Le bonheur est au fond du couloir à gauche, J. M. Erre

Un roman mélancolique, déjanté, critique et totalement loufoque

Moi aussi, un jour, quand j’aurais atteint le stade ultime de la dépression, je deviendrai un grand écrivain humoristique. Comme Michel.

Michel, H. grand admirateur de Houellebecq, mélancolique et procrastinateur en chef, vient de vivre trois semaines de vie commune intense et mouvementée avec Bérénice, sa dernière compagne en date. Pourtant elle le quitte en lui laissant une caisse de livres et de nombreuses interrogations. Pourquoi est-elle partie, et pourquoi maintenant ? Il doit trouver le moyen de s’en sortir pour retrouver le bonheur et reconquérir sa belle. Mais comment s’y prendre ?

Peut-être tenter le suicide, mais il doit trouver quelqu’un capable de lui donner de judicieux conseils dans ce domaine. Ni Siri, ni Alexa ne semblent coopératives ou prêtes à relever le défi.
Continuer dans la voie de l’addiction suivie à tous ses meilleurs amis, Xanax, Prozac, Lexomil and Co ?
Se faire aider par la littérature ? Il épluche tous les guides pour trouver le bonheur que lui a laissé Bérénice, et aucun ne semble convenir.

Il faut dire qu’il n’est pas aidé non plus par Mr et Mme Patusse, un couple de voisins, ni par Piotr l’artiste intermittent du spectacle qui habite au dessus, un grand amateur de pétards. Chacun est à l’affût de ses moindres faux-pas, les Patusse le harcèlent et ne lui laissent jamais le temps de respirer.
Il ne lui reste plus qu’a analyser et appliquer les règles aussi idiotes qu’inefficaces des guides du bonheur et à attendre le retour de sa belle. Enfin si tout cela ne marche pas, reste le recours à un grand marabout ou la technique de rangement par le vide qui a fait le succès mondial d’une certaine japonaise.

C’est drôle et en même temps cruellement critique face à certains excès de notre société. Personne n’est épargné, l’éducation nationale et son nivellement par le bas pour que tout le monde obtienne le même diplôme, les parents et le laisser faire à tout va, qui au lieu de responsabiliser et libérer enfants et adolescents cause de véritables troubles métaphysiques, les guides de pensée positive qui donnent tous des clés du bien être contradictoires, stupides et inutiles, le dalaï-lama et sa béatitude parfois confondante, tous les anglicismes des termes professionnels qui perdent le commun des mortels en faisant croire à d’autres qu’ils appartiennent à l’élite des sachants, les traitements psy inutiles et souvent dispendieux, les contraintes toujours plus fortes d’une société que les jeunes ne comprennent plus et dans laquelle ils ne trouvent plus leur place, l’œuvre mais aussi l’état dépressif permanent de Michel Houellebecq, et j’en oublie.

Tout y passe, et j’avoue que je me suis délectée à découvrir ce long monologue introspectif, divertissant, désespéré et absolument jubilatoire. J’ai eu de nombreux éclats de rire solitaires et joyeux en lisant ce roman, ce qui je dois dire ne m’arrive pas si souvent. J’ai bien envie de découvrir d’autres titres de cet auteur.

Catalogue éditeur : Buchet-Chastel

Enfant morose, adolescent cafardeux et adulte neurasthénique, Michel H. aura toujours montré une fidélité remarquable à la mélancolie. Mais le jour où sa compagne le quitte, Michel décide de se révolter contre son destin chagrin. Il se donne douze heures pour atteindre le bien-être intérieur et récupérer sa bien-aimée dans la foulée. Pour cela, il va avoir recours aux pires extrémités : la lecture des traités de développement personnel qui fleurissent en librairie pour nous vendre les recettes du bonheur…

Quête échevelée de la félicité dans un 32m² cerné par des voisins intrusifs, portrait attendri des délices de la société contemporaine, plongée en apnée dans les abysses de la littérature feel-good, Le bonheur est au fond du couloir à gauche est un roman qui vous aidera à supporter le poids de l’existence plus efficacement qu’un anti-dépresseur.

J.M. Erre est né à Perpignan en 1971. Il vit à Montpellier et enseigne le français et le cinéma dans un lycée de Sète. Il écrit des romans publiés par Buchet-Chastel depuis 2006.

Un roman qui devait initialement paraître en 2020, et dont la sortie a été retardée à cause du confinement.

Parution : 07/01/2021 / Format : 11,5 x 19,0 cm, 192 p., 15,00 € / ISBN 978-2-283-03380-7

Envoyée spéciale. Jean Echenoz

« Envoyée spéciale » de jean Echenoz, où quand un auteur nous balade et nous prend à partie de la bonne blague qu’il vient de publier de cette écriture toujours aussi magistrale…

Le général Bourgeaud, soixante-huit ans, est sur le déclin. Largement inutile et placardisé, il cherche à redorer son blason. Et n’a pas de meilleure idée que de chercher une parfaite inconnue à envoyer espionner en Corée du Nord, rien de moins.
Constance est mariée, et Constance … a de la constance dans l’ennui au quotidien. Son mari est un artiste largement sur le déclin. Enlevée en pleine rue, elle va passer quelques mois isolée mais très bien traitée dans la Creuse. Là, dans une ferme, puis au sommet d’une éolienne, elle passera de longues heures en compagnie de ses geôliers compatissants et d’une encyclopédie qu’elle lira de A à Z, rien de moins !

Le décor est planté, les protagonistes y sont multiples, obéissants et le plus souvent stupides, au passé glauque d’ancien taulard ou plus brillant d’ex-vedette, homme de main stupide ou avocat véreux, assistante en mal d’amour ou coiffeuse un brin fleur bleue. Parodie de roman d’espionnage, notre envoyée spéciale, futile et inutile, tire son épingle du jeu, dans une deuxième partie qui se déroule dans une Corée du Nord totalement loufoque, ce pays prison duquel nul ne s’échappe et dont on ne peut qu’applaudir l’incroyable description de la DMZ, à vous d’aller la lire !

Et tout au long du roman, une voix off, en quelque sorte narrateur humoristique et réalisateur du film (ou du « nanar » !) auquel nous assistons, prend le lecteur à partie. Expliquant, dévoilant, des situations, un passé, des noms, des relations, ou ne nous expliquant pas d’ailleurs, s’il ne le juge pas indispensable à notre compréhension du récit global, étonnant, non ? Du complexe de Stockholm à celui de la Creuse, il fallait oser et Jean Echenoz a osé ! De la caserne Mortier à la Corée de Kim Jong-un, ce digne descendant d’une dynastie de dictateurs qui officie sur les traces de son père Kim Jong-il et de son grand-père Kim Il-sung, du Trocadéro à la Creuse, l’auteur nous ballade, le narrateur s’amuse, et le lecteur soit s’emballe pour ce récit tellement décalé, soit se lasse de tant d’humour à plat. C’est mon cas, même si je reconnais une grande qualité à l’écriture, je me suis ennuyée. J’ai reposé plusieurs fois ce livre (pour en lire de nombreux autres entre temps) et finalement je l’ai terminé sans vraiment de plaisir… Je suis sans doute passée à côté de cet OSS 117 à la mode Brice de Nice qui tient autant des branquignols que des pieds nickelés, mais qui est porté par une écriture toujours aussi complexe, architecturée et soignée.


Catalogue éditeur : Les éditions de Minuit

Constance étant oisive, on va lui trouver de quoi s’occuper. Des bords de Seine aux rives de la mer Jaune, en passant par les fins fonds de la Creuse, rien ne devrait l’empêcher d’accomplir sa mission. Seul problème : le personnel chargé de son encadrement n’est pas toujours très bien organisé.
2016 / 320 p. / ISBN : 9782707329226 / 18.00 €