Galeux. Bruno Jacquin

Découvrir l’Histoire en lisant « Galeux ». Bruno Jacquin nous emporte dans une plongée intelligente et sombre au cœur de la guerre sale qui endeuilla le pays basque dans les années 80.  

DomiCLire_galeux_bruno_jacquin.jpgJ’avais beaucoup aimé le premier roman de Bruno Jacquin Le jardin des puissants. Avec Galeux, je retrouve la plume affutée de ce journaliste qui va au fond de son enquête pour nous entrainer dans un thriller politico-historique et nous replonger dans les années sombres du terrorisme, celles de la sale guerre qui voit s’affronter le GAL, Groupe Anti-terroriste de Libération et l’ETA, l’organisation indépendantiste basque (Euskadi ta Askatasuna / Pays Basque et Liberté).

Dans la famille d’Inès, les années de la lutte de l’ETA ont laissé des traces, son père a été abattu, peu de temps après la mort de sa mère. Elle a donc été élevée par ses grand parents, une grand-mère mutique et insensible, car Jocelyne ne laisse rien voir de ses sentiments et se réfugie dans le silence, et un grand-père présent et attentionné.

En 2005, Casimiro, son grand-père, paisible retraité espagnol qui vit depuis des années côté français, est victime d’un attentat. Par miracle, il a la vie sauve mais reste très affaibli. Sa petite fille Inès va alors chercher à comprendre ce qu’il a bien pu se passer pour qu’un homme aussi tranquille soit la cible forcément innocente des terroristes. D’autant que l’attentat est signé, et que l’on comprend vite qu’il s’agit de vengeance, des années après, et que le sujet principal est l’ETA, ainsi que son organisation adverse, le GAL.

Inès est amoureuse de Mikel, un jeune basque qui doit pourtant la quitter quelque temps et partir en Argentine. Sa meilleure amie est issue d’une famille d’anciens etaras, elle a toutes les cartes en mains pour trouver des contacts et essayer de comprendre. Son enquête, difficile, l’emmènera du pays basque à l’Amérique du Sud, puis vers les quartiers de son enfance, dans les pas de ses parents et grands-parents. Elle sera surtout prétexte pour Bruno Jacquin à nous présenter cette situation ambiguë, difficile, de la lutte sans merci contre un terrorisme aujourd’hui éradiqué.

Pour mieux comprendre, il faut savoir que dans les années 80 au pays basque, la lutte pour l’indépendance ne connaissait pas de répit, et malgré la mort de Franco en 1975, on vivait toujours dans un climat de terreur. Comme les provinces basque françaises sont des terres d’accueil pour les terroristes de l’ETA, mais qu’il est difficile de pénétrer en France pour les chasser, on ne trouve rien de mieux que d’embaucher des français pour faire ce travail dans la plus grande clandestinité. Le pouvoir en place a donc mis au point un contrepouvoir occulte à cette forme de terrorisme, le GAL, embarquant dans ses rangs français ou espagnols, civil ou militaire, trouvant même des complicités auprès de policiers français, pour arrêter les etaras et les ramener sur le sol espagnol ou (plus simple !) les exécuter directement sur le sol français, plus d’une trentaine d’assassinats ont ainsi été perpétrés entre 1983 et 1987. La lutte contre l’ETA est un lutte sans merci qui doit se faire à n’importe quel prix, quoi qu’il en coûte en vies humaines, le mot d’ordre étant de « terroriser le terrorisme », selon les mots célèbres d’un ancien ministre de l’intérieur français.

On se souvient enfin qu’on a très récemment assisté à  l’agonie du mouvement indépendantiste et terroriste qui, après avoir d‘abord proclamé en octobre 2011 un «cessez-le-feu définitif et unilatéral» et face à l’attitude ferme et au refus de négocier de Madrid, a annoncé son «désarmement total et unilatéral» pour le 8 avril 2017.

Un tout petit bémol peut-être, le sujet du GAL était sans doute un sujet épineux et délicat, bien souvent méconnu. Y compris lorsqu’on en a entendu parler et qu’on connait le pays basque, l’ETA et les années de terrorisme qui ont secoué les 7 provinces et l’Espagne en particulier. Du coup, et certainement par soucis de justesse et d’exactitude, les informations sont denses, complexes, alternant l’intrigue et la vie des personnages avec des chapitres plus techniques qui nous présentent la réalité historique, ce qui fait que par moment on s’y perd un peu. Mais c’est un défaut qui passe vite lorsque l’on accepte de lire Galeux d’abord comme un roman, et dans un deuxième temps seulement de se poser la question de la part du réel ou de celle de la fiction.

Alors vous qui aimez en savoir plus sur l’histoire (tout en vous divertissant parce que les polars c’est quand même un grand plaisir de lecture ! ) je ne peux que vous conseiller de lire Galeux, en plus il est édité par cette maison d’éditions que j’aime beaucoup, Cairn, du Noir au Sud.


Catalogue éditeur : Cairn, Du Noir au Sud

En 2017, 30 ans que les GAL ont officiellement disparu, les tristement célèbres « groupes antiterroristes de libération ». Inspiré de faits réels, Bruno Jacquin signe avec Galeux un nouveau polar politique fort sur le Pays Basque.

Site officiel du livre : https://brunojacquin.wixsite.com/galeux

ISBN :   9782350682426

 

 

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Le 9 bordelais était chargé. Eric Becquet

Coup de pied fatal, avec « Le 9 bordelais était chargé » d’Eric Becquet, le lecteur se passionne, l’enquêteur s’interroge et dans les coulisses, le foot devient sombre et mystérieux.

DomiCLire_le_9_bordelais_etait_charge.jpgSur le terrain des Girondins, le jeune nigérian Michael Ademoah, joueur vedette du club, est fauché en pleine action par un joueur adverse. Mauvais coup dans les jambes, fractures des tibias, Ademoah est conduit à l’hôpital où il décède peu de temps après. L’enquête pourrait conclure à un décès suite à une crise cardiaque, mais Mélissa Marchand, une jeune et jolie journaliste décide d’investiguer et d’aller au-delà des apparences. En parallèle, l’entraineur du club Pierre Perlon, lui-même ancien joueur, décide de mener son enquête. Tous deux vont alors s’engager sur des chemins bien dangereux et sinueux, où la loyauté n’est pas forcément la règle, où les révélations vont les entrainer bien plus loin que prévu. Là où confiance et vérité de sont pas toujours la norme.

S’il n’est pas vraiment dans mes habitudes de lire un livre sur le foot, j’aime par contre cette maison d’éditions, Cairn, et leur collection « du noir au sud ». Quand en plus l’intrigue nous emporte de Bordeaux au Pays Basque, alors là, oui, bien sûr je me laisse tenter. Et bien m’en a pris. Car s’il parle foot, ce polar nous entraine surtout dans les sombres méandres du trafic lié au dopage, du réussir à tout prix, et va creuser du côté parfois malsain de ces entraineurs ou dirigeants de clubs qui, pour la gloire, pour le foot, pour l’argent, vont pencher du mauvais côté. Souvent sans se préoccuper du devenir de joueurs, de ces jeunes qui sont poussés à bout pour réussir et qui pense que tous les moyens sont permis pour réaliser leur rêve, quel qu’en soit prix.

Au final, j’ai passé un excellent moment en compagnie de Mélissa et de Pierre, à la recherche de la vérité. J’ai navigué dans un milieu que je ne connaissais absolument pas, mais dont on sent bien tout au long du livre que l’auteur, lui, le connait très bien !


Catalogue éditeur : éditions Cairn, du noir au Sud

Bordeaux. Stade Chaban-Delmas, soir de foot. Face à Marseille, dans un choc au sommet du championnat, l’attaquant vedette des Bordelais, le Nigérian Michaël Ademoah, est fauché en plein match. La fracture est grave, mais le pronostic vital n’est pas engagé.
Pourtant, quelques heures plus tard, le numéro neuf décède à l’hôpital pour une raison difficile à cerner. Pourquoi ? Quels étaient les secrets de ce joueur prodigue, acheté douze millions d’euros à Milan ?
L’entraineur du club bordelais, Pierre Perlon, ancien joueur pro aux méthodes plutôt musclées, va tenter de le découvrir, à travers Bordeaux, à travers l’Europe, tout en gérant son groupe. Parce que le football demeure et qu’il faut continuer à gagner. Quoiqu’il en coûte. Mélissa Marchand, jeune journaliste du quotidien Aquitaine Éclair, à l’affût du scoop, va croiser sa route. Et ses doutes.
Chacun à leur manière, Pierre et Mélissa vont mener l’enquête. Qui va les conduire bien loin des prés carrés…

Ouvrage des Editions CAIRN / Type de brochure : 12 x 18 / Nombre de pages 226 / Code ISBN/EAN 9782350683836 / Date de parution : avril 2015

Les éditions CAIRN : Histoire – Patrimoine, Culture des Pyrénées et du Sud-Ouest
Créées en 1997 et installées à Pau (64), les Éditions CAIRN publient au rythme  d’une trentaine de titres par an, des ouvrages qui portent haut et fort l’Histoire, la Mémoire, la culture et le patrimoine des Pyrénées et du Sud-Ouest.

 

La succession. Jean-Paul Dubois

Comment vit-on le départ de ses proches, de ses parents, lorsque l’on ne rêve que de pratiquer son sport de prédilection sous le soleil de Miami. Dans « La succession », son dernier roman, Jean-Paul Dubois explore avec beaucoup de légèreté et d’ironie en apparence, les relations familiales, la transmission et l’héritage moral.

DomiCLire_la_succession.jpgPaul Katrakilis a laissé à Toulouse son père médecin, seul rescapé d’une famille où de grand-père en belle fille, d’épouse en beau-frère, comme une tare indélébile et génétiquement transmissible, le suicide est la seule porte de sortie. Paul a été initié jeune à la cesta punta au pays basque. Tout juste achevées ses études de médecine, il part pratiquer la chistera sous le soleil de la Floride. Là, il s’entoure de très peu d’amis, d’une femme qu’il aime sans espoir, et d’un chien qu’il sauve des eaux. Jusqu’au jour où le décès brutal de son père le contraint à revenir à Toulouse.
C’est alors le difficile retour dans la maison lourde des départs mais également de la présence toujours prégnante des défunts. Il est délicat de se réadapter, de changer de métier, d’affronter les souvenirs, de vider la maison, et sans doute de comprendre enfin qui était ce quasi inconnu, son propre père. La découverte sera pour Paul bouleversement, sidération, interrogation, puis compréhension et acceptation. C’est aussi un long cheminement vers la famille, l’héritage, la fatalité, la recherche d‘un bonheur parfois si difficile à trouver.

De cet auteur, J’avais adoré Une vie française dans lequel l’ironie piquante cède le pas à une grande sensibilité et à une vision particulièrement corrosive de toute une époque. On retrouve ici cette plume à la fois critique, mordante, et sensible.  Comme toujours dans les romans de Jean-Paul Dubois, la légèreté n’est qu’apparente. Les sentiments émergent et ont finalement la part belle. Les questionnements sont bien plus profonds qu’il n’y parait de prime abord, le destin, le choix que l’on a ou pas, la vie que l’on choisit, autant de questions auxquelles il est bien compliqué de savoir répondre. Tragique, comique, sensible, ironique, un brin désespéré et certainement désabusé, voilà du grand Jean-Paul Dubois.

Envie de suivre Paul de Toulouse à Miami…


Catalogue éditeur : Editions de l’Olivier

Paul Katrakilis vit à Miami depuis quelques années. Jamais il n’a connu un tel bonheur. Pourtant, il se sent toujours inadapté au monde. Même la cesta punta, ce sport dont la beauté le transporte et qu’il pratique en professionnel, ne parvient plus à chasserle poids qui pèse sur ses épaules.
Quand le consulat de France l’appelle pour lui annoncer la mort de son père, il se décide enfin à affronter le souvenir d’une famille qu’il a tenté en vain de laisser derrière lui.
Car les Katrakilis n’ont rien de banal: le grand-père, Spyridon, médecin de Staline, a fui autrefois l’URSS avec dans ses bagages une lamelle du cerveau du dictateur; le père, Adrian, médecin lui aussi, est un homme étrange, apparemment insensible; la mère, Anna, et son propre frère ont vécu comme mari et femme dans la grande maison commune. C’est toute une dynastie qui semble, d’une manière ou d’une autre, vouée passionnément à sa propre extinction.
Paul doit maintenant rentrer en France pour vider la demeure. Lorsqu’il tombe sur deux carnets noirs tenus secrètement par son père, il comprend enfin quel sens donner à son héritage.

Parution 18 août 2016 / Livre 140 × 205 mm 240 pages / EAN : 9782823610253 / 19,00 €