Pourquoi les hommes fuient, Erwan Larher

Un roman dynamique et humain, parfois désespéré et corrosif, une jeunesse en mal de père, ou de repère…

Elle, c’est Jane, pas Jeanne, Jane, c’est pourtant facile. Jane, qui se demande depuis toujours pourquoi les hommes fuient, est une jeune femme à la recherche du père. Un père qu’elle a trop peu connu et dont sa mère lui a si peu parlé. Et justement sa mère vient de mourir. Alors, même si elle n’est pas plus attristée que ça, elle a beau fouiller dans ses affaires, elle voit bien qu’elle n’en saura pas plus son géniteur.

Jane est hôtesse, dans les soirées elle fait le service pour un traiteur. Par le plus grand des hasards, lors d’une de ces soirées, elle entend quelques notes de musique qui lui trottent dans la tête. Ritournelle entêtante qui lui rappelle un air lointain. Et qui va, de fil en aiguille, la mener jusqu’à Tours sur les traces de Jo, ou de Jo, c’est selon. A la recherche d’un père, d’un musicien punk ou rock mais forcément connu, et qui a disparu. Elle retrouve un groupe dans lequel deux des musiciens auraient pu être son père, mais lequel, et quand, et surtout pourquoi ce père a-t-il fui ? Elle met toute son énergie pour partir à la recherche du père perdu…

Ce roman comme son titre, est un questionnement sur la vie, sur le pourquoi les hommes fuient, et que fuient-ils finalement ? Un monde qui ne leur convient pas, une famille, une société dans laquelle ils ne se retrouvent plus, ou eux-mêmes ? Est-ce alors lâche ou courageux de fuir ainsi, de disparaitre, de changer totalement de vie ?

Voilà assurément un roman que l’on n’a pas envie de poser avant la fin. J’ai aimé cette écriture rythmée, incisive, parfaitement adaptée aux différents personnages et qui change avec eux. Que ce soit celui de Jane, ou ceux d’un groupe de musicos punk, d’un écrivain attendrissant et un peu désespéré, d’une bande de copains plutôt paumés qui se déchirent et se séparent. Écriture adaptée également aux situations qui partent du passé vers une actualité plus contemporaine, des manifestations récurrentes et violentes par exemple, avec une héroïne bien ancrée dans le présent, active sur les réseaux sociaux, qui partage ses émotions via son mobile et ses stories.

J’ai aimé cette description d’une jeunesse parfois désabusée mais qui espère malgré tout réaliser quelques rêves. Et Bravo à l’auteur qui réussit la prouesse de se mettre dans la peau d’une Jane moderne et attachante, déroutante et bouleversante. Une Jane qui découvre un monde auquel elle ne voudrait certainement pas appartenir, une époque révolue qui l’interroge et un présent pas toujours réjouissant.

Du même auteur, découvrir le bouleversant Le livre que je ne voulais pas écrire.

Catalogue éditeur : Quidam

Jane a 21 ans. Hyper connectée, elle vit au présent entre jobs d’hôtesse et menus larcins, boîtes et soirées branchées, ses amants d’une nuit et ses deux colocataires. Rien n’existe que par sa volonté; ses actes tracent les contours du monde.
Un soir, le hasard la jette malgré elle sur les traces de son père, qu’elle n’a jamais connu. Est-il cette pop star dont on a perdu la trace ? Ce guitariste punk passé à côté de sa vie ? Ou ce solitaire retiré de la compagnie des hommes ?
Jane se prend au jeu des vérités parfois contradictoires tandis que son environnement se détraque. La violence du réel, son humanité aussi, s’engouffrent dans les brèches à mesure qu’elle perd le contrôle.
Après le succès du Livre que je ne voulais pas écrire, Erwan Larher revient, avec ce septième roman, à la pure fiction. Un texte up tempo, énergique et moderne, entre intime et sociétal. 

Erwan Larher est né à Clermont-Ferrand – hasard d’une affectation militaire paternelle. Un jour, suite à ce qui pourrait ressembler à une crise de la trentaine, il quitte l’industrie musicale dans laquelle il travaille pour se consacrer à l’écriture. Mais continue à écouter du rock avec plein de guitare dedans, écrire des paroles de chansons, des séries TV et jouer au squash. Récemment, il s’est aussi lancé dans la déraisonnable aventure de réhabiliter un ancien logis poitevin du XVe siècle pour en faire une résidence d’écriture. 
Après Qu’avez-vous fait de moi ? et Autogénèse (Michalon, 2011, 2012), il a publié L’Abandon du mâle en milieu hostile et Entre toutes les femmes (Plon, 2013 et 2015).  
L’Abandon du mâle en milieu hostile a reçu les prix Claude-Chabrol et Louis-Barthou (de l’Académie française) en 2013.

356 pages / Prix : 22 € / août 2019 / ISNB : 978-2-37491-107-6

Dieu n’habite pas la Havane. Yasmina Khadra

Une fois n’est pas coutume, Yasmina Khadra change de continent et nous entraine dans ses pas à Cuba, mais comme son héros va l’apprendre à ses dépens, «  Dieu n’habite pas La Havane ».

domiclire_dieu_n_habite_pas_la_havaneJuan, dit Don Fuego, est une figure incontournable des cabarets et des soirées de La Havane. Mais le temps passe, le régime s’épuise, les habitudes changent et le cabaret dans lequel il se produit chaque soir ferme. Il doit se trouver un autre public, d’autres foules à électriser, tenter de relancer sa gloire passée. Pas facile quand la misère locale et les contraintes du pouvoir en place ne laissent pas de marge aux « travailleurs ». Sans solution et sans espoir immédiat, il traine sa lassitude dans la maison familiale.

Puis, incidemment, il rencontre Mayensi, une flamboyante jeune femme rousse qui le subjugue totalement. Tombé amoureux, il va tenter de la protéger, mais cette beauté est un être désespéré et incontrôlable. Leur différence d’âge, le passé lourd et secret, le présent complexe et sombre, et l’apparente folie de Mayensi sont autant d’obstacles à la sérénité de leur relation et à la possibilité de vivre ensemble ; jusqu’au point de rupture, brutal.

Ce voyage à Cuba est l’occasion pour l’auteur de nous parler d’un pays, des espoirs d’un peuple, des désespoirs de sa jeunesse, et de l’art de manquer sa vie peut-être ? Si l’intrigue est fort peu plausible, mais acceptable, il tente de nous dépeindre un univers complexe de façon fort peu réaliste. Bien sûr, on sent que Yasmina Khadra est allé à Cuba, a senti la vie, l’histoire, le peuple, les aspirations de la jeunesse et les déceptions des plus anciens, leur lassitude face au lendemain. Il a marché dans les ruelles, senti le souffle du vent sur les plages, le chants et le rythme de la Rumba dans ses cabarets. Mais il ne nous montre pas qu’il a ressenti ce pays au plus profond de lui, comme il a dû le faire, et le vivre, lorsqu’il nous parle du moyen orient ou de l’Afrique du nord en particulier… ou du moins, moi lectrice, je n’ai pas vibré, je n’ai pas ressenti d’affection pour les personnages, je n’ai pas eu envie de vivre avec eux et de les comprendre. Il m’a manqué la profondeur et la magie d’un Ce que le jour doit à la nuit ou Les hirondelles de Kaboul ou même encore les sentiments si forts de L’attentat. C’est dommage, même si Dieu n’habite pas la Havane est un agréable moment de lecture car l’écriture est toujours finement travaillée, le vocabulaire imagé, les sentiments exprimés avec beaucoup de justesse.

A lire sans doute pour les inconditionnels de Khadra comme moi… Pour ceux qui veulent le découvrir, il me semble qu’il vaut mieux choisir un autre de ses romans.


Catalogue éditeur : Julliard

À l’heure ou le régime castriste s’essouffle, « Don Fuego » chante toujours dans les cabarets de La Havane. Jadis, sa voix magnifique électrisait les foules. Aujourd’hui, les temps ont changé et le roi de la rumba doit céder la place. Livré à lui-même, il rencontre Mayensi, une jeune fille « rousse et belle comme une flamme », dont il tombe éperdument amoureux. Mais le mystère qui entoure cette beauté fascinante menace leur improbable idylle.
Chant dédié aux fabuleuses destinées contrariées par le sort, Dieu n’habite pas La Havane est aussi un voyage au pays de tous les paradoxes et de tous les rêves. Alliant la maîtrise et le souffle d’un Steinbeck contemporain, Yasmina Khadra mène une réflexion nostalgique sur la jeunesse perdue, sans cesse contrebalancée par la jubilation de chanter, de danser et de croire en des lendemains heureux.

Parution : 18 Août 2016 / Format : 130 x 205 mm / Nombre de pages : 312  / Prix : 19,50 € / ISBN : 2-260-02421-1