Les yeux de Milos, Patrick Grainville

Un regard envoûtant, deux artistes incontournables du XXe siècle, et l’homme préhistorique dans un roman érudit et déroutant

Dans ce roman il y a indiscutablement la magie de l’écriture de Patrick Grainville, dense, érudite. Magie portée par de nombreux personnages aussi emblématiques que magnifiques.

Picasso et sa créativité débordante, son œuvre pléthorique, multiforme, sans cesse renouvelée, sa folie créatrice. Picasso et ses femmes, ses amantes, ses enfants ignorés, ses amis, sa longévité, son invincibilité.

Nicolas de Staël, son œuvre trop brève mais si lumineuse et novatrice, son dernier tableau, les femmes de sa vie, son suicide bien trop jeune.

L’abbé Breuil et son infatigable vagabondage pour découvrir et analyser les grandes grottes préhistoriques incontournables de la planète, lui qui ne se posait pas trop de questions quant à l’existence de Dieu, mais bien plus sur l’origine, le pourquoi et le comment des œuvres picturales des premiers hommes.

Le bleu irréel des yeux de ce jeune paléontologue singulier que tous admirent ou détestent, parfois en secret. Son regard puissant, intense, foudroyant. Milos passionné par l’origine de l’Homme, mais aussi par ces jeunes beautés qui gravitent autour de lui, Marine, Samantha ou Vivie.

Mais il y a aussi particulièrement prégnants dans ce texte, l’amour, le sexe, partout, toujours et de toutes les façons. Chez Picasso le Minotaure cet infatigable amant aux multiples et indispensables conquêtes, chez de Staël l’amoureux éconduit, chez Milos aux yeux d’azur adulé par ses belles.
Si cela ne me pose pas de problème dans mes lectures en général, là il me semble que cela arrive un peu trop souvent sans apporter quoi que ce soit ni donner une fluidité intéressante au roman. On s’y perd, on s’y enlise même. Dommage, car cela rend souvent la lecture fastidieuse.

Bien sur, l‘auteur fait preuve d’une connaissance incontestable, foisonnante, multiple, et l’on sent l’envie de la partager avec nous. Au risque parfois de paraître un peu trop sentencieux ; de nous faire sentir humbles étudiants d’un cours magistral passionnant mais décalé dans l’univers de Milos.
Cependant, j’ai aimé découvrir tous ces sites préhistoriques de Namibie et parcourir à nouveau ceux de la Vézére, arpenter avec Milos les salles du musée de l’Homme, admirer les tableaux de Pablo Picasso ou de Nicolas de Staël, et tant d’autres œuvres qui m’ont donné envie de faire quelques recherches complémentaires, et donc de belles découvertes sur le net.

Catalogue éditeur : Seuil

Milos vit sa jeunesse, ses études de paléontologie et ses amours à Antibes, sous l’emprise de deux peintres mythiques, Pablo Picasso et Nicolas de Staël, réunis au musée Picasso, dans le château érigé face à la Méditerranée.

Picasso a connu à Antibes des moments paradisiaques avec la jeune Françoise Gilot, alors que Nicolas de Staël se suicidera en sautant de la terrasse de son atelier, à deux pas du musée. Ces deux destins opposés – la tragédie précoce d’un côté, la longévité triomphante de l’autre – obsèdent Milos. Le jeune homme possède un regard envoûtant, d’un bleu mystérieux, quasi surnaturel, le contraire du regard fulgurant et dominateur de Picasso. Les yeux de Milos vont lui valoir l’amour des femmes et leur haine.

Le nouveau roman de Patrick Grainville est l’aventure d’un regard, de ses dévoilements hallucinants, de ses masques, de ses aveuglements. C’est le destin d’un jeune paléontologue passionné par la question de l’origine de l’homme. Milos, l’amant ambivalent, poursuit sa quête du bonheur à Antibes, à Paris, en Namibie, toujours dans le miroir fastueux et fatal de Pablo Picasso et de Nicolas de Staël.

Patrick Grainville est né en 1947 à Villers. En 1976, il a obtenu le prix Goncourt pour Les Flamboyants. Il a été élu à l’Académie française en 2018.

Date de parution 07/01/2021 / 21,00 € / 352 pages / EAN 9782021468663


Fils du Shéol. Anouar Benmalek

Dans le séjour des morts, le fils du Shéol remonte le temps et regarde avec désespoir les siens affronter l’inexorable catastrophe.

Quand j’ai lu son résumé, j’ai eu envie de lire ce livre. Mais quand je l’ai reçu, je n’avais plus du tout envie d’affronter un texte sur cette période si noire de l’histoire récente. Un bon mois après, je l’ai enfin sorti de la pile, et terminé en deux soirs. Bon, d’accord, ce n’est pas un livre facile ni bien optimiste, puisqu’il aborde le sujet de l’holocauste et des camps d’extermination, nous parle du sort des juif pendant la seconde guerre mondiale, mais aussi au fil des siècles.

Il aborde également un sujet que j’ai découvert dans ce roman, le massacre des tribus Hereros et Namas  sous les ordres de Lothar Von Trotha dans le Sud-Ouest africain, c’est-à-dire dans l’actuelle Namibie, au tout début du XXe siècle. Comme un terrible avant-goût de ce qui adviendra pendant la grande guerre, il s’agit du premier génocide du XXe siècle, un programme d’extermination programmé par les allemands jusqu’au moment où ils se rendront compte qu’il n’y a plus personne pour travailler les terres volées à ces peuples qu’ils ont méthodiquement massacrés.

Quand débute ce roman, le jeune Karl est arrêté et embarqué dans les trains de la mort vers les camps d’extermination. On a déjà beaucoup écrit sur l’horreur de ces camps, ici l’auteur prend comme angle la vision du passé par un jeune Karl défunt qui évolue dans le Shéol, le séjour des morts. Là, il voit défiler sa vie et celle des siens, parents, grand père. Il remonte le temps, prétexte à dérouler toute la vie de sa famille, heureuse un temps, lorsque son père rencontre sa mère en Algérie, puis désespérément dramatique pour tout un peuple.

C’est un angle inhabituel qui donne un rythme particulier au roman. Cela ne l’empêche pas d’aborder des thèmes tragiques et de poser des questions. Il interroge avec justesse sur ce qu’il advient et ce que l’on aurait pu faire, quelle est notre marge de manœuvre, notre capacité à prendre des décisions, à agir face aux évènements. La faiblesse, la trahison, la fatalité, mais également la peur  et la souffrance sont autant de thèmes abordés. Est-on capable de modifier, de transformer sa vie, ou tout est-il programmé d’avance ? Autant de questions sans réponse.


Catalogue éditeur : Calman-Levy

Trois histoires d’amour pour remonter à l’origine du mal…
Trois générations, deux génocides.
Tout commence dans la touffeur ignoble d’un wagon à bestiaux. Le jeune Karl y fait la connaissance d’Helena, son bref et unique amour le temps du voyage. À son arrivée en Pologne, le gamin juif est gazé.
Dès lors, depuis un étrange séjour des morts, le Shéol, il est condamné à regarder évoluer les siens et à tenter d’éviter désespérément la catastrophe.

Prix TTC : 20.00 € / EAN : 9782702156377 / Format : 138 x 215 mm / 416 pages / Parution : 19 août 2015