La lionne du barreau, Clarisse Serre

Je suis une femme, je fais du pénal, j’exerce dans le 9-3, et alors ?

Clarisse Serre est avocate. Et femme.
Pourtant elle n’a pas choisi la facilité lorsque elle s’est orientée vers le pénal.

Mais alors, qu’est-ce qui fait qu’une jeune avocate choisit cette spécialité, qu’elle y reste et s’y fait un nom. Qu’elle prouve son sérieux et son professionnalisme à tel point que les bandits, enfin, pas seulement, décident de la choisir pour assurer leur défense. Certainement le fait qu’elle n’a aucune langue de bois, un sérieux à toute épreuve, et une passion pour un métier qui ne pardonne aucun écart.

Ajoutons à cela que pour corser le tout, elle a choisi d’installer ses bureaux à Bobigny. Pour qui connaît la banlieue parisienne ce n’est pas forcément la première situation qui viendrait à l’idée, surtout aussi près de Paris, et sachant l’addiction de certains à l’image que renvoi le fait d’officier dans la ville lumière.

Clarisse a osé, s’y est installée et y travaille depuis des années. Enfin, sillonne la France et ses tribunaux serait plus exact puisque son métier nécessite de nombreux déplacements en province. Dans La lionne du barreau, elle évoque ce métier qui est avant tout une passion et n’ayons pas peur des mots, ‘une vocation. Métier pour le moins très prenant, exigeant, il est parfois bien difficile de mettre la distance souhaitée avec certains clients, de se faire respecter. Elle y excelle et son livre est là pour donner envie et du courage à toutes celles qui hésitent, en montrant que la force, la conviction, la passion, permettent d’arriver à réaliser ce que l’on souhaite au plus profond de soi.

J‘ai aimé le dynamisme, la force de conviction et l’assertivité dont Clarisse Serre fait preuve tout au long de ce livre, un exemple à suivre assurément, un livre à lire et à faire lire.

Catalogue éditeur : Sonatine

Dans les couloirs des tribunaux, on la surnomme « la lionne ». Clarisse Serre détonne à tous les niveaux parmi les avocats pénalistes. Quand ses confrères ont adopté le confort d’un cabinet parisien, elle préfère s’installer à Bobigny. Quand elle embrasse sa carrière dans le pénal, c’est pour défendre des délinquants violents ou des figures du grand banditisme. Comment une femme peut elle trouver sa place dans cet univers brutal ? À force de ténacité, répond l’intéressée. Qu’elle évoque les affaires qu’elle a plaidées, sa vision du système judiciaire, ses doutes, ses combats, ou encore le féminisme, Clarisse Serre bouscule par son goût de la controverse et son franc-parler. Frondeuse, intrépide et incisive… Il existait des ténors du barreau – une diva est née !

Classée parmi les trente avocats les plus puissants de France par le magazine GQ, Clarisse Serre a su gagner le respect de ses confrères comme de ses clients, qu’ils soient petits délinquants ou criminels endurcis. Un rapport au réel brut et sans fard, qui n’est pas passé inaperçu puisqu’elle a été consultante pour la série phénomène de Canal Plus Engrenages.

20.00 € / EAN : 9782355847882 / Date de parution : 15/09/2022 / pages : 192

Mirdidingkingathi Juwarnda Sally Gabori, Fondation Cartier

« Voici ma terre, ma mer, celle que je suis »

La Fondation Cartier pour l’art contemporain présente la première exposition personnelle de l’artiste aborigène Mirdidingkingathi Juwarnda Sally Gabori hors de l’Australie

Sally Gabori est venue à la peinture très tard. Pour ses « sans doute » 80 ans, puisque les dates de naissance sont assez approximatives, elle découvre la couleur et l’expression artistique dans le centre d’art de Mornington, près de son epad. Elle va peindre pendant un peu moins de quinze ans près de 2000 toiles, jusqu’à son décès en 2015.

Rapidement elle passe au grand format, plus propice à exprimer ce qu’elle désire. Car elle ne fait pas de l’art abstrait, mais bien du figuratif. Elle représente sur les immenses toiles les endroits de l’île Bentonck, ou l’île Morninton voisine, dans le golfe de Varpentarie au nord de l’Australie. Mais aussi les membres de sa famille. Il faut savoir que dans le peuple kaiadilt auquel elle appartient les personnes sont nommées en fonction de leur lieu de naissance. C’est donc bien de ses proches qu’elle parle lorsqu’elle peint les lieux de leur naissance.

Alors que son peuple ne possédait aucune tradition iconographique, Sally Gabori invente une nouvelle forme d’expression et invite sa famille ou ses amies à la rejoindre pour réaliser certaines œuvres.

J’ai adoré les couleurs, les tonalités, les ensembles composés de plusieurs tableaux qui se répondent. La technique qui peut paraître simple est cependant très élaborée puisque Sally Gabori travaille selon la technique alla prima, c’est-à-dire avant que la couche inférieure soit sèche, pour faire muer les couleurs qui se marient pour rendre ces tonalités si particulières et ces jeux de transparence. Elle qui n’utilise que des couleurs pures excelle autant dans des couleurs pastel et douces que dans le blanc ou les couleurs vives.

Les salles de la fondation Cartier sont tout à fait adaptées à l’exposition de ces formats gigantesques, la visite est très agréable et la lumière diffuse une belle chaleur sur ces immenses aplats de couleur.
Sally Gabori née vers 1924 est décédée en 2015.

Fondation Cartier pour l’art contemporain
261 bd raspail Paris 14
Exposition jusqu’au 6 novembre.

Rosa bonheur et l’atelier de By, A la FolieThéatre

à la découverte de l’artiste animalière Rosa Bonheur

Au château de By, l’artiste Rosa bonheur vit enfin comme elle le souhaite, proche de la nature, entourée d’animaux qu’elle peux peindre à satiété, sans être constamment importunée dans son atelier par un défilé de visiteurs hautement improductifs.
En ce 14 août 1863 elle attend impatiemment un courrier important, son marchand d’art Ernest Gambart vient la trouver pour lui apprendre une mauvaise nouvelle de vive voix.

C’est dans cette atmosphère d’attente que se déroule la pièce. Chaque personnage, chaque élément est prétexte à nous présenter la vie et l’œuvre de l’artiste dont on fête cette année le bicentenaire de la naissance.

La pièce et les acteurs emplissent toute la salle de leur énergie, leur maîtrise du texte, et nous plongent deux siècles en arrière le temps de la représentation.

J’ai été transportée avec bonheur dans ce château à l’orée de Fontainebleau qu’elle a occupé pendant plus de quarante ans. J’ai aimé mieux connaître la femme indépendante et affirmée, l’artiste reconnue par les collectionneurs anglo-saxons quand la France lui refusait encore le droit d’entrer à l’académie de peinture, la grande spécialiste de la peinture de paysages, d’animaux, de nature, en opposition aux standards de son époque et qui a laissé de somptueuses œuvres picturales.

Une pièce formidable d’une heure et quart mais surtout des minutes qui défilent à toute allure tant on se plaît en compagnie de Rosa et de celles et celui qui l’accompagnent ici.

Pour aller plus loin :
Une exposition Rosa Bonheur va débuter en octobre au musée d’Orsay.
Une visite du château de By en Île de France pour tous ceux qui veulent approfondir leur connaissance de cette artiste.
Un roman J’ai l’énergie d’une lionne dans un corps d’oiseau publié aux éditions Albin Michel, Patricia Bouchenot-Dechin

Auteur : Barbara Lecompte
Artistes : Aurélia Frachon, Laurent Ledermann, Hélène Phénix, Sabine Pisani, Marie-Line Grima, Martine Piat-Raffier, Myriam Descoutures
Metteur en scène : Yves-Patrick Grima, Marie-Line Grima
@rosabonheur_lapiece
A La Folie Théâtre – Grande Salle
6 rue de la Folie-Méricourt 75011 Paris
Jeudi, samedi, dimanche

Le Loup des Cordeliers, Henri Loevenbruck

Une incursion réussie au temps de la Révolution française

Paris, 1789. le souffle de la révolte gronde. Les parisiens et les français ont faim, le pain coûte de plus en plus cher, et le peuple a de plus en plus de mal à seulement survire. La révolte est aux portes de Versailles, les États Généraux sont convoqués, l’Assemblée nationale est crée contre la volonté du Roi Louis XVI, et la Bastille sera bientôt conquise par les révolutionnaires.

Le soir venu, un individu prend la défense des femmes agressées et détroussées dans les rues de Paris. Accompagné d’un Loup féroce tenu en laisse et formé au combat, ce mystérieux justicier masqué et vêtu de noir est insaisissable. Il signe ses actes d’un bien étrange signe au front des cadavres qu’il sème sur sa route.

C’est dans ce contexte que Gabriel Joly arrive à la capitale. Le jeune homme a déjà roulé sa bosse et rêve aujourd’hui de devenir journaliste. Pourtant seule la rédaction de la page des spectacles lui est proposée lorsqu’il commence à travailler dans le journal de son oncle. Mais Gabriel rêve d’enquête policière et avec l’aide du commissaire Guyot il décide de se pencher sur le mystère du Loup des Cordeliers, ce quartier et ce couvent dont il fréquente assidûment la bibliothèque, attiré par la charmante bibliothécaire muette mais si jolie.

A ses côtés, le lecteur part à la rencontre de Danton, de Desmoulins, Mirabeau ou encore Robespierre, mais aussi des femmes comme Olympe de Gouges ou encore Anne-Josèphe Terwagne qui tient ici un rôle déterminant de féministe engagée. L’importance et le rôle parfois ambigu des loges maçonniques est également fort bien décrit et documenté. Enfin, la manque de liberté et la main mise du pouvoir sur les médias est bien explicitée, ainsi que leur désir d’émancipation.

Henri Loevenbruck réussi le pari de nous faire aimer l’Histoire en posant un regard neuf sur la période complexe des prémices puis de la Révolution française. La narration n’est jamais fastidieuse, l’auteur nous fait participer au quotidien et aux interrogation de ces personnages historiques en nous les rendant plus accessibles.

Sachant que Le Loup des Cordeliers est un premier tome, j’ai attendu de pouvoir lire les suivants pour le commencer et j’en suis ravie, car le final donne terriblement envie d’ouvrir vite la première page du deuxième opus, Le Mystère de la Main Rouge.

Catalogue éditeur : Pocket, XO éditions

Mai 1789, un vent de révolte souffle sur Paris.

Gabriel Joly, jeune provincial ambitieux, monte à la capitale où il rêve de devenir le plus grand journaliste de son temps. un enquêteur déterminé à faire la lumière sur les mystères de cette période tourmentée.
Son premier défi : démasquer le Loup des Cordeliers, cet étrange justicier qui tient un loup en laisse et, la nuit, commet de sanglants assassinats pour protéger des femmes dans les rues de Paris…
Les investigations de Gabriel Joly le conduisent alors sur la route des grands acteurs de la Révolution qui commence : Danton, Desmoulins, Mirabeau, Robespierre, personnages dont on découvre l’ambition, le caractère, les plans secrets.
Alors que, le 14 juillet, un homme s’échappe discrètement de la Bastille, Gabriel Joly va-t-il découvrir l’identité véritable du Loup des Cordeliers, et mettre au jour l’un des plus grands complots de la Révolution française ?

XO éditions Parution : 24 octobre 2019 / 560 pages / Format : 241 x 155 mm / Prix : 21.90 euros
ISBN : 9782845638754
Pocket Parution : 08/10/2020 / EAN : 9782266313575 / pages : 640 / 8.75 €

Les envolés, Étienne Kern

Un incroyable fait divers aussi émouvant que déstabilisant

Le 4 février 1912, un homme se présente à l’aube au pied de la tour Eiffel. Il a obtenu de la préfecture l’autorisation de faire un essai de saut avec un parachute de son invention, saut qui sera effectué par un mannequin. Mais ce matin-là, Franz Reichelt décide qu’il sera le seul à tester sa création, qu’il se jettera des cinquante-sept mètres du premier étage de la tour.

Aucun suspense quant à l’issue de ce saut, ce sera hélas le premier mort filmé de l’histoire du cinématographe. Comment en est-il arrivé là ? Qui est-il ? Et pourquoi en parler aujourd’hui dans ce roman ?

Subjugué par le photos de cet homme qui pose dans un étrange costume bouffant, avec des coutures, des armatures, et du tissus à ne plus savoir qu’en faire, Étienne Kern tente de comprendre qui il était et qu’elle idée folle lui est passée par la tête pour aboutir à ce jour funeste du 4 février.

M., une amie de l’auteur, souffre d’une maladie grave. Il sont très liés, pourtant c’est par un tiers qu’il apprend qu’elle s’est jetée de son balcon pour en finir avec cette vie de souffrance.

Ces deux envolés deviennent alors le fil conducteur de ce roman singulier.

Franz Reichelt est arrivé d’un village près de Prague en Bohème. Issu d’une famille de cordonniers, c’est la couture qui le séduit. Rapidement il fait ses classes puis installe son atelier en France, près de l’Opéra, à Paris. Franz était l’ami d’Antonio, un créateur comme lui. Arrivé d’Espagne, il a enduré lui aussi la méfiance des français envers les émigrés. Tout les rapproche tant qu’ils deviennent amis. Mais un jour, Antonio se prend d’amour et de passion pour les aéroplanes, ces drôles d’engins volants dont on parle de plus en plus et pour lesquels les expériences les plus dingues sont menées par des fous qui n’ont peur de rien. De couturier expérimenté, reconnu et raisonnable, Antonio devient rapidement un expérimentateur aussi dément que les autres, jusqu’au jour où il décède dans son avion, alors qu’Emma, sa jeune épouse, vient de mettre au monde leur fillette.

Emma, jeune veuve et maman de la petite Rose arrive à Paris dans l’ex atelier de son époux,. Elle y trouve du travail. Elle rencontre Franz. Une relation plus intime se noue entre eux. Pour lui plaire, il cherche à réaliser le parachute qui aurait pu sauver la vie de son ami. Lorsqu’un concours est lancé pour récompenser l’inventeur du parachute idéal, Franz se jette dans la compétition. Puis expérimente son invention.

L’auteur pose de nombreuses questions. Pourquoi cet homme qui paraissait sensé décide ce jour-là de tenter lui même le saut qui causera sa perte ? Pourquoi personne dans son entourage n’a essayé de l’en empêcher ? Quelle folie prend ainsi ces hommes qui ont tenté l’impossible pour voler, créer ces merveilleuse machines qui paraissent folles aujourd’hui mais qui ont été les précurseurs de l’aviation contemporaine ?

Le questionnement est intéressant, tout comme le parti pris d’évoquer ces inventeurs pas toujours heureux. J’ai aimé découvrir la folie et le désespoir qui se mêlent à la joie de la réussite.

J’ai aimé découvrir ce personnage totalement fou, qui n’a pas hésité une seconde avant de s’élancer vers sa mort. Ah, si seulement on pouvait savoir ce qu’il a pensé pendant ces quelques secondes avant sa fin annoncée.

Le parallèle avec M., l’amie disparue est émouvant et interpelle. Qui sont ces envolés et comment en arrivent-ils là ? Un roman aussi bouleversant que triste, étonnant qu’instructif, qui m’a donné envie d’aller chercher des informations sur Franz et les autres merveilleux fous volants dans leurs drôles de machines. Il y a une grande poésie dans ces lignes. L’alternance entre le récit intime de la relation à l’amie, les recherches pour se rapprocher de Franz sans jamais avoir pu le rencontrer, et la façon dont Étienne Kern se l’est approprié pour nous en restituer les sentiments et les interrogations m’a particulièrement séduite.

Un roman de la sélection 2022 des 68 premières fois

Catalogue édieur : Gallimard

4 février 1912. Le jour se lève à peine. Entourés d’une petite foule de badauds, deux reporters commencent à filmer. Là-haut, au premier étage de la tour Eiffel, un homme pose le pied sur la rambarde. Il veut essayer son invention, un parachute. On l’a prévenu : il n’a aucune chance. Acte d’amour ? Geste fou, désespéré ? Il a un rêve et nul ne pourra l’arrêter. Sa mort est l’une des premières qu’ait saisies une caméra.
Hanté par les images de cette chute, Étienne Kern mêle à l’histoire vraie de Franz Reichelt, tailleur pour dames venu de Bohême, le souvenir de ses propres disparus.
Du Paris joyeux de la Belle Époque à celui d’aujourd’hui, entre foi dans le progrès et tentation du désastre, ce premier roman au charme puissant questionne la part d’espoir que chacun porte en soi, et l’empreinte laissée par ceux qui se sont envolés.

Parution : 26-08-2021 / 160 pages, 140 x 205 mm / ISBN : 9782072920820 / 16,00 €

Qui va là ? Thierry de Pina, Théâtre Les Déchargeurs

Alors que les spectateurs attendent l’acteur resté dans sa loge, un homme arrive dans la salle et s’approche de la scène. Un sac en plastique à la main, chaussé de baskets qui ont connu bien des sentiers, Alexandre Cabari reconnaît le fauteuil posé sur la scène. C’est celui dans lequel sa mère s’asseyait le soir, après ses longues journées de labeur. Cette mère qui l’a élevé et accompagné lorsque le père les a quittés, qui est « partie » et qu’il a portée si longtemps dans son sac plastique de Mr Édouard Leclerc. Dans cette urne dans laquelle il l’a retrouvée au détour d’une fugue parmi tant d’autres. Cette mère à qui il pense chaque jour.

Les souvenirs s’égrennent, les jours heureux, la chambre et le trou qu’il creusait chaque soir un peu plus dans le mur, contraint de rester là alors qu’il rêvait d’ailleurs, de jouer en bas au foot avec les autres, de tout sauf de cet univers restreint dans lequel ils évoluaient tous les deux.

L’abandon du père et ce nom qu’il porte comme une croix, celui d’un inconnu. Le travail et la fatigue de la mère, le décès, la solitude. Les trains de nuit qu’il prend sans billet mais en observant les dormeurs sereins qui passent un paisible trajet sans penser qu’on les observe. Et les souvenirs qui s’emmêlent et qu’il a du mal à remettre en place. Qu’importe puisque ce soir le lien est créé, les souvenirs lui viennent, il nous raconte et se retrouve dans les mots.

Un acteur incroyable que l’on se prend à croire et qui nous fait hésiter à lui répondre lorsqu’au détour d’un souvenir, d’une phrase, il nous questionne et nous sort de notre petit confort. Que l’on se sent privilégié, un peu bête, trop gâté, face à tant de solitude, d’inconfort, de silence, de tristesse. Même ses blagues tombent à plat, idiots que nous sommes, spectateurs de son désarroi, de sa tristesse, de son deuil, de son abandon.

Merci pour ce seul en scène émouvant, poignant et bouleversant qui passe les mardi et mercredi à 21h jusqu’au 25/05 à Paris avant de partir pour Avignon… En train de nuit peut être ?

Superbe texte d’Emmanuel Darley

La collection Morozov, Fondation Louis Vuitton

L’exposition est prolongée jusqu’au 3 avril 2022, somptueux, moderne, coloré, on adore !

L’exposition événement réunit plus de 200 chefs-d’œuvre d’art moderne français et russe des frères moscovites Mikhaïl Abramovitch Morozov (1870-1903) et Ivan Abramovitch Morozov (1871-1921). C’est la première fois depuis sa création, au début du XX ème siècle, que la Collection Morozov voyage hors de Russie.

Après l’exposition de la Collection Chtchoukine en 2016, la fondation Vuitton nous permet d’apprécier et de découvrir ces œuvres emblématiques.

L’expo est un hommage aux deux frères férus d’art moderne qui ont toute leur vie accordé un soutien inconditionnel à l’art contemporain européen et russe. Nés en 1870 et 1871, ils ont acquis au fil des ans une collection de 240 œuvres françaises et 430 russes.
Après la nationalisation en 1918, puis la mise au rancart ou même les différentes interdictions, la totalité des œuvres est aujourd’hui exposée dans différents musées en Russie. L’exposition est d’ailleurs réalisée en partenariat avec le Musée d’État de l’Ermitage (Saint-Pétersbourg), le Musée d’État des Beaux-Arts Pouchkine (Moscou) et la Galerie nationale Trétiakov (Moscou).

La ronde des prisonniers, de Vincent Van Gogh. Ce tableau est une merveille, en plus seul en scène dans cette salle, j’y suis restée très longtemps il m’a fascinée. Si toute l’exposition est absolument superbe, cette toile en particulier est à voir absolument. Vincent s’est fait interner à l’asile de Saint-Rémy de Provence, mais il manque de modèles et pourtant continue de travailler. Il va alors s’inspirer des documents que lui adresse son frère Théo. Cette toile majeure est la réinterprétation d’une gravure de Gustave Doré. Il ira jusqu’à donner sa couleur de cheveux au prisonnier au centre, avec ses bras ballants comme un autoportrait à la fois physique et mental.

Un parcours superbe pour un voyage chez les artistes iconiques de l’art moderne. À savourer sans modération.

Où : Fondation Louis Vuitton 8 av. du Mahatma Gandhi

Quand : jusqu’au 3 avril 2022

Trois ruptures, théatre

Tous au théâtre !

C’est au théâtre de la comédie Saint Michel. Un moment hors du temps pour trois tranches de vies qui se déroulent dans le même décor minimaliste, un canapé, une radio, et un couple.
Enfin, trois couples.
C’est évidemment ce moment où tout bascule qu’a voulu mettre en exergue l’auteur, et sa démonstration est habilement rendue par des acteurs à la hauteur des différentes scènes qu’ils interprètent.

  • Un fabuleux dîner, comme un point d’orgue à une relation qui s’étiole et que perturbe une chienne diversement appréciée par les deux protagonistes.
  • Un pompier de Paris terriblement attirant, enfin, ça dépend pour qui.
  • Un couple avec enfant. Ou plutôt avec une terreur domestique qui fait la loi, résistera, résistera pas, quel est le premier des deux qui craquera…

Un regard affûté et totalement décalé sur des moments du quotidien pris dans toute leur absurdité, leur cruauté, leur réalité. Un jeu d’acteurs intéressant, particulièrement dans cette façon de nous passer des messages à la limite de l’absurde. On écoute, on observe, on rit, on réfléchi, et avouons-le, ça fait un bien fou de retrouver des acteurs « en vrai ».


Où : théâtre la comédie Saint Michel au 95 bd Saint Michel à Paris.
Quand : le vendredi à 19h45
Auteur : Rémi de Vos
Mise en scène : Clara Pellé assistée par Amélie Hologan
Avec : Julian Watre-Pelle, Cornélie Havas, Clément Héroguer, Laura Charpentier

On ne peut vivre qu’à Paris, Emil Cioran

Traverser Paris en découvrant les aphorismes de Cioran

Les dessins de Patrice Reytier et les couleurs de Chantal Piot illustrent bien joliment les phrases de Cioran, dans ce recueil publié par les éditions Payot-Rivages.

Le livre idéal pour partir en balade dans les rues de notre capitale, en particulier au seuil de ce nouveau confinement.
Y découvrir ces aphorismes d’Emil Cioran qui ponctuent les traversées de Saint Germain, du jardin du Luxembourg, des quais, de Notre-Dame ou même du cimetière pour ne citer que celles-ci.

Qu’est-ce qu’un aphorisme ? Le Larousse nous dit : Phrase, sentence qui résume en quelques mots une vérité fondamentale. Énoncé succinct d’une vérité banale.

Ici, Cioran devient un personnage qui nous emmène à travers ses mots dans les différents quartiers de la ville. J’ai trouvé très intéressant d’approcher l’auteur par ce biais.
Ambition, doute, orgueil, ancêtres, solitude, l’âge, la santé, la musique, etc. il exploite tous les thèmes.
Né en 1911en Transylvanie, il arrive dès 1937 pour étudier dans cette ville qu’il avouera plus tard avoir le plus grand mal à quitter.
« Je ne peux vive qu’à Paris et j’envie tous ceux qui n’y vivent pas »

Le graphisme de Patrice Reytier est superbe, on y retrouve ces quartiers de Paris que l’on aime tant, et que l’on connaît parfois sans même y être allé tant ils sont emblématiques de la ville capitale. Une belle façon de nous faire découvrir cette infime partie de l’œuvre de Cioran.

Catalogue éditeur : éditions Payot-Rivages

Préface de Sylvie Jaudeau

Un livre illustré à partir des aphorismes de Cioran  : il distille ses maximes en se promenant à Paris, l’unique ville où on peut vivre – « c’est la ville idéale pour rater sa vie ».
Un aphorisme doit cingler comme une gifle, il faut qu’il soit écrit sous le coup de la fièvre pour devenir un moyen thérapeutique pour se soulager du poids du monde.
Surnommé le Diogène du XXe siècle, tant par ses propos qui relèvent des cyniques que pour ses refus des honneurs, Cioran devient ici un personnage de bande dessinée, le Tintin de la philosophie.

EAN: 9782743652326 / Parution: mars, 2021 / 96 pages / Format : 21.0 x 14.0 / Prix : 13,90€

Punto Basta, Lionel Froissart

Une étonnante reconstruction de l’accident le plus tristement célèbre du tunnel de l’Alma


Jocelyne travaille à la préfecture de Bobigny. Célibataire sans enfants elle mène une vie solitaire. De temps en temps elle passe la soirée à Paris avec ses copines et rentre en empruntant les beaux quartiers côté ouest par la voie sur berge et sa belle traversée des lieux emblématiques de la capitale.
Le soir du 30 août 1997, au retour de l’une de ses sorties entre copines et alors qu’elle s’engage dans le tunnel du pont de l’Alma à bord de sa Fiat Uno blanche, elle est percutée à grande vitesse par une Mercedes. C’est tout juste si elle s’aperçoit lorsqu’elle jette un œil dans son rétro que l’autre voiture s’encastre dans un pilier du tunnel. Elle en est quitte pour une grande frayeur et parvient à regagner son domicile tremblante et fortement secouée.
Au petit matin, elle découvre atterrée que la princesse Lady Di est décédée la veille dans un accident de voiture à Paris. Les journaux n’ont aucune piste crédible, si ce n’est très rapidement celle d’une mystérieuse Fiat Uno blanche aperçue par plusieurs témoins sur les lieux du drame. Mais alors, Jocelyne est-elle impliquée, fautive, témoin, coupable ?

L’auteur nous fait pénétrer les méandres de son cerveau fortement perturbé par les circonstances de l’accident. La personnalité de la victime principale, l’ampleur de l’enquête mise en place pour rechercher les causes (on se souvient que la quasi totalité de la PJ parisienne était mobilisée pour tenter de trouver une explication au drame, autre que vitesse excessive, course poursuite avec les motos, et … pas de ceinture de sécurité qui aurait pu sauver des vies), les interrogations de Jocelyne spectatrice et actrice bien involontaire du drame, sont analysées avec soin. Le cheminement de sa pensée est décortiqué pas à pas. Coupable ou pas, que peut-elle faire, que doit-elle dire ?
Vient ensuite une incursion (qui par contre ne m’a vraiment pas convaincue) dans les pensées de Lady Di pendant les heures qui précédent l’accident. Puis l’auteur par ailleurs spécialiste de la F1 fait un rappel de quelques grands accidents de la route qui ont coûté la vie à de nombreuses autres têtes couronnées. Enfin, il revient à la banalité du quotidien de Jocelyne. Cette femme ordinaire qui a vécu un événement hors du commun en se demandant comment s’en sortir.

Une lecture qui nous remémore quelques lointains souvenirs, en particulier l’émoi qu’a provoqué dans le monde l’accident tragique de Lady Di. Malgré quelques bémols (la partie sur Lady Di justement), j’ai aimé la façon dont l’auteur analyse et décrit avec réalisme le quotidien ordinaire de la plupart d’entre nous, pour en faire quelque chose d’extraordinaire.

Catalogue éditeur : Héloïse d’Ormesson

Jocelyne mène une vie tranquille et solitaire à Bobigny. Son petit plaisir, c’est de traverser les beaux quartiers de Paris au volant de sa Fiat, qu’elle surnomme affectueusement Paulette. Le soir du 30 août 1997, alors qu’elle rentre par la voie sur berge, Jocelyne est accrochée par une puissante berline. Obnubilée par la maîtrise de son véhicule, elle remarque à peine que la voiture folle s’encastre dans le tunnel du pont de l’Alma. Le lendemain, Jocelyne découvre la terrible nouvelle : Lady Di a succombé à l’accident. Quel rôle a-t-elle joué ? Aurait-elle pu porter secours à la princesse ? Et si la police remontait jusqu’à elle ?
Avec ce portrait de jeune femme tout en fêlures, Lionel Froissart déjoue les pronostics de cette ténébreuse affaire qui a fait couler tant d’encre. Derrière ce drame de portée internationale, l’histoire d’une Madame Tout-le-monde se télescopant avec celle d’une étoile.

Né en 1958, Lionel Froissart est journaliste sportif, spécialisé dans la F1 et le tennis. Il a travaillé pour Libération pendant près de trente ans. Auteur notamment d’une biographie d’Ayrton Senna en 2004, il a remporté avec Les Boxeurs finissent mal en général le prix Sport-Scriptum 2008 du meilleur livre sportif de l’année.

192 pages / 17€ / Paru le 14 janvier 2021 / ISBN : 978-2-35087-628-3