N’oublier jamais, Michel Bussi

Rencontre avec Michel Bussi, l’auteur chouchou des français et la découverte de N’oublier jamais

N'OUBLIER JAMAIS - Michel BUSSI

Dans N’oublier jamais, à Yport, petite ville de villégiature normande, il se passe de bien étranges histoires. Jamal Salaoui est un jeune homme handicapé. Malgré sa prothèse à la jambe il rêve de courir le mythique Ultra-Trail du mont-Blanc. C’est compter sans sa rencontre fortuite, par un petit matin glacial, avec une belle jeune femme désespérée, de celles dont on ne peut oublier le visage une fois qu’on a plongé son regard dans le sien.

Une écharpe échappée des mains de Magali Verron, retrouvée autour du cou de cette suicidée-assassinée, deux témoins  et des policiers  pour le moins bizarres, une magnifique jeune femme ingénieur descendue au même hôtel que Jamal et qui tombe sous son charme, nous sommes au début d’une bien rocambolesque aventure. Voilà quelques-uns des protagonistes de cette intrigue qui nous ramène quelques dix ans plus tôt, vers deux autres meurtres irrésolus, ceux de deux belles femmes violées et assassinées, jetées du haut de deux falaises normandes.

Le récit à la première personne est porté par Jamal, ce qui accentue son efficacité et son rythme. Tout au long le lecteur sent que Jamal est sur la corde raide, qu’un malheur est arrivé ou va bien finir par arriver. Tout est possible. De manipulation en renversement de situation, la dualité de certains personnages est rapidement évidente et l’incompétence relative des gendarmes laisse perplexe, mais le lecteur s’y laisse prendre malgré tout. Michel Bussi tire peu à peu les ficelles de cette intrigue à tiroirs où anagrammes, mise en scène, tromperie, incohérences et manque de réalisme, mais également manipulation et révélations ont la part belle.

Michel Bussi est orfèvre dans l’art de la manipulation psychologique et maitrise les rebondissements, c’est un roman qui se laisse lire avec plaisir, idéal pour une après-midi sur la plage ou une soirée au chaud sous la couette.

Catalogue éditeur : Pocket

« Vous croisez au bord d’une falaise une jolie fille ?
Ne lui tendez pas la main !
On pourrait croire que vous l’avez poussée. »

Il court vite, Jamal, très vite. A cause de sa prothèse à la jambe et autres coups du sort, il a un destin à rattraper. A Yport, parti s’entraîner sur la plus haute falaise d’Europe, il a d’abord remarqué l’écharpe, rouge, accrochée à une clôture, puis la femme brune, incroyablement belle, la robe déchirée, le dos face au vide, les yeux rivés aux siens. Ils sont seuls au monde ; Jamal lui tend l’écharpe comme on lance une bouée.
Quelques secondes plus tard, sur les galets glacés de la plage déserte, gît sous les yeux effarés de Jamal le corps inerte de l’inconnue.
A son cou, l’écharpe rouge.
C’est la version de Jamal. Le croyez-vous ?

Parution : 07/05/2015 /  ISBN : 226625457X / Nombre de pages : 544

Royaume de vent et de colères, Jean-Laurent Del Socorro

Un roman qui combine fait historique, fantasy et aventure à l’époque du bon roi Henri IV

Puisque « Paris vaut bien une messe », Henri IV va se convertir au catholicisme en 1593 pour accéder au trône de France et de Navarre. En 1596, la France est enfin en paix, seule Marseille la catholique s’oppose encore au roi. Dans l’auberge de la Roue de la Fortune, le lecteur fait connaissance tour à tour avec les principaux protagonistes de l’intrigue. Si l’idée de départ est ancrée dans la réalité, la rébellion Marseillaise face au roi de France, la magie est également présente dans le roman, à la limite de la sorcellerie. L’Artbon, sorte de pierre philosophale émettant des ondes maléfiques pour le corps humain,  porte à la fois bien et mal son nom, puisqu’il est source de miracle dans les combats les plus intenses, mais également artisan de la mort de celui qui le maîtrise.

Dans ce roman choral, les différents personnages présentent leur histoire. Constitué de trois parties qui rythment bien l’intrigue, nous les découvrons d’abord un par un dans l’auberge  de la Roue de la Fortune, au moment où tout semble prêt à exploser dans la ville de Marseille, juste avant l’apogée de l’intrigue principale. Puis les flash-back de chacun, à des périodes différentes, nous font comprendre pourquoi et comment leurs chemins les ont fait converger vers cette auberge, enfin retour au présent, au moment de la bataille, de la confrontation et, qui sait, pour certains peut être, de la mort. Axelle, Victoire, Gabriel, Armand et Roland, Silas, ont tous un vécu et un passé important et différent, qui a fait d’eux ce qu’ils sont aujourd’hui, prêts à combattre ou à vivre dans un affrontement final. Avec eux, nous partons en incursion dans le monde fermé des guildes, dans celui des bandits reconvertis,  dans le monde des religieux aux bien étranges pratiques qui préfèrent l’amour à la règle (et comme on les comprend), dans celui du chevalier converti qui n’a jamais oublié la fin tragique de sa famille la nuit de la saint Barthélémy. Tous ces univers très divers se rejoignent à Marseille.

Il faut se laisser porter par la magie et ne pas trop chercher une vérité historique (même si celle-ci existe bel et bien, mais là j’aurai souhaité un peu plus d’épaisseur et de densité au roman) puisque l’auteur  a voulu mêler adroitement histoire et magie, sentiments et tragédie, malgré quelques ficelles parfois trop évidentes, on s’y laisse prendre avec beaucoup de plaisir. L’intrigue historique est vite supplantée par les sentiments divers et parfois confus des différents personnages, pour le plaisir du lecteur qui passe un agréable moment de lecture.

Catalogue éditeur : Éditions Actusf

1596. Deux ans avant l’édit de Nantes qui met fin aux guerres de Religion, Marseille la catholique s’oppose à Henri IV, l’ancien protestant. Une rébellion, une indépendance que ne peut tolérer le roi.
À La Roue de Fortune se croisent des passés que l’on cherche à fuir et des avenirs incertains : un chevalier usé et reconverti, une vieille femme qui dirige la guilde des assassins, un couple de magiciens amoureux et en fuite, et la patronne, ancienne mercenaire qui s’essaie à un métier sans arme.
Les pions sont en place.
Le mistral se lève.
La pièce peut commencer.
Placé entre l’Histoire et la fantasy, ce premier roman de Jean-Laurent Del Socorro est époustouflant de maîtrise et d’érudition.
Jean-Laurent Del Socorro ferre son lecteur et lui murmure à l’oreille : “voici pile l’histoire qui te manquait pour retrouver le goût de la littérature”. Ugo Bellagamba

Couverture : Milek JAKUBIEC / Préface : Ugo BELLAGAMBA

Parution : 6 mars 2015 / Nombre de pages : 288 / 18 euros. / ISBN : 978-2-917689-83-7

La surface de réparation. Alain Gillot

« La surface de réparation », d’Alain Gillot, un étonnant roman qui parle à la fois de foot et de la maladie d’Asperger, il fallait oser.

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Quel lectorat l’auteur souhaite-t-il intéresser, les amateurs de foot, ceux qui s’intéressent à la maladie, ou les curieux prêts à tout lire ? Je dois faire partie de ces derniers car ce livre m’a interpellée lorsque Babelio et Flammarion me l’ont proposé. Sans oublier que mon fils a joué au foot pendant de nombreuses années, son enthousiasme, sa passion pour ce sport et quelques années à laver les tenues de foot m’ont rapprochée de ces jeunes amateurs.
Une blessure a contraint Vincent à abandonner ses rêves de sportif professionnel pour aller entrainer des jeunes à Sedan. Son enfance a été particulièrement difficile avec un père alcoolique et très violent, une mère qui laisse faire et détourne le regard. Sa sœur Madeleine était pensionnaire, à l’abri de cette souffrance. Fort de ce ressentiment, il s’est définitivement éloigné de sa mère et de sa sœur. Alors quand Madeleine débarque à l’improviste pour lui confier Léonard, son fils de 13 ans, un garçon fragile et différent, son équilibre est bouleversé.

Avec La surface de réparation, je découvre les symptômes de la maladie d’Asperger, et comment appréhender ces enfants pour qu’ils adhérent à l’autre monde, celui des gens dits normaux. Vincent va y arriver peu à peu, et tel le petit prince avec le renard, il va apprivoiser Léonard et l’emmener à dépasser ses peurs pour s’intégrer peu à peu dans le monde réel.

Toute cette première partie du roman est particulièrement intéressante, on tourne les pages pour vite connaître la suite. Dommage, quand Madeleine vient chercher son fils, et face aux incohérences de cette femme qui loupe tout dans sa vie, la crédibilité s’estompe et l’intérêt aussi. La fin ressemble presque à un conte de fée, la mère, la découverte de l’amour, la réconciliation, je ne vous en dit pas plus mais tout est presque trop parfait. Un peu inconsistant dans sa deuxième partie, j’ai eu malgré tout un véritable intérêt pour ce livre à l’écriture agréable, rythmée et qui m’a fait passer un bon moment de lecture.

Catalogue éditeur : Flammarion

Quand sa sœur débarque à Sedan et lui confie pour quelques semaines son fils de 13 ans, Vincent se sent piégé. Ce solitaire a rompu depuis longtemps avec sa famille et affiche un goût modéré pour les enfants, même s’il entraîne les jeunes footballeurs de la ville. Comment s’y prendre avec ce neveu qui fuit tout contact et passe la nuit à jouer aux échecs ? Et comment Léonard va-t-il réagir face à cet oncle inconnu, lui qu’un simple imprévu, geste ou parole, peut faire totalement paniquer ?

La surface de réparation est l’histoire d’un homme qui n’attendait plus rien de la vie et dont les certitudes, par le miracle d’une rencontre, vont voler en éclats. En cherchant à sortir de son enfermement un enfant qui se révèle atteint du syndrome d’Asperger, il se pourrait bien que Vincent s’ouvre de nouveau au monde.

Auteur : Alain Gillot / Prix : 18.00 € / ISBN : 9782081333864 / Paru le : 01/04/2015

Le quinconce, I l’héritage de John Huffam. Charles Palliser

C’est une découverte assez surprenante que celle de ce roman sans âge à l’écriture résolument victorienne, « Le quinconce » de Charles Palliser. Charles Dickens n’aurait sans doute pas renié ce confrère.

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Alors que Charles Palliser est un auteur contemporain, il a écrit cette série à la structure singulière en 1989. C’est donc avec  étonnement que je suis entrée dans ce récit d’un autre temps, vérifiant par deux fois la biographie de son auteur, tant son écriture nous entraine dans un récit du XIXème. Quel  que soit le niveau de langage, châtié ou argot populaire, toutes les nuances sont présentes . Mais une fois le parti pris entendu, on plonge aisément dans l’aventure.

Dans ce premier tome, nous faisons la connaissance de John et de sa mère. Ils habitent un petit village perdu dans la campagne anglaise, loin de tous. John, élevé par sa mère, est entouré de femmes, servante, nourrice, cuisinière, et vit de façon plutôt humble, pas vraiment misérable. Dans un quasi isolement puisqu’il ne doit pas parler aux inconnus et n’a pas le droit de rencontrer les enfants de son âge. Il ne sait rien de ses origines, ni de son père ni de sa famille. Les circonstances et sa curiosité vont l’aider à dénouer les premiers fils d’une intrigue qui s’avère fort complexe au fil des pages.

Un codicille conservé avec moultes précautions  par sa mère semble prouver d’où il vient, et pouvoir lui apporter d’hypothétiques richesses. Mais il est également sujet de grandes convoitises par les divers personnages dont nous allons faire la connaissance tout au long du récit. La mère est un personnage attachant, mais faible, très inquiète, naïve, manipulable, elle semble à la merci de plus malin qu’elle. Peu encline à faire confiance à son jeune fils, bavard et facilement influençable, elle fera quelques erreurs de jugement qui seront la cause de bien des malheurs à venir.

John quant à lui nous apparait comme un jeune garçon charmant et curieux, même si son langage et ses façons sont souvent celles d’un jeune homme plus adulte que son âge. Pourtant il lui est difficile d’aller contre la volonté de sa mère, lui qui ne sait rien mais comprend vite qu’elle lui cache beaucoup de choses sur ses origines.

Nous allons découvrir peu à peu les différentes familles qui gravitent autour de lui, les liens qui les unissent, les imbrications avec sa propre histoire. Des plus misérables aux aristocrates parfois sans cœur, les différentes strates de la société sont présentes avec leurs défauts et leurs qualités, leurs relations parfois ambiguës, leurs mystères et leurs secrets. Cinq tomes, cinq chapitres, cinq familles, étroitement liées sans doute, mais que le lecteur devra découvrir au fils des différents tomes. C’est un peu frustrant car j’aurai souhaité en savoir déjà un peu plus. C’est un récit attachant, embrouillé parfois, mais qui se laisse lire avec plaisir si l’on dépasse la surprise de cette écriture victorienne à la Dickens.

Catalogue éditeur : Éditions Libretto

Dans l’Angleterre du début du XIXe siècle, le petit John Huffam, élevé dans un village perdu, comprend que sa mère, pauvre parmi les pauvres, est mystérieusement apparentée aux châtelains du lieu. Dès lors, il va consacrer sa vie à percer le secret de ses véritables origines et ne tarde pas à découvrir la cruauté qui fonde les castes sociales et qui déchire les êtres.
À la fois roman picaresque et fable initiatique convoquant les talents de Dickens et de Shakespeare, Le Quinconce a été salué comme un chef-d’œuvre.