Prix des cinq continents de la Francophonie, Organisation internationale de la francophonie

C’était aujourd’hui la remise des prix 2021 à Karim Kattan, lauréat du Prix des cinq continents de la francophonie pour Le Palais des deux collines (Elyzad, Tunisie) et la Mention spéciale à Miguel Bonnefoy pour Héritage (Rivages, France).

Ces prix sont de véritables étendards de la littérature francophone. Des témoins à la fois de la diversité des écrivains et de la place de leurs œuvres dans le monde. On souligne aussi la qualité des six comités de lecture (Congo, Canada, Sénégal, Belgique, France, Vietnam) qui présélectionnent 10 œuvres parmi les ouvrages concourant au Prix des cinq continents, ouvrages qui sont ensuite soumis au jury des écrivains.

Ce jury international qui est présidé par Paula Jacques (Égypte-France) et composé de Jean-Marie Gustave Le Clézio (Maurice), Lise Bissonnette (Canada-Québec), Vénus Khoury-Ghata (Liban), Liliana Lazar (Roumanie), Wilfried N’Sondé (Congo), Lyonel Trouillot (Haïti), Abdourahman Waberi (Djibouti), Jun Xu (Chine) et Karim Kattan (Palestine-France).

Créé par l’OIF en 2001, le Prix des cinq continents de la Francophonie met en lumière des talents littéraires reflétant l’expression de la diversité culturelle et éditoriale en langue française sur les cinq continents et permet de les promouvoir sur la scène littéraire internationale. Ce prix récompense des textes de fiction narratifs (roman, récit et recueil de nouvelles) mais également tout auteur d’expression française quelle que soit sa maturité littéraire.

En plus de la dotation de 15 000 euros, le lauréat est accompagnés tout au long de l’année pour assurer la promotion du roman. La dotation de la mention spéciale du jury est de 5.000 euros.

20 lauréats et 11 mentions spéciales

2021 : Karim Kattan, Le Palais des deux collines » (Elyzad, Tunisie)
Mention spéciale : Miguel Bonnefoy, « Héritage » (Rivages, France)

2020 : Béata Umubyeyi Mairesse, « Tous tes enfants dispersés » (Autrement, France)
Mention spéciale : Paul Kawczak, « Ténèbre » (La Peuplade, Canada Québec)

2019 : Gilles Jobidon, « Le tranquille affligé » (Leméac, Canada Québec)
Mention spéciale : Alexandre Feraga, « Après la mer » (Flammarion, France)

2018 : Jean Marc Turine, « La théo des fleuves » (Esperluète, Fédération Wallonie Bruxelles)
Mention spéciale : Stéfanie Clermont, « Le jeu de la musique » (Le Quartanier, Canada Québec)

2017 : Yamen Menai, « L’Amas ardent » (Elyzad, Tunisie)

2016 : Fawzia Zouari, « Le Corps de ma mère » (Joëlle Losfeld – France / Demeter – Tunisie)

2015 : In Koli Jean Bofane, « Congo Inc. le testament de Bismarck » (Actes Sud, France)
Mention spéciale : Miguel Bonnefoy, « Le Voyage d’Octavio » (Rivages, France)

2014 : Kamel Daoud, « Meursault, contre-enquête » (Barzakh, Algérie)

2013 : Amal Sewtohul, « Made in Mauritius » (Gallimard, France)

2012 : Geneviève Damas, « Si tu passes la rivière » (Luce Wilquin, Belgique)
Mention spéciale :  Naomi Fontaine, « Kuessipan » (Mémoire d’Encrier, Canada-Québec)

2011 : Jocelyne Saucier, « Il pleuvait des oiseaux » (XYZ, Québec)
Mention spéciale : Patrice Nganang, « Mont Plaisant » (Philippe Rey, France)

2010 : Liliana Lazar, « Terre des affranchis » (Gaia, France)
Distinction du jury à Naomi Fontaine (Canada-Québec) pour Kuessipan, Éditions Mémoire d’Encrier

2009 : Kossi Efoui, « Solo d’un revenant » (Le Seuil, France)

2008 : Hubert Haddad, « Palestine » (Zulma, France)

2007 : Wilfried N’Sondé, « Le Coeur des enfants Léopards » (Actes Sud, France)

2006 : Ananda Devi, « Eve de ses décombres » (Gallimard, France).
Mention spéciale : Pierre Yergeau, « La cité des Vents » (L’instant même, Québec)

2005 : Alain Mabanckou, « Verre Cassé » (Seuil, France)

2004 : Mathias Enard, « La Perfection du tir » (Actes Sud, France).
Mention spéciale : Seyhmus Dagtekin, « À la source, la nuit » (Robert Laffont, France)

2003 : Marc Durin-Valois, « Chamelle » (Jean-Claude Lattès, France).
Mention spéciale : Fawzia Zouari, « La Retournée » (Ramsay, France)

2001 : Yasmine Khlat, « Le désespoir est un péché » (Le Seuil, France)
Mention spéciale : Ahmed Abodehmane, « La ceinture » (Gallimard, France)

Héritage, Miguel Bonnefoy

Les rêves de quatre générations portés par la magie de l’écriture de Miguel Bonnefoy

En 1873, celui qui deviendra Lonsonier part de France où il était viticulteur dans le Jura, pour rejoindre la Californie après la grande épidémie de phylloxera du XIXe siècle. Le père de Lazare accoste finalement à Valparaíso au Chili avec trente Francs et un cep de vigne en poche.  C’est à Santiago du Chili qu’il va refaire sa vie, d’abord en épousant Delphine, puis en lui faisant trois fils et en reconstituant là-bas les vignes perdues de France.

Quatre générations plus tard, que sont devenus ces enfants d’émigrés ?
Lazare a connu la guerre, la moche, celle des tranchées qui le laisse à jamais exsangue et amputé à la fois d’un poumon et de sa jeunesse comme de son insouciance. Il a fait sa vie auprès de la belle et sauvage Thérèse qui aime les oiseaux autant sinon plus que les hommes.

La vie continue, arrive Margot. C’est une enfant passionnée qui rêve de devenir pilote. Pas facile quand on est une femme dans un univers d’hommes et en plus dans une discipline balbutiante. Il faut de la pugnacité pour assouvir sa passion.
Mais à son tour, portée par l’amour d’un pays qui pourtant n’est pas le sien, elle part faire la guerre en Europe, la grande cette fois. Là, elle sera une combattante de l‘ombre et c’est une femme différente, bien que saine et sauve, qui revient au pays. Un fils, Ilario Da, et une révolution plus tard, le pays sombre dans la dictature. Il faut alors essayer de vivre ou de mourir, avec ou sans gloire. Ilario est arrêté, torturé, forcé à son tour à l’exil.

L’écriture est belle, puissante et simple à la fois, les caractères sont bien trempés, le surnaturel occupe sa juste place et le rythme ne faiblit jamais. L’auteur une fois de plus nous transporte dans une saga qui, à travers plusieurs générations, mêle les traditions de deux pays, dans cette époque difficile de deux grandes guerres, aborde les affres de la dictature et ses conséquences sur tout un pays, et y pose un brin de surnaturel comme il sait si bien le faire. Une histoire qu’il connait bien et qui est aussi son propre héritage.

Les personnages hauts en couleurs nous font vivre à travers leurs familles l’histoire du Chili, ses liens avec la France et la difficile adaptation des migrants qui jamais ne renient leur pays d’origine. Il est important aussi de se souvenir que si les français accueillent sur leur sol les migrants d’aujourd’hui, de nombreuses générations ont eu par le passé à migrer à leur tour vers des terres plus ou moins hospitalières.


Catalogue éditeur : Rivages

La maison de la rue Santo Domingo à Santiago du Chili, cachée derrière ses trois citronniers, a accueilli plusieurs générations de la famille des Lonsonier. Arrivé des coteaux du Jura avec un pied de vigne dans une poche et quelques francs dans l’autre, le patriarche y a pris racine à la fin du XIXe siècle. Son fils Lazare, de retour de l’enfer des tranchées, l’habitera avec son épouse Thérèse, et construira dans leur jardin la plus belle des volières andines. C’est là que naîtront les rêves d’envol de leur fille Margot, pionnière de l’aviation, et qu’elle s’unira à un étrange soldat surgi du passé pour donner naissance à Ilario Da, le révolutionnaire.
Bien des années plus tard, un drame sanglant frappera les Lonsonier. Emportés dans l’oeil du cyclone, ils voleront ensemble vers leur destin avec, pour seul héritage, la légende mystérieuse d’un oncle disparu.

Dans cette fresque éblouissante qui se déploie des deux côtés de l’Atlantique, Miguel Bonnefoy brosse le portrait d’une lignée de déracinés, dont les terribles dilemmes, habités par les blessures de la grande Histoire, révèlent la profonde humanité.
Miguel Bonnefoy est l’auteur de deux romans très remarqués, Le Voyage d’Octavio (Rivages poche, 2016) et Sucre noir (Rivages poche, 2019). Ils ont tous deux reçu de nombreux prix et été traduits dans plusieurs langues.

EAN: 9782743650940 / Parution: août, 2020 / 256 pages / Prix: 19,50€

Le Voyage d’Octavio, Miguel Bonnefoy

Voyage initiatique, hymne à la nature et à un pays, le Venezuela

Octavio est soigné chez lui par un docteur qui faute de papier et d’un crayon, va lui écrire son ordonnance sur la table de bois.  Analphabète, Octavio se voit alors contraint de transporter celle-ci  jusque chez le pharmacien.

Après quelques péripéties, il rencontre Venezuela, la si bien nommée. Cette femme que tout devrait éloigner d’Octavio va lui apprendre à lire et à écrire. Vivant de petits boulots auprès d’une bande de cambrioleurs au comportement de quasi gentlemen plutôt singuliers,  Octavio se retrouve piégé et fui sa ville, Saint Paul du Limon.

Dans sa fuite, son pays, le Venezuela, l’éveille peu à peu à sa réalité. Ses pas le guident à travers les forêts, les montagnes, les torrents violents et impétueux, la nature sauvage et les grottes mystérieuses, à la rencontre d’enfants, d’hommes, d’étrangers. Lui le géant qui désormais sait quel trésor cela peut être de savoir lire et écrire se transforme en maitre d’apprentissage, puis en ouvrier infatigable. Jusqu’au jour où enfin ses pas le ramènent vers sa ville, son bidonville de Saint Paul du Limon, dans la banlieue de Caracas.

Une écriture qui entraine le lecteur, des descriptions fantasmatiques, un parcours initiatique, apprentissage de vie, un voyage étonnant à travers l’âme d’un pays où tout semble encore à créer, quand l’histoire d’un petit raconte l’histoire d’un pays. Quel beau et étrange roman qui se lit presque comme un conte.

Catalogue éditeur : Rivages

Une grande fable baroque sur le Venezuela, onirique et picaresque, autour de la figure d’un paysan analphabète qui se réapproprie sa propre Histoire : le premier roman de Miguel Bonnefoy, lauréat en 2013 du Prix du Jeune Écrivain de langue française, qui a révélé des auteurs comme Marie Darrieussecq, Jean Baptiste Del Amo, Antoine Bello, etc.

EAN: 9782743629410 / Parution : janvier 2015 / 130 pages / Format : 14.0 x 20.5 / Prix: 15,00€