Le bonheur n’a pas de rides, Anne-Gaëlle Huon

Lire « Le bonheur n’a pas de rides » de Anne-Gaëlle Huon, un véritable hymne à la vie qui donne envie de manger les petits Lu en commençant par les coins !

Mais qui est Paulette, une vielle dame revêche et bougonne, ou une gentille octogénaire qui attend la fin de sa vie ? Elle est très désagréable avec sa belle-fille, surtout depuis qu’elle vit chez son fils. Elle rêve d’une maison de retraite grand luxe dans le sud de la France. Mais c’est dans un petit village francilien, dans une auberge improbable choisie par sa belle-fille qu’elle est lâchement déposée au début des vacances. Un peu comme on abandonnerait son chien !

Paulette a décidé d’être désagréable. Avec son caractère bien trempé et son côté acariâtre, elle s’y entend pour embêter son monde. D’abord le propriétaire de l’auberge, qui ne sait plus comment la gérer, puis les autres pensionnaires. Elle ne leur trouve que des défauts et refuse de s’intégrer. Pire, elle fait tout pour les provoquer.

Pourtant, sa perspicacité, son bon cœur, et le caractère attachant de ses compagnons d’infortune dans cette auberge improvisée maison de retraite auront raison de son mauvais caractère. En cherchant bien sous les carapaces de chacun – et en fouinant un peu dans les affaires des autres il faut l’avouer – l’aventure est au bout du couloir, l’amour et l’amitié aussi.

Plein de bons sentiments, pétillant d’humour et non dépourvu de réalisme parfois, voilà un roman qui se lit avec bonheur, sans se poser de question. Léger mais pas simpliste, rempli de bons sentiments pas toujours évidents, c’est le roman idéal sur la plage ou pour les longues soirées d’été.

Roman lu dans le cadre de ma participation au jury des lecteurs du Livre de Poche 2019

Catalogue éditeur : Le Livre de Poche

Le plan de Paulette, quatre-vingt-cinq ans, semblait parfait : jouer à la vieille bique qui perd la tête et se faire payer par son fils la maison de retraite de ses rêves dans le sud de la France. Manque de chance, elle échoue dans une auberge de campagne, au milieu de nulle part.
La nouvelle pensionnaire n’a qu’une idée en tête : quitter ce trou, le plus vite possible ! Mais c’est compter sans sa nature curieuse et la fascination que les autres résidants, et surtout leurs secrets, ne tardent pas à exercer sur elle. Que contiennent en effet les mystérieuses lettres trouvées dans la chambre de monsieur Georges ? Et qui est l’auteur de l’étrange carnet trouvé dans la bibliothèque ?
Une chose est certaine : Paulette est loin d’imaginer que ces rencontres vont changer sa vie et peut-être, enfin, lui donner un sens.

Prix : 7,90€ / Pages : 352 : Date de parution : 03/04/2019 / EAN : 9782253906803

Editeur d’origine : City Edition

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Que faire à New York ?

Visiter l’exposition Georgia O’keeffe, au New York Botanical Garden…

Domi_C_Lire_NYBG_Georgia_Okeeffe…et admirer les tableaux peints par l’artiste lors de son séjour à Hawaï, les plantes, les paysages qui l’ont inspirée, puis les retrouver tout au long du parcours au NYBG.
J’avais découvert quelques oeuvres de Georgia O’Keeffe lors de l’exposition The age of Anxiety, qui présentait des peintres américains au musée de l’Orangerie à Paris, et j’avais apprécié ses représentations de fleurs. Je l’ai donc retrouvée avec plaisir lors de cette visite.

Artiste peintre pionnière du modernisme américain, Georgia O’Keeffe (1887–1986) a été fortement inspirée par les paysages qui l’entouraient, des paysages du nouveau Mexique aux gratte-ciel de New York. Les fleurs, la nature, sont des thèmes qu’elle a également abordé et aimé tout au long de sa carrière d’artiste.

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L’exposition dans la galerie d’Art du NYBG offre une rétrospective (un peu trop courte à mon goût !) des œuvres peintes lors de son séjour de neuf semaines en 1939. Elle était missionnée par la Hawaiian Pineapple Company et devait en rapporter des œuvres pour une de leur campagne de promotion. on retrouve d’ailleurs le tableau Ananas dans leurs publicités de l’époque.

Elle y a peint des toiles représentant les fleurs, les paysages, et même les hameçons des pécheurs, une nature inspirante ! Et pourtant, là-bas aussi, ces œuvres font énormément penser à la photographie, aux prises en gros plan, cadrages décalés, modernes, qui sortent des poncifs habituels, et toujours, sous-jacente, une connotation sexuelle dans la représentation de certaines fleurs, certains plans, comme une image de marque de l’artiste.

 

Si les toiles de Georgia O’Keeffe  sont peu nombreuses, seulement 17 peintures qui par ailleurs n’avaient jamais été exposées ensemble depuis 1940, l’intérêt de la visite tient aussi au fait que le jardin botanique adapte l’ensemble de son espace et propose dans ses serres une documentation fournie ainsi qu’une partie de la flore et des fruits des iles Hawaï.

 

Retrouvez ici le site du New York Botanical Garden, l’exposition se tient jusqu’au 28 octobre.

La face cachée de Ruth Malone. Emma Flint

Wouahou, quel effet ce polar ! vous n’en sortirez pas indemne, c’est évident. La face cachée de Ruth Malone d’Emma Flint est exactement le genre de polar qui vous fait poser des questions longtemps après !

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Ruth Malone est une jeune femme qui prend soin elle aussi de son aspect extérieur, toujours apprêtée, maquillée, faisant bonne figure et bien habillée. Mais à cette époque la femme se devait d’être d’abord mère et épouse avant d’être elle-même. Alors coquette et parfois séductrice, cette image passe mal. Ruth vit séparé de son mari Franck et ne craint pas d’attirer le regard des hommes, ou même de les attirer dans son lit, pourquoi pas. Elle vit en femme libre et exacerbe les jalousies.

Un matin, alors qu’elle les avait bordés la veille dans leur lit et qu’elle pensait qu’ils étaient sagement endormis dans leur chambre, elle constate la disparition de ses deux enfants, Cindy et Frankie Jr. Puis on retrouve le corps de Cindy. Et lorsqu’elle verra sa fille, Ruth toujours impeccable, montrera à tous un visage parfaitement maquillé mais point de larmes. Il n’en faut pas plus pour déchainer bavardages, dénonciations et suspicion des policiers, puisque bien évidement, dans la plupart des cas, c’est un proche qui est coupable, Ruth devient alors la coupable idéale.

Un jeune journaliste s’intéresse à l’affaire. Il est en mal de premier article important à signer pour le journal dans lequel il débute. Ainsi, il va enquêter, produire quelques papiers conforme aux attentes de  sa rédaction, puis peu à peu s’intéresser au personnage qu’est vraiment Ruth, tentant de comprendre qui se cache derrière cette façade, ce visage apprêté et maquillé qui dissimule sans doute des failles et des blessures profondes, cherchant la vérité derrière les apparences.

La charge psychologique importante qui apparait derrière le drame, le mal que peuvent faire jalousies, incompréhension, ragots et quand dira-t-on est immense. Tout comme l’obstination de la police, qui lorsqu’elle est aveuglée par des évidences ne cherche pas toujours à creuser toutes les pistes qui s’ouvrent à elle, et ce malgré l’importance des pièces de son enquête qui comporte des révélations et des témoignages parfois laissés de côté.

Comment imaginer, accepter, comprendre. Car Emma Flint s’est librement inspirée d’un fait divers réel, l’histoire d’Alice Crimmins, une jeune femme américaine accusée dans les années 60 d’avoir assassiné ses propres enfants ! Ce roman est intéressant à plusieurs titres, d’abord par son intrigue, à découvrir d’urgence pour le amateurs du genre ! Mais aussi par l’image qu’il nous donne de ce que devait être la place de la femme dans les années 60, la force des préjugés, des apparences, comportements et apriori, voilà qui est terriblement instructif et parfois même inquiétant… Car n’oublions pas que rien, jamais n’est acquis.

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Catalogue éditeur : Fleuve éditions

Traduit par : Hélène AMALRIC

En 1965; Une vague de chaleur déferle sur le Queens, banlieue ouvrière de New York, et plonge ses habitants dans un état léthargique. Un matin ordinaire, Ruth Malone, mère célibataire aux allures de star hollywoodienne, constate la disparation de ses deux enfants.
Peu après, le corps de la petite Cindy est retrouvé abandonné sur un chantier, son doudou encore à la main. Lorsque, quelques jours plus tard, la dépouille de son fils, Frankie Jr, est découverte dans des conditions similaires, des voix accusatrices s’élèvent contre Ruth. Lire la suite…

Date de parution 19 Octobre 2017 / Fleuve noir  / 432 pages / Format : BROCHE / 9782265116429

Je m’appelle Lucy Barton. Elizabeth Strout

Découvrir Elizabeth Strout avec « Je m’appelle Lucy Barton » est une jolie surprise. L’auteur, prix Pulitzer en 2009 pour un précédent roman, nous plonge dans l’intimité et la psychologie de ses personnages. Sentiments et frustrations, amour et désamours deviennent le fil rouge de la relation entre une mère et sa fille.

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Lucy Barton, écrivain, mariée, deux enfants, a plutôt bien réussi sa vie.  Elle se souvient de cette époque, quelques années auparavant, où elle a été hospitalisée pendant de longues semaines à New-York, dans cette chambre d’hôpital d’où elle pouvait voir scintiller le Chrysler Building.

Suite à une banale opération, un complication inattendue la contraint à rester de longs jours alitée. Ses filles sont encore petites, son mari doit gérer le quotidien, aussi, cherchant à pallier à sa solitude, il fait venir la mère de Lucy.

Cette mère avec qui elle n’avait pas parlé depuis des années, va la veiller nuit et jour assise sur une chaise au pied de son lit. Et elle parle cette mère, même si elle ne répond pas aux questions de Lucy. Elle meuble les heures avec des souvenirs, des anecdotes, et cette relation pour le moins étrange avec une mère pourtant absente va se transformer en moments d’amour non-dits, de silences à l’ombre d’une vie, d’une enfance difficile mais pour lesquels Lucy ne semble pas avoir de ressentiment.

Au milieu de cette logorrhée sans fin, Lucy va égrener elle aussi les souvenirs de son enfance à Amgash, dans l’Illinois. Car l’enfance de Lucy, on le comprend vite, a été très difficile. Une famille pauvre, qui habite dans un garage, n’ayant pas les moyens de se procurer l’essentiel, encore moins le superflu. Le père, terrible, absent, les abus que l’on devine. Cette différence sociale, la promiscuité, la  pauvreté extrême, qui ne permet pas d’inviter des camarades d’école, de pouvoir échanger sur toutes ces choses que l’on partage enfants ou adolescent et qu’elle ignore.

Elle attend un mot de sa mère, une expression de ses sentiments, un élan qu’elle n’aura jamais. Et pourtant, l’amour est là, entre une mère et sa fille qui se comprennent sans se parler, qui s’aiment sans se le dire, qui ont besoin l’une de l’autre sans jamais vouloir être ensemble.

Lucy pense à ces moments qui lui ont permis d’évoluer, de lui faire comprendre  que le passé nous construit, que l’enfance, la famille, sont les bases de ce que l’on devient. Roman étrange, qui dégage une forme d’optimisme dans sa grande tristesse apparente. Si la solitude et la pauvreté sont extrêmes, elles n’y sont pas vécues comme des freins à mener une vie normale et heureuse. Et où transparait l’amour, d’une mère, d’une fille, jamais dits, mais tellement évidents, malgré les silences.

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Catalogue éditeur : Fayard

Hospitalisée à la suite d’une opération, Lucy Barton reçoit la visite impromptue de sa mère, avec laquelle elle avait perdu tout contact. Tandis que celle-ci se perd en commérages, convoquant  les fantômes du passé, Lucy se trouve plongée dans les souvenirs de son enfance dans une petite ville de l’Illinois – la pauvreté extrême, honteuse,  la rudesse  de son père,  et  finalement son départ pour New York, qui l’a définitivement isolée des siens. Peu à peu, Lucy est amenée à évoquer son propre mariage, ses filles, et ses débuts de romancière dans le New York des années 1980. Une vie entière se déploie à travers le récit lucide et pétri d’humanité de Lucy, tout en éclairant la relation entre une mère et sa fille, faite d’incompréhension, d’incommunicabilité, mais aussi d’une entente muette et profonde.

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Pierre Brévignon

Le gang des rêves. Luca Di Fulvio

Envie d’embarquer pour New York avec « Le gang des rêves » de Luca Di Fulvio ? Voilà un roman qui fait voyager dans le temps et dans l’espace et procure un agréable sentiment d’évasion.

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Sicile, 1907, une mère, une fillette, un patron trop entreprenant et qui a tous les droits… Comment protéger sa fille des viols et abus, si communs lorsque l’on est soumis au bon vouloir et au regard concupiscent du patron omnipotent et qu’il est quasi impossible de résister. La mère protège sa fille, jusqu’au jour où dans les champs, Cetta subit ces outrages qui verront naitre un fils.

Cetta, fillette puis maman, fuit son pays natal et sa famille pour New York, la liberté et le rêve d’une vie meilleure. Tout ne sera pas aussi simple, la traversée, les macs qui vous tiennent et vous menacent, Ellis Island et le hasard des rencontres, la pitié d’un officier de l’immigration, puis la présence de Sal, l’étonnant mac protecteur de la petite Cetta et de son fils Christmas vont l’installer dans une vie bien éloignée de ses rêves.

New Jersey en 1922, Cetta Luminata fait toujours le même métier, elle élève son fils Christmas dans le respect de la loi. Un jour, Christmas sauve Ruth, jeune femme juive issue d’une famille aisée. Un regard, un cœur qui bat, et leur sort sera lié à jamais, pour le pire et qui sait.. Car Christmas et Ruth ne vivent  pas dans même monde, alors comment pourraient-ils se rencontrer, se connaître, s’apprécier et s’aimer…

Dans ce pavé qu’est le Gang des rêves, il y en a vraiment pour tous, un scénario qu’on imagine immédiatement en film, des personnages attachants, Cetta, Christmas et Ruth en particulier, qui doivent passer leur tour pour ce qui est de profiter pleinement de leur enfance et adolescence. Ils vont devoir grandir trop vite et trouver leur place dans une vie qui ne leur épargne rien. Ils sont entourés de gentils un peu trop gentils et de méchants vraiment violents qui ne se laissent pas faire, tel qu’on peut les imaginer dans les guerres de gangs pendant la prohibition. Car la période est idéale pour le romancier et pour l’imaginaire du lecteur. Il y a des bons sentiments et de la violence, du malheur et du courage, une vie difficile mais aussi l’espoir d’une vie meilleure, la mafia et les gangs de rues, la modernité des années folles, la pauvreté et la misère. Il y a l’Italie des années 1900 et l’Amérique des années 20, les bas-fonds de New-York et les paillettes de Los Angeles, des héros qu’on veut voir grandir et s’en sortir, et l’amour, omniprésent, bafoué, rêvé, espéré, pas toujours vainqueur mais toujours présent.  Et tout ça procure un réel plaisir de lecture, à savourer en particulier pendant les vacances, pour la pause détente !

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Catalogue éditeur : Pocket

Traduit par : Elsa DAMIEN

New York ! En ces tumultueuses années 1920, pour des milliers d’Européens, la ville est synonyme de « rêve américain ». C’est le cas pour Cetta Luminata, une Italienne qui, du haut de son jeune âge, compte bien se tailler une place au soleil avec Christmas, son fils. Dans une cité en plein essor où la radio débute à peine et le cinéma se met à parler, Christmas grandit entre gangs adverses, violence et pauvreté, avec ses rêves et sa gouaille comme planche de salut. L’espoir d’une nouvelle existence s’esquisse lorsqu’il rencontre la belle et riche Ruth. Et si, à ses côtés, Christmas trouvait la liberté, et dans ses bras, l’amour ?

Date de parution 04 Mai 2017 / 864 pages / ISBN 9782266272438

Weegee, sérial photographer. Max de Radiguès & Wauter Mannaert

Max de Radiguès et Wauter Mannaert nous font découvrir Weegee, sérial photographer du New York des années 30 et entrevoir son parcours totalement atypique.

DomiCLire_weegee.jpgNous sommes dans les années 30, à New York, dans le Lower East Side. Weegee, alias Arthur Fellig, est photographe et rêve de devenir célèbre, mais la banalité, les scènes heureuses, la vie, les enfants et les chats, ce n’est pas son truc. Il vise le sordide, les scènes de crime. Pour réussir ses prises de vues il n’hésite pas à les scénariser, les travestir et les transformer, ajoutant des accessoires, déplaçant les cadavres, surtout lorsqu’il arrive le premier sur les lieux. Et c’est souvent le cas car pour cet enfant du Lower East Side non seulement le réseau fonctionne bien mais en plus chaque nuit il est branché sur la fréquence de la police. Sa voiture est son lieu de vie, il y a installé un véritable bureau, machine à écrire, nécessaire pour développer ses photos, tout y est pour être certain de vendre ses clichés avant les autres. Si sa vie se déroule la nuit, ses rêves c’est la célébrité et Hollywood ! Jusqu’au jour où il parvient à publier un livre avec ses photos, prouvant ainsi qu’avant d’être un photographe d’actualité c’est avant tout un artiste. La gloire est à deux pas, il fait même des photos pour le magazine Vogue !

Ce qui est intéressant dans ce parcours atypique c’est qu’on sent se cristalliser avec lui tous les rêves des émigrés. Passés par Elis Island ils rêvent d’en sortir par le haut, de côtoyer les vedettes d’Hollywood, d’assister aux soirées dans le Upper side, il faut dire également que ces années post Grande Dépression ne sont pas synonyme d’opulence pour la plupart des américains de la rue, alors tous les rêvent sont permis, surtout ceux qui promettent un ailleurs plus facile.

Le graphisme en noir et blanc restitue l’ambiance de ce New York des années 30 post Grande Dépression, la vie des quartiers, les scènes de crimes sont inspirées des véritables photos de Weegee et le lecteur est plongé le temps de quelques dizaines de pages dans les bas-fonds de New York.

Extraits :
– Je suis le meilleur photographe de cette foutue ville. Personne ne peut faire comme moi ! Et tu sais pourquoi ?
– Parce que les autres dorment ?
– Non, parce que j’ai grandi dans ces rues. A partir de 15 ans, j’y dormais aussi. Tous ces cadavres, ça aurait pu être moi ! Je suis à la fois derrière et devant l’appareil photo, tu comprends ?

– T’es jamais sortie d’ici Rita. Y’a pas d’avenir ici, rien çà attendre, faut foutre le camp ! Moi, j’veux pas crever ici, tu m’entends ? ici, ça sent la mort et la misère.
Les rêves qu’on avait en débarquant à Ellis Island, on les trouvera pas dans le Lower East Side.

Catalogue éditeur : Sarbacane

Premier sur les lieux, il n’hésitait pas à « améliorer » la scène de crime pour la photo !
Fin des années 30, New York, Lower East Side, le terrain de chasse privilégié de Weegee (de son vrai nom Arthur Fellig). Dans sa voiture, une radio branchée sur les fréquences de la police ; Weegee, cigare, imper et chapeau mou, photographie à tombeau ouvert la vie nocturne et brûlante des bas-fonds de Big Apple : accidents, corps carbonisés, incendies, « passants-voyeurs »… Mais aussi, déshérités, Noirs, petits bonheurs… Weegee est l’observateur – au vitriol – des inégalités et des discriminations de l’Amérique de la Grande Dépression. Les auteurs nous proposent d’accompagner Weegee le solitaire dans une séance de shooting comme en apnée, vertigineuse et crue, au cœur de la société américaine d’avant-guerre, déviante et corrompue.

Format: 21,5 x 29 cm / Nombre de pages: 128 pages en bichromie / Parution: 17 août 2016 / Collection: BD Adulte / ISBN: 9782848659138 / Prix: 19,50 €

 

Voici venir les rêveurs. Imbolo Mbue

African dream Vs American dream

Un rêve et une réalité mis en mots avec beaucoup de justesse par Imbolo Mbue dans « Voici venir les rêveurs »

2008, à New York. Jende a quitté le Cameroun il y a déjà quelques mois, son cousin lui a payé le billet pour venir tenter sa chance aux États Unis. Depuis, à force de petits boulots et d’économie, il a fait venir Neni, son épouse, et Liomi, leur fils. NY est pour eux synonyme d’Eldorado, puisque dans leur pays, la différence de classe leur interdisait de se marier, de vivre sereinement et d’être acceptés par leurs familles respectives. Mais la vie de migrant n’est pas toujours facile, et si le rêve est à portée de main, l’administration et ses arcanes compliquent passablement les choses. Car pour rester en Amérique, il faut obtenir un emploi et une Green Card, ou une Green Card et un emploi, car l’un ne va pas sans l’autre, mais l’un comme l’autre sont difficiles à obtenir.
Grâce au piston et sans dévoiler son problème de papiers, Jende va se faire embaucher comme chauffeur par Clark, un banquier reconnu et prospère de Lehmann Brothers. Passer des heures ensemble chaque jour dans l’atmosphère confiné d’une voiture, même de luxe, ça rapproche. Clark et Jende se parlent, essayent de se comprendre, même s’ils n’iront jamais jusqu’à évoquer leurs problèmes ni aborder ce qui touche à l’intime.

Deux mondes vont alors se côtoyer et par moment s’accepter, s’écouter, tenter de se connaître. Celui des riches américains, avec grand appartement, bonne éducation pour les enfants, chauffeur, soirées de gala, maison d’été dans les Hamptons, vacances de rêve, et le monde des émigrés, vivant à Harlem, craignant à tout moment de se faire expulser, mais qui mettent tout leur cœur et leur énergie à se faire accepter, à rentrer dans le moule pour profiter à leur tour du rêve américain.
Neni rêve de devenir pharmacien et va enfin entreprendre des études financées grâce au beau salaire de Jende. Jusqu’au jour où, enceinte de leur second enfant, Jende décide qu’elle doit arrêter et rester à la maison. Car dans la tradition africaine, l’homme est celui qui sait et qui décide, et sa femme doit respecter ses choix, même si elle n’est pas d’accord, même si en Amérique elle est en droit d’exercer son libre arbitre. Arriver et vouloir s’intégrer dans un nouveau pays ne fait pas perdre pour autant les prérogatives et les croyances de son pays d’origine. En Afrique l’homme décide, la femme obéit. A New York, Neni devra accepter et obéir, au risque de voir son rêve anéanti. La crise des subprimes est passée par là, les riches banquiers de Wall street ne sont plus que l’ombre d’eux-mêmes et le pays a sombré dans une crise sans précédent, les mois passent, sans papiers et désormais sans emploi Jende se désespère. Certains s’en remettront, mais la famille de Jende devra certainement renoncer à ses rêves.

Imbolo Mbue nous propose une intéressante analyse des différences de classe, du choc de deux mondes en apparence si opposés, mais aussi de tout ce qui rapproche, une enfance malheureuse, les enfants, une bonne éducation, le rêve de s’en sortir. Puis vient la crise, le renoncement, la faillite, qui font prendre conscience aux plus riches de la valeur de la famille. C’est décrit ici de façon un peu caricaturale peut-être, mais qu’importe, car le rythme, l’intérêt sont là. Même si le roman semble un peu lent à démarrer, parfois un peu idyllique lorsqu’il brosse l’entente entre deux familles que tout oppose, jusqu’au moment où tout s’effondre. Et avant tout jusqu’à la fin du rêve américain, de cet espoir que l’on met dans la réussite qu’on va chercher dans un autre pays, quand on a le courage de tout quitter : famille, amis, pays.

Difficile réalité des migrants, de l’idée que l’on se fait de l’ailleurs, et pour les migrants africains où qu’ils soient, de l’aide qu’il faut continuer à apporter à la famille sans faillir, même quand la situation est difficile, car au pays tous espèrent votre réussite pour s’en sortir aussi. Excellente analyse également du poids de la famille, de la classe, de la tribu et des traditions tellement prégnants en Afrique, et exprimés avec tant de force dans les romans de Léonora Miano, quand la voix d’Imbolo Mbue se fait un peu plus légère et laisse une part au rêve et à l’espoir.

#rl2016 Rentrée littéraire 2016


Catalogue éditeur : Belfond

Drôle et poignante, l’histoire d’une famille camerounaise émigrée à New York. Porté par une écriture à la fraîcheur et à l’énergie exceptionnelles, un roman plein de générosité, d’empathie et de chaleur sur le choc des cultures, les désenchantements de l’exil et les mirages de l’intégration. Un pur joyau, par une des nouvelles voix afropolitaines les plus excitantes du moment.L’Amérique, Jende Jonga en a rêvé. Pour lui, pour son épouse Neni et pour leur fils Liomi. Quitter le Cameroun, changer de vie, devenir quelqu’un. Obtenir la Green Card, devenir de vrais Américains.
Ce rêve, Jende le touche du doigt en décrochant un job inespéré : chauffeur pour Clark Edwards, riche banquier à la Lehman Brothers.
Au fil des trajets, entre le clandestin de Harlem et le big boss qui partage son temps entre l’Upper East Side et les Hamptons va se nouer une complicité faite de pudeur et de non-dits.
Mais nous sommes en 2007, la crise des subprimes vient d’éclater. Jende l’ignore encore : en Amérique, il n’y a guère de place pour les rêveurs…

Traduit par Sarah TARDY / Parution le 18 août 2016 / 300 pages / 22.00 €