Voici venir les rêveurs. Imbolo Mbue

African dream Vs American dream

Un rêve et une réalité mis en mots avec beaucoup de justesse par Imbolo Mbue dans « Voici venir les rêveurs »

2008, à New York. Jende a quitté le Cameroun il y a déjà quelques mois, son cousin lui a payé le billet pour venir tenter sa chance aux États Unis. Depuis, à force de petits boulots et d’économie, il a fait venir Neni, son épouse, et Liomi, leur fils. NY est pour eux synonyme d’Eldorado, puisque dans leur pays, la différence de classe leur interdisait de se marier, de vivre sereinement et d’être acceptés par leurs familles respectives. Mais la vie de migrant n’est pas toujours facile, et si le rêve est à portée de main, l’administration et ses arcanes compliquent passablement les choses. Car pour rester en Amérique, il faut obtenir un emploi et une Green Card, ou une Green Card et un emploi, car l’un ne va pas sans l’autre, mais l’un comme l’autre sont difficiles à obtenir.
Grâce au piston et sans dévoiler son problème de papiers, Jende va se faire embaucher comme chauffeur par Clark, un banquier reconnu et prospère de Lehmann Brothers. Passer des heures ensemble chaque jour dans l’atmosphère confiné d’une voiture, même de luxe, ça rapproche. Clark et Jende se parlent, essayent de se comprendre, même s’ils n’iront jamais jusqu’à évoquer leurs problèmes ni aborder ce qui touche à l’intime.

Deux mondes vont alors se côtoyer et par moment s’accepter, s’écouter, tenter de se connaître. Celui des riches américains, avec grand appartement, bonne éducation pour les enfants, chauffeur, soirées de gala, maison d’été dans les Hamptons, vacances de rêve, et le monde des émigrés, vivant à Harlem, craignant à tout moment de se faire expulser, mais qui mettent tout leur cœur et leur énergie à se faire accepter, à rentrer dans le moule pour profiter à leur tour du rêve américain.
Neni rêve de devenir pharmacien et va enfin entreprendre des études financées grâce au beau salaire de Jende. Jusqu’au jour où, enceinte de leur second enfant, Jende décide qu’elle doit arrêter et rester à la maison. Car dans la tradition africaine, l’homme est celui qui sait et qui décide, et sa femme doit respecter ses choix, même si elle n’est pas d’accord, même si en Amérique elle est en droit d’exercer son libre arbitre. Arriver et vouloir s’intégrer dans un nouveau pays ne fait pas perdre pour autant les prérogatives et les croyances de son pays d’origine. En Afrique l’homme décide, la femme obéit. A New York, Neni devra accepter et obéir, au risque de voir son rêve anéanti. La crise des subprimes est passée par là, les riches banquiers de Wall street ne sont plus que l’ombre d’eux-mêmes et le pays a sombré dans une crise sans précédent, les mois passent, sans papiers et désormais sans emploi Jende se désespère. Certains s’en remettront, mais la famille de Jende devra certainement renoncer à ses rêves.

Imbolo Mbue nous propose une intéressante analyse des différences de classe, du choc de deux mondes en apparence si opposés, mais aussi de tout ce qui rapproche, une enfance malheureuse, les enfants, une bonne éducation, le rêve de s’en sortir. Puis vient la crise, le renoncement, la faillite, qui font prendre conscience aux plus riches de la valeur de la famille. C’est décrit ici de façon un peu caricaturale peut-être, mais qu’importe, car le rythme, l’intérêt sont là. Même si le roman semble un peu lent à démarrer, parfois un peu idyllique lorsqu’il brosse l’entente entre deux familles que tout oppose, jusqu’au moment où tout s’effondre. Et avant tout jusqu’à la fin du rêve américain, de cet espoir que l’on met dans la réussite qu’on va chercher dans un autre pays, quand on a le courage de tout quitter : famille, amis, pays.

Difficile réalité des migrants, de l’idée que l’on se fait de l’ailleurs, et pour les migrants africains où qu’ils soient, de l’aide qu’il faut continuer à apporter à la famille sans faillir, même quand la situation est difficile, car au pays tous espèrent votre réussite pour s’en sortir aussi. Excellente analyse également du poids de la famille, de la classe, de la tribu et des traditions tellement prégnants en Afrique, et exprimés avec tant de force dans les romans de Léonora Miano, quand la voix d’Imbolo Mbue se fait un peu plus légère et laisse une part au rêve et à l’espoir.

#rl2016 Rentrée littéraire 2016


Catalogue éditeur : Belfond

Drôle et poignante, l’histoire d’une famille camerounaise émigrée à New York. Porté par une écriture à la fraîcheur et à l’énergie exceptionnelles, un roman plein de générosité, d’empathie et de chaleur sur le choc des cultures, les désenchantements de l’exil et les mirages de l’intégration. Un pur joyau, par une des nouvelles voix afropolitaines les plus excitantes du moment.L’Amérique, Jende Jonga en a rêvé. Pour lui, pour son épouse Neni et pour leur fils Liomi. Quitter le Cameroun, changer de vie, devenir quelqu’un. Obtenir la Green Card, devenir de vrais Américains.
Ce rêve, Jende le touche du doigt en décrochant un job inespéré : chauffeur pour Clark Edwards, riche banquier à la Lehman Brothers.
Au fil des trajets, entre le clandestin de Harlem et le big boss qui partage son temps entre l’Upper East Side et les Hamptons va se nouer une complicité faite de pudeur et de non-dits.
Mais nous sommes en 2007, la crise des subprimes vient d’éclater. Jende l’ignore encore : en Amérique, il n’y a guère de place pour les rêveurs…

Traduit par Sarah TARDY / Parution le 18 août 2016 / 300 pages / 22.00 €

Le jour se lève et ce n’est pas le tien. Frédéric Couderc

New-York, Cuba, deux entités antinomique jusqu’à ces derniers mois. Mais qu’est-ce qui relie Dora, vivant à New York à l’histoire de cette ile ? C’est ce que va tenter de comprendre le héros malgré lui du roman de Frédéric Couderc « Le jour se lève et ce n’est pas le tien ».

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2009, New York. Léonard Parker a été élevé par Dora, mère célibataire qui a travaillé toute sa vie pour qu’il ait la meilleure éducation possible et réussisse dans les quartiers huppés de New York. Il profite de son métier, mais trop peu de sa famille, ses deux garçons et sa femme avec qui la relation est quelque peu chaotique. Léo aime donner la vie, c’est un obstétricien de renom, son travail le satisfait pleinement, et il passe une partie de son temps livre à aider les femmes dans un centre du planning familial fortement controversé par les manifestants « pro life ». Depuis la mort de sa mère, le mutisme de Dora sur son passé le perturbe. Le silence sur l’identité de son père en particulier, alors qu’il n’a jamais osé questionner sa mère sur ses origines, puis son incompréhension face au choix de Dora d’être enterrée dans le cimetière cubain du Bronx, réveillent des interrogations enfouies tout au fond de lui.
Victime d’une agression à la sortie du planning familial, Léo se rétabli, mais soucieux d’éclaircir ses questionnements, il décide d’enquêter pour comprendre d’où il vient réellement. Il part pour Cuba, se confronter à son passé, à son histoire, et avancer vers un avenir qu’il espère plus serein. Là il démêlera le fil qui lui fera comprendre que son histoire familiale est liée à celle de la révolution et à l’un de ses principaux héros, Camillo Cienfuegos.

Les chapitres à New York alternent dès le début du roman avec le « livre de Dolores », ce journal qui décrit la vie d’une jeune fille de bonne famille dans le Cuba de 1959. Jeune et jolie, elle se consacre à la danse dont elle rêve de faire son métier. Héritière d’une famille aisée, la fortune de son père pourrait être liée aux sombres affaires et aux malversations approuvées par Batista, le dictateur en place, aux Etats Unis et à la mafia, principal pourvoyeur de cash de l’ile. La rencontre de Dolores avec Camillo, qu’elle a connu plus jeune et qui est devenu l’un des héroïques camarades de Fidel Castro et de son frère Raoul, au plus fort de la révolution qui est en marche dans le pays, va changer sa vie.

« Le jour se lève et ce n’est pas le tien » nous dévoile un pan de l’histoire et des relations entre les USA et Cuba. A la fois roman historique, polar, et roman d’amour, c’est un mélange savamment dosé qui transporte le lecteur dans une folle aventure qui se poursuit sur plusieurs décennies.

J’ai particulièrement aimé sentir l’âme de la revoluciòn, celle qui portait les plus sincères de ses combattants. Mais également découvrir les conflits intérieurs qui pouvaient agiter les individus et les familles qui croyaient en une révolution qui sauverait leur pays de la corruption et de la mainmise des mafieux sur leurs richesses. Ces cubains ont parfois aidé des révolutionnaires qui se sont à leur tour laissés envahir par l’est, pour établir une dictature qui a laissé le pays à la traine et exsangue. Bien écrit, rythmé, particulièrement d’actualité et tout à fait crédible, j’ai dévoré ce roman absolument passionnant avec un énorme plaisir.

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Catalogue éditeur : Editions Héloïse d’Ormesson

New York, 2009. Pourquoi Dorothy Parker a-t-elle souhaité être enterrée au cimetière de Union City, à Long Island ? Léonard, son fils, obstétricien de renom à Mont Sinai Hospital, n’en a strictement aucune idée. Pourtant, en dépit du serment fait à sa mère, il sent que l’heure est venue d’éclaircir le brouillard qui entoure ses origines et de dérouler le fil de son histoire. Commence alors une folle course-poursuite qui le mènera dans les arcanes du passé, l’obligeant à tout laisser derrière lui.
La Havane, 1959. Le destin réunit Dolores et Camilo, Lire la suite

368 pages / 20€ / Paru le 1 septembre 2016 / ISBN : 978-2-35087-350-3
Photo de couverture Jessica Lia/Millennium Images, UK

L’accident. Chris Pavone

Tout au long de sa vie, un éditeur est à la recherche « du manuscrit » , celui que tout le monde va lui envier, celui qui fera la fortune de sa maison d’édition. Attention, avec « L’accident » de Chris Pavone, que le prix à payer ne soit largement au-dessus de vos moyens !

Domi_C_Lire_l_accident_chris_pavone.jpgNew York, Isabel Reed, agent littéraire, rêve de dénicher Le manuscrit qui installera ses compétences et la rendra indispensable dans le monde de l’édition. Sans faire trop d’effort, « Le » manuscrit est déposé un matin sur son bureau. Simple exemplaire papier parfaitement incongru dans un monde numérique et dématérialisé. Si le mystère reste entier quant à sa provenance, le sujet est un brûlot qu’il vaut mieux cacher au monde de l’édition et de la politique avant même de pouvoir envisager de l’éditer. Il retrace, réalité ou fiction, la vie tumultueuse et sans scrupule de Charlie Wolfe, un magnat des affaires qui souhaite aujourd’hui entrer en politique. La parution du roman serait pour lui synonyme de faillite et de déshonneur. Point de nom d’auteur, juste un mystérieux « anonyme » et des révélations sulfureuses. Et dangereuses, car ceux qui touchent de près ou de loin au manuscrit tombent sous les balles…
Le manuscrit doit donc rester secret, et pourtant quelques copies pirates vont être réalisées par différents collaborateurs, personnages très tranchés, un peu désespérés chacun dans son domaine, qui ont tout à prouver, à eux ou aux autres, pour enfin s’affirmer et s’accomplir professionnellement. Ce qui accentue le côté désespéré et le sentiment d’urgence qui attisent l’intrigue et font monter le suspense.
Prise entre les feux croisés de dangereux individus – sont-ils des amis, des ennemis, des espions, des policiers, des enquêteurs, la définition est floue mais le risque quant à lui est bien réel – Isabel à l’intuition d’un possible auteur, et surtout comprend très vite qu’elle doit fuir et se cacher si elle veut réussir à publier « l’accident ». Alors que les pas des nettoyeurs les entrainent de New York à Copenhague, de Paris à Munich, les méandres et les trahisons s’accumulent et se confondent pour le plus grand plaisir du lecteur.

Un thriller captivant dans ce monde de l’édition tellement loin de notre réalité de lecteur, mais tellement passionnant aussi par sa complexité et ses méandres. On ne s’ennuie pas une minute et le rythme soutenu ne donne absolument pas envie de fermer ce livre avant la fin !

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Catalogue éditeur

Traduit par Séverine QUELET

Il y a des manuscrits, dans la vie d’un éditeur, et il y a LE manuscrit. Le carton assuré, celui qui fera l’effet d’une bombe. Si, d’ici là, il ne vous vaut pas une balle dans la tête…
L’Accident, dont l’auteur est anonyme, est de ceux-là.
Isabel Reed, agent littéraire à Manhattan, sait qu’il faut agir vite. N’en parler à personne. Le faire publier, à tout prix…Lire la suite

Parution : 14 Janvier 2016 / Pages : 496 p. / Série : Les Noirs / EAN : 9782265099357

Se lever à nouveau de bonne heure, Joshua Ferris

Se lever à nouveau de bonne heure, ou les états d’âme d’un dentiste New-yorkais à  l’heure du 2.1

J’ai eu très envie de lire ce livre pour des raisons qui n’ont rien à voir avec la littérature : Le protagoniste principal est dentiste, grand supporter d’une équipe de baseball et il vit à New York…. Ceux qui me connaissent bien comprendront !

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New York © DCL-DS2015

A New York donc, Paul O’Rourke exerce brillamment son métier de dentiste assisté par Connie, son ex-petite amie, juive non pratiquante, par Betty, catholique convaincue et prosélyte, et par Abby, discrète et relativement efficace. Son cabinet est prospère et tout semble aller pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles.

Un jour, alors que Paul est totalement réfractaire à tous médias sociaux, il découvre son propre site internet, très complet et précis, sur lequel foisonnent de bien étranges publications. Facebook, Twitter, le blog, rien ne lui sera épargné et l’usurpation d’identité est avérée. A l’heure des piratages de sites, de boites mail ou de profil Facebook, chacun se demande, tout comme Paul, comment réagir. Faut-il tout détruire et abandonner toute publication, réagir ou au contraire se taire. Les questions sont posées et l’auteur n’en donne aucune réponse, à chacun d’entre nous de s’interroger.

Joshua Ferris déroule un personnage imperturbable et sûr de lui, de ses valeurs, aux affirmations catégoriques. Son parti pris à propos de la religion, son enthousiasme à l’égard des équipes de baseball ou même ses allégations à l’égard de ses patients, parfois gentilles mais plus souvent caustiques sont autant de moments particulièrement cocasses. Ce qui est intéressant, c’est le cheminement qui va s’opérer dans les pensées de Paul. Au fil de pages, on découvre ses réactions, ses interrogations et ses questionnements sur la vie, la religion, sur son rapport aux autres, subitement bouleversés par ces écrits qui ne sont pas les siens, mais dont il aurait pu être l’auteur… ou pas.

Le style est drôle, sarcastique avec un fond comique qui vous fait parfois exploser de rire alors que la situation est loin d’être humoristique. J’ai adoré certains passages. Les situations parfois burlesques, les interrogations de Paul, sa mauvaise foi évidente par moment, son manque de remise en question puis son acceptation d’une situation qui aurait dû le révolter sont autant de questions que chacun peut se poser. C’est pour moi une belle découverte de cette rentrée littéraire. Et je vous promets qu’après avoir lu ce livre vous ne considérerez plus votre fil dentaire de la même façon !

Catalogue éditeur : Jean-Claude Lattès

Traduit de l’anglais par Dominique Defert

Paul O’Rourke est un dentiste hors-pair, un New-Yorkais qui entretient avec sa ville des rapports ambigus, un athée convaincu, un supporter désenchanté des Red Sox, et grand amateur de mokaccino. Et pourtant il est hors du monde moderne. Son métier, certes, occupe ses journées, mais ses nuits ne sont qu’une succession de regrets ; il ressasse les erreurs qu’il a commises avec Connie, son ex-petite amie (qui est également l’une de ses employées) et, tour à tour, vitupère ou s’émerveille devant l’optimisme du reste de l’humanité.

Ainsi va sa vie, jusqu’à ce que quelqu’un se fasse passer pour lui sur le web. Impuissant, Paul O’Rourke voit, avec horreur, paraître en son nom un site internet, une page Facebook et un compte Twitter, qui semblent vouloir faire l’apologie d’une religion ancienne tombée dans l’oubli. Mais cette imposture on line, bientôt, ne se contente plus d’être une simple et odieuse atteinte sa vie privée. C’est son âme même qui se retrouve en danger, car son double numérique est peut-être bien meilleur que sa version de chair et de sang. Ce nouveau roman de Joshua Ferris, vertigineux d’inventions, empreint d’un humour caustique, s’attaque aux trois fondamentaux de notre existence moderne : le sens de la vie, l’inéluctabilité de la mort, et la nécessité d’avoir une bonne hygiène dentaire.

Joshua Ferris est l’auteur de deux précédents romans : Open Space et Le Pied Mécanique. Ses nouvelles ont été publiées par le New Yorker, Granta, Tin House et The Best American Short Stories. Le New Yorker l’a placé dans sa liste des meilleurs jeunes auteurs en 2010. Il vit à New York.

EAN : 9782709642972 / Parution : 02/09/2015 / 420 pages / 22.00 €

Constellation. Adrien Bosc.

Découvrir sous la plume d’Adrien Bosc les dernières heures des passagers du Constellation

Domi_C_Lire_constellation_adrien_bosc_stock.jpgConstellation, le super avion d’Air France décolle d’Orly le 27 octobre 1949 avec trente-sept passagers et onze membres d’équipage, il s’écrase au large des Açores la même nuit. En cette année du centenaire de Piaf, chacun se souviendra qu’à son bord il y avait celui qui devait la rejoindre à New York pendant sa tournée américaine, son grand amour de l’époque, le boxeur Marcel Cerdan.

Cet oiseau chromé est aussi appelé l’avion des stars et ce voyage ne fait pas exception puisqu’à son bord on trouve essentiellement des passagers très connus comme Marcel Cerdan ou la violoniste Ginette Neveu et d’autres beaucoup moins célèbres mais qui appartiennent à cette élite de nantis qui peut se permettre financièrement ce voyage. Il y a aussi quelques passagers d’opportunité tels ces bergers Basques ou cette ouvrière bobineuse de Mulhouse, ces anonymes qui sont du voyage car la traversée leur a été offerte, à eux qui s’envolent pour démarrer une nouvelle vie sur le nouveau continent.

Tout au long de ce roman qui tient d’avantage du récit et de l’enquête journalistique, nous allons découvrir les trajectoires des différents passagers, comment ils se retrouvent sur ce vol, mais aussi découvrir les autres, ceux qui gravitent autour d’eux, ou même ceux qui auraient dû y être et que le hasard a empêché de s’embarquer. Les chapitres alternent rapidement entre la vie de chacun des passagers, donnant ainsi une réalité et une seconde existence à ces hommes et ces femmes oubliés de l’histoire, et la réalité du vol, puis de la catastrophe, de l’enquête qui s’est déroulée à l’époque, des réactions de par le monde, donnant du rythme au roman. J’ai été un peu déstabilisée par la fin, les lignes sur Blaise Cendras me semblent tombées de je ne sais où.

HUDSON
Sur les bords de l’Hudson, dans le comté de Westchester © DCL-DS2015

Ah oui, j’avoue aussi un élan d’affection particulier pour la famille Hennessy qui vivait dans le comté de Westchester dans l’état de New York, puisque je viens d’y passer quelques jours, j’imagine parfaitement Simone Hennessy à Dobbs ferry et les bords de l’Hudson River.

WESTCHESTER

J’avais lu beaucoup de commentaires sur ce livre présent en 2014 dans de nombreuses sélections de prix littéraires et au final j’ai bien aimé, même si je l’imaginais et l’aurais souhaité un peu plus romancé. Pourtant il me semble que sous sa plume implacable et fluide, Adrien Bosc a trouvé un juste équilibre entre ce qui peut être imaginé, le résultat de ses enquêtes, de son travail de recherche, et les hasards, les rencontres, les dates qui se retrouvent et se rejoignent, coïncidences certainement dues à la volonté de l’observateur qui analyse le passé, mais qu’il est toujours intéressant de rapprocher. Et l’auteur pose quelques questions au passage : le destin, le hasard, les circonstances qui font que vous  êtes là où vous devriez être, pour le meilleur ou pour le pire parfois, comme si dans les constellations était écrit une part de notre destin, de notre histoire.

💙💙💙💙

Lire aussi mon avis sur le roman d’Adrien Bosc Capitaine


Catalogue éditeur : Stock

Le 27 octobre 1949, le nouvel avion d’Air France, le Constellation, lancé par l’extravagant M. Howard Hughes, accueille trente-sept passagers. Le 28 octobre, l’avion ne répond plus à la tour de contrôle. Il a disparu en descendant sur l’île Santa Maria, dans l’archipel des Açores. Aucun survivant. La question que pose Adrien Bosc dans cet ambitieux premier roman n’est pas tant comment, mais pourquoi ? Quel est l’enchaînement d’infimes causalités qui, mises bout à bout, ont précipité l’avion vers le mont Redondo ? Quel est le hasard objectif, notion chère aux surréalistes, qui rend « nécessaire » ce tombeau d’acier ? Et qui sont les passagers ? Si l’on connaît Marcel Cerdan, l’amant boxeur d’Édith Piaf, si l’on se souvient de cette musicienne prodige que fut Ginette Neveu, dont une partie du violon sera retrouvée des années après, l’auteur lie les destins entre eux. « Entendre les morts, écrire leur légende minuscule et offrir à quarante-huit hommes et femmes, comme autant de constellations, vie et récit. »
Stock / Collection : 
La Bleue / Parution : 20/08/2014 / 198 pages /Format : 135 x 215 mm / EAN : 9782234077317 / Prix: 18.00 €

Nous ne sommes pas nous-mêmes. Matthew Thomas

Matthew Thomas décrit l’Amérique des années 50 à 90 et le lecteur suit avec bonheur ce roman de vie, l’amour, de mort.

C’est un roman étrange, qui file comme la vie, de pages en pages, lentement, brusquement, avec douleur, avec bonheur, avec tendresse, qui parle de la souffrance, qui aborde la maladie, le temps qui passe, la difficulté d’être parents ou même enfants, qui parle de l’oubli. J’ai vraiment aimé, et s’il y a quelques lenteurs, quelques longueurs, je les ai ressenties comme les reflets d’une vie.

Eileen est issue d’une famille d’émigrés irlandais, d’un père ancien camionneur qui passe ses soirées dans les bars, idole de tout un quartier et d’une mère qui sombre dans l’alcool pour oublier la grisaille du quotidien. Dans le Queens des années d’après-guerre, son enfance en demi-teinte va lui donner l’envie de s’en sortir, d’étudier pour avoir une vie plus belle, dans ce New York où tout est possible si l’on s’en donne la peine. Trouver un mari qui lui permettra de s’en sortir est indispensable, et Ed Leary, chercheur et professeur promis à un brillant avenir, lui parait être un parti tout à fait acceptable. Pourtant, très rapidement, Eileen se rend compte qu’Ed na pas la même vision de la réussite sociale ni les mêmes aspirations qu’elle.

Néanmoins, Eileen va tout faire pour réussir, pousser son mari à accepter des postes plus favorables, acheter l’indispensable maison confortable qui peut assoir sa réussite, avoir des enfants, accéder dans son travail à davantage de responsabilité, mais aussi profiter de la vie, pour atteindre le rêve américain. C’est une mère qui a assez d’ambition et de pugnacité pour faire progresser toute sa famille au sein de la société américaine. Eileen et son mari vont devoir faire des emprunts pour assurer les études de leur fils, et là l’auteur aborde une contrainte toujours actuelle de ce rêve américain qui est bien loin de notre confort français, le coût exorbitant des études aux Etats Unis. Ils feront aussi des emprunts pour acheter une bien plus belle maison, celle dans laquelle Eileen sera fière d’inviter ses amis pour leur montrer sa réussite. Tout marche bien et le rêve se réalise peu à peu, même s’il reste beaucoup à faire pour concrétiser toutes les aspirations d’Eileen.

Mais c’est sans compter sur la maladie de Ed qui va s’insinuer dans ce projet de vie que rien de semblait pouvoir freiner. Insidieuse et violente, sans retour possible vers une vie normale, une maladie à laquelle Eileen va devoir faire face seule. Son fils va se défiler, ne sera pas là pour aider ce père qui diminue chaque jour, ce père avec qui il allait suivre les matchs de base-ball au stade. Difficile de lui en vouloir vraiment, même si avec le recul le lecteur sait bien qu’il passe forcément à côté d’instants de vie irremplaçables à partager avec son père. C’est la lente progression d’une arme destructrice, cette maladie détruit les êtres qu’elle touche, mais aussi ceux qui les entourent. On peut penser qu’Eileen n’est pas toujours très sympathique, même si elle n’est pas non plus antipathique, mais on ne peut nier qu’elle saura faire face dans l’adversité la plus profonde et la plus terrible.

Et là éclate comme une évidence le fait que dans la vie, il n’est pas toujours nécessaire de vouloir plus pour vivre mieux, et surtout qu’il est primordial de profiter de tout et de tous au jour le jour, de dire à ceux qu’on aime qu’ils comptent vraiment, avant qu’il ne soit trop tard pour le faire.

L’auteur nous présente une vision intéressante de New York des années 40 à 90. Avec Eileen, nous vivons l’évolution des quartiers, du Queens mais aussi du Bronx avec l’arrivée de ses différentes populations d’émigrés qui changent au fil des décennies. Eileen trouve son quartier trop différent de celui qu’elle a connu enfant, elle y perd tous ses repères et souhaite en partir pour habiter enfin la maison victorienne de ses rêves, celle où elle trouvera enfin le bonheur. J’imagine que c’est le modèle idéalisé de la promesse américaine d’un monde meilleur et de la réussite pour tous, en particulier après la seconde guerre mondiale.

Dans ce roman, nous découvrons aussi la spécificité de l’assurance maladie aux USA, où il est parfois nécessaire d’hypothéquer tous ses biens pour se soigner correctement. C’est un monde tellement loin de notre confort de soins français qu’il est à peine compréhensible. Eileen saura faire face, y compris lorsque la solution la plus favorable lui conseillerait de divorcer pour ne pas risquer d’être ruinée, elle restera fidèle comme un roc à Ed, ce mari auquel elle s’est attachée, malgré le peu d’élans de tendresse et de signes apparents de cet amour dont elle fait preuve, sans doute victime de son éducation et de son époque, où les sentiments ne doivent pas être démonstratifs.

Un premier roman attachant, émouvant, qui se lit très bien malgré ses presque huit cent pages. Le rythme fluide et direct est parfois lent, comme en symbiose avec le temps qui passe. C’est une belle découverte.

Catalogue éditeur : Belfond

Une révélation littéraire comme on en voit rarement. Épique, tendre, cruelle, traversant toute la deuxième moitié du xxe siècle, une œuvre bouleversante qui, à travers le désir d’ascension d’une femme, interroge l’American Dream et rappelle les plus belles heures du grand roman américain.

De son enfance dans un minuscule appartement du Queens d’après-guerre, fille unique d’un père camionneur idole du quartier, et d’une mère qui noyait sa mélancolie à grands coups de scotch, Eileen Tumulty a tiré un principe : toujours viser plus haut, ne jamais renoncer à sortir de sa condition.
Faire des études, décrocher un diplôme d’infirmière : Eileen s’accroche, s’endurcit. Tomber amoureuse, épouser Ed : Eileen s’envole, elle a de l’ambition pour deux. Donner naissance à un fils, trouver la maison de ses rêves, former une vraie famille : Eileen veut encore plus, encore mieux.
Et pourtant…
Les rêves ne sont-ils jamais que des rêves ?
Sentir la menace, redouter le pire, se révéler dans l’épreuve.