La belle lumière, Angélique Villeneuve

Le magnifique parcours d’une mère pour sauver sa fille, un roman inoubliable

L’auteur porte un regard émouvant et réaliste sur la vie de Kate Keller, la mère passionnée et attentive d’Helen, cette enfant sauvage et folle, sourde muette et aveugle que tous lui conseillent de placer à l’asile.

Cette enfant c’est Helen Keller, devenue la première femme handicapée à réussir un diplôme universitaire, auteure prolifique, elle crée une fondation pour personnes handicapées et milite au sein de mouvements socialistes, féministes et pacifistes, elle voyage dans le monde entier pour défendre les personnes handicapées.

En Alabama en 1880, Kate a quitté ses parents pour suivre Arthur, ce veuf de vingt ans son ainé. Mais la vie n’est pas facile pour cette jeune femme qui sait bien qu’elle ne prendra jamais la place de la première épouse trop tôt disparue. La naissance de son premier enfant est vécue comme une fête. Helen est un bébé comme les autres, aimée de ses parents, élevée dans cette grande maison au bord de la rivière. Jusqu’à ces journées de fièvre qui  laissent la mère et la fille exsangues et changent à jamais le cours de leurs vies. Helen a dix-neuf mois.

Vont suivre des années de recherche tous azimuts pour cette mère aussi obstinée que pugnace, médecins, oculistes, médecines alternative, eaux miraculeuses ou plantes qui guérissent, tout y passe, rien n’y fait. L’enfant grandit, sauvage, exigeante, indocile.

La relation quasi-charnelle et si forte qu’elle a avec sa fille lui dit qu’elle peut faire quelque chose pour elle. Alors Kate s’obstine, laisse Helen vivre, toucher, crier, mordre, blesser, fuir. Kate cherche et trouve enfin une école pour malentendants et aveugles, l’école Perkins à Boston et convainc son époux de faire venir Ann Sullivan, une jeune femme qui prend en charge l’éducation d’Helen. Plus qu’éduquer, il lui faudra dompter la jeune Helen, et soumettre à rude épreuve ces parents aimants qui ne comprennent pas forcément la difficulté et l’exigence de cette éducation.

Le difficile parcours de cette mère qui aime sa fille et se bat contre tous pour lui donner une vie « normale » est magnifiquement dépeint par les mots, la force et la douceur de l’écriture de l’auteur. Une écriture qui touche le lecteur au cœur et à l’âme. Bien sûr, comme elle le dit, peu de documents existent sur la réalité de la vie de Kate, mais Angélique Villeneuve la fait vivre sous nos yeux avec intelligence et sincérité, c’est particulièrement réussi et terriblement émouvant

La beauté, la complexité, la dualité des sentiments de cette mère, les difficultés qu’elle doit affronter, l’isolation face à une société qui n’est pas prête à accepter ces enfants si différents. Mais aussi la complexité de cette Amérique qui sort de la guerre de sécession, les conflits latents entre le nord et le sud, malgré la fin de l’esclavage une réalité qui veut que ces hommes et ces femmes qui ne sont plus esclaves n’ont pas pour autant leur place dans la société, sont également traduits avec finesse. Tout y est. C’est émouvant, beau, triste et magnifique à la fois.

Retrouvez aussi ma chronique de Maria paru en 2018

Catalogue éditeur : Le Passage

Alabama, 1880. Dans une plantation du sud des États-Unis, la naissance d’Helen console sa mère d’un mariage bancal. Un monde s’ouvre entre Kate et sa fille, et puis tout bascule : les fièvres féroces ravagent l’enfant adorée.
Cette fillette à la destinée extraordinaire, beaucoup la connaissent. La renommée d’Helen Keller, aveugle, sourde et muette, enfant farouche tenue pour folle et puis surdouée, a franchi frontières et années.
Kate Keller, que La Belle Lumière éclaire aujourd’hui, semblait en revanche repoussée dans l’ombre à jamais. Sans elle, pourtant, sa fille aurait-elle pu accéder au miracle de la connaissance ?
Comme glissée au cœur de son héroïne, tant vibre dans ces pages le corps déchiré de Kate, Angélique Villeneuve restitue, de son écriture sensuelle et précise, la complexité d’une femme blessée et dévorée par l’amour. Dans ce Sud encore marqué par la guerre de Sécession et les tensions raciales, le lecteur traverse avec elle une décennie de sauvagerie, de culpabilité et de nuit. Mais découvre aussi, et c’est là la force du livre, un temps de clarté et de grâce.

ISBN: 978-2-84742-447-8 / Date de publication: Août 2020 / pages: 240 / Prix : 18 €

Sous le soleil de tes cheveux blonds, Agathe Ruga

L’amitié, l’amour, ces sentiments complexes, indispensables et parfois si douloureux

Elles étaient deux, brune et blonde, belles comme le jour, amies de longue date, jusqu’au jour où Brigitte a disparu de la vie de Brune. A l’aube de sa deuxième grossesse, et lors de la disparition de France Gall, Brune se souvient de leurs années d’amitié folle et intense. Brigitte hante ses rêves, bouleverse sa grossesse, ravive la douleur de l’absence de ce double d’elle qui lui manque tant.

Brune et Brigitte, deux jeunes femmes belles et intelligentes, lycéennes puis étudiantes fusionnelles et talentueuses, solaires et brillantes. Brune se souvient des bancs de la fac de médecine, de la fête, des sorties, des weekends de folie à boire et danser jusqu’au bout de la nuit, du bonheur de plaire et de séduire, des vacances en Bretagne, des hommes que l’on aime et qui ne vous voient même pas, de ceux que l’on épouse mais qui ne vous satisfont pas, de ceux que l’on aime à la folie, contre la morale, la famille, la raison. Tous ces secrets, ces moments de vie, cette rivalité parfois, la passion toujours et cette intensité de sentiments partagés.

Avec talent, Agathe Ruga nous transporte au cœur d’une jeunesse provinciale dorée à qui tout sourit. Par son écriture parfaitement maitrisée, sincère, audacieuse et parfois crue, elle dit la vie et la violence des sentiments, l’amitié et l’amour, mais aussi la maternité, la séparation, le couple.

Les années d’études en fac de médecine dont on sait même sans l’avoir faite à quel point elle est difficile, les vacances et les weekends en liberté, les folles nuits d’insouciance, la vie de couple, tout y est, et le lecteur plonge dans cet univers qui m’a fait penser aux romans de Monica Sabolo ou de Laura Kasischke. Si le début de la lecture m’a semblé parfois fastidieux, c’est un roman qui devient rapidement addictif.

On ne peut s’empêcher de penser à l’autofiction bien sûr, mais portée par cette écriture à la fois subtile et vivante qui donne envie de lire le prochain roman de cette dentiste, blogueuse, amoureuse, maman et désormais autrice. Le tout bercé par ces airs de France Gall qui Évidement, trottent désormais dans ma tête.

Roman lu dans le cadre de ma participation au Jury du Prix des Lecteurs du Livre de Poche 2020

Catalogue éditeur : Arpège (éditions Stock) et Le Livre de Poche

L’une est blonde, secrète et bourgeoise. Au lycée, on la surnomme Brigitte. L’autre, extravertie et instable, répond au nom de Brune. Toutes deux sont encore des jeunes filles pleines d’avenir. Traversant les années folles de la jeunesse, elles découvrent ensemble la joie d’aimer, de danser, de rire et de boire jusqu’au petit matin en rêvant à leurs destins de femmes. Mais un étrange jour d’été, tout s’arrête brusquement. Sans donner aucune explication, Brigitte rompt leur amitié et disparaît.
Les années passent mais n’effacent pas la douleur de l’absence. Lorsque Brune tombe enceinte, elle ressent le besoin de comprendre.
Avec brio, Agathe Ruga explore une tranche de vie aussi enivrante que violente, celle des premières fois, de l’éveil de la féminité, du passage à l’âge adulte et des désillusions, jusqu’à la délivrance.

Agathe Ruga a délaissé sa carrière de dentiste pour devenir écrivain et chroniqueuse littéraire sous le nom d’Agathe.the.book. Elle a fondé le Grand Prix littéraire des blogueurs ainsi que la distinction L’Été en poche. Avec Sous le soleil de mes cheveux blonds, elle signe un premier roman ultra contemporain, percutant et sensible.

Le Livre de Poche : 7,70€ / 312 pages / Date de parution : 10/06/2020 / EAN : 9782253241027
Éditions Stock : Sous le soleil de mes cheveux blonds / 27/02/2019 / 288 pages / EAN : 9782234087118 / Prix : 18.50 €

Un loup quelque part, Amélie Cordonnier

Mère amère, ce drôle de roman qui nous dit à quel point il est parfois difficile d’être mère

Il est né, ce divin enfant, le deuxième de ce couple uni et aimant. Ils sont déjà parents d’une petite Esther adorable et sans histoire, voilà qu’arrive un fils aimé et choyé. Enfin au moins jusqu’au jour de cette visite chez le pédiatre, lorsque sa mère découvre une tache bizarre sur le petit corps d’Alban. Et jour après jour, les marques se font plus nombreuses, la couleur de sa peau change. Car Alban s’avère être un bébé surprise, un bébé métis. Mais pourquoi ? Mais comment ?

Les découvertes et les révélations sont violentes et fracassante pour cette maman complétement perdue dans le silence de ses origines, dans ce secret enfin dévoilé qui bouleverse sa vie. Qui est-elle et d’où vient-elle ? Une fillette adoptée par des parents aimants. Par ce père devenu veuf qui se mure dans le silence et n’ose révéler ce lourd secret à sa fille au décès de son épouse. Anéanti par son chagrin, le père ne saura jamais lui dire d’où elle vient et tout cet amour qu’il lui porte, qu’ils lui ont porté à deux, lui faire comprendre tout le bonheur qu’ils ont eu de pouvoir élever cette enfant tant attendue.

Le silence est fracassant, la révélation déstabilisante, elle est face à cet enfant qu’elle ne reconnait pas, qu’elle hésite à aimer, à prendre dans ses bras, à accepter. La voilà plongée dans un immense désarroi, celui de réaliser qu’elle a été abandonnée à la naissance, puis le silence de son père, enfin la couleur de l’enfant, comment peut-elle vivre avec ça ? Mais elle a en même temps une réaction totalement démesurée, celle de cacher cet enfant que je ne saurais voir par tous les moyens, même les plus invraisemblables. Un peu trop peut-être, on a un peu de mal à y croire à ces accessoires, mais dans la réalité, on sait bien hélas que la maltraitance n’a pas de limite… surtout dans une famille un peu trop aveugle confrontée à cette mère désespérée.

Je retiens avant tout cette question importante soulevée ici par l’auteur : est-on mère d’office lorsque l’on a un enfant, ou le devient-on ? L’instinct maternel, une évidence ou une construction ? Aime-t-on son enfant dès qu’il parait comme on se plait à nous le répéter depuis si longtemps, ou doit-on là aussi s’apprivoiser l’un l’autre jusqu’à devenir mère. De belles questions qui restent sans réponse, mais qui interrogent intelligemment le lecteur.

S’il peut être difficile d’être mère, il est sans doute aussi parfois difficile d’être l’enfant différent. Ici, Alban est encore un bébé. Mais cette lecture m’a rappelé un souvenir d’enfance. Des voisins dont l’un des enfants était métis, le gène d’un ancêtre africain ayant sauté des générations. Il nous demandait toujours avec tristesse pourquoi sa mère ne le lavait pas autant que les autres. Les parents étaient déstabilisés et ne savaient pas trop comment le lui expliquer, mais l’amour des parents et de la fratrie était si fort et communicatif qu’en grandissant il a vite accepté sa différence.

On ne manquera pas de lire les chroniques de Nicole, du blog Motspourmots et de Joëlle Les livres de Joëlle

Si vous avez aimé ce roman, je vous conseille de découvrir aussi Amour propre, le superbe roman de Sylvie le Bihan. Elle a le mérite de poser cette question de l’instinct et du bonheur de la maternité quasi imposée aux femmes. Mais aussi à La résurrection de Joan Ashby, pour son approche iconoclaste de la maternité.

Roman lu dans le cadre des 68 premières fois, session anniversaire 2020

Catalogue éditeur : Flammarion

« Paupières closes coupées au canif, lèvres parfaitement dessinées, l’air imperturbable. Royal même. Au début, elle a cru qu’il lui plaisait, ce petit. Seulement voilà, cinq mois plus tard, elle a changé d’avis. Ça arrive à tout le monde, non ? Elle voudrait le rapporter à la maternité. Qui n’a pas un jour rendu ou renvoyé la chemise, le pantalon, le pull, la ceinture ou les chaussures qu’il venait d’acheter ? »

Que fait cette tâche, noire, dans le cou de son bébé ? On dirait qu’elle s’étend, pieds, mains, bras, visage. Mais pourquoi sa peau se met-elle à foncer ? Ce deuxième enfant ne ressemble pas du tout à celui qu’elle attendait. Aucun doute, il y a un loup quelque part.

Avec une écriture aussi moderne qu’acérée, Amélie Cordonnier met en scène une femme paniquée de ne pas réussir à aimer son enfant et dont l’affolement devient de plus en plus inquiétant.

Paru le 11/03/2020 / 272 pages – 137 x 210 mm / ISBN : 9782081512757  / Prix : 19,00€

La résurrection de Joan Ashby, Cherise Wolas

Quand une écrivaine de talent se perd dans le couple et la maternité, quel est le prix à payer pour se retrouver ?

Joan Ashby le sait, elle est faite pour être écrivaine, c’est sa vie. A seulement vingt-trois ans, reconnue et adulée par son lectorat, elle excelle dans ce rôle. Après deux recueils de nouvelles et des tournées de librairies et de salons dans tout le pays, elle sait que c’est ce qu’elle aime et qu’elle fait le mieux. Elle a peu de certitudes mais certains préceptes inébranlables : ne jamais arrêter d’écrire, ne jamais avoir d’enfants.

Pourtant, la rencontre avec Martin, si elle n’est pas forcément un coup de foudre est malgré tout une évidence. Elle l’épouse, change de cadre de vie, quitte New-York et ses promesses pour déménager dans la petite ville où il a installé sa clinique et découvre sa grossesse déjà avancée. Malgré son envie de ne pas avoir d’enfant, malgré les promesses de Martin, malgré ses rêves, elle s’engage sur le difficile chemin de la maternité heureuse. Car Joan n’est pas faite pour devenir mère, elle le sait, cependant pour plaire à Martin, pour devenir cette jeune femme accomplie conforme aux exigences, elle va prendre son rôle très au sérieux. Et si la maternité n’est pas désirée, elle saura malgré tout donner tout son amour à ses enfants et les aider à grandir à ses côtés.

Les années passent, avec ces deux fils magnifiques, Daniel le rêveur développe tout jeune des talents pour l’écriture, Éric le surdoué autodidacte, inventeur d’un programme informatique à seulement treize ans, est très difficile à canaliser. Martin poursuit avec talent son métier de chirurgien ophtalmologue. Il parcourt le monde pour réaliser des opérations miraculeuses pour des malades toujours plus reconnaissants. Une belle famille composée d’éléments disparates qui s’accordent et grâce à qui la vie devrait être formidable.

Mais dans ces conditions, à toujours faire passer le bonheur des autres avant le sien, comme le font souvent les mères, Joan n’arrive plus à écrire. Devenue mère et épouse avant d’être écrivaine, il lui faudrait pour se réaliser pleinement plus de calme et de sérénité. Alors elle privilégie son rôle de mère au détriment de ses passions, ses envies, ses aspirations. Pourtant en cachette, elle réussit à s’évader et à créer son premier grand roman.

Jusqu’au jour où… c’est la trahison, l’abandon et la fin du rêve éveillé, ce rêve de réussite et de retour à l’écriture. Et la trahison est destructrice. A partir de là, les coutures commencent à craquer, la famille explose, le fils génial part au bout du monde, l’ainé se terre et coupe les ponts. Joan part seule se ressourcer à Katmandou. Elle va enfin le faire ce voyage qu’elle avait reporté d’année en année, pour tenter de se trouver au bout du chemin, pardonner, avancer. La rencontre avec les autres – femmes, religion, méditation – va lui permettre d’avancer sur le difficile chemin qu’il lui reste à parcourir.

Ce premier roman est un portrait de femme à la fois terriblement ambitieux – plus de six cent pages tout de même – et vraiment étonnant. L’auteur nous entraine sur plusieurs dizaines d’années de la vie de Joan Ashby. Cette jeune femme embrasse la maternité presque contre son grès, parce que les conventions, les convenances, parce que le mari, les traditions, mais certainement pas par véritable désir intime, comme c’est trop souvent le cas encore aujourd’hui.

J’ai aimé également cette intéressante approche sur la difficulté pour un enfant de trouver sa place et de forger sa personnalité dans une famille où chaque membre est surdoué, chacun ayant des spécialités si écrasantes, si évidentes, qu’il faut trouver le moyen de devenir soi.

A sa vie se mêlent ses différents écrits, ses nouvelles, son romans, puis le récit de son fils, comme des boites que le lecteur va ouvrir à mesure pour comprendre et appréhender toute la complexité de ce personnage, des relations humaines, de la difficile acceptation de la vie familiale. Il faut du talent pour donner un style différent aux écrits qui se suivent ; parfois un peu difficiles à suivre, mais les différentes polices utilisées aident bien à la compréhension. Ça foisonne, c’est dense, et ce gros pavé est un vrai plaisir de lecture, à la fois original, singulier, humain, il parle à chacun d’entre nous.

Citation : Elle comprend qu’elle vivait comme cousue de l’intérieur depuis très longtemps et que les coutures commencent à craquer.

La résurrection de Joan Ashby, par son approche un peu iconoclaste de la maternité m’a fait penser au roman Amour propre de Sylvie Le Bihan que j’avais également beaucoup aimé, pour cette vision qui dérange mais qu’il est primordial d’exprimer.

Catalogue éditeur : Delcourt littérature

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Carole Hanna

Joan Ashby a toujours voulu devenir écrivaine et a établi très tôt quelques préceptes de vie pour mettre toutes les chances de son côté : « Ne pas perdre de temps », « Écrire tous les jours », et surtout « Ne jamais avoir d’enfants ». Elle touche au but à 23 ans et devient la nouvelle sensation de la scène littéraire new-yorkaise avec un premier recueil de nouvelles singulières. Mais elle fait un premier pas de côté en épousant Martin, puis découvre avec effroi qu’elle est enceinte. Elle prend alors une décision fatale à sa carrière et s’efface dans une vie de famille non préméditée. Mère de deux fils diagnostiqués précoces, Joan laisse filer les années. Sur le point de renouer enfin avec la vie qu’elle a mise en suspens, une trahison aux proportions shakespeariennes va l’acculer à questionner tous les choix qu’elle a faits…

Sélectionné par le PEN/Robert W. Bingham Prize for Debut Fiction, La Résurrection de Joan Ashby est le premier roman de Cherise Wolas, par ailleurs productrice de cinéma. Native de Los Angeles, elle vit aujourd’hui à New York et a publié en 2018 son deuxième roman, The Family Tabor.

Parution le 22 janvier 2020 / 624 pages / Prix : 23.90€

Vanda, Marion Brunet

Vanda, un roman qui happe ses lecteurs. Un drame contemporain au pays de l’amour fou

On y découvre l’amour absolu et possessif d’une mère pour son fils de six ans, son petit bulot qu’elle couve comme une louve.

A Marseille, Vanda subsiste en faisant le ménage à l’hôpital psychiatrique, avec un contrat précaire. Celle qui a eu plus jeune des rêves d’artiste vit aujourd’hui en marge de la société dans un cabanon sur la plage. Cette jeune femme aux tatouages fleuris élève tant bien que mal, mais avec une énorme tendresse, l’amour de sa vie, sa passion, son fils Noé. Bien sûr dans la vie de Vanda il y a aussi les sorties, un peu d’alcool, les hommes de temps en temps et un peu de drogue, mais surtout une grande précarité.

Jusqu’au jour où Simon revient au pays pour l’enterrement de sa mère. Simon qu’elle avait quitté sept ans plus tôt et qui découvre ce fils dont il ne soupçonnait même pas l’existence. Aujourd’hui, Simon est en couple avec Chloé, et justement, cette dernière ne veut pas d’enfant, malgré les tentatives de Simon. Alors ce petit tombé du ciel est un miracle pour ce le papa tout neuf se sent une âme de protecteur, de papa poule. Au grand dam de Vanda la louve, fusionnelle avec son bébé, son petit bulot, qu’elle abrite dans le creux ses bras, sur son cœur, et qu’elle ne laisserait partir pour rien au monde.

Alors nous suivons alternativement Vanda, dans ses souvenirs et dans sa vie avec son Bulot, puis Simon, ses souvenirs, ses regrets et la façon dont il va se projeter dans ce rôle de père tellement inespéré, pour lequel il pourrait peut-être changer de vie.

La suite ? Pour la connaître il faut lire ce roman émouvant et débordant d’un amour exclusif et dévastateur. Roman qui dit l’amour, la complexité du quotidien pour ces marginaux qui n’ont pas toujours choisi de l’être, la différence de vie des classes sociales qui se côtoient sans se rapprocher vraiment. Roman qui dit les combats et les rêves de vie meilleure, mais aussi l’amour d’une mère qui fait tout ce qu’elle peut pour son enfant.  

Nerveuse, rythmé, réduite au strict minimum, l’écriture est adaptée aux moments, au milieu social, aux différents protagonistes. Ce double langage à un impact fort sur le lecteur. L’auteur place son roman dans une actualité brulante, manifestations de gilets jaunes, violences policières fantasmées ou pas, précarité, chômage, difficulté du milieu hospitalier avec son manque cruel de personnel, solitude. Mais l’auteur aborde aussi avec le personnage de Chloé la situation d’une femme qui ne veut pas d’enfants, et la façon dont la société a du mal à accepter ce choix, comme si c’était un monstre d’égoïsme, lui niant le droit à déterminer sa vie de femme. Un drame contemporain au pays de l’amour fou.

Catalogue éditeur : Albin-Michel

Personne ne connaît vraiment Vanda, cette fille un peu paumée qui vit seule avec son fils Noé dans un cabanon au bord de l’eau, en marge de la ville. Une dizaine d’année plus tôt elle se rêvait artiste, mais elle est devenue femme de ménage en hôpital psychiatrique. Entre Vanda et son gamin de six ans, qu’elle protège comme une louve, couve un amour fou qui exclut tout compromis. Alors quand Simon, le père de l’enfant, fait soudain irruption dans leur vie après sept ans d’absence, l’univers instable que Vanda s’est construit vacille. Et la rage qu’elle retient menace d’exploser.

Marion Brunet a 43 ans et vit actuellement à Marseille. Après des études de Lettres, elle a travaillé comme éducatrice spécialisée dans différents secteurs, notamment en psychiatrie. Reconnue pour ses romans « young adults » (Dans le désordre, 2016 ; Sans foi ni loi, 2019), elle a été fortement remarquée avec la parution aux éditions Albin Michel de L’été circulaire, Grand Prix de littérature policière 2018 et Prix des libraires du Livre de Poche 2019.

18.00 € / 26 Février 2020 / 140mm x 205mm / 240 pages / EAN13 : 9782226449573

Le corps d’après, Virginie Noar

Le corps d’après, de Virginie Noar, c’est ce corps qui vient après l’adolescence, après l’amour, après l’enfant, celui qui pousse dans le corps des filles et le transforme en corps de mère…

La narratrice est une jeune femme à l’enfance compliquée. L’amour, le désir, la violence et les errances ont peuplé son adolescence. Aujourd’hui, l’idée de ce qui deviendra un enfant émerge avec le premier test de grossesse, premières émotions partagées avec le futur père… Mais ce qui importe n’est-il pas de savoir comment être mère, le devient-on, est-ce automatique, cet instinct maternel dont tout le monde nous bassine les oreilles, existe-t-il ?  Et comment se déroule cette période hors du temps, d’un corps qui se transforme pour en abriter un autre, étranger et tellement proche.

Viennent alors les incertitudes, les angoisses, les questionnements, et si je ne savais pas, et comment va se transformer ce corps qui ne m’appartient presque plus. En parallèle, et en italique dans le roman, les souvenirs d’enfance, une enfance pas si facile ni si gaie que cela, à rechercher l’amour d’une mère.

Etonnant, violent, contestataire, Le corps d’après est un livre combat. Ce combat pour se réapproprier son corps, celui en mutation, qui en invente un autre, qui se dédouble, mais qui pendant des mois va appartenir aux obstétriciens qui l’auscultent, l’observent, le fouillent, le violentent contre ou malgré la volonté des femmes. Qui devra être conforme aux attentes d’une société moralisatrice et contraignante, parsemée d’interdits et d’obligations, et du côté du corps médical, de dictats et d’examens forcés, non expliqués, non acceptés mais fait comme si le consentement médical n’avait pas à être demandé.

Car comment lutter si l’on ne sait pas, si l’on n’ose pas, par méconnaissance souvent, par peur, par crainte de mal faire. La femme tente de protéger coûte que coûte cette intégrité qu’on lui refuse parfois, par habitude, lassitude, parce qu’on est le sachant. Face à ces violences gynécologiques qui semblent d’un autre temps, mais qui sont bien contemporaines, la narratrice ose dire non.  Puis vient le temps de l’accouchement, ce plus beau jour de sa vie, qui se fait dans la douleur, l’incertitude, le silence et le mépris de ces sachant qui une fois encore n’expliquent pas, ne rassurent pas…

Donner la vie, une violence inconnue, inavouable, un bonheur aussi, celui de créer cet autre qui sort de soi… que l’on découvre peu à peu, auquel on doit s’attacher, mais aussi se détacher pour le laisser être lui.

Roman lu dans le cadre de ma participation aux 68 premières fois

Catalogue éditeur : éditions François Bourin

C’est le début. L’absence de sensations. Les inquiétudes irrationnelles. La peur que, soudain, tout s’arrête. Alors, stupéfier les joies dans le sillon des lendemains incertains. Ne pas s’amouracher d’un tubercule en formation, c’est bien trop ridicule et puis, sait-on jamais, il pourrait. Mourir. Je me sens coupable. D’un bonheur qui ne vient pas. Je me sens coupable. Des larmes insensées alors que je devrais sourire. Et puis, ce matin-là, j’entends. Entre les quatre murs silencieux qui ne voient pas le désordre alentour, j’entends. Le balbutiement de son cœur.

Le Corps d’après est le récit d’un enfantement, et d’une lutte. Contre les injonctions, le bonheur factice, le conformisme. Au bout du chemin, pourtant, jaillit la vie. Celle qu’on s’inventera, pied à pied, coûte que coûte. Pour que, peu à peu, après la naissance de l’enfant, advienne aussi une mère, femme enfin révélée à elle-même.

Virginie Noar, pigiste et travailleuse sociale, a trente-cinq ans. Elle exerce dans un espace de rencontre parents-enfants. Le Corps d’après est son premier roman. Elle réside en Ardèche, à Joyeuse.

Date de parution : 22 août 2019 / Format : 13 x 20 cm / Pages : 256 / ISBN : 979-10-252-0456-6 / Prix public : 19 €

Comme la chienne, Louise Chennevière

Subjuguée, bouleversée, par ces femmes, toutes ces femmes qui habitent « Comme la chienne » le premier roman de Louise Chennevière

couverture du roman comme la chienne de Louise Chenneviere photo Domi C Lire

D’abord, il y a la lecture, l’impatience, la surprise, l’attente de la suite, puis la compréhension… me voilà face à un recueil de nouvelles qui parlent à chaque fois d’une femme autre, différente, mère, grand-mère, fille, sœur, épouse, amante, voisine, amie, elle y sont toutes, elles vivent, pleurent, espèrent, aiment, détestent tour à tour.

C’est bouleversant d’amour ou de haine, émouvant, douloureux parfois, surprenant toujours, mais tellement vrai au fond que c’est un véritable choc.

Une écriture sculptée dans les émotions, le verbe, le vrai. Porté comme un souffle de rage et de violence, de haine et d’amour, d’espoir et de crainte. Il y a une force incroyable qui émerge de ces pages, courts textes le plus souvent, mais qui en quelques lignes disent tout, y compris l’indicible, des sentiments forts que l’on tait ou que l’on exprime, avouables ou inavouables, des corps qui se frôlent, se croient, se plaisent, s’aiment ou proclament toute leur haine dans les mots et les gestes, la violence ou le silence. Alors elles s’expriment ces femmes, elles disent, elles vivent, elles ressentent, et le lecteur écoute, entend, pleure ou s’émeut avec elles. De toutes ces violences contenues, acceptées, réprimées, de tout cet amour qui veut éclore mais que l’on tait, de cette attente de l’autre, ou de ce rejet du mal, celui des hommes ou des femmes qu’elles rencontrent, dont elles croisent la vie, quelques instants, ou si longtemps.

C’est un livre qui bouscule les normes, qui se lit comme une supplique, celle d’entendre et de comprendre l’autre, cette femme qui ne s’exprime pas mais qui souffre, cette femme qui ne dit pas mais qui aime, et toutes celles qui disent, qui font, qui espèrent. Et puis toutes les autres. On tourne les pages sans pouvoir s’arrêter…. Jusqu’à pas d’heure pour les rencontrer toutes. Il y a une telle puissance dans ces mots, dans ces pages, une violence et une intelligence qui accrochent définitivement le lecteur. Quelle écriture, quel rythme, quelle découverte !

Roman lu dans le cadre de ma participation au jury du prix littéraire de la Vocation 2019.

Catalogue éditeur : P.O.L

« La destinée de la femme est d’être comme la chienne, comme la louve : elle doit appartenir à tous ceux qui veulent d’elle. » Sade, La philosophie dans le boudoir.

Une femme parle. Elle accuse. Elle raconte. Elle prend la voix de plusieurs femmes. Récit fragmenté, éclaté comme les mille images entre lesquelles est tiraillé le corps de la femme. Chaque récit est un instant arraché à l’intime, une voix sauvée du silence, ce silence qui est l’histoire des femmes. Ce texte est une tentative de faire entrer par effraction dans la parole ce qui en a été toujours exclu, dire l’immense violence et les infimes douleurs. Et…Lire la suite…

Louise Chennevière a 26 ans. Elle vit à Paris. Comme la chienne est son premier roman.
avril 2019 / 256 pages, 18,9 € / ISBN : 978-2-8180-4713-2

Un mariage anglais, Claire Fuller

Roman épistolaire délicat et nostalgique, on aime le charme et la sensibilité du roman de Claire Fuller « Un mariage anglais » .

PHOTO roman un mariage anglais de Claire Fuller, blog Domi C Lire

Ingrid est une jeune étudiante amoureuse de Gil, son professeur de littérature. Vingt ans les sépare mais l’amour les réuni pour le meilleur et pour le pire.

Le couple s’installe au pavillon de nage, puis naissent deux filles, Nan et Flora. La mer et la nature sont présentes à chaque instant. Si le mariage est heureux en apparence, Gil est terriblement volage. Il n’arrive pas à écrire son prochain et merveilleux roman, s’absente, collectionne les aventures et les livres qui envahissant peu à peu la maison. Loin de ses rêves de jeunesse et des promesses de Gil, Ingrid,  trahie par celui qu’elle aime et cantonnée dans un rôle de mère au foyer qui ne lui convient pas, s’étiole peu à peu. Seules la mer et ses longues séances solitaires de natation trouvent grâce à ses yeux. Quelques années après leur mariage, Ingrid disparait. Personne ne sait ce qu’elle est devenue, noyée, évaporée ?

Ce roman aux sensations douces amères est construit en deux récits parallèles.

D’abord le temps présent. Gil vient d’avoir un accident, enfin, sans doute, car nul ne sait si la chute était accidentelle finalement. Il s’en sort plutôt bien, mais ses filles veillent à son chevet. Entre Nan et Flora, les souvenirs resurgissent, Flora cherchant toujours en vain la présence d’Ingrid.

Puis les années de vie commune, à travers les lettres d’Ingrid. Face à l’absence et au silence de son époux, elle décide de lui écrire et de cacher ses lettres entre les pages de romans de sa bibliothèque. A travers ce récit épistolaire se dessine peu à peu une vie pas du tout idyllique, aux contours plus sombres qu’il n’y parait. Bien qu’elle soit toujours amoureuse, Ingrid est malheureuse. La vie dont elle avait rêvé, les promesses de Gil, rien de tout cela ne vient égayer son quotidien.

Voilà un étonnant roman sur le couple et sur la place des femmes, mais femme au foyer qui se doit d’être mère avant tout, sur l’amour, l’absence, le poids des non-dits et le manque de communication. La nature est omniprésente, à travers la mer et ses promesses de bonheur et d’évasion, la lande et ses chemins, le jardin qu’Ingrid dessine avec obstination. Un beau roman d’été empreint de nostalgie.

Roman lu dans le cadre de ma participation au jury des lecteurs du Livre de Poche 2019

Catalogue éditeur : Stock, puis Le Livre de Poche

Roman épistolaire construit à rebours, ce récit relate le mariage d’Ingrid et de Gil Coleman, son professeur de littérature, de vingt ans son aîné. Quinze ans plus tard, Ingrid, lassée des absences répétées de son mari, disparaît, laissant une série de lettres dans lesquelles elle revient sur l’histoire de son mariage.

432 pages / Date de parution : 24/04/2019 / EAN : 9782253237600 / Prix  8,20€

Amour propre, Sylvie le Bihan

Être mère ou être femme… Mais à quel moment dit-on aux femmes que mettre au monde un enfant, c’est signer un bail ad vitam aeternam ? Dans ce roman magnifique qui ose dire, Sylvie le Bihan interroge le rôle de la mère et de la femme.

Giulia, prof d’italien, a la cinquantaine fatiguée et lasse. Giulia a des failles, elle a toujours ressenti un grand vide avec l’absence inexplicable de sa mère. Sa mère a abandonné le foyer en laissant sa petite fille de quelques mois au père qui l’a élevée avec tout l’amour possible. Giulia a divorcé, puis élevé seule ses trois enfants, s’efforçant d’être mère sans avoir eu son propre modèle. Aujourd’hui elle n’a qu’une hâte, voir ses enfants quitter son foyer pour vivre enfin sa vie de femme. Sa fille est en fac, ses fils viennent de passer leur bac avec succès, il est temps de s’envoler du nid douillet et protecteur dans lequel elle les maintient depuis tant d’années.

Pourtant, tout ne va pas se passer comme prévu, et lorsque les garçons annoncent qu’ils souhaitent entamer une année sabbatique, Giulia craque et fuit vers la villa Malaparte, à Capri. Il faut dire qu’elle a hérité de sa mère un livre de cet auteur qui l’attire irrésistiblement. Là, elle travaille, elle se ressource, se retrouve, et compulse les nombreuses archives qui lui permettront d’écrire sur Curzio Malaparte, auteur singulier et incompris de la majorité des lecteurs. Elle rencontre Maria, une femme attachante et mystérieuse.

Dans ce roman émouvant, Sylvie le Bihan prend également le parti de ces femmes souvent montrées du doigt parce qu’elles n’ont pas eu ou ne veulent pas d’enfant. Comme si la maternité était une évidence, un besoin vital pour l’accomplissement personnel. Ah ça, je l’ai souvent entendu dire par des collègues tant hommes que femmes, à qui j’ai souvent essayé d’expliquer que chacune était libre, difficile de le faire entendre ! À croire qu’une femme ne peut s’accomplir que dans la maternité. Mais non, alors osons le dire haut et fort, il y a tant de raisons à en pas vouloir d’enfants, à ne pas en avoir tout simplement, sans que cela retire quoi que ce soit aux femmes.

Il y a la société bienpensante, la religion, la famille, le regard des autres, qui imposent d’avoir des enfants pour rentrer dans la norme. Quelle pression sur les épaules des femmes, de celles qui rêvent d’être amoureuse, mère, amie, collègue, parfaite, et se mettent dans des situations inextricables fort déprimantes. Non, la femme parfaite n’existe pas et c’est tant mieux ! Et d’ailleurs, n’essayons pas d’être parfaite, de donner aux enfants tout ce qu’ils attendent sans lever même le petit doigt, laissons-les s’ennuyer, chercher, attendre, espérer et vouloir. Aidons-les à se construire à nos côtés jusqu’au jour où il sera temps de quitter le cocon familial pour voler de leurs propres ailes. C’est aussi ça, aimer ses enfants, et c’est toujours d’amour que l’on parle, même lorsqu’une mère rêve de voir partir « ses petits »!

Sylvie le Bihan revient avec justesse et pudeur sur le rôle souvent imposé de mère parfaite que l’on attribue aux femmes… Merci d’aborder ce sujet tabou encore aujourd’hui, de mettre à sa vraie place le désir d’être une femme sans être une mauvaise mère. Comme si ne pas avoir eu d’enfant était synonyme de vie gâchée. Enjeu difficile qui impose parfois des choix et des décisions de vies qui ne sont pas ceux dont on aurait rêvé.
Et cerise sur le gâteau, merci de faire vivre Curzio Malaparte, un écrivain et une personnalité aux engagements multiples et sans doute courageux que je découvre dans cette villa qui fait rêver. De nous faire découvrir, et approfondir si l’on en avait, nos connaissances sur sa vie et son œuvre… Avec comme une envie d’aller à Capri après cette lecture.

Catalogue éditeur : JC Lattès

Giulia n’a hérité de sa mère que son prénom, italien comme elle, et son amour pour Malaparte. Elle a grandi seule avec son père et avec les livres du grand écrivain. Elle est devenue mère, elle est devenue professeure d’université, spécialiste de Malaparte. Ses enfants ont grandi, ils ont encore besoin d’elle,  mais c’est elle qui a besoin de vivre sans eux maintenant : elle ne fuit pas comme sa mère a fui dès sa naissance, elle fuit pour comprendre ce qu’elle a hérité de cette absente, ce qu’elle a légué, elle, mère si présente, à  ses enfants.
Elle répond à l’invitation d’un ami universitaire et part seule à la Villa Malaparte à Capri pour écrire un livre. Lire la suite…

Sylvie Le Bihan est romancière. Elle a publié aux éditions du Seuil trois romans remarqués : L’Autre (2014), Là où s’arrête la terre (2015) et Qu’il emporte mon secret (2017). Et un récit Petite bibliothèque du gourmand, (Flammarion, 2013) préfacé par son mari Pierre Gagnaire.

EAN : 9782709664134 / Parution : 06/03/2019 / 250 pages

Né d’aucune femme, Franck Bouysse

Franck Bouysse nous plonge dans une atmosphère à la façon de Flaubert ou de Dickens. « Né d’aucune femme » est un roman choral, situé fin XIXe début XXe, dans une province qui pourrait être les Landes ou le sud-Ouest chers au cœur de l’auteur.

Gabriel, le curé du village, reçoit une étrange visite. Une inconnue l’informe qu’il va être appelé, par ceux du monastère où se réfugient les filles perdues, auprès d’une jeune morte. Dans les plis de la robe, il trouvera deux carnets, une vie, la vie de Rose…

Rapidement, avec Gabriel, le lecteur feuillette ces carnets et plonge directement dans l’horreur de la misère. Celle des filles qui naissent mais ne servent à rien, même si elles travaillent dur, bouche à nourrir, dot à payer, et elles partent servir dans la famille du mari quand on leur en trouve un…Mais ici, Onésime, le père, au plus profond de son désespoir car il n’arrive pas à subvenir correctement aux besoins de sa famille, a trouvé un moyen de se débarrasser de son ainée, la vendre au maitre de forge.

Elle part avec son père, ne le sait pas encore, mais sa vie d’avant est finie à jamais. Elle repart avec le maitre vers cette grande demeure inquiétante où règne la Vieille, mère et maitresse, mauvaise, hostile à cette jeune femme qu’elle dresse et veut assujettir à sa volonté. Là, Rose, devenue la petite, va vivre des moments de labeur et de douleur. Brimades, corrections, viol, rien ne sera épargné à celle qui désormais appartient au maitre corps et âme.

Le lecteur s’attache à ce personnage de jeune fille. L’auteur construit et fait évoluer autour d’elle les différents protagonistes, en particulier les acteurs de son malheur, avec une montée dans l’intrigue digne des grands romans noir. Pourtant, au plus douloureux de ce qu’elle va vivre, elle n’est cependant jamais totalement désespérée. Elle sait voir le beau. Flatter le col d’un cheval et vivre des instants de bonheur et de douceur à son contact, penser à un jeune homme dont le regard l’émeut sont autant d’instants qu’elle saura sublimer pour réussir à rester vivante dans sa tête.

L’auteur décrit ici le mal dans ce qu’il a de plus terrible, quand le plus fort montre à l’autre ses faiblesses, anéanti sa volonté, annihile sa personnalité. Et cependant, j’ai aimé le fait qu’il mette en scène une jeune femme qui sait verbaliser et écrire le désespoir. Rose réussit à s’extraire mentalement du malheur qu’est sa vie pour devenir une jeune femme solide, parfois même amoureuse, qui ressent des sentiments, des joies, dans cette maison où tout bonheur lui est pourtant refusé. Enfermée, alors qu’elle devrait devenir folle l’écriture va la sauver.

J’ai découvert Franck Bouysse avec ce roman et je ne compte pas en rester là. J’ai trouvé autant de beauté que de cruauté dans ce roman écrit avec une plume qui sait dire la complexité des sentiments et les mots qui émeuvent.

💙💙💙💙

Rencontre au salon Livre Paris

Catalogue éditeur : La Manufacture de livres

 » Mon père, on va bientôt vous demander de bénir le corps d’une femme à l’asile.
– Et alors, qu’y-a-t-il d’extraordinaire à cela ? Demandai-je.
– Sous sa robe, c’est là que je les ai cachés.
– De quoi parlez-vous ?
– Les cahiers… Ceux de Rose. »

Ainsi sortent de l’ombre les cahiers de Rose, ceux dans lesquels elle a raconté son histoire, cherchant à briser le secret dont on voulait couvrir son destin. Franck Bouysse, lauréat de plus de dix prix littéraires, nous offre avec Né d’aucune femme la plus vibrante de ses œuvres. Ce roman sensible et poignant confirme son immense talent à conter les failles et les grandeurs de l’âme humaine.

Franck Bouysse, né en 1965 à Brive-la-Gaillarde, a été enseignant en biologie et se lance dans l’écriture en 2004. Grossir le ciel en 2014, puis Plateau en 2016 rencontrent un large succès, remportent de nombreux prix littéraires et imposent Franck Bouysse sur la scène littéraire française. Il partage aujourd’hui sa vie entre Limoges et un hameau en Corrèze.

20,90 euros / 336 pages / Parution le 10/01/2019 / ISBN 978-2-35887-271-3