Celle qui pleurait sous l’eau, Niko Tackian

De l’amour à la mort, des enquêteurs hors pair pour un thriller efficace et rythmé

Tomar Khan et Rhonda, son adjointe, sont appelés sur une scène pour le moins macabre. Une jeune femme flotte dans une piscine, au milieu d’une mare des sang qui se dilue peu à peu, les veines des poignets profondément entaillées.
L’évidence parle de suicide, l’intuition évoque quelque chose de plus sournois. Lumineuse, vibrante de vie et ayant tout pour être heureuse, comment et pourquoi un suicide aussi scénarisé et exprimant une aussi profonde détresse.
Si Tomar Khan est trop préoccupé par la suite de l’enquête qui le lie au décès d’un de ses collègues, Rhonda quant à elle décide de poursuivre ses investigations.
Pendant ce temps, Ara, la mère de Tomar, lui parle de ses voisins du dessous, de cette violence verbale, de ces bruits qui lui rappellent avec douleur sa propre expérience, les coups et la violence de son mari aujourd’hui disparu.
Mais Tomar, tout à ses angoisses et à ses pertes de mémoires qui polluent dramatiquement les souvenirs qu’il a de ses actes passés, n’est pas prêt à l’écouter ni à agir.

Ce que j’ai aimé ?
La façon dont l’auteur traite ici le difficile thème des violences faites aux femmes.
D’une part avec cette voisine, les silences de ceux qui entendent mais ne font rien, le courage de ceux qui agissent, et la difficulté qu’il y a à s’en sortir soi-même si l’on n’est pas secouru par d’autres.
D’autre part avec ce que je découvre comme étant le suicide forcé. Avec la personnalité du meurtrier psychique dont le travail de sape insidieux et contrôlé amène ses victimes à se détruire, à en finir avec la vie, sans être lui-même ni soupçonné ni inculpé. Lorsqu’il n’y a rien de plus difficile que de déterminer une quelconque culpabilité en particulier sans la moindre trace ou preuve écrite.

Les chapitres, très courts, donnent le rythme, les personnages sont aisément reconnaissables, avec leurs parcours, leurs passés, leurs intentions. Par contre, pour suivre les pensées et les interrogations de Tomar, il me semble qu’il vaut mieux avoir lu les précédents opus.

Roman lu dans le cadre de ma participation au jury Prix des lecteurs Le Livre de Poche 2021 Policier

Catalogue éditeur : Le Livre de Poche, Calmann-Levy

Aujourd’hui, Clara n’est plus qu’un dossier sur le bureau de Tomar Khan. On vient de la retrouver morte, flottant dans le magnifique bassin Art déco d’une piscine parisienne. Le suicide paraît évident. Tomar est prêt à fermer le dossier, d’autant qu’il est très préoccupé par une enquête qui le concerne et se resserre autour de lui. Mais Rhonda, son adjointe, ne peut comprendre pourquoi une jeune femme aussi lumineuse et passionnée en est venue à mettre fin à ses jours. Elle sent une présence derrière ce geste.
Pas après pas, Rhonda va remonter jusqu’à la source de la souffrance de Clara. Il lui faudra beaucoup de ténacité et l’appui de Tomar pour venir à bout de cette enquête bouleversante.

288 pages / Date de parution : 06/01/2021 / EAN : 9782253241683 / Prix : 7,70€

Efface toute trace, François Vallejo

Une satire acide et féroce du marché de l’art contemporain et de ses excès

Quel est le point commun entre un chinois diabétique de Hong Kong décédé après avoir ingéré une énorme quantité de sucre, un new-yorkais qui a littéralement fondu, et un français qui décède violemment alors qu’il est seul dans un téléphérique ?

Fort que quelques constatations hasardeuses, un expert en art est sollicité par d’anonymes collectionneurs pour tenter de démêler le fin mot de ces incidents pour le moins lugubres. Ont-ils un lien entre eux, car ils ont au moins un intérêt en commun, l’art. Toutes les victimes étaient des collectionneurs d’art contemporain, ou plus spécifiquement d’Art Urbain. Reste à savoir qui leur veut du mal, pourquoi, comment.

L’idée de départ de ce roman est à priori fort séduisante, pénétrer le monde de l’art par le biais d’une enquête. Mais j’avoue que je me suis ennuyée. Sans doute du fait de la structure narrative un peu trop froide. Cet expert qui aligne les chapitres les uns derrière les autres est le seul personnage réel face au lecteur. Même si arrive rapidement un artiste inconnu, un certain jv le minusculement nommé. Il adore détourner les objets, et bien que très peu connu, il s’avère être le véritable lien entre les différents collectionneurs. Sa côte monte, mais il n’a qu’un désir, vendre une œuvre éphémère, à la façon de la petite fille au ballon de Bansky.

Car que peut-on dire de cet art qui se veut tellement original que d’aucuns y cherchent encore la beauté, le style, ce qui fait la singularité et l’intérêt d’une œuvre. À chaque fois je ne peux m’empêcher de penser à cette œuvre connue sous le nom de Merde d’artiste (oui, oui ! en italien Merda d’artista) de l’artiste italien Piero Manzoni réalisée à quatre-vingt dix exemplaires, et dont certains exemplaires avaient fui, y compris lors d’expositions ou dans des musées. Les acquéreurs s’étant même demandé si c’était une volonté de l’artiste, y compris si c’était une des qualités intrinsèques de œuvre …

Ce que j’ai apprécié dans ce roman ? Les différents genres, œuvres, artistes, que détaille l’auteur. Certains connus ou vus à plusieurs reprises dans des musées, d’autres découverts grâce à la lecture du roman. En particulier, et plus de trente ans après sa création par Keith Haring (en 1987) Tower cette fresque monumentale visible au sein de l’hôpital Necker de Paris, et qui est devenue depuis un véritable emblème de l’art de rue.

Ce qui m’a intéressée ? L’auteur mélange les genres, enquête, parti pris esthétique, social, et propose une véritable satire du marché de l’art contemporain et de ses excès. Pourtant il m’a manqué un je ne sais quoi en plus pour vraiment me convaincre.

Catalogue éditeur : Viviane Hamy
Face aux violents décès de trois amateurs d’art fortunés à Hong Kong, New York et Paris, un groupe de collectionneurs surnommé le « consortium de l’angoisse », charge un expert d’élucider ces incidents étranges. Sa mission ? Rassembler l’ensemble des faits connus et mener sa propre enquête. Le temps presse car de nouveaux accidents surviennent.
Une piste se dégage. Les victimes auraient fait l’acquisition d’œuvres subversives signées « jv ». L’artiste, un Orson Welles mâtiné d’un Bansky, obsédé par le détournement, est introuvable. Jusqu’au jour où il décide de joindre l’expert…
Provocation ? Bluff ? Falsification ? Serial artiste doublé d’un serial killer ?

Qu’est-ce qu’un chef-d’œuvre ? Que signifie être artiste au sein de nos sociétés capitalistes et dématérialisées ? François Vallejo avec Efface toute trace embarque son lecteur au cœur d’une enquête palpitante où les apparences sont autant de trompe l’œil s’éclairant les uns les autres. Talentueux et féroce.

Parution : 03/09/2020 / ISBN : 9791097417970 / Pages : 294 p. / Prix : 19€

Le souffle de la nuit, Alexandre Galien

Une plongée en eaux troubles, entre réseaux de prostitution et poupées vaudou

Dès les premières pages, plusieurs intrigues s’écrivent en parallèle. D’abord Valmy et ses cauchemars. Depuis la disparition de sa femme et l’arrestation d’un tueur en série, le flic s’est mis en retrait de la police. Il vit désormais à Lagos, au Nigeria où il est l’adjoint de l’attaché de sécurité intérieure à l’ambassade de France.

Au Nigeria, l’envoûtement d’une jeune femme a qui on fait miroiter une belle vie en France, mais que la Madam prépare pour qu’elle soit soumise aux pires réseaux de prostitution, sans espoir de retour.

Dans le bois de Vincennes, le meurtre sordide d’un flic de la mondaine met en alerte toutes les force de PJ du 36 Bastion. Alors que Philippe Valmy est parti depuis un an, ce meurtre interpelle ses anciens acolytes qui vont avoir besoin de ses lumières.

L’enquête, difficile, va faire plonger le lecteur dans la vie de la nuit, des réseaux de prostitution, des poupées Vaudou et des moyens de pression exercés envers ces filles qui n’ont aucune chance de s’en sortir tant le poids des croyances impacte leurs réactions.

L’auteur vient du sérail, c’est un ancien policier de la direction régionale de PJ, ce mythique 36 qui a déménagé du quai des orfèvres vers les rives du Bastion. On ne s’étonnera pas dès lors qu’il maîtrise parfaitement tant les rouages des enquêtes que les tensions entre les différents services ou chefs de services. Tout comme les mentalités des flics, des enquêteurs, de ceux dont le métier implique souvent de se blinder psychologiquement pour affronter les pires scènes, mais aussi de résister à la pression de la hiérarchie ou du politique.

Guerre des polices et des services, tension entre pays, petits arrangements et immunités diplomatiques, chantage aux grands groupes internationaux, de nombreux sujets sont ici abordés. Le tout sous couvert d’une enquête palpitante qui nous fait courir à cent à l’heure entre les différents site de polices, les personnages, les intrigues qui s’intriquent habilement et judicieusement.

Une écriture concise, factuelle, documentée, crédible et percutante. Un roman très actuel, qui pulse et que l’on n’a pas envie de finir trop vite. Ou alors dites nous que le prochain arrive vite ! Ah, mais il me reste à découvrir Les cicatrices de la nuit, le roman d’Alexandre Galien lauréat du Prix du Quai des orfèvres 2020.

Pour aller plus loin et mieux comprendre les réseaux de prostitution africains et leur pouvoir sur les filles, on ne manquera pas de lire aussi l’excellent thriller Les sirènes noires de Jean-Marc Souvira.

Catalogue éditeur : Michel Lafon

« Les silences de Valmy, au bout du fil, avaient résonné dans leurs oreilles comme le sifflement d’un corps qui tombe droit dans l’abîme. Pourtant quand le chef de la Crim’ avait prononcé les mots « meurtre », « poupée criblée de cicatrices », « vaudou » et « bois de Vincennes », une tension inhabituelle avait envahi la pièce. Jean et le commissaire ne surent dire si c’était sa respiration qui avait changé, ou s’il était habité d’une force inconnue, mais le Valmy qu’ils connaissaient avait repris le dessus. »

Des faubourgs de Barbès aux dorures des ambassades, entre prostitution et magie noire, le groupe de Philippe Valmy se reforme pour traquer un tueur sanguinaire qui met à vif les cicatrices du passé.

Après des études de droit et de sciences criminelles, Alexandre Galien a intégré la direction régionale de la police judiciaire. Il se consacre aujourd’hui à l’écriture. Trente ans, du talent à revendre, il est le plus jeune lauréat du prix du Quai des Orfèvres, obtenu pour Les Cicatrices de la nuit. Depuis septembre 2020, il enseigne le cours « Roman noir , époque sombre » à la chaire d’écriture et de rhétorique de Sciences Po Paris. Un profil hors normes à suivre de près !

Parution : 24/09/20 / Prix :18.95 € / ISBN : 9782749944159

Le jardin des désespérés, Mano

Un thriller caustique, non dénué d’humour, une maison d’éditions à découvrir

Anatole Steinbach se morfond dans la maison de retraite où il vit depuis qu’il a cédé aux injonctions d’un neveu apparu comme par miracle. Neveu inquiet de la santé de son oncle, mais surtout neveu en mal d’argent. Car ce fils d’une sœur disparue de la circulation depuis des années n’aimait pas voir Anatole seul en ville, surtout depuis le décès de sa femme. Il lui a donc conseillé d’acheter au jardin des Hespérides. Jardin des désespérés pour Anatole, cinq hommes pour cinquante-cinq femmes, difficile de communiquer, il s’y ennuie. Ses semaines ne sont rythmées que par l’insipide repas dominical chez son neveu, c’est triste à mourir.

Anatole écrit des romans policiers, et c’est ce métier d’écrivain qu’il a mentionné auprès de  la maison de retraite en omettant à dessein de leur avouer qu’il était aussi procureur. Un incendie a ravagé l’annexe du jardin des Hespérides qui abritait sa voiture. Or ce soir-là, Anatole, imbibé au Whisky irlandais, a par jeu et par ennui tenté d’y mettre le feu. Un acte irraisonné qui aurait pu être sans conséquence si le vieux monsieur Arnaud n’avait pas succombé dans l’incendie.  

Meurtre, assassinat, l’enquête avance à grands pas et tout concours à désigner Anatole, coupable idéal. Il va devoir faire appel à son savoir-faire et à son réseau pour tenter de se disculper. Pourtant, l’esprit délétère de cette maison de retraite tenue par une directrice bien peu avenante et prompte à communiquer ses soupçons aux médias, l’ambiance maussade, les repas déprimants, tout est fait pour donner envie de disparaitre dans ce mouroir pour séniors.

Critique édifiante de ces maisons de retraites de luxe dont on parle tant ces dernières semaines. Mano propose ici un thriller caustique, non dénué d’un certain humour, et cependant assez sarcastique. Il interroge ses lecteurs sur les conséquences de l’âge, la perte ou la dissolution de la famille, les effets du temps qui passe et l’image que l’on a de la vieillesse et des personnes âgées en leur déniant leur personnalité et leur passé, et le côté parfois bien expéditif et inhumain de la justice.

Catalogue édition : Vibration

Un meurtre s’est produit dans la remise du Jardin des Hespérides, maison de retraite managée de main de maître par la « cheffe ». Les soupçons se portent inexorablement sur Anatole Steinbach, romancier policier et procureur à la retraite. Ce poids moral ajouté à sa solitude aura-t-il raison de ce jeune veuf fraîchement promu au rang d’enquêteur ? Parfois le crime est dans les gènes.

Mano est médecin et réside à Strasbourg. Il est également l’auteur de Alphonse ou Grandeur et vicissitudes d’un Alsacien errant ainsi que de plusieurs livrets d’opéra représentés à Amiens et Strasbourg. Il livre dans Une impression macabre, publié chez VIBRATION éditions un polar acerbe et haletant.

Prix TTC : 17€ / 140 pages / ISBN : 978-2-490091-05-8 / Octobre 2018

En vérité, Yves Gaudin

Enquête, introspection, découvrir le surprenant thriller psychologique d’Yves Gaudin

Émile Blanchard était lieutenant de police au Quai des Orfèvres. Mais ça c’était avant… Aujourd’hui et depuis trois ans, il traverse la route chaque jour en espérant être tué par un automobiliste. Comment en est-il arrivé à un tel degré de désespoir et à l’accepter de façon aussi désabusée ?

Retour quelques années en arrière. Alors qu’il enquête sur une affaire, trois meurtres violents quasi identiques en quelques jours, Blanchard s’interroge sur sa vie. L’enquête est sombre et l’entraine dans une sordide affaire de trafic d’organes et de corruption en laboratoire de recherche, mais aussi d’amour et de violence faite aux femmes. La résolution sera relativement aisée, le coupable évident.

L’enquête, le fil rouge qui rythme ce roman noir. S’il fait bien son métier, Blanchard est aussi en pleine introspection. Ses interrogations sur la vie, la fin de vie, sa relation avec mère dont la santé décline dangereusement, font que tout se bouscule dans sa tête. Jusqu’au moment où il atteint le point de non-retour. Se pose alors la question de savoir jusqu’où est-on capable d’aller par amour et comment s’exprime cet amour. Des questions essentielles auxquelles l’auteur nous confronte.

En vérité est un court roman qui dit l’essentiel en peu de mots. Une écriture au rythme étonnant, ciselée et précise, sans fioriture ni digression, quasi brutale. Assez froid finalement, violent aussi, et qui ne laisse entrevoir aucun espoir au bout du tunnel. Un roman auquel on s’attache en souhaitant vite arriver au bout. Et pour ma part, en relisant le prologue avec un autre regard.

En vérité, je vous le dis, voilà un roman dérangeant qu’il faut lire car il interroge et bouscule brillamment nos certitudes, un auteur à découvrir.

Je voudrais revenir au temps d’avant. Mais je ne peux pas. Je ne serais jamais léger dans mes peines. À quoi ça sert de toute façon ?

Catalogue éditeur : Héloïse d’Ormesson

Ancien flic au Quai des Orfèvres, Émile Blanchard broie du noir. Et c’est peu dire quand on sait qu’il a pris l’habitude de traverser chaque jour la nationale, dans l’espoir qu’un conducteur providentiel le percute. Mais entre sa vie privée qui allait à vau-l’eau et une enquête sur un triple meurtre sordide, Blanchard a fini par perdre pied. Jusqu’à commettre l’irréparable…
En vérité est un roman féroce et jubilatoire. De magouilles en violences, de désillusion en désespérance, au rythme de son phrasé affûté, Yves Gaudin nous livre une réflexion aussi implacable que politiquement incorrecte sur la condition humaine.

Originaire du canton du Valais en Suisse, Yves Gaudin est musicien, musicothérapeute et docteur en psychologie. Il a notamment travaillé sur l’enrichissement du langage des enfants autistes dans le cadre de sa thèse. En vérité est son premier roman publié en France.

176 pages / 16€ / Paru le 16 janvier 2020 / ISBN : 978-2-35087-558-3
Photo de couverture © Trini Schultz

GrassKings, Matt Kindt et Tyler Jenkins

GrassKings, une BD de la sélection Polar Sncf et Fauve d’Angoulême 2020, éditée par Futuropolis

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De 1450 à aujourd’hui, aux États-Unis. GrassKings, une ville hors du monde, avec ses propres règles, ses lois et sa communauté soudée et autonome. On dit même que Grasskings hébergerait un tueur…

Nul ne peut pénétrer dans GrassKings, les tireurs veillent, et si les intrus en ressortent vivant c’est qu’on l’a bien voulu. Mais ceux de Cargill, la ville à côté, sont bien trop curieux. Quand Lo vient fouiner par-là, c’est bien pour qu’il puisse rapporter l’avertissement au shérif Humbert qu’on le laisse repartir.

La ville est gouvernée par Robert, qui reste pourtant affalé dans son fauteuil à bascule en buvant ses bières tout au long de la journée. C’est Ashur, son frère, qui veille pour maintenir le royaume en l’état. Car robert est perdu dans ses pensées sombres, des années auparavant, sa fille Rose a disparu pendant qu’il la gardait. sa disparition est restée inexpliquée, faisant voler en éclats la vie de Robert. Depuis, ses pensées et son esprit errent sur les berges où elle a été vue pour la dernière fois.
Mais la femme du shérif de Cargill vient se réfugier à Grasskings, elle sort de l’eau telle une Rose ressuscitée. Troublé, hésitant, Robert décide de l’héberger. Pourtant il le sait, les complications ne font que commencer…Car le shérif ne l’entend certainement pas de cette oreille.

L’intrigue se déroule et nous perd dans ses méandres malsains et lourds de suspicion. Le récit actuel alterne avec des flashbacks, des scènes de violence essentiellement, des temps anciens, depuis l’occupation des terres par les indiens et leur spoliation par les migrants jusqu’à aujourd’hui. Comme si la terre elle-même restituait aux hommes tout le mal qu’il lui ont fait.

Cet étonnant graphisme prend des airs d’inachevé, tantôt fait de coups de traits fins et précis, tantôt de grandes touches de couleurs imprécises, et embarque ses lecteurs dans une intrigue pour le moins complexe.

Un récit de Matt Kindt, dessin et couleur de Tyler Jenkins, est publié en trois tomes de 6 épisodes chacun, qui reprennent la version de la bande dessinée américaine. Il m’en reste donc encore deux à découvrir.

Cette BD fait partie de la sélection 2020 du Prix SNCF du Polar, retrouvez tous les titres en compétition ici.

Catalogue éditeur : Futuropolis

Un bien étrange royaume dominé par trois frères, Bruce, le shérif au passé tumultueux, Ashur, le plus jeune et surtout Robert.
Robert est devenu alcoolique à la suite de la disparition de sa fille des années auparavant. Depuis sa femme l’a quitté, et il est devenu asocial.
Ce petit village cache de lourds secrets. Les morts violentes sont omniprésentes depuis la nuit des temps. L’arrivée de la femme en fuite du shérif du comté voisin, Humbert Jr, ravive les tensions. Robert voit en elle sa fille devenue adulte. Mais pour beaucoup, elle a été victime d’un tueur en série, peut-être un membre de la communauté. C’est ce que voudrait démontrer Humbert Jr.

185 x 290 mm / 176 pages / Prix de vente : 22 € / ISBN : 9782754825092

La chaleur, Victor Jestin

Dans l’univers pas si clos d’un camping, dans La chaleur d’un soir d’été, un jeune homme étranger à son adolescence, s’interroge…

Léonard n’est pas un jeune homme comme les autres, du moins en est-il persuadé. Rien ne lui plait dans ces vacances qu’il passe en famille dans un camping trois étoiles landais. Il souffre de la chaleur écrasante qui pourtant ravit les autres vacanciers. Quand les autres jeunes gens profitent de la plage et de leurs envies adolescentes, draguer, boire, danser, lui reste en marge. Jusqu’au soir où, quittant la fête qui bat son plein il croise Oscar, et ne réagit pas lorsqu’il voit que celui-ci est en très mauvaise situation.

Jalousie envers ce garçon plus à l’aise que lui, certainement plus beau, qui a embrassé une fille, indifférence, stupéfaction ? Il ne s’explique ni sa sidération, ni les gestes qu’il enchaine alors.

Pendant les heures qui vont suivre, tout juste 24 heures, comme dans une tragédie antique, Léonard va analyser sa vie, ses réactions, ses sentiments ou son absence de sentiments, et comme dans un rêve éveillé, il va revivre cet instant de bascule et tenter de comprendre le pourquoi de ses actes.

J’ai eu un peu de mal à le comprendre, à m’y attacher, à ce jeune homme plein de contradictions, et qui s’avère au final tellement « normal » lorsqu’il rentre d’une certaine façon dans le droit chemin. Roman qui bouscule, qui interroge sur l’adolescence et ses contradictions, sur le mal-être si difficile à vivre, mais aussi à déceler. Comment aider, comment agir, et faut-il le faire. Ici, les parents démunis tentent de comprendre un fils qu’ils voient s’éloigner sans savoir pourquoi, sans comprendre les réactions adolescentes, violentes parfois, sournoises souvent, l’éveil à l’amour ou au sexe. Oser être, faire, dire, n’est pas toujours une évidence quand on a dix-sept ans.

La chaleur est un premier roman qui accroche son lecteur et Victor Jestin un très jeune auteur qui éveille ma curiosité. J’aime par dessus tout sa maitrise d’une écriture sans fioriture qui va à l’essentiel en quelques pages. À suivre donc !

Roman lu dans le cadre de ma participation au jury du prix littéraire de la Vocation 2019.

Catalogue éditeur : Flammarion

 « Oscar est mort parce que je l’ai regardé mourir, sans bouger. Il est mort étranglé par les cordes d’une balançoire. » Ainsi commence ce court et intense roman qui nous raconte la dernière journée que passe Léonard, 17 ans, dans un camping des Landes écrasé de soleil. Cet acte irréparable, il ne… Lire la suite

Paru le 28/08/2019 / 144 pages – 138 x 209 mm / EAN : 9782081478961 / ISBN : 9782081478961

Braves gens du Purgatoire, Pierre Pelot

Le bonheur de découvrir Pierre Pelot, auteur emblématique de ses Vosges natales et des paysages qu’il connait bien, avec « Braves gens du Purgatoire » ce roman qu’il présente comme son dernier.

couverture du roman braves gens du purgatoire de patrick pelot photo Domi C Lire

A Purgatoire, un petit village des Vosges, Maxime Bansher a assassiné sa compagne puis s’est pendu. Meurtre et suicide, c’est la thèse des gendarmes. Pourtant  si tout parait évident, ni sa petite fille Lorena, ni les relations proches ou éloignées du couple, ne sont convaincues. Alors en partant de l’origine des familles, ces deux américains tout droit débarqués de la troupe de Buffalo Bill en 1889, à leurs descendants pendant la résistance, puis à aujourd’hui, chacun cherche un mobile. Peu à peu, les relations, les sentiments se dévoilent, noirceurs, secrets, vengeances dessinent peu à peu les contours nauséabonds  des relations entre les principaux protagonistes.

Lire un roman de Pierre Pelot, ça se mérite ! Il y a la force, la minutie et surtout la poésie de l’écriture, qui malgré des airs surannés est résolument actuelle. Chaque mot compte, chaque paragraphe amène le lecteur vers un évènement significatif, chaque digression l’entraine au loin, l’obligeant parfois à revenir en arrière. Pour bien savourer, il faut se poser et se laisser imprégner par les nuances, les émotions qui transpirent de chaque phrase, chaque personnage. C’est dense, comme ancré dans la terre de ces régions chères à l’auteur, profondément humain et en même temps terriblement attachant.

Roman lu dans le cadre de ma participation au jury du Prix des lecteurs BFM l’Express

Catalogue éditeur : Héloïse d’Ormesson

Que s’est-il passé cette nuit-là à Purgatoire ? Dans ce petit village niché à la croisée des sommets vosgiens, les habitants s’interrogent et la rumeur enfle. Maxime aurait assassiné sa femme avant de se suicider. Mais Lorena, leur petite-fille, n’y croit pas un instant et entend bien le prouver. Auprès de Simon, dépositaire de la mémoire des lieux, elle espère lever le voile sur l’histoire de la famille Bansher et les sombres secrets qui hantent leur vallée depuis près de cent ans.
Braves gens du Purgatoire nous embarque sur les sentiers sinueux d’une enquête envoûtante, où le lecteur découvre le portrait brut de ceux dont ne nous parviennent que de lointains échos. Ultime roman de Pierre Pelot, on se laisse traverser, égarer et bousculer par son écriture charnelle, vibrante et profondément humaine.

512 pages / 22€ / Paru le 10 janvier 2019 / ISBN : 978-2-35087-484-5 / Image de couverture © Pierre Pelot

Article 353 du code pénal. Tanguy Viel

Tout le monde parle de ce roman « Article 353 du code pénal » de Tanguy Viel, alors forcément, ça donne envie de le découvrir ! Mais il est tellement bien que, hélas, on ne peut pas le lâcher… Et après on regrette, mais si ! On regrette tellement de l’avoir lu aussi vite !

domiclire_article_353_du_code_penalLe premier chapitre expose clairement la situation de base du roman, un homme, tout habillé, tombe à l’eau… enfin, tombe, là il faudrait voir quand même. Cet homme c’est Antoine Lazenec, et celui qui parle c’est Kermeur, Mathias Kermeur. Ensuite, eh bien, nous voilà dans le bureau du juge pour un huis-clos édifiant. Et Kermeur va parler, raconter, expliquer dans une logorrhée sans fin l’histoire d’un arnaqueur immoral et flambeur qui a placé sous sa coupe et ruiné un village entier du fin fond du Finistère.

Car on le comprend vite, dans ce village, il y a Kermeur, mais également les nombreux autres ouvriers qui ont été remerciés par l’arsenal de Brest, le seul employeur du coin qui leur a versé quelques milliers d’euros ont en échange du chômage garanti. Et ces économies ils les ont si mal investies, si injustement et si honteusement perdues qu’il est impossible de l’avouer à qui que ce soit, pas même à un fils, pas même à son seul ami. Chacun de s’enfermer dans l’isolement que procure la honte, l’injustice, le malheur. Et dans ce village il y a aussi le maire, Le Goff, qui a englouti ses économies…  et bien plus encore. Et il y a Erwan, le fils de Mathias, qui ne supporte pas de voir son père s’enfoncer, s’étioler, avoir peur, alors pour le protéger il décide d’agir. Et tous les autres, qui n’apparaissent pas mais dont les vies apparaissent en filigrane de cette histoire sur fond de crise économique et sociale, de licenciement dans ce village perdu du Finistère.

Mais tout de même, avouons-le, Mathias les a quand même cumulées les malchances dans sa vie, le billet du loto, sa femme, son emploi, ses économies mal placées,  alors maintenant il parle, il explique, au juge, mais à lui-même aussi sans doute, comment un destin, un enchaînement de faits, d’erreurs, d’abus de confiance, peuvent vous emmener là où vous êtes en cet instant, dans le bureau d’un juge, à sa place, à sa vraie place peut-être.

Et le lecteur d’écouter, d’essayer de comprendre, de se révolter aussi face à la bêtise, la manipulation, ah mais moi j’aurais été bien plus malin que ça non ? Enfin, n’en soyons pas si sûr. Quand la misère, le manque d’emploi, l’humiliation font le quotidien, sans espoir de voir venir des jours meilleurs, qui sait si nous non plus on ne se serait pas laissé convaincre par le flambant monsieur Lazenec. Et si la victime était plutôt le coupable, et si le coupable était le seul courageux de l’affaire ? Magnifique roman qui ne laisse pas indifférent, où l’on trouve à la fois une évocation de la bêtise humaine, de la limite de la justice, et de l’injustice aussi sans doute, de la profondeur et la complexité des sentiments, porté par une écriture, un rythme, un style, et du fond, tout y est.

💙💙💙💙💙


Catalogue éditeur : Les éditions de Minuit

Pour avoir jeté à la mer le promoteur immobilier Antoine Lazenec, Martial Kermeur vient d’être arrêté par la police. Au juge devant lequel il a été déféré, il retrace le cours des événements qui l’ont mené là : son divorce, la garde de son fils Erwan, son licenciement et puis surtout, les miroitants projets de Lazenec.
Il faut dire que la tentation est grande d’investir toute sa prime de licenciement dans un bel appartement avec vue sur la mer. Encore faut-il qu’il soit construit.

2017 / 176 pages / ISBN : 9782707343079 / 14.50 €

Dérapages. Danielle Thiéry

Découvrir Dérapages, la nouvelle enquête écrite par Danielle Thiéry, avec toujours autant de plaisir

Sur une plage du Pas-de-Calais, on retrouve le corps sans vie d’une fillette d’un âge difficile à déterminer. Edwige Marion est appelée sur les lieux, l’enquête s’annonce difficile.

Dans Paris, Jennifer conduit son bébé chez le pédiatre. A la suite d’un léger accrochage, en lieu et place de son fils elle trouve sur le siège arrière de sa voiture une bien étrange fillette qu’elle va devoir allaiter sous la menace. Son mari, Sasha Azanov semble avoir disparu de leur loft isolé dans les friches industrielles de saint-Denis.

Dans le même temps, Nina, la fille adoptive de Marion qui vit depuis deux ans à Londres avec sa sœur, arrive par l’Eurostar débraillée et couverte de sang. Elle est dans un état catatonique, muette de peur. Son beau-frère, Sasha Azanov, scientifique renommé, a disparu de son laboratoire Londonien.

Voilà posées les bases de cette nouvelle enquête de la commissaire divisionnaire Marion. Quel est le lien entre ces scènes, entre ces personnages, c’est à Marion de le découvrir. C’est donc là qu’entrent en scène son équipe de policiers un peu décalés que les lecteurs assidus de Danielle Thiéry ont appris à connaître au fil des différents romans, Valentine Cara et le fidèle Abadie en particulier, mais également l’ami anglais, puis le médecin légiste. Ainsi que quelques policiers pas toujours convaincus du bienfondé de l’enquête menée par Marion et d’avantage prompts à lui mettre quelque bâton dans les roues plutôt qu’à lui en faciliter la progression.

De course poursuite en filature, de tâtonnement policiers en enquête contrariée mêlée de tensions entre différents services de police et de problèmes avec une hiérarchie peu compréhensive, d’intrigues en manipulation, de recherche scientifique en lancement mondial d’un produit pharmaceutique révolutionnaire, l’intrigue se déroule, noire sans être sanglante, déroutante sans être trop sombre, comme sait les écrire cette commissaire qui connaît si bien la maison dont elle parle.

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Quelques fois le lecteur impatient de voir aboutir l’enquête aimerait souffler à Marion où chercher, où fouiller un peu plus scrupuleusement pour ne pas passer à côté des indices qui semblent tellement évidents. Mais qu’importe, on s’y laisse prendre une fois de plus. Et puis après tout les policiers aussi sont humains, et si, spectateurs que nous sommes, nous avons l’ensemble des cartes en main à la lecture du roman, eux n’en ont qu’une vue partielle qui leur permet d’avancer à petits pas vers la solution. Faite de courts chapitres rythmés, l’écriture efficace de Danielle Thiéry sait tenir en haleine ses lecteurs. Dans Dérapages, elle aborde avec finesse le sujet de la manipulation génétique, de la toute-puissance des consortiums  pharmaceutiques et pose aussi quelques questions sur l’utilité ou l’inconvénient de la jeunesse éternelle. Pour finir, elle ouvre brillamment la porte à un nouvel épisode que nous avons forcément tous hâte de découvrir !

Catalogue éditeur : Versilio

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Un corps d’enfant, très déconcertant, est découvert sur une plage du Nord de la France. Un cas troublant, qui laisse totalement perplexes les médecins légistes. Même la commissaire Edwige Marion, qui dirige un important service de la PJ parisienne, n’a jamais rien vu de tel. Au même moment, Edwige Marion récupère sa fille Nina, choquée et couverte de sang. Elle a fui Londres et sa sœur Angèle. Nina est mutique. Angèle et son mari, un scientifique renommé, ont disparu. Quels peuvent être les liens entre cet enfant mort noyé, une adolescente, et un scientifique spécialiste du génome humain… Commence pour la commissaire Marion une enquête complexe, aux ramifications internationales, et qui va vite sombrer dans l’horreur.

Parution : 21/05/2015 / ISBN : 978-2-36132-128-4