Loups solitaires. Serge Quadruppani

Dans son dernier roman  « Loups solitaires » Serge Quadruppani associe adroitement ses  thèmes de prédilection, géopolitique et écologie, pour une intrigue aux consonances très actuelles qui tient en haleine ses lecteurs.

Domi_C_Lire_serge_quadruppani.jpgSerge Quadruppani nous embarque avec ses Loups solitaires à la frontière italo-française, du côté de Bardonecchia. Là, Pierre Dhiboum, un ancien des forces spéciales, rentre d’une mission qui l’a amené à se convertir pour infiltrer un groupe de djihadistes au nord du Mali. Alors qu’il est poursuivi par toutes les forces de police et directions des ministères de l’intérieur ou de la défense, il réussit le tour de force d’échapper à ses suiveurs et disparait de la circulation.

Jane, une sémillante rousse éthologue et spécialiste des comportements, vient tout juste d’enterrer son mari. Elle mène ses activités dans un petit village du limousin profond. Son voisin Christian, un chirurgien qui vient de perdre la foi en sa vocation et qui est par ailleurs passionné par les poules de luxe à belles plumes, décide de changer de vie et s’installe plus ou moins chez elle.

Quelle relation entre ceux trois-là ? Comment vont-ils se rencontrer, et surtout que va-t-il advenir de cette rencontre ? C’est toute la gageure de ce thriller bien ficelé qui nous embarque dans les mailles des filets anti-djihadistes, qui nous parle de missions spéciales, de destruction de cibles à distances, d’implication multi partîtes par les grands de ce monde dans la lutte contre ce fléau mondial qu’est le terrorisme. Mais ce thriller au final rocambolesques nous démontre également toute la stupidité des manipulations des plus hautes sphères du pouvoir, de ces opérations à l’issue pour le moins aléatoire mais qui confortent leur besoin de puissance.

De blaireaux en poules de luxe à belles plumes, de choucas et loup solitaire invisible, la nature dans ce qu’elle a de plus beau, mais aussi de plus sombre est largement évoquée par l’auteur. Un bémol par contre, les différents groupes, les flashback et les passages d’une époque à une autre m’ont un peu perdue au début. Pourtant on se laisse vite embarquer et l’intrigue est portée par une écriture à la mesure du sujet, fort bien documentée, à la fois sérieuse et d’un humour à toute épreuve. Car on rit aussi, malgré le sujet, ou peut-être à cause du sujet ?


Catalogue éditeur : Métailié

Pierre Dhiboun, membre des forces spéciales françaises infiltré dans un groupe djihadiste au nord du Mali, a disparu à son retour en France. Manifestement, il a déserté. Mais de quelle armée ? Beaucoup de monde aimerait le savoir : sa supérieure directe – une générale de gendarmerie qui ne rend compte qu’au président –, une mystérieuse organisation d’anciens contractants de toutes les guerres d’Orient et tous les services secrets français. Dhiboun est-il un loup solitaire ?…Lire la suite

Publication : 05/10/2017 / Nombre de pages : 240 / ISBN : 979-10-226-0718-6 / Prix : 18 €

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Trois saisons d’orage. Cécile Coulon

« Trois saisons d’orage », le dernier roman  de Cécile Coulon est beau comme un roman du siècle dernier, d’une écriture dense comme les paysages qu’elle évoque et rude comme la vie aux Trois-Gueules.

coulonUn lieu comme personnage principal, trois générations comme personnages secondaires, des vies qui passent comme décor, voilà une tragédie – car c’est ce qui est annoncé dans les toutes premières pages – à la fois classique et actuelle, étrangement intemporelle. Toute l’intrigue de ces Trois saisons d’orage se déroule aux Fontaines, un hameau de quelques âmes, jusqu’à la fin de la seconde guerre mondiale. A ce moment-là, les frères Charrier vont ouvrir une carrière et permettre aux ouvriers de s’installer là et d’y vivre.

Aux fontaines la vie est paisible, mais elle est rude aussi, comme savent l’être les montagnes, dures comme la pierre, belles comme un lever de soleil, intenses et déchainées comme un ciel d’orage. Il peut même être difficile de s’y faire une place, car les paysans, les ouvriers, tous les natifs du coin ont du mal à accepter les nouveaux, ceux de la ville qui viennent là et ne rêvent que de cette vie paisible, dans ces paysages qu’ils croient pouvoir dompter, qu’ils imaginent pouvoir sculpter à leur image dans la pierre des maisons, des chemins, des montagnes.

André est médecin. Il s’est établi aux Fontaines, dans ce lieu hors du temps qui pourrait être une enclave dans une montagne rocheuse et escarpée, ce genre de lieux où l’on décide l’aller exprès, car aucune route ne le croise, aucun chemin ne le traverse. Il avait rencontré Élise à la ville. Elle y restera, mais de leur soirée arrosée est né un fils, Bénédict, qu’André élève aux Fontaines. Devenu médecin à son tour, Bénédict épouse Agnès, une autre fille de la ville qui adopte la solitude et le calme des Fontaines. Puis arrive la troisième génération avec leur fille Bérangère.

Si André est venu là, c’était pour soigner paysans et ouvriers, ceux qui travaillent aux carrières, et surtout ces enfants qui meurent si jeunes sans que nul médecin n’y puisse rien. Il y a fait sa vie, son fils aussi, qui après ses études a rejoint son père dans leur cabinet médical où passe  toute la population des Trois-Gueules.

Aux Fontaines, il y a aussi Maxime et surtout Valère, son fils. Paysans de père en fils, ils sont nés là, au milieu de leurs champs, parmi les vaches sur cette terre qu’ils connaissent si bien. Valère et Bérangère se rencontrent à l’école et comme une évidence ils savent qu’ils vivront ensemble et sont faits l’un pour l’autre. Bérangère est une native du pays, amoureuse d’un gars d’ici. Alors bien sûr tout le monde trouve normal qu’ils pensent déjà au mariage, même s’ils sont si jeunes.

Mais dans la vie de Bénédict et de Bérangère, il y a aussi Agnès, la mère, si belle, si magnétique, si inaccessible, que par elle ou pour elle, l’impensable peut arriver… Et c’est là tout l’art de Cécile Coulon, de faire jaillir de ce conte idyllique le drame que nul n’attendait. Difficile d’en dire plus sans trop en dévoiler.

Voilà un roman étrange dans lequel la force des sentiments est tout juste évoquée, car elle est surtout combattue par ceux qui les éprouvent, où l’amour est omniprésent alors qu’il est pourtant tenu secret, silencieux, rejeté, et surtout dévastateur. La force de l’indicible, le silence, l’amour plus fort que la volonté, la fidélité et le destin vont se jouer des personnages dans une fresque étonnamment classique. J’ai cru très souvent lire un roman du 19e alors que Cécile Coulon est une auteur si jeune et à l’écriture absolument contemporaine ! On se laisse vraiment emporter par cette histoire familiale.


Catalogue éditeur : Viviane Hamy

Trois générations confrontées à l’Histoire et au fol orgueil des hommes ayant oublié la permanence hiératique de la nature.
Saga portée par la fureur et la passion, Trois Saisons d’orage peint une vision de la seconde partie du XXe siècle placée sous le signe de la fable antique. Les Trois-Gueules, « forteresse de falaises réputée infranchissable », où elle prend racine, sont un espace où le temps est distordu, un lieu qui se resserre à mesure que le monde, autour, s’étend. Si elles happent, régulièrement, un enfant au bord de leurs pics, noient un vieillard dans leurs torrents, écrasent quelques ouvriers sous les chutes de leurs pierres, les villageois n’y peuvent rien ; mais ils l’acceptent, car le reste du temps, elles sont l’antichambre du paradis.

Parution : 05/01/2017 / ISBN : 9782878583373 / Pages : 272 p. / Prix : 19€