faire qu’à parler de l’intrus. Il y a un patron de bar et des marins attachants, un curé un peu étrange aussi, dont on ne sait pas trop quel rôle il joue lorsqu’il parle de Satan, du bien et du mal

Les personnages gagnent en autonomie au fil des pages. Ils s’imposent peu à peu, on les imagine avec leurs vies, leurs craintes, leurs peurs des légendes encore si vivantes dans certaines régions isolées. Et il n’y a pas plus isolé qu’une ile ! Dans cette Bretagne si vivante, frappée par les orages, fouettée par les embruns, la houle et les tempêtes, mais aussi les pertes d’emploi et la vie difficile des marins, on voit les bateaux, là, au bord, on voit vivre les marins sans travail, on devine leur désespoir, accoudés au comptoir. Et Marko cherche sa place au milieu d’eux, avec son histoire et son passé, présent sans trop y être, avec sa course contre la montre pour fuir cette mafia Roumaine qui le recherche.

L’intrigue coule à un beau rythme, créant une ambiance avec des personnages singuliers et attachants. On retient son souffle, on sent la tempête arriver, l’Ankou survole les pages et les craintes et éveille l’imaginaire du lecteur quand l’intrigue se mêle à la légende. J’aime en particulier le passage où chaque personnage est décrit dans un même instant, chacun son tour, tenant le lecteur en haleine, en attente du pire et du dénouement.

C’est un polar qui mêle le suspense et la légende, une étude sociologique de la vie de marins et une histoire d’amour sans que ce soit pesant. D’Est en Ouest c’est un vrai voyage à un rythme soutenu et intense, très original et particulièrement bien écrit. Bref, allez y vous ne serez vraiment pas déçus !

Roman lu dans le cadre de ma participation au Prix du meilleur polar des lecteurs de Points 2015

Catalogue éditeur : Points

Enez Ar Droc’h. L’île des fous, comme l’appellent les locaux. Pour Marko Voronine, clandestin traqué par la mafia roumaine, Belz semblait l’endroit idéal pour se faire oublier. Mais dans cette enclave portuaire, les étrangers ne sont pas aimés et Marko se brouille avec un marin, Jugand. Quelques jours plus tard, son cadavre mutilé est découvert. Marko sait son temps compté et la fuite impossible.

Emmanuel Grand, né à Versailles en 1966, a passé son enfance en Vendée, à vingt kilomètres de la côte atlantique. Terminus Belz est son premier roman.

Tantôt thriller qui dégrise, tantôt roman social inspiré, Terminus Belz déploie sa belle architecture et son écriture musicale jusqu’à la dernière page. Télérama
À la fois un excellent polar breton, ukrainien, roumain, mafieux et fantastique. Le Figaro littéraire

Prix : 7,9€ / 408 pages  / Paru le 08/01/2015  / EAN : 9782757842812