État d’ivresse. Denis Michelis

La mère, le fils, l’alcool et la solitude de celle qui détruit sa vie chaque jour à petite gorgée… c’est l’État d’ivresse selon Denis Michelis

C’est la mère de Tristan, un adolescent de 17 ans qu’elle ne reconnait plus, c’est l’épouse d’un mari absent qui laisse des messages qu’elle n’entend pas… c’est l’amie de Célia, sa voisine et disons le plutôt son ex-meilleur amie, et surtout, c’est une femme en état d’ivresse du matin au soir. Vautrée dans son canapé, elle cherche les combines les plus improbables pour acheter, cacher, consommer tout l’alcool possible, ces doses qui lui feront oublier sa solitude, son désespoir dans cette maison vide qu’elle exècre.

Journaliste, mère, épouse, femme brisée… bien sûr elle sait qu’il faudrait se soigner, arrêter, ne plus boire, mais rien ne peut l’en empêcher. Difficile dégringolade, pitoyable dégringolade de cette femme perdue. L’alcoolisme féminin est toujours si dramatique. Quand rien, pas même son enfant, ne peut vous faire stopper la chute inexorable.

L’auteur s’est faufilé dans la tête de sa narratrice pour la faire parler, et son roman est criant de vérité, de désespoir, de justesse aussi. Étonnant par la différence de langage, de personnages qui cohabitent dans la tête malade de cette femme désespérée, qui boit et oublie, qui boit et se perd, qui boit tant que ça ressemble presque à un suicide, et  que l’on a tant envie de secouer.

Ce roman me fait penser au roman à celui de Cathy Galliégue Et boire ma vie jusqu’à l’oubli qui abordait également ce thème et que j’avais trouvé particulièrement réussi. Dans le roman de Denis Michelis État d’ivresse il m’aura manqué quelque chose pour vraiment compatir et comprendre cette femme, l’origine de son état ou un espoir de solution pour l’avenir. Là j’ai eu l’impression de plonger dans cette ivresse sans plus jamais pouvoir en sortir, une immersion dans le désespoir à l’état pur en somme.

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Catalogue éditeur : Notabilia Noir sur Blanc

État d’ivresse brosse le portrait d’une femme brisée qui, en s’abîmant dans l’alcool, se fait violence à elle-même. La mère d’un adolescent, en état d’ivresse du matin au soir, se trouve en permanence en errance et dans un décalage absolu avec la réalité qui l’entoure. Épouse d’un homme absent, incapable d’admettre sa déchéance et plus encore de se confronter au monde réel, elle s’enferme dans sa bulle qui pourtant menace de lui éclater au nez. 

Comme dans ses deux précédents romans, on trouve sous la plume de Denis Michelis les thèmes de l’enfermement et de la violence conjugués à l’impossibilité d’échapper à son destin.

« Il ne me reste plus qu’à prendre mon élan, qu’à courir pour sortir de cette maison et ne plus jamais y revenir. Mais quelque chose m’en empêche, et cette chose se trouve là, à mes pieds : mon verre tulipe. »

Date de parution : 03/01/2019 / Format : 12,8 x 20 cm, 180 p., 14,00 € / ISBN 978-2-88250-545-3

L’ombre de nos nuits. Gaëlle Josse

« L’ombre de nos nuits » nous plonge dans l’atmosphère sombre et magnétique du magnifique tableau de Georges de La Tour, « Saint Sébastien soigné par Irène », que nous contemplons à côté de la narratrice, postée devant la toile, au musée de Rouen.

L’ombre de nos nuits -

Janvier 1639, à Lunéville, alors que la guerre de trente ans et que la peste dévastent la Lorraine, le peintre à l’intuition de ce tableau, pour lequel ses proches, sa fille en particulier, vont poser. Cette toile que le peintre destine, dans le secret de son âme, au roi de France. Nous le suivons, lui, son fils, son apprenti, dans la réalisation de cette toile magistrale. Œuvre intrépide, gigantesque, passion et folie d’un maitre qui fait surgir de ses peintures et de ses pinceaux, des visages, des ombres, des teintes que l’on pourra contempler pendant des siècles avec toujours autant de passion et de bonheur. Comment de simples pigments, couleurs, tonalités, peuvent-ils exprimer autant de force et de douceur, voilà bien un mystère.

En 2014, aux Musées des Beaux-Arts de Rouen, prostrée devant la toile, la narratrice va suivre un chemin intérieur vers le souvenir d’un amour passé, qu’elle avait cru oublié, quelle a cru recevoir en retour, qu’elle a perdu, qui ne sera plus jamais, et qui lui laisse un si grand vide au milieu du clair-obscur de ses souvenirs, de la passion, de ses regrets sans doute.

Les deux récits alternent, chapitre après chapitre, d’un siècle à l’autre, d’une souffrance et d’un amour exprimé à l’autre, pour finalement réussir à se rejoindre et s’émouvoir. Le jeu des écritures et des italiques nous permet de suivre aisément plusieurs personnages, leurs sentiments et leurs questionnements. L’écriture est belle, les époques et les sentiments se rejoignent sans heurt, et lorsque l’auteur s’exprime par la voix du peintre, de son apprenti, de sa narratrice, nous la suivons. Tout comme lorsqu’elle nous donne envie de courir à Rouen redécouvrir ce tableau.

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Dans la sélection du prix Orange du livre 2016

Catalogue éditeur : Noir sur Blanc, Notabilia

Deux récits se dessinent dans L’ombre de nos nuits, avec au centre un tableau de Georges de La Tour. En 1639, plongé dans les tourments de la guerre de Trente Ans en Lorraine, le peintre crée son Saint Sébastien soigné par Irène. De nos jours, une femme, dont nous ne saurons pas le nom, déambule dans un musée et se trouve saisie par la tendresse et la compassion qui se dégagent de l’attitude d’Irène dans la toile. Elle va alors revivre son histoire avec un homme qu’elle a aimé, jusque dans tous ses errements, et lui adresser enfin les mots qu’elle n’a jamais pu lui dire. Que cherche-t-on qui se dérobe constamment derrière le désir et la passion ?
En croisant ces histoires qui se chevauchent et se complètent dans l’entrelacement de deux époques, Gaëlle Josse met au cœur de son roman l’aveuglement amoureux et ses jeux d’ombre qui varient à l’infini.

Date de parution : 07/01/2016 / Format : 12,8 x 20 cm, 192 p., 15.00 € / ISBN 978-2-88250-401-2

Blog de Gaëlle Josse
http://gaellejosse.kazeo.com/