Patrick Sénécal. Hell.com

« Toute entrée est définitive » Avec Hell.com de Patrick Sénécal, prendre la démesure de la puissance ?

Afficher l'image d'originePlonger dans l’univers des auteurs de thriller Québécois n’est pas sans risque ! Car la surprise est au fil des pages et de l’intrigue, la violence aussi d‘ailleurs, excessive et intense, immense comme ces régions d’Amérique du nord, démesurée peut-être par rapport à notre cadre de pensée, et tout ça vous arrive en plein face, sans prévenir ! Enfin si, avec hell.com vous êtes prévenu : toute entrée est définitive !

Daniel Saul est un homme d’affaire prospère, un gagnant, un winner quoi ! Tout lui réussit ou presque. Coté succès, l’entreprise Saul est une entreprise florissante. Daniel a des dollars plein les poches, au propre comme au figuré, une maitresse conciliante et peu envahissante, prête à tester de nouvelles aventures à l’Eden club, lieu privilégié et échangiste de la ville. Côté échecs, il y a sa relation très compliquée avec son ex-femme et le rapport quasi inexistant qu’il a avec ses parents. Il élève seul son fils, Simon jeune homme de 17 ans perturbé et en recherche, qui a une relation très difficile, voire violente et dominatrice avec les autres, et avec son père en particulier.

Daniel Saul est puissant, il a le pouvoir, l’argent, la réussite dans les affaires, les femmes et tout le sexe qu’il veut, mais il s’ennuie ! Bon, il y a deux façons de dépenser quand on a tout, aider l’autre, fondation, mécénat, tout est possible, ou s’aider soi ! Aller au bout de soi-même, de ses fantasmes, de ses délires les plus fous par exemple. Pour Daniel, jusqu’à présent, tout était possible mais restait hypothétique. Jusqu’au jour où il rencontre Charron, un ancien élève de son école qu’il avait complétement occulté de ses souvenirs, mais qui s’installe dans sa vie, pour le meilleur, mais plus surement pour le pire. Car si Daniel est prêt à tout, alors Charron est le messager du diable. Il va lui ouvrir les portes de l’enfer, celui de la tentation, de la démesure, où tout est permis, tout est possible, sans risque, sans punition, dans la plus grande discrétion. Alors Daniel s’abonne à Hell.com, ce site ultra secret et ultra cher, réservé à l’élite suprême, et il bascule, dans le sexe, à l’excès et sous toutes ses formes, très vite dans la violence. La violence exorbitante, gratuite, qui le défoule, lui fait passer sa rage et ses frustrations, mais qui devient omniprésente, envahissante, contraignante.

Occasion pour l’auteur de nous concocter quelques scènes d’une violence insupportable, parfois un peu gratuite il me semble, scènes pas forcément accessibles à tous les lecteurs. Petit à petit, Daniel perd pied avec sa vie, échappe à la réalité, jusqu’au moment où il se rend compte qu’il perd tout, et avant tout son fils, et comprend enfin à quel point il se fourvoie. Mais attention, il a été prévenu, personne ne peut faire marche arrière une fois qu’on a adhéré à Hell.com. Comment sortir de là, se sauver d’un aussi mauvais pas, sauver son fils – et accessoirement sauver son entreprise – mais quand on a tout perdu, les relations humaines ne sont-elles pas les plus importantes ?

Patrick Sénécal utilise tous les stratagèmes, tous les double sens. Il y a d’abord Daniel Saul, saul = âme, lui qui va risquer de perdre la sienne par ses délires de puissance. Puis Charron, l’ami maléfique, qui ouvre les portes de Hell.com, et justement Charon est bien celui qui fait passer sur sa barque les ombres des défunts vers les portes de l’enfer. Il y a Simon, l’apôtre aimé et incompris, celui qui accompagne Marie jusqu’au bout, jusqu’à la mort et la rédemption, et enfin Marie, image même de la vierge, ici un peu malmenée certes, mais malgré tout celle que le mal ne peut toucher, qui aime et qui comprend et qui donne pour aider Daniel.

Ensuite, les scènes sont construites avec une escalade dans la puissance, dans la violence, pour les rendre plausibles et acceptables par ses lecteurs. Les univers sont bien décrits, réalistes, froids, inhumains ou grandioses, mais avant tout assimilables, précis, pour que l’horreur paraisse encore plus absolue sans doute. Alors que dire, c’est un livre déroutant par toute la violence qu’il dégage, mais au final, l’auteur interroge sur le véritable état de l’Homme, sur le choix que chacun a d’orienter sa vie, vers le bien ou le mal, et ce qu’il reste maitre d’en faire. Un conseil, à ne pas mettre entre toutes les mains !

Redécouvrir Le vide et l’entretien avec Patrick Sénécal pour la sortie de Hell.com


Catalogue éditeur : à paraitre le 9 juin chez Fleuve noir

 

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Le vide. Patrick Sénécal

Si « Le vide  » vous absorbe, plus rien ne sera jamais comme avant ! à découvrir sans faute dans ce polar étonnant de Patrick Sénécal paru chez Fleuve noir.

Au Québec, le jeune milliardaire Max Lavoie a vendu ses parts de l’entreprise florissante héritée de son père, pour investir sa fortune dans « Vivre au Max », la nouvelle émission de téléréalité qu’il vient de créer et qui fait fureur. Il y réalise en direct les rêves les plus fous des candidats, quels que soient ces rêves, en prenant à son compte tous les risques judiciaires éventuellement encourus par ceux-ci. C’est la deuxième saison de vivre au Max, tout le pays est figé devant son écran.
Au Québec toujours, une jeune femme vient de commettre un crime absolument sordide, celui de son ex et de sa famille. Horrifiés par la scène de crime, Le détective Sauvé et sa collègue Chloé vont mener l’enquête.

Voilà le lecteur directement plongé dans une intrigue qui carbure au max ! En parallèle à « Vivre au Max » et la perversité confortable de Max Lavoie, de nombreux autres personnages arrivent et repartent, tous poursuivant un même objectif, celui de se retirer. Mais se retirer de quoi au juste ? Et comment ? Là est aussi toute l’adresse de Patrick Sénécal, d’alterner dans une même histoire des récits et des buts différents mais intriqués, qui absorbent aussi bien le lecteur que l’énergie du détective Sauvé. Celui-ci mène une vie bien ennuyeuse et cependant conflictuelle avec sa fille Karine, mais il traine également quelques casseroles psychologiques importantes, à régler sans faute s’il veut s’en sortir, mais le peut-il ?

Ces alternances de personnages et d’intrigues permettent à l’auteur d’aborder plusieurs thèmes . Les limites de la téléréalité tout d’abord. N’oublions pas que le roman date de 2006, même si sa version européanisée (dommage, car le voilà sans doute dépourvu de quelques expressions québécoises savoureuses) date de 2016, l’auteur est précurseur dans la description de ce genre d’émission poussée au maximum, même si je ne peux m’empêcher de penser au roman d’Amélie Nothomb « Acide sulfurique » abordant un sujet similaire. Ensuite, le thème de la dépression, comment s’en sortir, comment se faire aider, quel rôle peuvent avoir la psychiatrie et la psychanalyse. Le rôle de la manipulation et le pouvoir qui peut s’exercer sur des sujets mentalement plus faibles. Enfin, sujet grave s’il en est, la maltraitance et les séquelles indélébiles qu’elle peut provoquer sur des enfants sans défense.

Voilà donc un roman qui débute à fond, les évènements se succèdent sans un instant de répit, dans le désordre affiché des chapitres qui passent du 21 au 8 puis au 1, etc. sans complexe, le lecteur absorbé par l’intrigue  comprend mieux les flashbacks et intègre les rebondissements à mesure de sa lecture. Scandés par des chapitres intitulés « focalisation zéro », sorte de bilan à froid des effets de l’émission « Vivre au Max » et de ses implications dans la vie des spectateurs et des participants. C’est rythmé, bien écrit, on ne s’y ennuie pas une seule seconde, on vit au Max les rebondissements, les enquêtes. L’auteur sait maintenir le suspense jusqu’au retournement de situation qui peut laisser pantois le lecteur absorbé par le récit mais qui va alors se demander comment on peut être à ce point attiré par le vide. A découvrir, c’est sûr ! Sans se laisser rebuter par les 728 pages, car je vous assure que ça tourne tout seul !


Catalogue éditeur

Vivre au max. C’est le nom de l’émission de télé-réalité de Max Lavoie. Le milliardaire a tout quitté, liquidé pour se lancer dans son projet. La première saison a défrayé la chronique, choqué les âmes sensibles et s’est attiré les foudres de la commission de censure. En proposant de réaliser en direct les rêves les plus fous des participants, Max a frappé un grand coup. La saison 2 débute et promet encore plus de sensations fortes à un public ébahi. Lire la suite

Fleuve éditions / Date de parution : 12 novembre 2015 / Collection : Thriller Policier / Nombre de pages : 736 p. / Série : Les Noirs / EAN : 9782265099173