Tant qu’il reste des îles, Martin Dumont

Une île, entre le ciel et l’eau, vivante, avec des hommes et des bateaux

J’ai un souvenir très fort du premier roman de Martin Dumont, Le chien de Schrödinger, qui parlait si bien de la relation entre un père et son fils. Aujourd’hui, je devrais même dire, aujourd’hui enfin paraît Tant qu’il reste des îles, dans la collection les Avrils, une nouvelle collection littéraire du groupe Delcourt.

Ici l’histoire de l’île se mêle à l’histoire intime de Léni. Il travaille au chantier naval de Marcel qui lui a appris le métier et transmis sa passion. Avec Karim et Yann, même si les commandes se font de plus en plus rares, ils ont en commun l’amitié et l’amour du métier. Ils aiment aller se remonter le moral au café du coin chez Christine et y retrouver les copains pêcheurs autour de quelques bières. Jusqu’au jour où Marcel leur demande de fabriquer un voilier pour un client, un rêve et un espoir de résurrection pour ces jeunes ouvriers de la mer.

Mais c’est une île qui doit bientôt être reliée au continent par un pont. Nombreux sont ceux qui ont voté pour la construction du pont, pour la fin de l’isolement, des horaires des ferrys et des marées, de l’insécurité. Mais quelques réfractaires comme Stéphane, un pêcheur ami d’enfance de Léni, veulent manifester pour stopper les travaux qui avancent trop vite à leur goût. Car un pont, c’est la fin de l’île, la fin de leur singularité, l’afflux des touristes et la transformation pour le pire bien plus sûrement que pour le meilleur de leur petit coin de paradis.

Léni s’occupe un week-end sur deux de la fille Agathe. C’est un taiseux qui ne sait pas exprimer ses sentiments, même lorsqu’il s’agissait de sauver son couple avec Maëlys. S’impliquer dans la vie des autres, ou même dans la sienne, il ne sait pas le faire, n’en a pas vraiment envie. Alors lorsque la jolie Chloé vient s’installer sur l’île pour faire un reportage sur le pont, c’est encore dans son silence qu’il se mure, laissant les questions et les attentes sans réponses.

Léni le taiseux est aussi un indécis. Il ne sait pas s’il doit reconquérir Maëlys, se battre contre le pont avec ses amis pêcheurs, accepter les sentiments de Chloé et changer de vie, s’ouvrir à l’autre. Il se laisse porter par ses doutes, ses hésitations, par une forme de facilité à accepter les choses comme elles viennent.

J’ai aimé ce parallèle entre la vie silencieuse et solitaire de Léni, et la vie des îliens, isolés du reste du monde par volonté ou par fatalité. Chacun se pose la question de ce qu’il convient de faire. À la fois pour les individus mais aussi pour la communauté. Faut-il rester dans sa bulle de silence, de confort, de paix, ou accepter l’autre, que ce soit le touriste, Chloé ou le pont, pour s’ouvrir au monde qui vous entoure, au bonheur qui vous tend les bras ?

L’écriture est aussi précise et délicate que pour le premier roman. Les mots se posent sur les sentiments, disent les hésitations, les bouleversements, les attentes, avec sobriété et justesse. Il n’y a ni trop ni pas assez, les événements se succèdent, les personnages sont vrais, et en même temps la poésie est omniprésente. C’est une bien belle lecture toute en émotion portée par des embruns vivifiants que nous proposent Les Avril. Voilà une collection qui démarre sous les meilleurs hospices avec ce superbe roman.

On ne manquera pas de lire également la chronique de Nicole du blog motspourmots

Retrouvez cette chronique sur le site de l’association Désirdelire dans la rubrique Échos de blogs
Nous invitons Dominique Sudre chaque mardi à partager ici l’une des chroniques de son blog Domi C Lire. Cette semaine : Tant qu’il reste des îles, Martin Dumont, Les Avrils (janvier 2021)

Un roman de la sélection 2021 des 68 premières fois

Catalogue éditeur : Les Avrils

Ici, on ne parle que de ça. Du pont. Bientôt, il reliera l’île au continent. Quand certains veulent bloquer le chantier, Léni, lui, observe sans rien dire. S’impliquer, il ne sait pas bien faire. Sauf auprès de sa fille. Et de Marcel qui lui a tant appris : réparer les bateaux dans l’odeur de résine, tenir la houle, rêver de grands voiliers. Alors que le béton gagne sur la baie, Léni rencontre Chloé. Elle ouvre d’autres possibles. Mais des îles comme des hommes, l’inaccessibilité fait le charme autant que la faiblesse.

Martin Dumont est né en 1988. Durant ses études d’ingénieur en Bretagne, il découvre la voile. Aujourd’hui architecte naval à Paris, il rejoint dès qu’il le peut le Morbihan pour naviguer. Après Le Chien de Schrödinger, son deuxième roman nous embarque dans le quotidien secret des insulaires, restitue l’âme des paradis perdus et la sensibilité des hommes.

En librairie le 6 janvier 2021 / ISBN : 978-2-491521-02-8 / Pages : 224 / Prix : 18 €

L’oiseau des tempêtes. Serge Brussolo

Sous le règne de Louis XIV, on se laisse embarquer avec Marion dans la Bretagne profonde, celle des  nobliaux sans fortune au tempérament aventurier et bagarreur.

DomiCLire_l_oiseau_des_tempetes.JPGJe découvre Serge Brussolo avec L’oiseau des Tempêtes, on pourrait penser qu’il est temps, tant l’auteur est prolixe. Ce ne sera certainement pas le dernier que je lirais, la meilleure des raisons étant qu’apparemment il y aura une suite, et en fait il ne peut en être autrement !
Dès les premiers chapitres, le décor est planté et on fait la connaissance des protagonistes majeurs de l’aventure. Artus de Bregannog est un noble sans fortune, le train de vie pour avoir sa place à la cour du roi soleil n’est plus à sa portée, aussi s’est-il réfugié sur ses terres en Bretagne. Là, à sa demande, Alexandre, l’un de ses hommes, vétérinaire de son état, prend pour épouse une ancienne prostituée, ex-comédienne ayant eue son heure de gloire à la cour, et devient le tuteur de sa fille Marion. Lorsque sa mère, devenue folle, disparait dans les flots, Marion devra rester et accepter la vie au village.

En ces années de faste royal à la cour de Versailles, la terre est inhospitalière et la misère profonde dans les provinces reculées. Les villageois se transforment en naufrageurs, ces paysans qui allumaient de feux pour attirer et échouer les bateaux vers les côtes déchiquetées, afin de piller les épaves. Jusqu’au jour où, par malheur, leur subterfuge criminel est découvert. Bientôt la police du Roi est là pour emporter tout ce monde vers les geôles de Saint-Malo. Vont alors s’ensuivre des années bien difficiles et sombres pour une Marion encore un peu trop honnête et innocente.
Mais les évènements et la vie vont se charger de faire son éducation. Après bien des péripéties, la voilà embarquée en compagnie de quelques prostituées qui s’en vont peupler le nouveau monde, vers des iles où sévissent les pirates. Les éléments vont se déchainer pour lui rendre la vie dure. Parfois bien trop crédule, peu bagarreuse et trop soumise, Marion se révèle et apprend à lutter contre le mauvais sort qui s’acharne.

L’auteur nous emporte, avec un style bien à lui, dans une intrigue romanesque à souhait, portée par une fine connaissance historique, instillée au fil des pages, qui donne au lecteur une vision assez réaliste de la vie sous le règne du Roi-Soleil. Que l’on soit dans les campagnes pauvres, au bordel, ou dans les provinces où les traditions, les superstitions et les peurs des marins sont prégnantes, dans les geôles du Roi ou sur les bateaux face aux pirates, on espère, on s’amuse et on s’énerve parfois de tant de naïveté, mais on vibre avec Marion, pour un bon moment de lecture délassant et dépaysant.


Catalogue éditeur : Fleuve éditions

Sous le règne du Roi-Soleil, Marion, fille d’une ex-comédienne de Molière, devient à la mort de celle-ci la pupille d’un étrange baron tombé en disgrâce, qui vit retiré dans une presqu’île inhospitalière de Bretagne. La jeune fille va bientôt découvrir que ce noble, ruiné, dirige une équipe de naufrageurs. Bien malgré elle, dans l’incapacité d’échapper à son tuteur, elle se trouve associée à ses crimes. Ce qui lui vaut d’être arrêtée et conduite au bagne de Saint-Malo.
Dès lors, ballottée au hasard des événements, elle côtoie une faune étrange de marginaux, faux-monnayeurs et trafiquants, jusqu’au jour où, par décret royal, elle est déportée aux îles en compagnie d’autres malheureuses condamnées à être offertes en pâture aux colons célibataires.
À peine débarquée, elle va devoir lutter pour survivre au sein d’un monde où boucaniers et pirates font la loi.

Date de parution 10 novembre 2016 / 408 pages / 9782265097360