Capitaine. Adrien Bosc

« Capitaine » passionnant roman d’Adrien Bosc sur le voyage de migrants fuyant le régime de Vichy, vers une terre promise en Amérique ou aux Antilles.

Domi_C_Lire_capitaine_adrien_bosc_stockEn mars 1941, le Capitaine quitte Marseille, et Adrien Bosc nous entraîne dans les méandres de l’Histoire… Après avoir brillamment conté l’aventure du Constellation – la traversée du transatlantique en 1949 – Adrien Bosc nous entraine sur les traces du Capitaine Paul-Lemerle, entre les mois de mars et de juin 1941. Le bateau quitte le port de Marseille le 24 mai 1941 avec à son bord des familles rejetées par la France de Vichy. Qu’ils soient juifs ou non, allemands, français, républicains espagnols, ces passagers  étaient persona non grata en France. Le sort qui les attendait était tellement incertain que tout valait mieux, y compris embarquer sur ces géants des mers fragiles et vieillissants.

Sur le bateau vont alors se côtoyer André Breton le surréaliste et Claude Lévi-Strauss l’ethnologue, Anna Seghers et Victor Serge, Wifredo Lam, un artiste peintre cubain, Germaine Krull, une photographe allemande et tant d’autres, savants, intellectuels, hommes d’affaires, bijoutiers, banquiers, poètes, écrivains, scientifiques, et leurs familles pour la plupart, car le régime nazi n’en voulait pas, la France non plus…

Leur périple va durer plusieurs semaines, également rejetés par les pays où ils vont accoster, cantonnés sur le bateau ou dans des hôtels sordides, dans le Lazaret, cette ancienne léproserie de Pointe-à-Pitre (sur cette ile de la Martinique, seule la rencontre avec Aimé Césaire et sa femme Suzanne rendent un peu d’humanité aux iliens, tant ils sont uniques par le courage qu’ils affichent ouvertement par le biais de la revue Tropiques), puis jusqu’à Ellis Island, en attendant que des fonctionnaires acerbes et stupidement zélés veuillent bien les laisser soit débarquer, soit repartir vers l’Amérique du Sud ou Saint Domingue.

Capitaine est un roman dense, intelligent, qui fourmille de faits, de rencontres, d’anecdotes, nous rendant si proches, humains, vivants, ces désespérés de la seconde guerre mondiale, juifs errants sur les mers et accostant des terres inhospitalières. Où l’on retrouve sans la comprendre l’incurie des services administratifs, les frontières, le racisme qui gangrène jusqu’aux côtes des iles des caraïbes, là où pourtant on pourrait imaginer que l’éloignement aurait rendu plus humains ceux qui contrôlent, inspectent, condamnent au nom d’un état qui se fourvoie.

Capitaine est plus qu’un roman, tant il est riche de ces informations qui rendent toute leur humanité à ces passagers ballottés par les mers et les hommes. Adrien Bosc nous entraîne dans les méandres de l’Histoire à travers ce qu’ont vécu ces hommes et ces femmes. Il a su leur rendre vie et nous les faire connaître sans nous submerger sous des tonnes d’informations en réussissant ce savant partage entre le romanesque et les faits historiques.

Où que nous regardions, l’ombre gagne… pourtant nous sommes de ceux qui disent non à l’ombre. Nous savons que le salut du monde dépend de nous aussi…
Tropiques, Aimé Césaire

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Catalogue éditeur : Stock

Le 24 mars 1941, le Capitaine-Paul-Lemerle quitte le port de Marseille, avec à son bord les réprouvés de la France de Vichy et d’une Europe en feu, les immigrés de l’Est et républicains espagnols en exil, les juifs et apatrides, les écrivains surréalistes et artistes décadents, les savants et affairistes. Temps du roman où l’on croise le long des côtes de la Méditerranée, puis de la haute mer, jusqu’en Martinique, André Breton et Claude Lévi-Strauss dialoguant, Anna Seghers, son manuscrit et ses enfants, Victor Serge, son fils et ses révolutions, Wifredo Lam, sa peinture, et tant d’inconnus, tant de trajectoires croisées, jetés là par les aléas de l’agonie et du hasard, de l’ombre à la lumière. Ce qu’Adrien Bosc ressuscite c’est un temps d’hier qui ressemble aussi à notre aujourd’hui. Un souvenir tel qu’ il brille à l’instant d’un péril.

Adrien Bosc est né en 1986 à Avignon. En 2014, il reçoit pour son premier roman, Constellation, le Grand Prix du roman de l’Académie française, ainsi que le Prix de la Vocation. Fondateur des éditions du sous-sol, il est par ailleurs éditeur au Seuil.

Parution : 22/08/2018 / Collection : La Bleue / 400 pages  / Format : 137 x 215 mm / EAN : 9782234078192 / Prix : 22.00 €

Albert Marquet, peintre du temps suspendu

Albert Marquet est au Musée d’Art moderne de Paris jusqu’au 21 août 2016

Albert Marquet est un peintre du XXe siècle, discret et en retrait, qui a passé sa vie à voyager de Marseille à Alger, de Bordeaux au Havre, de Paris aux bords de Seine. Il y a là quelques magnifiques tableaux de bords de mer, de villes côtières, avec leur lumière si particulière, des ombres et des éclairages qui déterminent une profondeur à certaines toiles et leur donne un luminosité très particulière.

Un regard intéressant, une simplification extrême des formes, des couleurs pures et éclatantes et des reflets qui font penser à la photographie et aux cadrages très spécifiques qu’on peut faire avec un appareil photo.

Une jolie expo d’un peintre à découvrir.

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Royaume de vent et de colères, Jean-Laurent Del Socorro

Un roman qui combine fait historique, fantasy et aventure à l’époque du bon roi Henri IV

Puisque « Paris vaut bien une messe », Henri IV va se convertir au catholicisme en 1593 pour accéder au trône de France et de Navarre. En 1596, la France est enfin en paix, seule Marseille la catholique s’oppose encore au roi. Dans l’auberge de la Roue de la Fortune, le lecteur fait connaissance tour à tour avec les principaux protagonistes de l’intrigue. Si l’idée de départ est ancrée dans la réalité, la rébellion Marseillaise face au roi de France, la magie est également présente dans le roman, à la limite de la sorcellerie. L’Artbon, sorte de pierre philosophale émettant des ondes maléfiques pour le corps humain,  porte à la fois bien et mal son nom, puisqu’il est source de miracle dans les combats les plus intenses, mais également artisan de la mort de celui qui le maîtrise.

Dans ce roman choral, les différents personnages présentent leur histoire. Constitué de trois parties qui rythment bien l’intrigue, nous les découvrons d’abord un par un dans l’auberge  de la Roue de la Fortune, au moment où tout semble prêt à exploser dans la ville de Marseille, juste avant l’apogée de l’intrigue principale. Puis les flash-back de chacun, à des périodes différentes, nous font comprendre pourquoi et comment leurs chemins les ont fait converger vers cette auberge, enfin retour au présent, au moment de la bataille, de la confrontation et, qui sait, pour certains peut être, de la mort. Axelle, Victoire, Gabriel, Armand et Roland, Silas, ont tous un vécu et un passé important et différent, qui a fait d’eux ce qu’ils sont aujourd’hui, prêts à combattre ou à vivre dans un affrontement final. Avec eux, nous partons en incursion dans le monde fermé des guildes, dans celui des bandits reconvertis,  dans le monde des religieux aux bien étranges pratiques qui préfèrent l’amour à la règle (et comme on les comprend), dans celui du chevalier converti qui n’a jamais oublié la fin tragique de sa famille la nuit de la saint Barthélémy. Tous ces univers très divers se rejoignent à Marseille.

Il faut se laisser porter par la magie et ne pas trop chercher une vérité historique (même si celle-ci existe bel et bien, mais là j’aurai souhaité un peu plus d’épaisseur et de densité au roman) puisque l’auteur  a voulu mêler adroitement histoire et magie, sentiments et tragédie, malgré quelques ficelles parfois trop évidentes, on s’y laisse prendre avec beaucoup de plaisir. L’intrigue historique est vite supplantée par les sentiments divers et parfois confus des différents personnages, pour le plaisir du lecteur qui passe un agréable moment de lecture.

Catalogue éditeur : Éditions Actusf

1596. Deux ans avant l’édit de Nantes qui met fin aux guerres de Religion, Marseille la catholique s’oppose à Henri IV, l’ancien protestant. Une rébellion, une indépendance que ne peut tolérer le roi.
À La Roue de Fortune se croisent des passés que l’on cherche à fuir et des avenirs incertains : un chevalier usé et reconverti, une vieille femme qui dirige la guilde des assassins, un couple de magiciens amoureux et en fuite, et la patronne, ancienne mercenaire qui s’essaie à un métier sans arme.
Les pions sont en place.
Le mistral se lève.
La pièce peut commencer.
Placé entre l’Histoire et la fantasy, ce premier roman de Jean-Laurent Del Socorro est époustouflant de maîtrise et d’érudition.
Jean-Laurent Del Socorro ferre son lecteur et lui murmure à l’oreille : “voici pile l’histoire qui te manquait pour retrouver le goût de la littérature”. Ugo Bellagamba

Couverture : Milek JAKUBIEC / Préface : Ugo BELLAGAMBA

Parution : 6 mars 2015 / Nombre de pages : 288 / 18 euros. / ISBN : 978-2-917689-83-7