Entre deux mondes, Olivier Norek

Aussi magistral qu’émouvant, un roman inoubliable

Oliver Norek est un auteur de polar largement reconnu par ses lecteurs, c’est aussi un ancien flic qui connait ce métier qu’il a pratiqué pendant près de vingt ans. Avec Entre deux mondes, il sort de la trilogie Coste pour nous embarquer dans cet entre deux de la jungle de Calais, lieu de rétention de nombreux migrants, arrivés du Soudan ou de Syrie, d’Afrique et d’Orient pour atteindre leur Graal, l’Angleterre. Bloqués là par les français, ils ne rêvent chaque jour que d’une chose, partir, embarquer sur les camions la nuit et atteindre Youké et les rives de cet eldorado fantasmé, citadelle imprenable. Le roman est situé en 2016, lors du démantèlement de la jungle.

Adam est un flic syrien qui doit fuir son pays. Comprenant que sa situation est désespérée, il enclenche la procédure d’évacuation qu’il a anticipée depuis des mois, et fait partir avec les passeurs sa femme Nora et sa petite fille, pour qu’elles soient en sécurité. Elles devront atteindre Calais, là, il  pourra à son tour venir les rejoindre. Mais la traversée de la méditerranée n’est pas sans risque, ni pour elles, ni pour lui. Lorsqu’il arrive enfin dans la jungle, il les attend pendant des jours, sans trouver la moindre trace.

Un jour, il prend la défense de Kilani, un jeune garçon soudanais maltraité par les afghans. Mais il est difficile de s’imposer et de rester en vie sans soutien dans la jungle. Les animosités et les conflits que l’on trouve entre les pays sont présents ici aussi entre les migrants. Ousmane, un  soudanais, offre aide et protection à Adam. Dans la jungle, on retrouve un microcosme comme à l’extérieur, deux mosquées, des regroupements par pays d’origine, une discrète présence policière de la DGSI, des recruteurs de Daesh qui espèrent trouver de la chair à attentat parmi les désespérés du passage manqué pour l’autre monde, mais aussi fort heureusement, des associations qui aident vaille que vaille les migrants à survivre.

A l’extérieur, Bastien, jeune flic revenu à Calais pour tenter de soigner sa femme, fait de son mieux pour obéir aux ordres. Comme lui, la plupart des policiers de la zone sont totalement désespérés, il est quasi impossible de faire correctement leur métier. Un jour, un décès qui n’a bizarrement pas été étouffé par les habitants de la jungle lui fait croiser la route d’Adam. Va naitre alors entre les deux flics une complicité et une forme d’amitié et de respect.

Et l’on navigue entre ces deux mondes, celui de la jungle et celui des hommes et femmes de l’extérieur, celui des migrants coincés dans cet entre-deux, entre le pays que l’on a fui et celui que l’on espère comme un Eldorado magique.

Olivier Norek réussi une fois de plus à nous emporter dans ce roman très différent des précédents. On ressent immédiatement une grande empathie pour ses différents personnages. Il a donné corps aux nombreux migrants totalement déshumanisés dans les bulletins d’informations au 20h. Le rythme est soutenu, l’écriture à la fois efficace et relativement sobre, point de fioriture pour décrire la jungle et son enfer.

Si l’on peut considérer que le polar écrit à sa façon l’Histoire, ici l’auteur c’est largement emparé du réel pour construire son roman. Plusieurs semaines d’immersion attentive et silencieuse dans la jungle, à écouter, comprendre, les migrants, leurs attentes, leurs espoirs. Puis des nuits à suivre les policiers qui gèrent tant bien que mal cette zone, ce no man’s land dans lequel les lois de la république ont du mal à s’appliquer. Leur tâche est particulièrement ardue, rester humain et ne rien faire, ou empêcher par tous les moyens les migrants de passer et protéger leurs familles et leur région. Enfin, s’immiscer dans la ville, prendre le pouls des calaisiens, pour comprendre aussi comment la jungle est vécue par ceux qui la regarde de l’extérieur et tenter d’en faire un état des lieux. L’endroit idéal pour un auteur qui veut y mener une enquête impossible. On le sait, aujourd’hui c’est la technologie plus que la logique et l’intuition qui permettent les résolutions d’enquêtes policières, de l’ADN aux suivis de téléphonie, des empreintes aux témoignages. Or rien de tout cela ne peut être obtenu dans la jungle, au milieu de tant de migrants issus de pays, de tribus, de religions différentes, regroupés en clans dans lesquels tous vont trouver aide et soutien. Alors qui pourrait parler, témoigner ?

Si l’on se demande pourquoi ce sujet-là plutôt qu’un autre, Olivier Norek l’a dit à plusieurs reprises, il est lui-même descendant de migrant polonais, hommage au grand-père qui a su prendre sa place dans son pays d’accueil, on ne manquera pas de lire à ce sujet la dédicace du roman. Il faut dire que de tous temps l’exode est partie prenante de la condition humaine et ce n’est pas demain que cela va s’arrêter.

La situation actuelle des migrants peut être vécue comme un de ces moments de l’Histoire dont un pays ne peut pas s’enorgueillir. Ce que j’ai vraiment aimé, c’est que l’auteur nous montre une situation particulièrement sensible en ayant l’intelligence de l’appréhender dans son ensemble. Et c’est assez rare pour le souligner, ici tous les points de vue sont abordés, migrants, calaisiens, flics, politiques, en essayant de s’immerger pour comprendre sans juger, et au contraire pour prendre conscience.

Entre deux mondes est un roman magistral, réaliste et humain, qui procure des émotions fortes et donne envie d’ouvrir les yeux et de comprendre le monde qui nous entoure.

Du même auteur, lire Surface et l’article d’une rencontre avec l’auteur.

Catalogue éditeur : Michel Lafon

Ce polar est monstrueusement humain, « forcément » humain : il n’y a pas les bons d’un côté et les méchants de l’autre, il y a juste des peurs réciproques qui ne demandent qu’à être apaisées.
Bouleversant

Fuyant un régime sanguinaire et un pays en guerre, Adam a envoyé sa femme Nora et sa fille Maya à six mille kilomètres de là, dans un endroit où elles devraient l’attendre en sécurité. Il les rejoindra bientôt, et ils organiseront leur avenir. 
Mais arrivé là-bas, il ne les trouve pas. Ce qu’il découvre, en revanche, c’est un monde entre deux mondes pour damnés de la Terre entre deux vies. Dans cet univers sans loi, aucune police n’ose mettre les pieds. 
Un assassin va profiter de cette situation. 
Dès le premier crime, Adam décide d’intervenir. Pourquoi ? Tout simplement parce qu’il est flic, et que face à l’espoir qui s’amenuise de revoir un jour Nora et Maya, cette enquête est le seul moyen pour lui de ne pas devenir fou. 

Bastien est un policier français. Il connaît cette zone de non-droit et les terreurs qu’elle engendre. Mais lorsque Adam, ce flic étranger, lui demande son aide, le temps est venu pour lui d’ouvrir les yeux sur la réalité et de faire un choix, quitte à se mettre en danger.

Engagé dans l’humanitaire pendant la guerre en ex-Yougoslavie, puis capitaine de police à la section Enquête et Recherche de la police judiciaire du 93 pendant dix-huit ans, Olivier Norek est l’auteur de la trilogie du capitaine Coste (Code 93, Territoires et Surtensions) et du bouleversant roman social Entre deux mondes, largement salués par la critique, lauréats de nombreux prix littéraires et traduits dans près de dix pays.

Parution : 05/10/17 / Prix : 19.95 € / ISBN : 9782749932262

Cachemire rouge, Christiana Moreau

Des plateaux de Mongolie aux ateliers de couture italiens, le rêve de deux jeunes filles dans l’enfer de l’esclavage moderne

Dans les steppes encore sauvages de Mongolie, Bolormaa vit avec sa famille. Éleveurs de chèvres pour y prélever le cachemire tant convoité par les occidentaux. Mais le vent assèche les steppes déboisées par l’homme, le sable et la désertification avancent,  les troupeaux se raréfient et les éleveurs sont menacés. Trop appauvris, ils doivent se sédentariser, abandonner ce nomadisme hérité de lignées d’ancêtres. En suivant les préceptes et l’enseignement de sa grand-mère, Borlomaa a appris la teinture naturelle, et comme elle a le droit de prélever un peu de laine, elle teint puis tisse un magnifique pull d’une couleur rouge incroyablement belle et unique. Arrivée à Ordos, en Chine, elle va réussir à le vendre à Alessandra, une styliste italienne qui vient s’approvisionner là pour sa boutique de Prato.  Elle va maintenant travailler dans un de ces ateliers appartenant aux chinois qui ont désormais capté le marché du cachemire en Mongolie.

Ce nouvel emploi est une forme d’esclavage moderne, le temps passe et Borlomaa n’en voit pas le bout. Avec sa nouvelle amie Xiaoli, elles décident de partir pour gagner l’Italie. Du transsibérien aux camions de passeurs, elles traversent les immenses étendues que l’auteur nous fait découvrir avec elles, avant d’arriver enfin sur leur terre promise. Mais la vie à l’arrivée est-elle un piège, plus difficile que celle abandonnée en Chine ?

Ce que j’ai aimé ? Si ce roman est finalement assez optimiste, avec un côté qui m’a fait penser à La tresse, avec les personnages de ces deux jeunes filles, la force de l’amitié, du courage, de l’entraide, de la famille et du travail. Il m’a surtout permis d’en savoir plus sur l’origine de ce cachemire que j’aime tant. De comprendre aussi pourquoi la qualité qui était incroyable il y a quelques années est plus difficile à trouver aujourd’hui. Comprendre d’où provient cette laine si fine, si douce, qui est tant recherchée ; de savoir surtout comment vivent, ou ne vivent plus, les nomades de Mongolie, ces éleveurs qui ont vu leur troupeaux décimés, et voient aujourd’hui les chinois avoir la mainmise sur la production. Enfin, j’ai pu découvrir comment le milieu du textile italien est aujourd’hui cannibalisé par les triades chinoises. Avec en particulier l’exploitation des jeunes migrantes rendues au statut d’esclaves modernes. Soumises au bon vouloir de patrons qui confisquent leurs passeports à leur arrivée et les font travailler pendant des années. Dans ces ateliers pas forcément tous clandestins règne une grande misère. Les travailleuses à la chaine œuvrent là pendant des heures interminables sans espoir de s’en sortir et de recouvrer un semblant de liberté.

Du même auteur, on se souvient du premier roman La sonate oubliée, qui nous avait embarqués à Venise

Catalogue éditeur : Préludes

Trois destins liés par un fil rouge, celui d’un précieux cachemire tissé de manière ancestrale. Toscane. Alessandra est fière de la qualité des pulls et étoffes qu’elle vend dans sa boutique de Florence. Une fois par an, elle va s’approvisionner en Asie. Jusqu’à ce coup de foudre pour le cachemire rouge filé par une jeune fille, Bolormaa. Dans les steppes de Mongolie, celle-ci mène une existence nomade avec sa famille, en communion avec la nature. Mais, lorsqu’un hiver glacial décime leur troupeau de chèvres, elle doit quitter ses montagnes pour travailler à l’usine en Chine. C’est là qu’elle rencontre XiaoLi. Bientôt, dans l’espoir de se construire un avenir meilleur, les deux amies font le choix du départ. De l’Asie à l’Europe, du Transsibérien jusqu’en Italie, elles braveront tous les dangers pour prendre leur destinée en main et tenter de réaliser leur rêve.
Avec humanité et un grand sens du romanesque, Christiana Moreau compose une histoire vibrante, véritable ode à l’amitié et au courage.

Paru le : 24 Avril 2019 / Format : 130 x 200 mm / 272 pages / EAN : 9782253045663 : Prix : 16.90 € / EAN numérique: 9782253089933 : Prix numérique : 10.99 €

Fantazmë, Niko Tackian

Fantazmë, de Niko Tackian, c’est noir, très noir et on aime ça. Le commandant Tomar Khan mène l’enquête, et nous entraine dans des lieux sombres à la poursuite d’un tueur insaisissable.

Après avoir lu Toxique (également disponible au Livre de Poche, que je vous conseille malgré tout de lire avant si vous pouvez) je découvre Fantazmë, l’excellent roman de Niko Tackian.

Paris, en janvier 2017. Nous avions fait la connaissance du commandant Tomar Khan lors du précédent roman, nous le retrouvons ici pour une enquête beaucoup plus sombre. Il nous entraine dans les milieux mafieux des pays de l’Est, où la violence règne sans partage. Des corps sont découverts, torturés à mort, le sang, les blessures, rien ne nous est épargné. Ici, les corps atrocement torturés sont le plus souvent ceux de malfrats pour lequel la mort est presque un cadeau, tant ils ont fait eux-mêmes preuve de inhumanité… Mais qui peut bien leur en vouloir à ce point ? Et surtout, quel bon flic peut avoir envie de mener une enquête pour trouver ce coupable au bras vengeur ?

Sur fond de guerre des gangs, de filières d’albanais, de trafic de femmes enlevées dans les pays de l’est pour les forcer à travailler dans des réseaux de prostitution, le mystère est épais et l’équipe de Tomar Khan doit faire preuve une fois de plus de sagacité et de persévérance.

L’auteur sait une fois encore nous faire partager la vie de ses personnages. Tomar et son amie et collègue Rhonda, leurs atermoiements, leurs interrogations existentielles qui pourrissent la vie de Tomar au risque de lui faire également manquer sa vie amoureuse, poursuivit sans cette par ces fantômes au risque de perdre la raison. Mais on y retrouve aussi les manipulations, les travers de la police, comme ceux du monde extérieur, qui sont particulièrement bien mis en exergue. J’aime l’écriture de Niko Tackian, ses intrigues, ses personnages… Un auteur à suivre !

💙💙💙💙

Catalogue éditeur : Le Livre de Poche, Calmann-Levy

Janvier 2017, Paris, XVIIIe arrondissement. Le corps d’un homme atrocement mutilé est retrouvé dans une cave. Le commandant Tomar Khan pense d’abord à un règlement de comptes. Le genre d’affaire qui reste en suspens pendant des années, se dit-il. Mais voilà, l’ADN relevé sur les lieux a déjà été découvert sur le corps d’un dealer, battu à mort dans une cave lui aussi. Et bientôt une rumeur court dans les quartiers chauds de Paris, celle d’un tueur insaisissable, un Fantazmë, un « spectre » en albanais, qui s’en prend à la pègre.

Avec cette enquête troublante, Tomar Khan plonge dans des zones d’ombre où s’affronteront inévitablement son devoir de policier et ses sentiments d’être humain.

Un polar très noir, mais aussi humain, voire bouleversant. Aujourd’hui en France.

Un excellent thriller. Remarquable. Femme actuelle.

288 pages / Date de parution : 02/01/2019 / EAN : 9782253237532

Une prière à la mer. Khaled Hosseini

Ce livre n‘est pas une bouée, mais bien « Une prière à la mer », comme un cri d’amour lancé par Khaled Hosseini.

Domi_C_Lire_une_priere_a_la_mer_khaled_hosseini_1

Une prière pour ces hommes que l’on espère saufs lorsqu’ils traversent la méditerranée pour trouver refuge loin des terres hostiles de leurs pays d’origine. Afghanistan ou Syrie, là-bas la guerre fait rage et la vie des civils n’est plus depuis longtemps un bien précieux à protéger.

De cet auteur, j’avais aimé Les cerfs-volants de Kaboul, ce roman bouleversant et éclatant de vie et de douleur adapté à l’écran avec grande justesse, qui nous transportait dans cet autre monde, de l’autre côté de la mer. Puis Mille soleils splendides, digne successeur du premier roman.

Aujourd’hui Khaled Hossein nous revient avec ce court livre illustré par Dan Williams. En s’adressant à son fils Marwan, il s’adresse à tous ces enfants, ces hommes et femmes, migrants contraints à fuir leur pays en guerre pour le calme rêvé d’un pays d’accueil. Ils traversent tant de mers et tant de pièges que nul d’entre eux n’est certain d’atteindre l’autre rive, celle du salut, celle de l’espoir. Espoir irrémédiablement anéanti pour tous ceux qui sombrent en mer. Morts en mer pour ne pas mourir sur place, pour ne pas mourir sans espérer.

Ce livre est un hommage poignant et sincère à tous ces migrants qui cherchent le chemin de la liberté. Publié par les éditions Albin Michel, pour chaque livre vendu 1€ sera versé à l’association La Cimade.

💙💙💙💙

Catalogue éditeur : Albin-Michel

Marwan, mon cher enfant, je contemple ton profil éclairé par la lune, tes cils que l’on dirait calligraphiés, tes paupières closes dans ton sommeil innocent. Et je te dis : « Donne-moi la main. Tout ira bien. »

Né en 1965 à Kaboul, Khaled Hosseini est un auteur américain d’origine afghane. Il a écrit Les Cerfs-volants de Kaboul (Belfond, 2005), Mille soleils splendides (Belfond, 2007) et Ainsi résonne l’écho infini des montagnes (Belfond, 2013). En 2006, il a été nommé Ambassadeur de bonne volonté du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (UNHCR). (Source la Cimade)

Édition cartonnée 12.00 € / 12 Septembre 2018 / 160mm x 247mm / EAN13 : 9782226437594

Au loin. Hernan Diaz

Quand la ruée vers l’ouest prend des chemins de traverse pour trappeur solitaire, « Au loin », le très surprenant roman d’Hernan Diaz, va certainement vous bouleverser et vous étonner !

Domi_C_Lire_hernan_diaz_au_loin_delcourtAlors qu’il débarque en Californie, seul et sans connaitre la langue, le jeune Håkan ne s’imagine pas qu’il va mettre tant d’années à rechercher son frère. Pourtant, l’Amérique que lui avait vantée ce dernier, alors qu’ils étaient encore dans leur famille en Suède s’avère bien plus périlleuse et dangereuse que prévu.

Acculé par la pauvreté, les parents avaient décidé que leurs deux fils partiraient ensemble pour trouver le bonheur sur la côte est des États-Unis… c’est en Californie que débarque le jeune Håkan, immédiatement repéré par une femme étrange qui l’entraine dans ses filets vénéneux. Quand il réussit à fuir, c’est d’Ouest en Est qu’il décide de marcher, pour rejoindre New-York, son rêve.

Traverser l’Amérique à pied dans les années de la ruée vers l’or n’est pas chose aisée. Sans travail, sans argent, sans pouvoir échanger quoi que ce soit, bientôt le jeune homme va s’isoler du reste des hommes. Même s’il accepte temporairement de travailler, puis de traverser avec un convoi de pionniers, la compagnie ne lui convient pas et il recherche rapidement la solitude. Un jour, comme dans tout western qui se respecte, le convoi est attaqué sauvagement par des indiens -ou pas- seul survivant, Håkan doit fuir pour garder la vie sauve, puis fuir car il sera injustement accusé …

Alors que tout un panthéon d’aventuriers tous plus pittoresques les uns que les autres vont croiser sa route, Håkan n’a qu’un seul but, retrouver ce frère Linus qu’il a perdu au départ de son pays. Mais la route est longue, la vie est faite de rencontres, de combats, d’apprentissages et de découvertes, de blessures et de victoires. Il va passer de longs mois, des années sans doute, loin des hommes et près de cette nature protectrice et parfois destructrice. Pourtant pendant ce temps, sa légende va grandir, car c’est un homme hors du commun. Étrange et de grande taille, il est si différent qu’il interroge et fait peur.

Peu à peu, il trace son sillon à travers ces vastes plaines qui ont forgé l’Amérique d’aujourd’hui. Celle des aventuriers, des chercheurs d’or, des paysans et des pionniers solitaires, de ces hommes forts ou faibles, mais qui vont de l’avant, qui essayent, gagnent, tombent et se relèvent, qui poursuivent la route vers le point qu’ils se sont fixés.

Voilà un roman très étonnant, quand on s’attend plus ou moins à un récit classique d‘émigration vers l’ouest, nous voilà transportés dans une autre dimension, pris dans les mots, le passé d’un solitaire taiseux et étranger à ceux qui l’approchent. Un roman surprenant mais envoûtant, qui nous entraine à travers cette épopée d’un homme seul, de déserts en étendues glacées, à l’image même de cette Amérique gigantesque et terrifiante par sa diversité et son immensité.

💙💙💙💙


Catalogue éditeur : Delcourt littérature

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Christine Barbaste.
Prix du roman Page/America 2018.

Jeune paysan suédois, Håkan débarque en Californie, seul et sans le sou. Il n’a qu’un but : retrouver son frère Linus à New York. Il va alors entreprendre la traversée du pays à pied, remontant à contre-courant le flux continu des pionniers qui se ruent vers l’Ouest. Les caravanes se succèdent et les embuches aussi. Trop souvent, la nature et les hommes essaieront de le tuer. Håkan croise ainsi la route de personnages truculents et souvent hostiles : une tenancière de saloon, un naturaliste original, des fanatiques religieux, des arnaqueurs, des criminels, des Indiens, des hommes de loi…
Et, tandis que s’écrivent à distance les mythes fondateurs de l’Amérique, il devient un héros malgré lui. Peu à peu, sa légende grandit. Håkan n’a plus d’autre choix que de se réfugier loin des hommes, au cœur du désert, pour ne plus être étranger à lui-même et aux autres.

Auteur d’un essai sur Borges, Hernan Diaz est aujourd’hui directeur adjoint de l’Institut hispanique de la Columbia University. Finaliste du Prix Pulitzer et du Pen/Faulkner Award, Au loin est son premier roman.

Parution le 5 septembre 2018 / 334 pages / 21.50€

Capitaine. Adrien Bosc

« Capitaine » passionnant roman d’Adrien Bosc sur le voyage de migrants fuyant le régime de Vichy, vers une terre promise en Amérique ou aux Antilles.

Domi_C_Lire_capitaine_adrien_bosc_stockEn mars 1941, le Capitaine quitte Marseille, et Adrien Bosc nous entraîne dans les méandres de l’Histoire… Après avoir brillamment conté l’aventure du Constellation – la traversée du transatlantique en 1949 – Adrien Bosc nous entraine sur les traces du Capitaine Paul-Lemerle, entre les mois de mars et de juin 1941. Le bateau quitte le port de Marseille le 24 mai 1941 avec à son bord des familles rejetées par la France de Vichy. Qu’ils soient juifs ou non, allemands, français, républicains espagnols, ces passagers  étaient persona non grata en France. Le sort qui les attendait était tellement incertain que tout valait mieux, y compris embarquer sur ces géants des mers fragiles et vieillissants.

Sur le bateau vont alors se côtoyer André Breton le surréaliste et Claude Lévi-Strauss l’ethnologue, Anna Seghers et Victor Serge, Wifredo Lam, un artiste peintre cubain, Germaine Krull, une photographe allemande et tant d’autres, savants, intellectuels, hommes d’affaires, bijoutiers, banquiers, poètes, écrivains, scientifiques, et leurs familles pour la plupart, car le régime nazi n’en voulait pas, la France non plus…

Leur périple va durer plusieurs semaines, également rejetés par les pays où ils vont accoster, cantonnés sur le bateau ou dans des hôtels sordides, dans le Lazaret, cette ancienne léproserie de Pointe-à-Pitre (sur cette ile de la Martinique, seule la rencontre avec Aimé Césaire et sa femme Suzanne rendent un peu d’humanité aux iliens, tant ils sont uniques par le courage qu’ils affichent ouvertement par le biais de la revue Tropiques), puis jusqu’à Ellis Island, en attendant que des fonctionnaires acerbes et stupidement zélés veuillent bien les laisser soit débarquer, soit repartir vers l’Amérique du Sud ou Saint Domingue.

Capitaine est un roman dense, intelligent, qui fourmille de faits, de rencontres, d’anecdotes, nous rendant si proches, humains, vivants, ces désespérés de la seconde guerre mondiale, juifs errants sur les mers et accostant des terres inhospitalières. Où l’on retrouve sans la comprendre l’incurie des services administratifs, les frontières, le racisme qui gangrène jusqu’aux côtes des iles des caraïbes, là où pourtant on pourrait imaginer que l’éloignement aurait rendu plus humains ceux qui contrôlent, inspectent, condamnent au nom d’un état qui se fourvoie.

Capitaine est plus qu’un roman, tant il est riche de ces informations qui rendent toute leur humanité à ces passagers ballottés par les mers et les hommes. Adrien Bosc nous entraîne dans les méandres de l’Histoire à travers ce qu’ont vécu ces hommes et ces femmes. Il a su leur rendre vie et nous les faire connaître sans nous submerger sous des tonnes d’informations en réussissant ce savant partage entre le romanesque et les faits historiques.

Où que nous regardions, l’ombre gagne… pourtant nous sommes de ceux qui disent non à l’ombre. Nous savons que le salut du monde dépend de nous aussi…
Tropiques, Aimé Césaire

💙💙💙


Catalogue éditeur : Stock

Le 24 mars 1941, le Capitaine-Paul-Lemerle quitte le port de Marseille, avec à son bord les réprouvés de la France de Vichy et d’une Europe en feu, les immigrés de l’Est et républicains espagnols en exil, les juifs et apatrides, les écrivains surréalistes et artistes décadents, les savants et affairistes. Temps du roman où l’on croise le long des côtes de la Méditerranée, puis de la haute mer, jusqu’en Martinique, André Breton et Claude Lévi-Strauss dialoguant, Anna Seghers, son manuscrit et ses enfants, Victor Serge, son fils et ses révolutions, Wifredo Lam, sa peinture, et tant d’inconnus, tant de trajectoires croisées, jetés là par les aléas de l’agonie et du hasard, de l’ombre à la lumière. Ce qu’Adrien Bosc ressuscite c’est un temps d’hier qui ressemble aussi à notre aujourd’hui. Un souvenir tel qu’ il brille à l’instant d’un péril.

Adrien Bosc est né en 1986 à Avignon. En 2014, il reçoit pour son premier roman, Constellation, le Grand Prix du roman de l’Académie française, ainsi que le Prix de la Vocation. Fondateur des éditions du sous-sol, il est par ailleurs éditeur au Seuil.

Parution : 22/08/2018 / Collection : La Bleue / 400 pages  / Format : 137 x 215 mm / EAN : 9782234078192 / Prix : 22.00 €

La belle de Casa. In koli Jean Bofane

La belle de Casa, de In Koli Jean Bofane, c’est une histoire de vie et de mort, un conte moderne dans les rues de Casa la belle.

Domi_C_Lire_la_belle_de_casa_actes_sudDans Casa la belle, migrants et voyous se rencontrent dans les quartiers populaires. Sese est un jeune clandestin arrivé de Kinshasa. Il a atterri là alors qu’il pensait arriver en Normandie. Depuis il vivote  en faisant casquer sur internet quelques européennes en mal d’amour, en les amadouant et en leur promettant la lune. Il était associé dans son petit business avec Ichrak.

Un matin, dans une ruelle peu fréquentée, il découvre la belle Ichrak morte, ensanglantée. Ichrak n’a pas de père et sa mère, la farouche Zahira, est folle depuis longtemps. Alors qui pouvait bien lui en vouloir ? Tous ! Car Ichrak la sublime avait la langue bien pendue et ne s’en laissait pas conter.

Et certainement pas par tous ces hommes concupiscents qui la guettaient et rêvaient de la soumettre à leur volonté. Ces nombreux hommes qui évoluent autour d’Ichrak, à commencer par le commissaire Daoudi, qui mène l’enquête. Lui-même est tombé sous le charme de la belle, mais n’a jamais réussi à la faire plier. Il y a bien sûr Sese le migrant, mais aussi Nordine le voyou, Farida la femme d’affaires avertie et son mari le très ambigu Cherkaoui, qui entretient une bien étrange relation avec Ichrak.

Dans ce quartier misérable, les migrants arrivent du Congo, du Cameroun, du Sénégal. Ils n’ont pas trouvé d’issue à leur course vers l’Europe et ont posé ici leurs maigres bagages. Ils squattent des immeubles miteux lorgnés par les promoteurs. Ces derniers rêvent de transformer les quartiers pauvres de Casablanca  pour les proposer aux plus riches, centres commerciaux, palaces, immeubles de luxe remplaceraient opportunément ces ruines, pourvu que l’on puisse en chasser les habitants. Et l’auteur nous décrit, avec une gouaille et un sens du dialogue qui nous embarquent dans une sordide réalité, les malversations, magouilles et affaires qui se trament ici sous le manteau.

En parallèle, on découvre le sort de ces migrants qui ont quitté l’Afrique noire et se retrouvent prisonniers en Lybie dans des conditions sordides, tant qu’ils n’ont pas payé un lourd écot aux passeurs, risquant leur vie pour un espoir d’avenir meilleur en Europe ou en Afrique du Nord.

Et comme un bouleversement majeur qui agirait en continu tout au long du roman, il y a le vent Chergui, ce vent du désert qui assèche, qui chamboule les hommes par sa chaleur, sa force, qui les contraint à trouver une issue à leurs souffrances. Symbole de ce changement climatique qui pousse hommes et femmes à chercher vers le nord un territoire où se poser ?

Ce que j’ai aimé ?  Le style, l’écriture, les vies et les portraits de ces personnages, réalistes, tragiques, vivants, décrivant une réalité douce-amère avec beaucoup d’humanité et de véracité. On s’y croit.. on y croit, et c’est bouleversant.

💙💙💙💙

Quelques photos de l »auteur aux Correspondances de Manosque, en cette belle fin de mois de septembre.

 


Catalogue éditeur : Actes Sud

Qui a bien pu tuer Ichrak la belle, dans cette ruelle d’un quartier populaire de Casablanca ? Elle en aga­çait plus d’un, cette effrontée aux courbes sublimes, fille sans père née d’une folle un peu sorcière, qui ne se laissait ni séduire ni importuner. Tous la convoi­taient autant qu’ils la craignaient, sauf peut-être Sese, clandestin arrivé de Kinshasa depuis peu, devenu son ami et associé dans un business douteux. Escrocs de haut vol, brutes épaisses ou modestes roublards, les suspects ne manquent pas dans cette métropole du xxie siècle gouvernée comme les autres par l’argent, le sexe et le pouvoir. Et ce n’est pas l’infatigable Chergui, vent violent venu du désert pour secouer les palmiers, abraser les murs et assécher les larmes, qui va apaiser les esprits… Lire la suite

Août, 2018 / 11,5 x 21,7 / 208 pages / ISBN 978-2-330-10935-6 / prix indicatif : 19, 00€

Paris-Venise, Florent Oiseau

Paris-Venise, de Florent Oiseau est le roman très actuel d’un trentenaire qui travaille à bord d’un train de nuit et découvre l’envers d’un décor par forcément idyllique. Ou comment une expérience vécue peut inspirer un bon roman ?

Domi_C_Lire_florent_oiseau_paris_veniseLa vie de Roman est une galère sympathique, sa banquière a de plus en plus de mal à accepter ses découverts, aussi lorsqu’il trouve un emploi de couchettiste sur le train de nuit Paris-Venise, il prend, même si le tarif horaire est tout sauf honnête. Pour ce trentenaire pas super dynamique et qui pour l’instant n’a pas vraiment d’avenir, ce job  est une aubaine ! Surtout lorsqu’il rencontre la jolie Juliette, une future collègue qui fera peut-être quelques allers-retours avec lui, qui sait ?

Mais dans les trains de nuit, comme souvent dans les villes la nuit, les rencontres sont interlopes, les passagers parfois clandestins, les caisses falsifiables. Quelques pickpockets expérimentés qui investissent les wagons lors des arrêts en gare, quelques employés prêts à rendre de menus services contre quelques billets, voilà un joli échantillon de cette vie nocturne et pour Roman la rencontre inattendue avec tout un univers de gagne-petit et de traficoteurs qu’il va d’abord rejeter… enfin, dans un premier temps, car les fins de mois difficiles, la paye au lance pierre, c’est bien lui qui les subit, tout comme ses partenaires d’une nuit, qui ont compris depuis longtemps où et quand pouvaient se réaliser les combines et les entourloupes.

Paris-Venise est un roman à la fois rafraichissant et rythmé, vif et très humoristique, c’est aussi une jolie satire de nos vies moderne, où le plus voleur n’est pas toujours celui qu’on croit, où le plus sincère et le plus innocent n’est pas toujours celui qui en a l’air. Reflet dérisoire et satirique de nos sociétés modernes, de nos banlieues et de nos villes, de nos vies ? Un auteur à suivre …

💙💙💙💙


Catalogue éditeur : Allary éditions

« – C’est Milan ?
Pris de court, Demba a regardé par la fenêtre et s’est contenté de lire ce qu’il avait aperçu sur un panneau à fond bleu.
– Non, monsieur, bientôt, pour le moment nous sommes à Sottopassaggio, dans la banlieue proche.
– Oui, c’est vraiment très proche, j’ai ajouté, pour avoir l’air d’un mec qui connaissait sur le bout de ses doigts la province lombarde.
Le type s’est fendu d’un rire discret et nous a expliqué avec un brin de condescendance que “sottopassaggio” voulait dire “passage souterrain”, mais que le grand panneau “Milano Centrale” qu’on pouvait désormais apercevoir signifiait que nous étions bien à Milan. Demba a répondu que c’était une vanne, le passager s’est senti con et s’est avancé vers l’autre porte, au bout du couloir.
– Bonne vanne, j’ai vraiment cru que c’était un nom de ville.
– Pareil. »

Roman vient de trouver un job sur le Paris-Venise, le train de nuit le plus en retard d’Europe. Un signe. Lui non plus n’est pas très en avance dans sa vie. À presque trente ans, décrocher ce poste de couchettiste ressemble à une consécration… Les trafics de clandestins, les douaniers avinés, les descentes de pickpockets venus piller la diligence : tout peut arriver dans ce théâtre ambulant. Même tomber amoureux.
Inspiré de faits réels, Paris-Venise confirme le talent de Florent Oiseau qui mêle admirablement humour et sensibilité.

240 pages | 17,90€ / En librairie le 11 janvier 2018 / EAN : 978-2-37073-158-6

A la rencontre de Louis-Philippe Dalembert

Louis-Philippe Dalembert, lauréat en 2017 du Prix Orange du Livre et du Prix Pages des Libraires France Bleu  pour son roman « Avant que les ombres s’effacent ».

Domi_C_Lire_louis_philippe_dalembert.jpg

J’avais eu beaucoup de plaisir à découvrir Avant que les ombres s’effacent au printemps 2017, puis à le relire pour la sélection du Prix du meilleur roman des lecteurs de Points 2018.

Louis-Philippe Dalembert a accepté de répondre à quelques questions, sur ce roman qui poursuit un joli chemin auprès des lecteurs, mais également sur son actualité.   Avant que les ombres s’effacent est un roman qui évoque longuement la Seconde Guerre mondiale et le rôle joué par Haïti pour sauver les Juifs, mais également pour un aussi petit pays, la volonté d’entrer dans la ronde des nations pour s’opposer à Hitler.

Qu’est-ce qui vous a fait choisir ce sujet-là plutôt que celui que tout le monde aurait imaginé, le tremblement de terre à peine évoqué dans le roman ?

D’abord, parce que mon roman précédent, Ballade d’un amour inachevé (Mercure de France, 2013), portait sur le séisme… de L’Aquila (Italie, 6 avril 2009). Ensuite, comme vous avez pu le lire, Avant que les ombres s’effacent est dédié « Aux réfugiés d’hier et d’aujourd’hui ». Même si comparaison n’est pas raison et que chaque contexte relève de ses propres spécificités, on ne peut s’empêcher de voir quelques similitudes avec ce qui se passe aujourd’hui en Méditerranée : tous ces gens qui fuient, au risque de leur vie, les guerres, la dictature, les catastrophes climatiques, la misère… En 39-45, il s’agissait de tendre la main, ou pas, aux Juifs d’Europe et aux autres réfugiés. Haïti à sa petite échelle l’avait fait en proposant d’accueillir les Juifs, comme l’Allemagne tout récemment a ouvert ses frontières à un million de réfugiés. À l’époque déjà, pour ne pas accueillir les Juifs, certains gouvernements occidentaux prétextaient que, parmi les réfugiés, il pouvait y avoir des espions nazis. Aujourd’hui, ce sont les « terroristes » islamistes qui font figure de repoussoir.

Les prix littéraires
Vous êtes le lauréat du Prix Orange du Livre 2017, mais aussi du Prix Pages des Libraires France Bleu 2017, deux prix décernés par des jurys composés d’auteurs, de libraires et de lecteurs.
Que vous a apporté le fait de gagner ces Prix ? des rencontres avec les lecteurs, un peu plus de notoriété, un autre lectorat ?…

D’abord, un battage médiatique extraordinaire, tant dans la presse qu’à travers les réseaux sociaux. Cela a contribué à prolonger la durée de vie du livre, paru en mars 2017, jusqu’à se retrouver finaliste de deux prix d’automne, le Grand Prix du roman de l’Académie française et le Prix Médicis.

Cela s’est aussi traduit par un nombre incalculable d’invitations à des salons du livre, dans des médiathèques, des lycées, en France et à l’étranger. À la fin de l’année, moi qui suis pourtant un globe-trotter, j’étais sur les rotules.

Et ce n’est pas fini. Cette année, le livre a obtenu le Prix littéraire des lycéens et apprentis de l’Essonne, et figure dans la sélection Prix Meilleur Roman Points. Il vient tout juste de paraître en poche chez Points-Seuil dans la collection « Grands Romans ».

Cette année, vous êtes membre de plusieurs jurys, mais quand on est dans son propre travail d’écriture, est-ce un plaisir ? Est-ce au contraire difficile de lire d’autres auteurs ?

Pour moi, oui, c’est assez difficile. Quand je suis en pleine rédaction d’un nouveau roman, comme actuellement, j’ai du mal à entrer dans d’autres univers. Quand j’écris, j’ai tendance à y consacrer tout mon temps, sans partage. En étant membre de trois jurys (il faut y ajouter celui de la Société des gens de lettres), cela m’oblige à une autre discipline : à savoir travailler dès le matin, et me plonger, en milieu ou fin d’après-midi, dans la lecture des livres sélectionnés. Au bout du compte, c’est positif, car ça me fait avancer « plus vite » dans mon propre travail.

Quel lecteur êtes-vous ?
Si vous deviez me conseiller un livre, que vous avez lu récemment, ce serait lequel et pourquoi ?

Je citerais deux romans : Un océan, deux mers, trois continents (Actes Sud) de Wilfried N’Sondé et Diên Biên Phu (Sabine Wespieser) de Marc Alexandre Oho Bambe.

Le premier retrace l’histoire méconnue de Dom Antonio Manuel. De son vrai nom Nsaku Ne Vunda, originaire du Bakongo, il est mort à Rome en 1608. Son buste de pierre noire, voulu par le pape Paul V, trône à l’entrée de la Basilique Sainte-Marie-Majeure, là même où il est enterré. À Rome également, on retrouve un portrait de lui, qui date de 1615-1616, dans la salle des Cuirassiers, au Palais du Quirinal.

Le second évoque le retour, vingt ans après la défaite de Diên Biên Phù, d’un soldat français au Viêtnam. Il plaque tout, épouse et enfants, pour revenir sur les traces d’une femme qu’il a connue et aimée pendant la guerre coloniale. Une guerre dont il a pu sortir vivant grâce à son frère d’armes, le tirailleur sénégalais Alassane Diop.

Deux romans forts, à l’écriture exigeante, poétique, qui vibrent d’amour, d’amitié et de tolérance.

Existe-t-il un livre que vous relisez ou qui est un peu le fil rouge de votre vie ?

L’Ancien Testament. Ça me raccroche à la féérie de l’enfance (ses tabous, ses joies, ses peurs) et à ma famille.

avant_que_les_ombres_s_effacent.jpg

Merci cher Louis-Philippe pour vos réponses et votre disponibilité !

Pour lire ou relire mes chroniques  :

Un royaume pour deux, Marin Ledun

Marin Ledun est un auteur largement reconnu par la critique et par ses lecteurs dans le domaine du roman noir. Ici, je le découvre avec « Un royaume pour deux » édité par Syros en littérature jeunesse.

Domi_C_Lire_un_royaume_pour_deux_marin_ledun.jpgAlors qu’elle est en vacances comme chaque été chez sa grand-mère, dans cette région qu’elle connait bien, la jeune Lola voit arriver sa mère, et celle-ci accompagne un jeune garçon qui va passer quelques jours avec Lola et sa grand-mère.
Jusque-là, rien d’exceptionnel, si ce n’est que Aymen est une jeune syrien, que ses parents sont des émigrés sans papiers qui ont fui la Syrie et qu’ils sont hébergés provisoirement par les parents de Lola à Paris. Un garçon de son âge qui arrive de si loin en ayant traversé des contrées hostiles et surtout fui la guerre, cela impressionne forcément Lola, qui, plus jeune d’un an, ne veut surtout pas perdre la face.

Elle tente alors de l’amadouer, et peut-être surtout de l’impressionner, en lui faisant découvrir cette grande bâtisse en ruine  qui est un peu son domaine mais qui, parce qu’elle tombe réellement en ruine, est dangereuse. Il ne faut pas s’en approcher. Cette découverte doit rester leur secret.

Les deux enfants visitent les salles du royaume, puis une dispute éclate… Aymen s’enfuit, laissant Lola à ses colères et ses problèmes d’amour propre. De retour chez la grand-mère de Lola, il découvre que celle-ci n’est pas rentrée, et que la famille est inquiète.

Mais que peut penser, et surtout comprendre des réactions de la famille un jeune garçon qui a connu le pire, qui veut faire bien, mais à peur de causer du mal à ses parents, en fuite, migrants illégitimes dans une ville qui ne veut peut-être pas d’eux…

Tout le charme de ce roman repose à la fois sur la personnalité de Lola et Aymen, leur passé si différent, leurs conditions de vie, leurs façon d’entrevoir leur avenir, et la confiance, difficile à instaurer, mais si forte et importante au final. De timide et craintif, à solidaires et fraternelle, leur relation va évoluer et nous montrer toute la complexité des sentiments, des façons de voir et de comprendre, largement conditionnées par nos expériences, notre passé, notre cadre de référence.

Ce que j’aime dans ce roman ? La façon dont l’auteur, fidèle à ses habitudes, aborde des sujets de société actuels, tout en sachant les adapter au public de son livre. Chaque lecteur peut s’interroger sur le monde qui l’entoure, car les migrants sont un des éléments récurrents de nos journaux télévisés, et les informations transportées par nos médias touchent chacun d’entre nous chaque jour, enfants et ados compris.

Si vous aussi vous avez envie de découvrir les romans jeunesse de cet auteur qui nous a convaincu depuis longtemps de son talent, allez-y ! J’avoue, je suis séduite par l’écriture et par le fonds de cette intrigue. L’amitié, la découverte, la fidélité, la timidité de ces enfants, la relation qui se tisse entre eux, et finalement ce qui va en ressortir, tout cela est un vrai régal de lecture. Je ne peux que vous conseiller de le faire découvrir à vos ados !

💙💙💙💙


Catalogue éditeur : Syros

Le nouveau roman de Marin Ledun dans la collection Souris noire ! Un hymne à la nature et à l’enfance, qui met en scène un duo bien ancré dans notre époque.

En vacances chez sa grand-mère, Lola est la reine d’un royaume qu’elle réinvente chaque été. Cette nature sauvage écrasée de soleil, dont elle connaît le moindre bloc de pierre ou buisson d’aubépine, elle va devoir la partager cette année avec Aymen, un jeune garçon syrien dont la famille est réfugiée en France. Par amitié, mais aussi par bravade, Lola conduit Aymen jusqu’à la ruine maudite, une vieille bâtisse à propos de laquelle se raconte une histoire terrifiante…

Auteur(s)  :  Marin Ledun / Illustrateur(s)  :  Anne-Lise Nalin / Date de parution  :  09/03/2017 / ISBN : 9782748523379  / 63 pages / 5,99 euros