Le gang des rêves. Luca Di Fulvio

Envie d’embarquer pour New York avec « Le gang des rêves » de Luca Di Fulvio ? Voilà un roman qui fait voyager dans le temps et dans l’espace et procure un agréable sentiment d’évasion.

DomiCLire_le_gang_des_revesSicile, 1907, une mère, une fillette, un patron trop entreprenant et qui a tous les droits… Comment protéger sa fille des viols et abus, si communs lorsque l’on est soumis au bon vouloir et au regard concupiscent du patron omnipotent et qu’il est quasi impossible de résister. La mère protège sa fille, jusqu’au jour où dans les champs, Cetta subit ces outrages qui verront naitre un fils.

Cetta, fillette puis maman, fuit son pays natal et sa famille pour New York, la liberté et le rêve d’une vie meilleure. Tout ne sera pas aussi simple, la traversée, les macs qui vous tiennent et vous menacent, Ellis Island et le hasard des rencontres, la pitié d’un officier de l’immigration, puis la présence de Sal, l’étonnant mac protecteur de la petite Cetta et de son fils Christmas vont l’installer dans une vie bien éloignée de ses rêves.

New Jersey en 1922, Cetta Luminata fait toujours le même métier, elle élève son fils Christmas dans le respect de la loi. Un jour, Christmas sauve Ruth, jeune femme juive issue d’une famille aisée. Un regard, un cœur qui bat, et leur sort sera lié à jamais, pour le pire et qui sait.. Car Christmas et Ruth ne vivent  pas dans même monde, alors comment pourraient-ils se rencontrer, se connaître, s’apprécier et s’aimer…

Dans ce pavé qu’est le Gang des rêves, il y en a vraiment pour tous, un scénario qu’on imagine immédiatement en film, des personnages attachants, Cetta, Christmas et Ruth en particulier, qui doivent passer leur tour pour ce qui est de profiter pleinement de leur enfance et adolescence. Ils vont devoir grandir trop vite et trouver leur place dans une vie qui ne leur épargne rien. Ils sont entourés de gentils un peu trop gentils et de méchants vraiment violents qui ne se laissent pas faire, tel qu’on peut les imaginer dans les guerres de gangs pendant la prohibition. Car la période est idéale pour le romancier et pour l’imaginaire du lecteur. Il y a des bons sentiments et de la violence, du malheur et du courage, une vie difficile mais aussi l’espoir d’une vie meilleure, la mafia et les gangs de rues, la modernité des années folles, la pauvreté et la misère. Il y a l’Italie des années 1900 et l’Amérique des années 20, les bas-fonds de New-York et les paillettes de Los Angeles, des héros qu’on veut voir grandir et s’en sortir, et l’amour, omniprésent, bafoué, rêvé, espéré, pas toujours vainqueur mais toujours présent.  Et tout ça procure un réel plaisir de lecture, à savourer en particulier pendant les vacances, pour la pause détente !


Catalogue éditeur : Pocket

Traduit par : Elsa DAMIEN

New York ! En ces tumultueuses années 1920, pour des milliers d’Européens, la ville est synonyme de « rêve américain ». C’est le cas pour Cetta Luminata, une Italienne qui, du haut de son jeune âge, compte bien se tailler une place au soleil avec Christmas, son fils. Dans une cité en plein essor où la radio débute à peine et le cinéma se met à parler, Christmas grandit entre gangs adverses, violence et pauvreté, avec ses rêves et sa gouaille comme planche de salut. L’espoir d’une nouvelle existence s’esquisse lorsqu’il rencontre la belle et riche Ruth. Et si, à ses côtés, Christmas trouvait la liberté, et dans ses bras, l’amour ?

Date de parution 04 Mai 2017 / 864 pages / ISBN 9782266272438

 

Weegee, sérial photographer. Max de Radiguès & Wauter Mannaert

Max de Radiguès et Wauter Mannaert nous font découvrir Weegee, sérial photographer du New York des années 30 et entrevoir son parcours totalement atypique.

DomiCLire_weegee.jpgNous sommes dans les années 30, à New York, dans le Lower East Side. Weegee, alias Arthur Fellig, est photographe et rêve de devenir célèbre, mais la banalité, les scènes heureuses, la vie, les enfants et les chats, ce n’est pas son truc. Il vise le sordide, les scènes de crime. Pour réussir ses prises de vues il n’hésite pas à les scénariser, les travestir et les transformer, ajoutant des accessoires, déplaçant les cadavres, surtout lorsqu’il arrive le premier sur les lieux. Et c’est souvent le cas car pour cet enfant du Lower East Side non seulement le réseau fonctionne bien mais en plus chaque nuit il est branché sur la fréquence de la police. Sa voiture est son lieu de vie, il y a installé un véritable bureau, machine à écrire, nécessaire pour développer ses photos, tout y est pour être certain de vendre ses clichés avant les autres. Si sa vie se déroule la nuit, ses rêves c’est la célébrité et Hollywood ! Jusqu’au jour où il parvient à publier un livre avec ses photos, prouvant ainsi qu’avant d’être un photographe d’actualité c’est avant tout un artiste. La gloire est à deux pas, il fait même des photos pour le magazine Vogue !

Ce qui est intéressant dans ce parcours atypique c’est qu’on sent se cristalliser avec lui tous les rêves des émigrés. Passés par Elis Island ils rêvent d’en sortir par le haut, de côtoyer les vedettes d’Hollywood, d’assister aux soirées dans le Upper side, il faut dire également que ces années post Grande Dépression ne sont pas synonyme d’opulence pour la plupart des américains de la rue, alors tous les rêvent sont permis, surtout ceux qui promettent un ailleurs plus facile.

Le graphisme en noir et blanc restitue l’ambiance de ce New York des années 30 post Grande Dépression, la vie des quartiers, les scènes de crimes sont inspirées des véritables photos de Weegee et le lecteur est plongé le temps de quelques dizaines de pages dans les bas-fonds de New York.

Extraits :
– Je suis le meilleur photographe de cette foutue ville. Personne ne peut faire comme moi ! Et tu sais pourquoi ?
– Parce que les autres dorment ?
– Non, parce que j’ai grandi dans ces rues. A partir de 15 ans, j’y dormais aussi. Tous ces cadavres, ça aurait pu être moi ! Je suis à la fois derrière et devant l’appareil photo, tu comprends ?

– T’es jamais sortie d’ici Rita. Y’a pas d’avenir ici, rien çà attendre, faut foutre le camp ! Moi, j’veux pas crever ici, tu m’entends ? ici, ça sent la mort et la misère.
Les rêves qu’on avait en débarquant à Ellis Island, on les trouvera pas dans le Lower East Side.

Catalogue éditeur : Sarbacane

Premier sur les lieux, il n’hésitait pas à « améliorer » la scène de crime pour la photo !
Fin des années 30, New York, Lower East Side, le terrain de chasse privilégié de Weegee (de son vrai nom Arthur Fellig). Dans sa voiture, une radio branchée sur les fréquences de la police ; Weegee, cigare, imper et chapeau mou, photographie à tombeau ouvert la vie nocturne et brûlante des bas-fonds de Big Apple : accidents, corps carbonisés, incendies, « passants-voyeurs »… Mais aussi, déshérités, Noirs, petits bonheurs… Weegee est l’observateur – au vitriol – des inégalités et des discriminations de l’Amérique de la Grande Dépression. Les auteurs nous proposent d’accompagner Weegee le solitaire dans une séance de shooting comme en apnée, vertigineuse et crue, au cœur de la société américaine d’avant-guerre, déviante et corrompue.

Format: 21,5 x 29 cm / Nombre de pages: 128 pages en bichromie / Parution: 17 août 2016 / Collection: BD Adulte / ISBN: 9782848659138 / Prix: 19,50 €

 

Voici venir les rêveurs. Imbolo Mbue

African dream Vs American dream

Un rêve et une réalité mis en mots avec beaucoup de justesse par Imbolo Mbue dans « Voici venir les rêveurs »

2008, à New York. Jende a quitté le Cameroun il y a déjà quelques mois, son cousin lui a payé le billet pour venir tenter sa chance aux États Unis. Depuis, à force de petits boulots et d’économie, il a fait venir Neni, son épouse, et Liomi, leur fils. NY est pour eux synonyme d’Eldorado, puisque dans leur pays, la différence de classe leur interdisait de se marier, de vivre sereinement et d’être acceptés par leurs familles respectives. Mais la vie de migrant n’est pas toujours facile, et si le rêve est à portée de main, l’administration et ses arcanes compliquent passablement les choses. Car pour rester en Amérique, il faut obtenir un emploi et une Green Card, ou une Green Card et un emploi, car l’un ne va pas sans l’autre, mais l’un comme l’autre sont difficiles à obtenir.
Grâce au piston et sans dévoiler son problème de papiers, Jende va se faire embaucher comme chauffeur par Clark, un banquier reconnu et prospère de Lehmann Brothers. Passer des heures ensemble chaque jour dans l’atmosphère confiné d’une voiture, même de luxe, ça rapproche. Clark et Jende se parlent, essayent de se comprendre, même s’ils n’iront jamais jusqu’à évoquer leurs problèmes ni aborder ce qui touche à l’intime.

Deux mondes vont alors se côtoyer et par moment s’accepter, s’écouter, tenter de se connaître. Celui des riches américains, avec grand appartement, bonne éducation pour les enfants, chauffeur, soirées de gala, maison d’été dans les Hamptons, vacances de rêve, et le monde des émigrés, vivant à Harlem, craignant à tout moment de se faire expulser, mais qui mettent tout leur cœur et leur énergie à se faire accepter, à rentrer dans le moule pour profiter à leur tour du rêve américain.
Neni rêve de devenir pharmacien et va enfin entreprendre des études financées grâce au beau salaire de Jende. Jusqu’au jour où, enceinte de leur second enfant, Jende décide qu’elle doit arrêter et rester à la maison. Car dans la tradition africaine, l’homme est celui qui sait et qui décide, et sa femme doit respecter ses choix, même si elle n’est pas d’accord, même si en Amérique elle est en droit d’exercer son libre arbitre. Arriver et vouloir s’intégrer dans un nouveau pays ne fait pas perdre pour autant les prérogatives et les croyances de son pays d’origine. En Afrique l’homme décide, la femme obéit. A New York, Neni devra accepter et obéir, au risque de voir son rêve anéanti. La crise des subprimes est passée par là, les riches banquiers de Wall street ne sont plus que l’ombre d’eux-mêmes et le pays a sombré dans une crise sans précédent, les mois passent, sans papiers et désormais sans emploi Jende se désespère. Certains s’en remettront, mais la famille de Jende devra certainement renoncer à ses rêves.

Imbolo Mbue nous propose une intéressante analyse des différences de classe, du choc de deux mondes en apparence si opposés, mais aussi de tout ce qui rapproche, une enfance malheureuse, les enfants, une bonne éducation, le rêve de s’en sortir. Puis vient la crise, le renoncement, la faillite, qui font prendre conscience aux plus riches de la valeur de la famille. C’est décrit ici de façon un peu caricaturale peut-être, mais qu’importe, car le rythme, l’intérêt sont là. Même si le roman semble un peu lent à démarrer, parfois un peu idyllique lorsqu’il brosse l’entente entre deux familles que tout oppose, jusqu’au moment où tout s’effondre. Et avant tout jusqu’à la fin du rêve américain, de cet espoir que l’on met dans la réussite qu’on va chercher dans un autre pays, quand on a le courage de tout quitter : famille, amis, pays.

Difficile réalité des migrants, de l’idée que l’on se fait de l’ailleurs, et pour les migrants africains où qu’ils soient, de l’aide qu’il faut continuer à apporter à la famille sans faillir, même quand la situation est difficile, car au pays tous espèrent votre réussite pour s’en sortir aussi. Excellente analyse également du poids de la famille, de la classe, de la tribu et des traditions tellement prégnants en Afrique, et exprimés avec tant de force dans les romans de Léonora Miano, quand la voix d’Imbolo Mbue se fait un peu plus légère et laisse une part au rêve et à l’espoir.

#rl2016 Rentrée littéraire 2016


Catalogue éditeur : Belfond

Drôle et poignante, l’histoire d’une famille camerounaise émigrée à New York. Porté par une écriture à la fraîcheur et à l’énergie exceptionnelles, un roman plein de générosité, d’empathie et de chaleur sur le choc des cultures, les désenchantements de l’exil et les mirages de l’intégration. Un pur joyau, par une des nouvelles voix afropolitaines les plus excitantes du moment.L’Amérique, Jende Jonga en a rêvé. Pour lui, pour son épouse Neni et pour leur fils Liomi. Quitter le Cameroun, changer de vie, devenir quelqu’un. Obtenir la Green Card, devenir de vrais Américains.
Ce rêve, Jende le touche du doigt en décrochant un job inespéré : chauffeur pour Clark Edwards, riche banquier à la Lehman Brothers.
Au fil des trajets, entre le clandestin de Harlem et le big boss qui partage son temps entre l’Upper East Side et les Hamptons va se nouer une complicité faite de pudeur et de non-dits.
Mais nous sommes en 2007, la crise des subprimes vient d’éclater. Jende l’ignore encore : en Amérique, il n’y a guère de place pour les rêveurs…

Traduit par Sarah TARDY / Parution le 18 août 2016 / 300 pages / 22.00 €

Le jour se lève et ce n’est pas le tien. Frédéric Couderc

New-York, Cuba, deux entités antinomique jusqu’à ces derniers mois. Mais alors, qu’est-ce qui relie Dora, vivant depuis si longtemps à New York à l’histoire de cette ile ? C’est ce que va tenter de comprendre Leonard, le héros malgré lui du roman de Frédéric Couderc « Le jour se lève et ce n’est pas le tien ».

DomiCLire_le_jour_se_leve_et_ce_nest_pas_le_tien.jpg2009, New York. Léonard Parker a été élevé par Dora, mère célibataire qui a travaillé toute sa vie pour qu’il ait la meilleure éducation possible et réussisse dans les quartiers huppés de New York. Il profite de son métier, mais trop peu de sa famille, ses deux garçons et sa femme avec qui la relation est quelque peu chaotique. Léo aime donner la vie, c’est un obstétricien de renom, son travail le satisfait pleinement, et il passe une partie de son temps livre à aider les femmes dans un centre du planning familial fortement controversé par les manifestants « pro life ». Depuis la mort de sa mère, le mutisme de Dora sur son passé le perturbe. Le silence sur l’identité de son père en particulier, alors qu’il n’a jamais osé questionner sa mère sur ses origines, puis son incompréhension face au choix de Dora d’être enterrée dans le cimetière cubain du Bronx, réveillent des interrogations enfouies tout au fond de lui.
Victime d’une agression à la sortie du planning familial, Léo se rétabli, mais soucieux d’éclaircir ses questionnements, il décide d’enquêter pour comprendre d’où il vient réellement. Il part pour Cuba, se confronter à son passé, à son histoire, et avancer vers un avenir qu’il espère plus serein. Là il démêlera le fil qui lui fera comprendre que son histoire familiale est liée à celle de la révolution et à l’un de ses principaux héros, Camillo Cienfuegos.

Les chapitres à New York alternent dès le début du roman avec le « livre de Dolores », ce journal qui décrit la vie d’une jeune fille de bonne famille dans le Cuba de 1959. Jeune et jolie, elle se consacre à la danse dont elle rêve de faire son métier. Héritière d’une famille aisée, la fortune de son père pourrait être liée aux sombres affaires et aux malversations approuvées par Batista, le dictateur en place, aux Etats Unis et à la mafia, principal pourvoyeur de cash de l’ile. La rencontre de Dolores avec Camillo, qu’elle a connu plus jeune et qui est devenu l’un des héroïques camarades de Fidel Castro et de son frère Raoul, au plus fort de la révolution qui est en marche dans le pays, va changer sa vie.

« Le jour se lève et ce n’est pas le tien » nous dévoile un pan de l’histoire et des relations entre les USA et Cuba. A la fois roman historique, polar, et roman d’amour, c’est un mélange savamment dosé qui transporte le lecteur dans une folle aventure qui se poursuit sur plusieurs décennies.

J’ai particulièrement aimé sentir l’âme de la revoluciòn, celle qui portait les plus sincères de ses combattants. Mais également découvrir les conflits intérieurs qui pouvaient agiter les individus et les familles qui croyaient en une révolution qui sauverait leur pays de la corruption et de la mainmise des mafieux sur leurs richesses. Ces cubains ont parfois aidé des révolutionnaires qui se sont à leur tour laissés envahir par l’est, pour établir une dictature qui a laissé le pays à la traine et exsangue. Bien écrit, rythmé, particulièrement d’actualité et tout à fait crédible, j’ai dévoré ce roman absolument passionnant avec un énorme plaisir.

#rl2016


Catalogue éditeur : Editions Héloïse d’Ormesson

New York, 2009. Pourquoi Dorothy Parker a-t-elle souhaité être enterrée au cimetière de Union City, à Long Island ? Léonard, son fils, obstétricien de renom à Mont Sinai Hospital, n’en a strictement aucune idée. Pourtant, en dépit du serment fait à sa mère, il sent que l’heure est venue d’éclaircir le brouillard qui entoure ses origines et de dérouler le fil de son histoire. Commence alors une folle course-poursuite qui le mènera dans les arcanes du passé, l’obligeant à tout laisser derrière lui.
La Havane, 1959. Le destin réunit Dolores et Camilo, Lire la suite

Thriller / 368 pages | 20€ / Paru le 1 septembre 2016 / ISBN : 978-2-35087-350-3
Photo de couverture Jessica Lia/Millennium Images, UK

Se lever à nouveau de bonne heure. Joshua Ferris.

Se lever à nouveau de bonne heure, ou les états d’âmes d’un dentiste New-Yorkais à  l’heure du 2.1

J’ai eu très envie de lire ce livre pour des raisons qui n’ont rien à voir avec la littérature :

Le protagoniste principal est dentiste, grand supporter d’une équipe de baseball et il vit à New York…. Ceux qui me connaissent bien comprendrons !

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New York © DCL-DS2015
A New York donc, Paul O’Rourke exerce brillamment son métier de dentiste assisté par Connie, son ex-petite amie, juive non pratiquante, par Betty, catholique convaincue et prosélyte, et par Abby, discrète et relativement efficace. Son cabinet est prospère et tout semble aller pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles.
Un jour, alors que Paul est totalement réfractaire à tous médias sociaux, il découvre son propre site internet, très complet et précis, sur lequel foisonnent de bien étranges publications. Facebook, Twitter, le blog, rien ne lui sera épargné et l’usurpation d’identité est avérée. A l’heure des piratages de sites, de boites mail ou de profil Facebook, chacun se demande, tout comme Paul, comment réagir. Faut-il tout détruire et abandonner toute publication, réagir ou au contraire se taire. Les questions sont posées et l’auteur n’en donne aucune réponse, à chacun d’entre nous de s’interroger.
Joshua Ferris déroule un personnage imperturbable et sûr de lui, de ses valeurs, aux affirmations catégoriques. Son parti pris à propos de la religion, son enthousiasme à l’égard des équipes de baseball ou même ses allégations à l’égard de ses patients, parfois gentilles mais plus souvent caustiques sont autant de moments particulièrement cocasses. Ce qui est intéressant, c’est le cheminement qui va s’opérer dans les pensées de Paul. Au fil de pages, on découvre ses réactions, ses interrogations et ses questionnements sur la vie, la religion, sur son rapport aux autres, subitement bouleversés par ces écrits qui ne sont pas les siens, mais dont il aurait pu être l’auteur… ou pas.
Le style est drôle, sarcastique avec un fond comique qui vous fait parfois exploser de rire alors que la situation est loin d’être humoristique. J’ai adoré certains passages. Les situations parfois burlesques, les interrogations de Paul, sa mauvaise foi évidente par moment, son manque de remise en question puis son acceptation d’une situation qui aurait dû le révolter sont autant de questions que chacun peut se poser. C’est pour moi une belle découverte de cette rentrée littéraire. Et je vous promets qu’après avoir lu ce livre vous ne considérerez plus votre fil dentaire de la même façon !
Rentrée littéraire 2015

Catalogue éditeur

Traduit de l’anglais par Dominique Defert
Paul O’Rourke est un dentiste hors-pair, un New-Yorkais qui entretient avec sa ville des rapports ambigus, un athée convaincu, un supporter désenchanté des Red Sox, et grand amateur de mokaccino. Et pourtant il est hors du monde moderne. Son métier, certes, occupe ses journées, mais ses nuits ne sont qu’une succession de regrets ; il ressasse les erreurs qu’il a commises avec Connie, son ex-petite amie (qui est également l’une de ses employées) et, tour à tour, vitupère ou s’émerveille devant l’optimisme du reste de l’humanité.
Ainsi va sa vie, jusqu’à ce que quelqu’un se fasse passer pour lui sur le web. Impuissant, Paul O’Rourke voit, avec horreur, paraître en son nom un site internet, une page Facebook et un compte Twitter, qui semblent vouloir faire l’apologie d’une religion ancienne tombée dans l’oubli. Mais cette imposture on line, bientôt, ne se contente plus d’être une simple et odieuse atteinte sa vie privée. C’est son âme même qui se retrouve en danger, car son double numérique est peut-être bien meilleur que sa version de chair et de sang. Ce nouveau roman de Joshua Ferris, vertigineux d’inventions, emprunt d’un humour caustique, s’attaque aux trois fondamentaux de notre existence moderne : le sens de la vie, l’inéluctabilité de la mort, et la nécessité d’avoir une bonne hygiène dentaire.

Jean-Claude Lattès / EAN : 9782709642972 / Littérature étrangère / Parution : 02/09/2015
420 pages / 22.00 €