Les lamentations du Coyote, Gabino Iglesias

La frontière, ce chemin infranchissable avant le paradis rêvé

Gabino Iglesias m’avait embarquée avec son précédent roman Santa Muerte. Il récidive et nous entraîne dans les profondeurs glauques et sanglantes de La Frontera, une zone de non-droit entre Mexique et USA. Cette frontière sur laquelle l’homme orange rêvait de bâtir un mur infranchissable.

Le coyote est investi d’une mission divine, sauver les enfants d’une mort certaine ou de la misère absolue en les faisant passer de l’autre côté. Dure mission quand on sait le travail des gardes frontière et les suspicions qui les poussent en renvoyer chez eux ceux qu’ils auront pris sur le fait.

Les lamentations du Coyote est un roman choral, dans lequel parlent tout à tour Le Coyote, mais aussi Pedrito qui voit son père mourir sous ses yeux, la Mère qui ne sait plus si elle enfante diable ou démon, Jaime qui sort de prison pour découvrir son délateur chez sa mère, Alma qui rêve d’offrir le spectacle qui deviendra viral et la rendra mondialement célèbre, la Bruja ce spectre revenu d’entre les morts pour protéger son mari et son fils. Et avec chacun d’eux, le lecteur s’enfonce dans des territoire où le chaos, la violence, les fantômes et le diable occupent toute la place, où l’enfer n’est jamais loin.

Parce que de leur côté de la frontière il n’y a que chagrins, misère, douleurs, désespoir, et crimes, alors chacun d’eux emprunte à sa façon le difficile chemin des migrants pour fuir le cycle de la violence et de la pauvreté pour enfin atteindre le mythe américain. Mais ceux qui tentent de traverser sont le plus souvent victimes des passeurs, de la fatalité, de la Santa Muerte ou des trafiquant qui vendent les enfants au plus offrant. Le texte est totalement onirique, mystique même parfois, à la frontière entre réalité et spiritualité, noirceur et violence surgissant à chaque page pour dire la difficulté d’être, de vivre, de traverser cette Frontera pour fuir ce Barrio Noir dans lequel la vie a perdu toute valeur.

L’auteur à l’art de tisser entre chacun d’eux des fils invisibles, solides et mystérieux dont il ne nous dévoile la clé qu’à la toute fin. Avec une façon bien à lui de poser les mots pour faire jouer notre imagination, nos peurs, nos angoisses, nous emmenant dans cette zone inconfortable où chacun doit se poser des questions sans trouver de réponse. Aucun évangélisme dans ces mots, dans ce texte à la violence qui vous laisse parfois pantois, mais qui ose dire sans l’enrober de bons sentiments la complexité du mythe américain tant convoité et l’inhumanité que l’on y trouve. En bref, un livre qui va vous remuer, vous couper le souffle et dont vous ne sortirez pas indemne.

Merci au Picabo River Book Club pour cette lecture !

Catalogue éditeur : Sonatine

Traducteur : Pierre SZCZECINER

La Frontera, une zone de non-droit séparant le Mexique des États-Unis. C’est là que sévit le Coyote. Personne ne connaît son nom, mais à quoi bon ? Il est le Coyote, tout simplement. Celui dont la mission divine est de sauver des enfants mexicains en leur faisant passer clandestinement la frontière vers la terre promise. La Virgencita veille sur eux – et sur lui, son guerrier sacré, son exécuteur des basses œuvres. Autour de lui, d’autres habitants de la zone, confrontés eux aussi à la violence, au deuil, au désespoir. Tous résolus à se soulever contre un monde qui fait d’eux des indésirables. Cavales, fusillades, cartels, sacrifices sanglants, fantômes et divinités vengeresses… L’heure de la revanche latina a sonné.

Parution : 04/02/2021 / EAN : 9782355847776 / Pages : 224 Format : 140 x 220 mm / 20.00 €

Tuez qui vous voulez. Olivier Barde-Cabuçon

« Tuez qui vous voulez » cette nouvelle enquête du commissaire aux morts étrange d’Olivier Barde-Cabuçon nous entraine dans le Paris de Louis XV

Tuez qui vous voulez (Babel noir)Le chevalier de Volnay, commissaire aux morts étranges, sévit dans un Paris que nous ne rêverions vraiment pas de connaître, tant ses rues sont mal famées, peuplées de gredins détrousseurs de bonnes gens et beaux messieurs, de prostituées en mal de clients, ou de gamins mendiants pour subsister.
Dans ce nouvel épisode, le commissaire doit élucider trois meurtres mystérieux, le dernier survenu pendant la fête du grand feu d’artifice donné par le roi à son bon peuple. En quelques jours, trois hommes sont retrouvés morts, gorge tranchée, langue coupée. L’enquête mène Volnay sur de nombreuses pistes. De la fête des Fous interdite par le roi, aux appelants et convulsionnaires, influencés par les idées jansénistes et calvinistes, subissant de leur plein grès coups et crucifixions pour endurer les souffrances du christ qu’ils vénèrent à leur façon, et qui, bien que ce soit interdit, continuent leurs pratiques dans des endroits tenus secrets ; puis du chevalier d’Éon, secrétaire d’ambassade à la cour de Russie et de retour à Paris pour quelques jours, au « Secret du roi » ; enfin, des instructions de Sartine, à celles de Choiseul, les pistes et les directives sont peut-être un peu trop nombreuses et finissent par noyer quelque peu l’intérêt et l’intrigue policière. Même si on s’y laisse prendre malgré tout, surtout lorsqu’on aime découvrir cette période de l’histoire.

Et surtout c’est un régal de découvrir la ville, ses habitants, ses usages, sous la plume excellente et érudite de cet auteur, bourgeois, mendiants, cafés mal famés ou café Procope, rues désertes la nuit, mais peuplées de gredins qui veillent, « mouche » espions, tous prennent vie. Comme dans tous les romans d’olivier Barde-Cabuçon, chaque piste, chaque élément est prétexte à nous instiller, par la voix et les mots toujours très érudits du moine défroqué, père du commissaire aux morts étranges, un grand nombre d’éléments historiques toujours intéressants. Dans celui-ci, les personnages s’étoffent, prennent vie, le commissaire aurait-il enfin quelques sentiments, son moine de père est-il quelque peu mélancolique, lui si solide ? Des hommes à suivre, assurément, dans ce Paris de 1759 qui foisonne d’intrigue et de mystère.


Catalogue éditeur : Actes Sud Babel Noir

Trois hommes sont retrouvés égorgés et la langue arrachée avant la Noël à Paris. Au même moment, des inconnus veulent ressusciter la fête des Fous, des convulsionnaires se roulent sur le sol des églises et une jeune fille pousse des cris d’oiseau. Mais que vient faire là-dedans le mystérieux chevalier d’Éon, peut-être membre du Secret du roi ? En quelques jours, l’ordre social paraît s’inverser et même le moine semble gagné par la folie ambiante. Le commissaire aux morts étranges, lui, garde la tête froide et mène l’enquête.

Babel / Babel Noir / Janvier, 2016 / 11,0 x 17,6 / 400 pages
ISBN 978-2-330-05870-8 / prix indicatif : 8, 90€ / Babel noir n° 150