Le peintre hors-la-loi, Frantz Duchazeau

à la rencontre d’un artiste méconnu à la folie dévastatrice

Et si c’était tout simplement ça, la Terreur. Celle des hordes qui parcourent le pays pour tuer sans discernement nobles et ouvriers, gens de cour et subordonnés. Lorsqu’en 1793 le roi Louis XVI meurt sur l’échafaud, nombreux sont également ceux qui perdent la vie ces années là. C’est dans ce contexte que Lazare Bruandet, peintre naturaliste porté autant sur la bouteille que sur la bagarre doit fuir la ville.

Mais suite à un coup de sang et une jalousie mal placée, au retour de chez sa maîtresse il défenestre sa compagne. Il ne trouve de salut que dans la fuite à l’abri de cette campagne qui l’a vu grandir. Déjà difficile du temps de son enfance, la vie y est devenue périlleuse. Sa maison est en ruine, il se réfugie alors chez les moines à qui il finira par apprendre à se défendre contre les milices. Mais aussi à l’auberge où la servante accorte se prend d’amitié pour lui, admirative du travail du peintre.

Partout c’est le chaos. On échappe aux milices pour tomber au mains ou sous les coups de l’armée ou des pillards. Il faut se défendre, mais il faut aussi survivre. C’est ce que fera le peintre dans les forêts qu’il affectionne, lui l’artiste spécialiste de la nature, amoureux de ces paysages qu’il peint à l’envi. Rien ne lui fait peur, cet artiste alcoolique au mauvais caractère a cependant une certaine dextérité à manier l’épée et les armes autant que ses pinceaux.

L’ensemble est porté par un graphisme brut, sombre, fait de peu de traits affinés ou précis, mais plutôt d’une sombre représentation à l’image de cette époque si dangereuse pour ceux qui l’ont connue. Une forme de folie émerge de ces dessins, de ces pages parfois denses et sombres, d’autre fois plus lumineuses, à l’image de l’artiste tout en excès et en fulgurance.

Si le personnage a réellement existé, et si sa folie et son amour de la peinture naturaliste sont bien réels, l’auteur lui a créé une enfance à la hauteur du personnage. Car il semble qu’il a réellement tué sa compagne et fuit dans la forêt de Fontainebleau, poussé par une forme de folie autodestructrice qui transparaît à chaque page. Le peintre parisien joue par ailleurs un rôle décisif dans le développement de l’art du paysage. Il est en totale rupture avec le cadre institutionnel de son époque avec sa pratique de la peinture en plein air dans les forêts environnant Paris.

Quelques œuvres de Lazare Bruandet (1755-1804) peintre français du XVIIIe siècle et paysagiste méconnu.

Catalogue éditeur : Casterman

1793. Louis XVI est condamné à mort tandis que la France est frappée par la Terreur, une véritable guerre civile qui met le pays à feu et à sang. Fuyant la capitale pour trouver refuge à la campagne, un écorché vif au regard inquiétant louvoie dans la forêt. C’est un étrange peintre que voici, dont le nom résonne comme un couperet : Lazare Bruandet a des gestes un peu fous, le verbe haut et le coup d’épée tranchant.
Tiraillé par des souvenirs d’enfance douloureux, hébergé par des moines qui lui demandent de l’aide, Lazare tombe sous le charme d’une jeune aubergiste. L’homme a bien du mal à se retirer de ce monde dont la violence et la bêtise l’agressent, et pour tenter de s’y soustraire, il peint la nature qui le fascine, sans souci d’académisme et de postérité vis-à-vis de son œuvre…

Scénario : Duchazeau, Frantz / Dessin : Duchazeau, Frantz / Couleurs : Drac Parution le 03/03/2021 / ISBN : 978-2-203-20277-1 / Pages : 88 / 20€

Taqawan, Eric Plamondon

Prise de vue à focale multiple sur la politique du Québec envers ses peuples autochtones

Du côté de la Gaspésie, en ce 11 juin 1981, les policiers ont investi la réserve de Restigouche. Ils s’en prennent violemment aux indiens Micmac qui tentent de se rebeller alors qu’une loi veut leur imposer des quotas de pêche. Il faut rappeler que les indiens Mig’maq sont les Premières Nations du Québec, cette région du Canada où ils vivent désormais cantonnés dans les réserves. Alors qu’ils comptent uniquement sur leur environnement pour survivre, cette nouvelle loi totalement inique veut leur faire abandonner la pêche au saumon qu’ils pratiquent depuis toujours.

Océane disparaît ce jour-là. La jeune indienne vient de subir un viol, mais craint de revenir dans sa tribu. Elle est découverte quelques jours après par Yves, un agent de conservation de la faune. Yves vient de donner sa démission, écœuré par la politique menée par le gouvernement et par la violence gratuite exercée par les policiers ce 11 juin. Il va se faire aider par l’institutrice française en poste dans le coin pour s’occuper d’Océane, même si cela s’avère très risqué lorsqu’il découvre le profil des agresseurs.

Tout au long de cette intrigue noire mais relativement classique, viennent s’intercaler de nombreux autres récits. La vie et la mort du saumon, son parcours migratoire et ses différents noms. L’histoire indienne avec la vie et les origines des Micmac, les discriminations subies pendant des années pour leur faire perdre leur singularité, leurs rites et leurs légendes. Puis la politique du Canada des années 80, avec ce mémorable référendum pour l’indépendance du Québec.

Ce que j’ai aimé ?

Taqawan est un livre passionnant qui avec des airs de ne pas y toucher englobe tant de sujets. Écologie, économie, politique, social, et légendes se mêlent avec une grande justesse non dénuée de profondeur. Le tout donne au lecteur une vue panoramique de l’histoire et de la complexité des effets de la politique du Canada envers ses peuples autochtones. Un livre plaidoyer pour la cause amérindienne qui se lit (ou s’écoute!) d’une traite et se savoure pour ce qu’il est, éclectique, politique, et novateur dans sa construction. A se demander d’ailleurs quel est le texte qui draine l’autre, l’intrigue ou tout le reste ?

J’ai apprécié ces chapitres courts et si différents de l’un à l’autre mais qui bizarrement ne perdent pas le lecteur. François-Eric Gendron donne tout le sérieux nécessaire au roman, à son sujet et à l’intrigue. Et ce, même si sa voix n’est pas toujours convaincante quand elle prend des intonations québécoises qui ne me semblent jamais aussi réussies que lorsque j’écoute mes cousins canadiens.

Pour aller plus loin : Premières Nations est le terme utilisé pour désigner les peuples autochtones du Canada autres que les Métis et les Inuits. Les membres des Premières Nations sont les premiers occupants des territoires qui constituent aujourd’hui le Canada et ce sont les premiers Autochtones à être entrés en contact soutenu avec les Européens. (L’encyclopédie canadienne)

Roman lu dans le cadre de ma participation au Jury Audiolib 2021

Catalogue éditeur : Quidam et Audiolib

Un livre audio lu par François-Éric Gendron

« Ici, on a tous du sang indien et quand ce n’est pas dans les veines, c’est sur les mains. »
Le 11 juin 1981, trois cents policiers de la sûreté du Québec débarquent sur la réserve de Restigouche pour s’emparer des filets des Indiens mig’maq. Émeutes, répression et crise d’ampleur : le pays découvre son angle mort.
Une adolescente en révolte disparaît, un agent de la faune démissionne, un vieil Indien sort du bois et une jeune enseignante française découvre l’immensité d’un territoire et toutes ses contradictions. Comme le saumon devenu taqawan remonte la rivière vers son origine, il faut aller à la source…
Histoire de luttes et de pêche, d’amour tout autant que de meurtres et de rêves brisés, Taqawan se nourrit de légendes comme de réalités, du passé et du présent, celui notamment d’un peuple millénaire bafoué dans ses droits.

Né au Québec en 1969, Éric Plamondon a étudié le journalisme à l’université Laval et la littérature à l’UQÀM (Université du Québec à Montréal). Il vit dans la région de Bordeaux depuis 1996 où il a longtemps travaillé dans la communication. Il a publié au Quartanier (Canada) le recueil de nouvelles Donnacona et la trilogie 1984 : Hongrie-Hollywood Express, Mayonnaise et Pomme S, publiée aussi en France aux éditions Phébus. 
Taqawan (Quidam 2018) reçu les éloges tant de la presse que des libraires et obtenu le prix France-Québec 2018 et le prix des chroniqueurs Toulouse Polars du Sud.

Retrouvez ici le blog d’Eric Plamondon

Quidam janv. 2018 /140 x 210mm / ISBN : 978-2-37491-078-9 / 208 pages 20€
Audiolib Date de parution : 14 Octobre 2020 / Durée : 4h08 / Prix public conseillé: 21.90 € / Format: Livre audio 1 CD MP3 Poids (Mo): 569 / EAN Physique: 9791035401245

Là où chantent les écrevisses, Delia Owens

Une lecture aussi émouvante qu’addictive

Émotion, tendresse, rage, tristesse, joie et bonheur de voir comment Kya, la fille des marais, réussi à vivre malgré l’abandon de Ma, puis de ses frères et sœurs et enfin de Pa.
Comment avec l’aide de Tate elle réussit à apprendre à lire, elle qui vit seule dans sa cabane sans eau ni électricité au bout des marais de Caroline du Nord. La sauvageonne que tous craignent sans jamais chercher à la connaître est une fleur qui s’épanouit au contact de la faune et de la flore de ces marais qu’elle connaît mieux que quiconque.
Ce roman est vraiment magnifique, et totalement addictif. On aime tout de suite cette émouvante et attachante fille des marais. Et on n’a pas envie de la quitter.

La voix de Marie du Bled est juste, précise. Jeune quand Kya est enfant, dure quand on s’adresse à elle, triste ou lourde de remords ou de regrets après les épreuves et les abandons, mais toujours forte et déterminée. Une voix en véritable symbiose avec le personnage principal et ceux qui gravitent autour d’elle.
Et surtout, cette lecture audio permet de prendre encore mieux la mesure de la beauté de l’écriture et de la précision de l’auteur lorsqu’elle décrit la nature omniprésente, sauvage, protectrice et le plus souvent si belle.
C’est un grand plaisir de lecture, et je dois dire que si j’avais déjà lu ce roman lors de sa sortie, j’en ai apprécié ici toute la beauté et la finesse grâce à cette version audio.

Retrouvez ma première chronique de ce roman ici.

Roman lu dans le cadre de ma participation au Jury Audiolib 2021

Catalogue éditeur : Audiolib

Un livre audio lu par Marie du Bled. Traduit par Marc Amfreville

Pendant des années, les rumeurs les plus folles ont couru sur « la Fille des marais » de Barkley Cove, une petite ville de Caroline du Nord. Pourtant, Kya n’est pas cette fille sauvage et analphabète que tous imaginent et craignent.
À l’âge de dix ans, abandonnée par sa famille, elle doit apprendre à survivre seule dans le marais, devenu pour elle un refuge naturel et une protection. Sa rencontre avec Tate, un jeune homme doux et cultivé transforme la jeune fille à jamais. Mais Tate, appelé par ses études, l’abandonne à son tour. La solitude devient si pesante que Kya ne se méfie pas assez de celui qui va bientôt croiser son chemin et lui promettre une autre vie.
Lorsque l’irréparable se produit, elle ne peut plus compter que sur elle-même…
Une héroïne autodidacte et passionnée, une peinture saisissante de la beauté des marais, et une enquête à suspense digne d’Agatha Christie font de ce roman un véritable page-turner.
Un premier roman phénomène qui a conquis des milliers de lecteurs dans le monde entier.

Éditeur d’origine : Le Seuil
Date de parution : 16 Septembre 2020 / Durée : 11h18 / Prix public conseillé: 24.90 € / Format: Livre audio 2 CD MP3 Poids (Mo): 381 / Poids CD 2 (Mo): 551 / EAN Physique: 9791035403614

Indice des feux, Antoine Desjardins

Sept nouvelles venues tout droit du Québec pour réveiller notre conscience écologique

Avec Indice de feux, Antoine Desjardins propose sept textes différents qui éveillent à l’écologie et sont tous très émouvants, parfois bouleversants : À boire debout ; Couplet ; Étranger ; Feu doux ; Fins du monde ; Générale ; Ulmus Americana. Un fil rouge relie ces nouvelles, la préoccupation d’un petit nombre pour la sauvegarde de la planète, lorsque chacun à son niveau œuvre pour améliorer les choses, ou du moins essayer d’endiguer la vitesse à laquelle la détérioration du milieu qui nous entoure évolue. Comme autant de cris d’alerte, un éveil des consciences à niveau d’Homme, celui où chacun de nous pourrait agir.

Ce jeune garçon dont on suit le parcours de fin de vie, car il souffre d’une leucémie et voit les années à vivre se transformer en semaines, en jours. Il s’intéresse pourtant à ce qu’il se passe sur la planète, à cet iceberg géant détaché de la banquise, à ces terres submergées, à ces populations inexorablement déplacées. Cet enfant qui agonise, c’est notre monde qui meurt à petit feu, détruit sans vergogne par des humains irrespectueux de cette nature qui les fait vivre.

Ce grand père qui protège son Orme d’Amérique des maladies qui pourraient le tuer comme une louve protège ses petits, obstinément, inlassablement, cet arbre centenaire et solitaire qui portant va mourir avec lui.

Cette tante, attentive à la vie de sa ferme, à son environnement, qui comprend qu’un grave problème climatique ou écologique est en cours lorsque plus aucun oiseau ne vient chanter dans ses arbres et sur son terrain. Et doit affronter le désintérêt manifeste des autorités qu’elle alerte. Une conséquence évidente de productions agricoles intensives et d’utilisation de pesticides dévastateurs pour la faune.

Ce garçon surdoué qu’une vie confortable attend. Après de brillantes études il fera la fierté de ses parents en entrant dans une grande multinationale ou une entreprise ayant pignon sur rue. Pourtant, il comprend bien avant les autres que le bonheur ne se trouve pas dans nos civilisations du tout et tout de suite, de surconsommation. C’est un précurseur de la décroissance, du retour aux bases et de la simplicité volontaire, qui choisit de vivre en quasi ascète au plus proche de la nature.

Chacune de ces nouvelles a pour fil conducteur la destruction ou la protection de notre environnement. Le couple qui attend un enfant, l’avenir des jeunes d’aujourd’hui, le vieillard qui protège cet arbre qui se meurt, les enfants qui voient disparaître leur terrain de jeu, ces arbres abattus pour construire de pavillons, l’homme qui regarde les coyotes qui investissent la ville sans vergogne. Enfant, adolescent, homme, à tous les stades de la vie il est primordial de prendre en compte cette nature qui nous nourrit, nous protège, nous soigne et que nous maltraitons chaque jour un peu plus. Mais les animaux, ici les oiseaux, ou la végétation, ici les Ormes d’Amérique, là ces arbres que l’on coupe, nous montrent à quel point la fin de notre monde est proche si nous n’en prenons pas soin.

Une réalité qui nous frappe lorsque l’on regarde le monde d’aujourd’hui, les changements climatiques évidents, les inondations à répétitions, les incendies monstrueux que l’on n’arrive pas à fixer, la déforestation, tous les bouleversements que l’on observe dans le temps si court d’une vie d’homme.

J’ai apprécié le message porté sans pathos ni subjectivité et le style de l’auteur, jamais moralisateur, cynique ou défaitiste. Il éveille nos consciences justement parce qu’il nous parle de nous, de nos vies, de ceux que nous côtoyions chaque jour, et pas d’un futur hypothétique ou dystopique. Et toujours avec une pointe d’humour et dans cette langue québécoise que j’aime tant. On appréciera également cette sublime couverture qui fait écho aux inondations qui frappent la France ces jours-ci.
Un message que nous fait passer également Oliver Norek dans son dernier roman Impact.

Un roman de la sélection 2021 des 68 premières fois

Catalogue éditeur : La Peuplade

Soumise à la frénésie incendiaire du xxie siècle, l’humanité voit sa relation au monde déséquilibrée et assiste avec impuissance à l’irréversible transformation de son environnement. Explorant cette détresse existentielle à travers sept fictions compatissantes, Antoine Desjardins interroge nos paysages intérieurs profonds et agités. Comment la disparition des baleines noires affecte-t-elle la vie amoureuse d’un couple ? Que racontent les gouttes de pluie frappant à la fenêtre d’un adolescent prisonnier de son lit d’hôpital ? Et, plus indispensable encore, comment perpétuer l’espoir et le sens de l’émerveillement chez les enfants de la crise écologique ? Autant de questions, parmi d’autres, que ce texte illustre avec nuance et tendresse, sans complaisance ni moralisme. 
Indice des feux peint les incertitudes d’un avenir où tout est encore à jouer.

Il faut prendre soin, mon homme. Prendre soin de tout, en particulier de ce qui est en train de disparaître.

Né au Québec en 1989, Antoine Desjardins est enseignant et écrivain. Indice des feux est son premier livre.

 Parution: 21 janvier 2021 / 360 pages / 978-2-924898-87-1 / 20 Euros

Le sanctuaire, Laurine Roux

Entrer au cœur du Sanctuaire pour pénétrer la complexité de la nature humaine

Dans le sanctuaire, il y a les filles, la plus jeune Gemma, et son aînée, June. L’aînée rêve du temps d’avant, qu’elle a connu et qu’elle pleure, cette solitude est si difficile, sans aucun espoir d’un futur, d’une vie normale. Gemma n’a rien connu d’autre et vit pleinement cette vie de sauvage. Elle explore la foret à la recherche des plantes, chasse et tue le gibier pour nourrir la famille.

Il y a les parents. La maman, Alexandra, qui aime tant ses filles, ses petits cabris, et leur raconte la vie d’avant, la normalité, les amis, les rencontres, la société. Et le papa qui veille comme un loup sur sa famille. Car ils sont seuls dans cette montagne isolée, loin du monde anéanti par un virus transporté par les oiseaux. Seul le père descend parfois dans ce qu’il reste de la civilisation d’avant, pour y dénicher quelques fournitures indispensables.

Un jour cependant, Gemma suit la trace d’un aigle à abattre, et fait la rencontre improbable d’un vieil homme aussi mutique qu’inamical. Et cette présence incongrue dans un univers où toute vie de volatile quel qu’il soit doit être anéantie bouleverse les certitudes de la jeune fille.

Dystopie, récit post apocalypse, ou simple conte humain, ce roman est tout simplement inclassable. Mais il a surtout le mérite de nous plonger dans une nature aussi belle qu’amicale, aussi sombre qu’hostile, dans un environnement chaotique, au cœur de cette famille soudée qui vit une relation humaine forte et complexe, où le violence des sentiments, tant l’amour que la haine, autorise presque tous les excès. La relation du père avec sa femme, ses filles, aussi émouvante qu’angoissante, est fort justement mise en exergue.

Et cette belle écriture porte le lecteur tout au bout de ce sanctuaire, apaisant, violent, solitaire, humain, résilient.

On ne manquera pas de lire le premier roman de Laurine Roux, Une immense sensation de calme.
Retrouvez aussi la chronique publiée par Les Carpenters racontent

Un roman de la sélection 2021 des 68 premières fois

Catalogue éditeur : éditions Du Sonneur

Le Sanctuaire : une zone montagneuse et isolée, dans laquelle une famille s’est réfugiée pour échapper à un virus transmis par les oiseaux et qui aurait balayé la quasi-totalité des humains. Le père y fait régner sa loi, chaque jour plus brutal et imprévisible.
Munie de son arc qui fait d’elle une chasseuse hors pair, Gemma, la plus jeune des deux filles, va peu à peu transgresser les limites du lieu. Mais ce sera pour tomber entre d’autres griffes : celles d’un vieil homme sauvage et menaçant, qui vit entouré de rapaces. Parmi eux, un aigle qui va fasciner l’enfant…
Dans Le Sanctuaire, ode à la nature souveraine, Laurine Roux confirme la singularité et l’universalité de sa voix.

Née en 1978, Laurine Roux vit dans les Hautes-Alpes où elle est professeur de lettres modernes.

16,00€ / ISBN : 9782373852158 / Pages : 160 / Parution : 13 août 2020

Impact, Olivier Norek

Impact, la bombe écologique d’Olivier Norek

Quand un auteur est capable d’autant se renouveler, passé la surprise, c’est un vrai plaisir. Il ne faut surtout pas s’attendre à un polar dans la même veine que ceux dont l’auteur nous gratifie avec de plus en plus de bonheur et de maîtrise. Impact, qui a tout d’un plaidoyer pour la planète, est à la fois constat, état des lieux, et éveil de nos consciences bien trop souvent endormies sur le thème de l’écologie. Mais ici, il n’est plus l’heure de faire la paix pour sonner l’alarme, plutôt de faire la guerre, car Greenwar a remplacé Greenpeace. Un fois la lecture terminée il faut digérer toutes ces vérités pas toujours bonnes à dire mais pourtant tellement importantes pour chacun de nous et pour la survie de cette planète que nous maltraitons depuis si longtemps.

Virgil Solal a vécu de nombreuses vies avant de rencontrer Laura et avant la naissance de leur petite fille. Mais le malheur les frappe au plus intime, au plus violent avec sa disparition prématurée de leur bébé. Le couple n’y survivra pas.
Cet ancien militaire et ancien flic qui n’a plus rien à perdre décide de frapper un grand coup pour réveiller le monde qui se laisse endormir par les puissantes multinationales et par les gouvernements qui savent mais ne font rien. Car les ressources naturelles s’épuisent, la pollution gagne du terrain quand les forêts en perdent chaque jour, les catastrophes climatiques sont de plus en plus violentes.
Au nom de Greenwar, porté par des milliers de suiveurs partout en France comme dans le monde, Virgil Solal va réveiller les consciences, y compris si cela doit être en échange de quelques vies…

Impact me semble être soit un tournant soit un ovni dans l’écriture d’Olivier Norek. Quoi que, l’auteur nous avait déjà proposé un magnifique polar social avec Entre deux mondes. Ici, la fibre n’est plus seulement humanitaire mais également écologique, engagée, responsable et revendicative. Les faits sont avérés et vérifiés, ou vérifiables.

Bien sûr, le lecteur qui s’attendait à un polar peut regretter que l’intrigue policière soit ténue, avec des personnages aussi manichéens, manquant parfois de densité et auxquels on a du mal à s’attacher. Mais dans ce roman en particulier, l’intrigue ne me donne pas l’impression d’être aussi importante pour l’auteur que le message qu’il souhaite passer. Pour ma part malgré ce léger bémol, message reçu 5 sur 5 avec ce roman que l’on n’a pas du tout envie de lâcher. Reste à savoir ce que nous pouvons en faire, comment être chacun écoresponsable, engagé pour notre survie et celle de la planète et ce chacun à notre niveau. Et si là était la question ? à nous de trouver rapidement la réponse.
Enfin, merci pour cette incursion dans nos belles vallées des Pyrénées.

Du même auteur, on ne manquera pas de découvrir Entre deux mondes, Surface.

Lire également les chroniques d’Aurélie du blog Des livres et moi 7 et d’Anthony du blog les livres de K79

Catalogue éditeur : Michel Lafon

Face au mal qui se propage
et qui a tué sa fille

Pour les millions de victimes passées
et les millions de victimes à venir

Virgil Solal entre en guerre,
seul, contre des géants.

Engagé dans l’humanitaire pendant la guerre en ex-Yougoslavie, puis capitaine de police à la section Enquête et Recherche de la police judiciaire du 93 pendant dix-huit ans, Olivier Norek est l’auteur de la trilogie du capitaine Coste (Code 93, Territoires et Surtensions) et du bouleversant roman social Entre deux mondes, largement salués par la critique, lauréats de nombreux prix littéraires et traduits dans près de dix pays. 
Avec Surface, il nous entraîne dans une enquête aussi déroutante que dangereuse. Un retour aux sources du polar, brutal, terriblement humain, et un suspense à couper le souffle.

Paru le 22/10/2020 / Prix : 19,95€ / ISBN : 9782749938646

Là où chantent les écrevisses, Delia Owens

Dans ce roman à découvrir absolument, Delia Owens nous entraine à la suite de son héroïne dans les marais de Caroline du Nord, un véritable bonheur de lecture

Kya, la fille des marais, est une enfant solitaire et sauvage. Un beau matin, Ma a mis ses belles chaussures et a pris le chemin, sans se retourner. Puis ses frères et sœurs, l’un après l’autre ont suivi le même chemin pour fuir les coups du père, la solitude du marais, leur vie de parias loin de cette ville qui ne les acceptent pas. Puis elle est abandonnée par Pa qui de soûleries en solitude, de vagabondage en incompréhension mutuelle, a préféré laisser là sa petite fille de dix ans.

Comment peut-on survivre dans les marais de Barkley Cove, petit bourgade de Caroline du Nord, seule, sans argent, abandonnée de tous ? Kya a su au fil des années faire corps avec le marais, la nature, les oiseaux dont elle collectionne plumes et nids. Elle part ramasser les moules et pêcher les poissons qu’elle vend à Jumping, le noir qui tient la pompe à essence. Attendri par cette enfant qui se débrouille seule, il lui fait rencontrer sa femme Mabel. C’est chez eux que Kya trouve de quoi survivre, soutien logistique mais surtout l’amour indispensable pour réussir à vivre seule. Au milieu de cette immense isolement le jeune Tate, un ancien ami de son frère, va l’apprivoiser et lui apprendre à lire, écrire, compter.

Mais comme l’a fait sa famille, Tata l’abandonne à son tour. Désespérément seule, Kya se laisse séduire par le plus beau gars de la région, subjugué par cette beauté sauvageonne qu’il a décidé de conquérir.

Kya ne fait qu’un avec le marais, avec sa végétation, avec cette nature aussi sauvage qu’elle et les animaux qui le peuplent. Fine observatrice, silencieuse, intelligente, elle étudie, compile, dessine, répertorie les mille vies qui l’entoure. Devenant ainsi le seul témoin d’une nature souvent méconnue par ceux qui la subissent ou la détruisent sans l’apprécier.

Kya, c’est l’enfant, la jeune fille, la femme que l’on a envie d’aimer, à laquelle on s’attache, qui nous émeut par sa tristesse, sa solitude, ses élans de tendresse et son besoin d’amour. C’est aussi celle qui observe et sait faire partager sa passion pour cette nature qu’elle connait, protège, respecte.

Magnifique roman qui nous montre la nature comme on la voit rarement, mais aussi l’âme humaine, dans ce qu’elle a de plus complexe, de plus noir, de plus beau aussi. Sentiments partagés, peur, angoisse, amitié, amour, oubli, vengeance, haine et violence, et toujours sous-jacente cette solitude inéluctable qui transforme les êtres, de nombreux sentiments émergent et de nombreux thèmes sont abordés par Delia Owens.

L’auteur est diplômée en zoologie et biologie et cela se sent dans l’impression de justesse de son texte, et pourtant cela n’est jamais pesant ni gênant, au contraire. Cette grande connaissance de la nature qu’elle attribue à son héroïne semble tout à fait naturelle. Un superbe premier roman que je conseille sans hésiter.

Catalogue éditeur : Seuil

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Marc Amfreville

Pendant des années, les rumeurs les plus folles ont couru sur « la Fille des marais » de Barkley Cove, une petite ville de Caroline du Nord. Pourtant, Kya n’est pas cette fille sauvage et analphabète que tous imaginent et craignent.
A l’âge de dix ans, abandonnée par sa famille, elle doit apprendre à survivre seule dans le marais, devenu pour elle un refuge naturel et une protection. Sa rencontre avec Tate, un jeune homme doux et cultivé qui lui apprend à lire et à écrire, lui fait découvrir la science et la poésie, transforme la jeune fille à jamais. Mais Tate, appelé par ses études, l’abandonne à son tour.
La solitude devient si pesante que Kya ne se méfie pas assez de celui qui va bientôt croiser son chemin et lui promettre une autre vie.
Lorsque l’irréparable se produit, elle ne peut plus compter que sur elle-même…

Delia Owens est née en 1949 en Géorgie, aux États-Unis. Diplômée en zoologie et biologie, elle a vécu plus de vingt ans en Afrique et a publié trois ouvrages consacrés à la nature et aux animaux, tous best-sellers aux USA. Là où chantent les écrevisses est son premier roman.

Date de parution 02/01/2020 / 21.50 € TTC / 480 pages / EAN 9782021412864

L’habitude des bêtes, Lise Tremblay

Un roman sur la vie où la nature prend  toute sa place dans le majestueux décor des forêts canadiennes

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Au Québec, dans le parc national du Saguenay, Benoit Lévesque passe des jours tranquilles avec son chien Dan. Depuis des années, il a abandonné Montréal et son métier de dentiste pour venir s’installer dans son chalet au bord du lac.

Dans sa vie d’avant, il y a son ex-femme, qui a refait sa vie et à qui il ne parle plus vraiment … et surtout sa fille Carole, la mal aimée par des parents qui ne l’ont jamais comprise, par elle-même qui rejette sa propre image – elle se veut plate, sans sexe apparent – soignée en psychiatrie quand il aurait certainement fallu comprendre un problème d’identification, de genre et d’acceptation de soi. Il y a surtout Dan, ce chiot arrivé tout à fait par hasard dans son existence, mais qui se meurt aujourd’hui, Dan qui lui a prouvé qu’on pouvait aimer, aimer un chien, aimer les gens autour de soi, aimer l’autre.

A la lisière du parc, dans la forêt, les loups rodent, et dans ces contrées encore isolées, la loi est celle des hommes, pas celle de la justice. Aussi quand les chasseurs décident de « faire le ménage » pour protéger leurs futurs trophées de chasses, ces orignaux blessés et abimés par les loups, la tension monte entre Rémi, qui n’a jamais quitté la région, son neveu Patrice, qui est le garde du parc national, et les chasseurs qui appartiennent aux familles puissantes du village.

Tout au long du roman le lecteur sent une menace qui pèse sur l’équilibre de la population. Une tension monte entre les hommes. Le lecteur perçoit cet équilibre permanent entre la vie et la mort, la maladie et la vieillesse, entre la sauvagerie et la civilisation aussi , même si on peut se demander parfois lequel est le plus civilisé…

L’appréhension de la mort, le fatalisme avec lequel elle est acceptée voire attendue par la vieille Mina est très touchante et m’a fait penser au très émouvant film La Ballade de Narayama dans lequel cette vieille femme part vers les montagnes pour attendre la mort. Les préparatifs de Mina, la façon dont elle règle les choses pour que tout soit facile pour ceux qui devront s’occuper d’elle, est exemplaire.

Finalement, malgré une légère frustration, car cette tension m’a fait attendre une catastrophe qui ne vient pas, L’habitude des bêtes restera pour moi une lecture d’impressions, de moments de vie, d’échanges avec la nature, et de regards envers la mort, celle des êtres qui nous sont chers et la nôtre aussi sans doute. Lise Tremblay nous démontre que dans ces territoires où la nature est toute puissante il ne reste que l’essentiel, les sentiments, la vie, la mort, tout le reste est accessoire.

Catalogue éditeur : Delcourt littérature

« J’avais été heureux, comblé et odieux. Je le savais. En vieillissant, je m’en suis rendu compte, mais il était trop tard. Je n’avais pas su être bon. La bonté m’est venue après, je ne peux pas dire quand exactement. »

C’est le jour sans doute où un vieil Indien lui a confié Dan, un chiot. Lorsque Benoît Lévesque est rentré à Montréal ce jour-là, il a fermé pour la vie son cabinet dentaire et les volets de son grand appartement. Ce n’est pas un endroit pour Dan, alors Benoît décide de s’installer pour de bon dans son chalet du Saguenay, au cœur du parc national. Lire la suite…

Lise Tremblay est née à Chicoutimi. En 1999, son roman La Danse juive lui a valu le Prix du Gouverneur général. Elle a également obtenu le Grand Prix du livre de Montréal en 2003 pour son recueil de nouvelles La Héronnière (Leméac, Babel). Elle a fait paraitre trois romans au Boréal : La Sœur de Judith (2007), Chemin Saint-Paul (2015) et L’Habitude des bêtes (2017).

EAN : 9782413010265 / Parution le 22 août 2018 / 128 pages / 15€

Une immense sensation de calme, Laurine Roux

Un conte moderne qui nous emporte dans un univers proche du merveilleux où la nature façonne les hommes

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Les personnages évoluent dans un univers glacé qu’on imagine aux confins du monde, à une époque qui n’est jamais située exactement. On comprend vite qu’il y a moins d’une génération une guerre a détruit et transformé le pays dans lequel ils évoluent, guerre que les survivants, essentiellement les femmes et les enfants, se sont empressés de taire, n’évoquant plus à ce sujet que le Grand Oubli.

Alors Elle raconte. Elle raconte comment Igor, cet être étrange et sauvage, qui vit en totale synergie avec la nature qui l’entoure, est entré dans sa vie. Comment aussitôt c’est devenu son homme, elle est devenue femme. Elle avait été recueillie par une famille, après les décès d’Ama et Apa, après la mort de la grand-mère qui l’avait élevée. Ce jour-là, le jour de la rencontre avec Igor, elle sait qu’elle partira avec lui, faire sa vie avec lui dans cet univers glacé, si beau et parfois inamical.

Et peu à peu, une histoire se déroule où le légendes prennent corps, où apparaissent des baladins, où les villageois se montrent hostiles à l’inconnu, à l’étranger, où la mort rôde et détruit aussi. Les histoires s’imbriquent et peu à peu se dévoilent. Celle d’une fille mi poisson, mi femme, mais fille parricide qui enfantera et fuira en abandonnant son fils. Celle d’une ourse dressée qui élèvera un enfant orphelin. Celle de la vieille Grihsa, la plus belle fille du village mise à l’écart de tous, devenue sorcière et guérisseuse, qui soigne les enfants de l’orphelinat, ces oubliées de la vie rejetés par le village, qui soigne ensuite Igor le jour où la mort et le froid ont décidé de prendre sa vie si précieuse. Des filiations se dévoilent, des destins se précisent, comme un conte, une légende moderne dans laquelle évoluent sorcières, baladins et dresseurs d’ours.

Entre forêts et étendues glacées, entre montagne et mer, j’ai eu la sensation d‘entrer dans un univers hostile, hors du temps, où paysages et froidure sont prépondérants, où la nature sauvage et dure mais majestueuse prend le pas sur l’action des hommes. C’est un roman étonnant car il nous fait évoluer en dehors de tout cadre connu auquel se repérer… En même temps, sous des airs de conte moderne, l’auteur nous parle de liberté, d’amour fou et de passion, de don de soi et de différence, de solitude et de peur de l’inconnu, de repli sur soi, de rejet de la différence quelle qu’elle soit et d’égoïsme primaire. Et cependant tout au long de ces pages reste toujours une infime mais bien présente dose d’espoir en l’homme. Un premier roman très singulier, découvert avec les 68 premières fois, vers lequel je ne serais sans doute jamais allée…

Catalogue éditeur : Les éditions du sonneur

Alors qu’elle vient d’enterrer sa grand-mère, une jeune fille rencontre Igor. Cet être sauvage et magnétique, presque animal, livre du poisson séché à de vieilles femmes isolées dans la montagne, ultimes témoins d’une guerre qui, cinquante ans plus tôt, ne laissa aucun homme debout, hormis les « Invisibles », parias d’un monde que traversent les plus curieuses légendes.
Au plus noir du conte, Laurine Roux dit dans ce premier roman le sublime d’une nature souveraine et le merveilleux d’une vie qu’illumine le côtoiement permanent de la mort et de l’amour.

Née en 1978, Laurine Roux vit dans les Hautes-Alpes où elle est professeur de lettres modernes.
Texte publié sous la direction de Marc Villemain.

ISBN : 9782373850765 / Pages : 128 / Parution : 15 mars 2018

Sentinelle de la pluie, Tatiana de Rosnay

Quand la Seine éclabousse de ses extravagances la vie rangée d’une famille pas ordinaire

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C’est prévu, organisé, tout est bouclé, c’est à Paris que la famille Malegarde se retrouve pour fêter les soixante-dix ans de Paul, le patriarche… Enfin, la famille pas vraiment, plutôt le cercle restreint des intimes, Paul et Lauren, Linden et Tillia, les deux enfants qui ont pourtant quitté le nid familial depuis de nombreuses années et fondé leurs propres familles. Pas de pièce rapportée pour cet anniversaire, seuls sont admis les intimes.
Paul est un amoureux des arbres à qui il a consacré sa vie, parlant peu, parcourant le monde pour sauver telle ou telle essence rare ou tel arbre multi centenaire qu’il ne faut surtout pas abattre. Il est mondialement connu, et pourtant sa vie s’écoule la plupart du temps paisiblement sur son domaine du sud de la France.

En ce printemps pluvieux, il arrive à Paris avec sa femme Lauren, une américaine qui presque quarante ans plus tôt est tombée instantanément amoureuse de cet homme rêveur et solitaire et ne l’a plus jamais quitté. Leur fils Linden débarque des États Unis, quand Tillia arrive de Londres où elle a laissé sa fille et son alcoolique de mari. Retrouvailles idylliques d’une famille unie sans histoire ? Peut-être pas, car tout n’est pas si évident dans la famille Malegarde. Et si comme d’habitude Lauren a tout organisé, repas, visites, balades, rien ne va se passer comme prévu, surtout lorsque Paul va avoir une crise cardiaque lors de son dîner d’anniversaire.

A partir de ce moment-là, la Seine qui monte et les pluies incessantes vont prendre le dessus sur le rythme de la ville, de la famille, et contraindre chacun à envisager les choses autrement. Aller voir son père à l’hôpital, quand après un très grave accident Tillia ne peut même plus y mettre ne serait-ce qu’un pied ? Parler à son père de l’homme de sa vie, quand malgré les années on n’a jamais été capable de lui avouer son homosexualité ?  Comprendre sa mère quand celle-ci vous a rejeté et que le dialogue est si difficile ? Accepter ou rejeter ce mari alcoolique quand on ne peut pas accepter non plus sa  propre image ? Chacun va devoir se remettre en question, avancer dans ses douleurs, ses questionnements, ses secrets inavoués et pourtant sans doute tellement avouables.
Et puis, l’image un père, la relation avec la mère, qui évoluent avec l’âge, les douleurs et les secrets de l’enfance, la fuite de Linden vers Paris puis les Etats Unis où il est peut-être plus facile de s’affirmer gay, là où le regard des autres ne fait sans doute pas aussi mal. Mais les secrets et les aveux sont parfois difficiles à dire, même s’ils sont tellement libérateurs. Une immense psychothérapie familiale portée par la vague en quelque sorte…

Si tout au long du roman la pluie tombe sans cesse, pour noyer les sentiments, les personnages, les espoirs, si la crue menace, si la ville est sous le choc d’une évacuation et d’une situation catastrophique, ne faut-il pas malgré tout garder espoir ? Dans cette famille désunie et pourtant soudée, la crue joue le rôle de ciment et la nature, omniprésente, se rappelle à nos existences.
Pourtant, je dois avouer que je n’ai pas retrouvé ce qui faisait pour moi la force et le style de Tatiana de Rosnay. De Elle s’appelait Sarah à Rose par exemple… peut-être me suis-je laissée emporter par la vague, trop présente, par les flots dévastateurs et la pluie omniprésente qui m’ont privée du petit moment de grâce qui aurait fait de ce roman un excellent souvenir. C’est une lecture agréable cependant. A conseiller à tous les amoureux de cet auteur, et à tous ceux qui se posent des questions sur le retour de la crue centennale sans doute ! Car si l’intrigue est réellement romanesque, les évènements et leur déroulé sont largement expliqués, détaillés, et le lecteur sent le véritable travail de recherche qu’a effectué l’auteur, de quoi se rassurer, ou pas…

Catalogue éditeur : Éditions Héloïse d’Ormesson

Rien n’empêchera les Malegarde de se retrouver à Paris pour fêter les soixante-dix ans du père, arboriste à la réputation mondiale, pas même les pluies diluviennes qui s’abattent sur la Ville Lumière. La crue redoutée de la Seine est pourtant loin d’être la seule menace qui pèse sur la famille.

Comment se protéger lorsque toutes les digues cèdent et que l’on est submergé ? Face au péril, parents et enfants devront s’avouer ce qu’ils s’étaient toujours caché. Tandis qu’en miroir du fleuve les sentiments débordent, le drame monte en crescendo, démultipliant l’intensité des révélations.

Traduit de l’anglais par Anouk Neuhoff / 368 pages | 22€ / Paru le 1 mars 2018 / ISBN : 978-2-35087-442-5 / Photo de couverture © Roberta Tancredi (Artetetra)